Fiche Technique Punaruu 2009

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Fiche Technique Punaruu 2009

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Délégation à la Recherche
07/09/2009
FICHE TECHNIQUE Evaluation écologique préliminaire des plateaux de la vallée de la Punaru’u (Puna’auia, Tahiti) et recommandations de conservationin situpar Jean-Yves MEYER (Dr.) Délégation à la Recherche Ministère de l’Education, de l’Enseignement supérieur, de la Culture et de la Recherche B.P. 20981 Papeete, Tahiti, Polynésie française jean-yves.meyer@recherche.gov.pfCadre et objectifs Cette fiche technique s’inscrit dans le cadre général d’un programme de recherche, mené et financé par la Délégation à la Recherche depuis 2006, portant sur l’identification, la caractérisation et la localisation des «Espaces Naturels d’Intérêt Ecologique et Patrimonial» (acronyme ENIEP) dans l’ensemble des îles de Polynésie française. Un intérêt particulier est porté auxzones humides, l’un des écosystèmes d’importance écologique les plus menacés par les activités anthropiques en Polynésie française. L’un des objectifs de ce projet est de fournir des recommandations deconservationin situet ex situpour les gestionnaires d’espaces naturels, s’intégrant à la fois dans une stratégie globale de la conservation de la biodiversité terrestre en Polynésie française, et basées sur des méthodes et protocoles scientifiques de terrain, rigoureux et testables, tout en prenant en compte la nécessité de renforcer la capacité locale (« capacity building ») pour une gestion participative plus efficace et réaliste dans les différentes îles et sites. Cette étude complète également une série de travaux menés depuis une dizaine d’années sur les hauts plateauxde l’île de Tahiti; Orofero, MEYER & (Faufiru, MEYER & JAY, 2000 BUTAUD, 2003, Viriviritera’i et Terepo, MEYER, 2004 ; Tupa et Ma’a’iore, MEYER & TAPUTUARAI, 2005 ; Anaori’i, MEYER, 2009) et leurs intérêts floristiques et faunistiques. 1 Une première prospection botanique avait été effectuée le29 juillet 2005dans la vallée de Punaru’u, sur le plateau Tetamanu et ses environs, avec Jean-François BUTAUD (ingénieur forestier, alors au Service du Développement Rural et doctorant en chimie des substances naturelles à l’Université de Polynésie française pour une étude sur les santals), Fred JACQ 1  Le botaniste Jacques FLORENCE (IRD, Muséum national d’Histoire naturelle, Paris) avait récolté des échantillons d’herbier sur les plateaux Tetamanu et Rata les 10-11avrilet 16novembre 1987(comm. pers., 2009 et « Base de données botanique de l’herbier de Polynésie française »,www.herbier-tahiti.pf).
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(consultant privé en aménagement et foresterie) et Ravahere TAPUTUARAI (alors employé comme Corps des Volontaires au Développement à la Délégation à la Recherche), suite à la découverte enjanvier 2004 par Walter TEAMOTUAITAU, botaniste amateur et naturaliste averti, d’une population de santalSantalum insularevar.insulare(Santalaceae « ahi ») et des arbres endémiquesErythrina tahitensiset« ‘atae ‘oviri »)  (Fabaceae, Planchonella tahitensis(Sapotaceae), espèces menacées et protégées par la réglementation en vigueur en Polynésie française. La découverte récente, le6 juillet2009, par Noëlla TUTAVAE, membre de « l’Association pour la protection de la vallée de la Punaru’u » depuis 1989, guide professionnel de randonnée depuis 2002, membre et prestataire pour la Direction de l’Environnement depuis fin 2008 (en charge de récolter des graines d’espèces protégées dans le cadre d’un « programme de conservation d’espèces végétales », dérogation de collecte par arrêté n°8 MEA/ENV du 9 janvier 2009), d’une nouvelle population dePlanchonella tahitensiset d’Ochrosia tahitensis (Apocynaceae, « tamore mou’a ») a motivé cette nouvelle mission d’exploration botanique. Une sortie sur le terrain a ainsi été menée du18 au 20 août 2009dans la vallée de Punaru’u afin : (1) de compléter les inventaires floristiques et faunistiques ; (2) d’identifier et de localiser les sites d’intérêt écologique. Elle a été réalisée en compagnie de Elie POROI (membre de l’association de protection de la nature « Te Rau Ati Ati a Tau a Hiti Noa Tu », créée en 1987), de Paul NIVA (consultant privé en archéologie) et Jean-François BUTAUD (consultant privé en foresterie et botanique), Ravahere TAPUTUARAI (actuellement consultant privé en phyto-écologie et botanique « MaNature » et membre du bureau de l’association « Te Rau Ati Ati a Tau a Hiti Noa Tu ») et guidés par Noella TUTAVAE (secrétaire dans le bureau de l’« Association pour la protection de la vallée de la Punaruu », créée en 1985). Localisation et caractéristiques de la vallée et des plateaux «Le Terata qui domine le Tetamanu appuie sa masse imposante au flanc gauche du Diadème et découpe sur le ciel une silhouette d’ancien château fort […] De là, le regard embrasse toute la vallée du Punaruu jusqu’à la mer. Par monts et vallons, plateaux et ruisseaux, le long corridor de la vallée serpente jusqu’à l’Océan, qui pose, à l’horizon, sa ligne bleue toute ruisselante de soleil[…] Il est couvert d’une riche végétation de bancouliers élevés ombrageant orangers et féis» (J. & Y. MALARDÉ, 1938) La vallée de Punaru’u où coule en aval la rivière Punaru’u et en amont la rivière Vairua, est située dans la commune de Puna’auia sur la côte ouest Sous-le-Vent de Tahiti. Le nom de la vallée (« Puna-ru’u ») provient d’une légende selon laquelle le guerrier Puna, ayant mangé la tortue du chef de Puna’auia, fut attaché (« ru’u ») avant d’être cuit à l’étouffé au four tahitien (« 'auia »), N. MONTILLIER, comm. pers., 2009). La vallée est délimitée au nord par la crête du mont Marau (culminant à 1493 m) et du Diadème ou « Te Tara o Mai’ao » (1361 m) et celle reliant le mont Aora’i (2066 m) au mont Orohena (2241m), à l’ouest par le mont Teama’a (1532 m) et au sud par la crête Aranuanua, les monts Tahiti (1368 m) et Mahuta’a (1501 m) selon la carte au 1/100 000ème de l’I.G.N. (Figure 1). Profonde de plus d’une dizaine de kilomètres et d’une superficie de 39,2 km² (LAFFORGUE, 1993), la Punaru’u est ledeuxième plus grand bassin versantde Tahiti, après la vallée de la Papeno’o située au nord de l’île (79,7 km²). Le plateau Tetamanu (ou Tamanu) occupant la
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moyenne vallée, culmine à 614 m (selon la carte au 1/20 000ème, Service de l’Urbanisme) et occuperait une surface d’environ400 hectares1988). Le plateau Rata (ou Te (MERCERON, Rata) situé plus en amont sur la rive gauche de la rivière, culmine à plus de 800 m. D’autres plateaux plus petits, comme Maraeti’a, Oha’a, Toarima’i, Fa’anui et Iripau (LAUDON, 1991 ; N. TUTAVAE, comm. pers. 2009) sont trouvés dans la haute vallée. Le plateau Tetamanu est formé de sols d’altération caractéristiques des plateaux des hautes vallées aux pentes n’excédant pas 20%, façonnés dans les formations de remplissage (agglomérats et tufs bréchiques) plus récentes issues des laves basaltiques d‘épanchement terminal (JAMET, 1987). Il s’agit desols bruns(généralement sombres, dans les tons bruns),humifères(renfermant des quantités importantes de matière organique),ferralitiques (riches en oxydes métalliques),fortement désaturés(démunis en éléments minéraux nutritifs) et gibbsitiques,appelés également « (JAMET, 1987, 1993). L’une des 22 unitésoxydosols » descriptives des sols de Tahiti de R. JAMET (1987) a été effectuée sur le plateau de Tetamanu vers 600 m d’altitude en « forêt dense àHibiscus tiliaceus(purau),Aleurites, avec caféiers, fougères». Les sols y sont caractérisés par leur pierrosité, renfermant de 20 à 50% de graviers, cailloux ou blocs rocheux affleurant en surface, avec des horizons humifères de texture limono-argileuse, une bonne perméabilité et une capacité de rétention d’eau assez élevée, une teneur en matière organique très élevée, bien humidifiée, riche en azote, avec des teneurs en phosphore élevées, et un PHfaiblement acidevariant entre 5,7 et 7.4. La pluviométrie moyenne annuelle mesurée par une station pluviométrique installée depuis 1991 sur le plateau Tetamanu, vers 600 m d’altitude (LAFFORGUE, 1993) y serait comprise entre2325(période 1991-2005) à2450 mm(période 2005-2008, C. TETAVAHI, comm. pers. 2009) contre environ 1750 mm en bordure de mer à Puna’auia (LAURENTet al., 2004). Figure 1. Localisation de la vallée de Punaru’u (commune de Puna’auia) sur la côte ouest de l’île de Tahiti et du plateau Tetamanu.
La végétation du plateau Tetamanu est décrite comme appartenant à la série hygrophile et au groupement de vallées de basse et moyenne altitude, caractérisée par un faciès à bancouliers Aleurites moluccana,et entouré d’une mosaïque d’habitats mésophiles àMetrosideros-Commersoniaou hygrophiles àNeonauclea-AngiopterisetHibiscus-Etlingera, avec des pentes recouvertes par des landes à fougèresDicranopterisdes savanes herbeuses à ou Miscanthus-Psidium(FLORENCE, 1993).
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Les nombreux sites archéologiques (fortifications « pare », structures d’habitats et murs « pae pae » et structures lithiques culturelles « marae », EMORY, 1933 ; LAVONDÈS, 1993 ; P. NIVA, comm. pers., 2009) témoignent d’uneoccupation polynésienne ancienne importanteest actuellement occupée par une zone industrielle, des. La basse-vallée habitations (dont certaines illégalement construites en bordure du lit de la rivière) et une décharge sauvage. La moyenne vallée est régulièrement fréquentée par les chasseurs de cochons et de chèvres sauvages, les planteurs et cueilleurs d’oranges et les randonneurs, avec un campement situé dans la moyenne vallée appelé « Fare ‘Anani » (LAUDON, 1991) ou « Te Tiare Anani » ( N. TUTAVAE, comm. pers., 2009) sur le site où un premier refuge appelé « Pa’ahue » avait été «édifié en 1935 au moyen d’une souscription fournie par des amis de la montagne et quelques hardis chasseurs de cochons sauvages» (MALARDÉ, 1938). Principaux résultats Durant les trois jours de la mission, nous avons prospecté à pied les abords du sentier partant du fond de la vallée de Punaru’u, traversant le plateau Tetamanu et rejoignant le refuge, puis la piste de chasseur menant au plateau Maraeti’a. Les pentes et vallons localisés en bordure sud-ouest du plateau Tetamanu sous la crête Aranuanua et la bordure nord du plateau Maraeti’a ont été plus longuement explorés (Figure 2). Toutes les zones prospectées sont situéesentre 100 m et 800 m d’altitude. Les différentes formations végétales (primaires ou secondaires) et les principales espèces (indigènes, endémiques et introduites naturalisées voire envahissantes) ont été notées. La localisation géographique des espèces remarquables (espèces menacées selon les catégories définies par l’UICN et espèces légalement protégées en Polynésie française) a été prise à l’aide d’un GPS. Les noms scientifiques des plantes retenus sont ceux de la « Base de données Nadeaud de la Flore de Polynésie française » (www.herbier-tahiti.pf). Les noms communs en tahitien des sites et des espèces végétales et animales ont été orthographiés selon le dictionnaire tahitien-français de l’Académie tahitienne (1999). Quelques observations sur les espèces animales (oiseaux notamment) ont également été effectuées. Figure 2. Localisation des principaux sites d’étude (carte du Service de l’Urbanisme, D. LEQUEUX, comm. pers., 2009).
Vaimo’ora
Te ‘Opa
Maraeti’a
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||:entre 250 et 350 m d’altitude, en bordure ouest du plateau Tetamanu et sur pente forte quelques arbres endémiquesGrewia tahitensis (Malvaceae) etNesoluma nadeaudii (Sapotaceae, statut UICN : CR) isolés dans uneforêt mésophile oumésique claire, dominée par le tulipier du GabonSpathodea campanulatapar le «  et piti »Tecoma stans(Bignoniaceae), avec de rares arbres indigènesRhus taitensiset« ‘apape »),  (Anacardiaceae, arbustes endémiques ou indigènesGlochidion manono« manono » ou (Euphorbiaceae, « mahame »),Cyclophyllum barbatumtoro’e’a ») et(Rubiaceae, « Xylosma suaveolenssubsp. suaveolensnettoyé » par N. TUTAVAE et H.(Flacourtiaceae, « pine ») ; sous-bois ouvert (« MAITERE) envahi par l’arbuste épineuxLantana camara (Verbenaceae), la liane herbacée grimpantePassiflora foetida(Passifloraceae) et l’herbacée dresséeElephantopus mollis(Asteraceae, « faux-tabac »). ||vers 550 m d’altitude, sur le versant sud-ouest du plateau Tetamanu, petit plateau appelé « Te ‘Opa » (N. TUTAVAE, comm. pers.) avec de gros blocs rocheux : petite population de Grewia tahitensisdans uneforêt de transition mésophile-hygrophileàRhus taitensisavec de grands bancouliersAleurites moluccana(Euphorbiaceae, « ti’a’iri » ou « tutui ») et envahi par Spathodea campanulata, le caféierCoffea arabica (Rubiaceae), avec de raresIxora sp.et Tarenna sambucinamanono »),(Rubiaceae, « Jossinia reinwardtiana(Myrtaceae) et Wikstroemia coriaceapar N.et sous-bois ouvert (« nettoyé »  (Thymelaeaceae, « ‘o’ovao ») TUTAVAE et H. MAITERE) envahi parLantana camara,Passiflora foetida, Elephantopus molliset la ronce épineuseRubus rosifolius(Rosaceae, « framboisier »). ||vers 580 m d‘altitude sur le plateau Tetamanu, au sein d’une forêt dense àHibiscus tiliaceus(Malvaceae, « purau ») avec rares arbresFicus prolixa var.prolixa‘ora »)(Moraceae, « et Claoxylon taitense (Euphorbiaceae) envahi parTecoma stans,Spathodea campanulata et localement par le « faux-pistachier »Syzygium cumini et »goyavier de Chine le « Psidium cattleianum(Myrtaceae), et sous-bois envahi parLantana camaraetRubus rosifoliusavec de rares orchidées terrestresPhaius terrestris etCalanthe triplicata, la fougèreMicrosorum membranifoliuml’orchidée épiphyte et Bulbophyllum longiflorum :marécage temporairement asséchéVaimo’ora » , anciennement appelé « Vaifanaura’amo’ora »ou « (littéralement la « mare de naissance des canards sauvages ») et actuellement « Pape menemene » (N. TUTAVAE, comm. pers. 2009) ; végétation basse et ouverte dominée parl’herbacée semi-aquatiqueLudwigia peploides subsp. peploides(Onagraceae)avec en bordure du marécageLudwigia octovalvis (Onagraceae),Commelina diffusa(Commelinaceae, « ma’a pape ») etPersicaria glabraune adventice d’introduction polynésienne et (Polygonaceae), utilisée traditionnellement comme plante médicinale appelée « tamore » ou « pitorea » (FLORENCE, 2004 ; MALARDÉ, 1938) ; dans la zone la plus inondée, la fougère indigène Cyclosorus interruptus. La partie sèche est colonisée par l’herbacéeSolanum americanum(Solanaceae) et le goyavier communPsidium guajava(Myrtaceae). ||vers 650 m d’altitude sous la crête Aranuanua et sur pente forte, petite population d’Erythrina tahitensis: CR), avec gros(statut UICN Nesoluma nadeaudiiet petite isolés population dePlanchonella tahitensis (syn.Pouteria grayana: CR) et de, statut UICN Santalum insulare (statut CR) :UICN : végétation ouverte semi-xérophileouxérique dominée par la grande graminée naturaliséeMiscanthus floridulus (« ‘a’eho ») et envahie par Tecoma stansavec de rares arbustes indigènes et endémiquesDodonaea viscosa(Sapindaceae, « ‘apiri »),Wikstroemia coriacea, la fougère indigènePteris cf. tremulaet la (Pteridaceae), liane indigèneJasminum didymum(Oleaceae, « tafifi »).
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||entre 550 et 570 m d’altitude, dans un vallon et ravins humides :forêt hygrophileà grands arbres indigènesNeonauclea forsteri« mara ») avec (Rubiaceae, Claoxylon taitense, Boehmeriavirgata(Urticaceae, « vai ro’a »), la liane ligneuse grimpanteFreycinetia impavida(Pandanaceae, « fara pepe » ou « ‘ie’ie »), et de raresPlanchonella tahitensisetFicus prolixavar. prolixa, envahi parSpathodea campanulataet raresMiconia calvescens(Melastomataceae), sous-bois avec la grande fougère terrestrePteris tripartita (Pteridaceae) ; en zone plus ouverte, petite population de l’arbre indigèneSapindus saponaria (Sapindaceae, « ‘ae’ae ») avec la liane indigèneStictocardia campanulata (Convolvulaceae) envahi par la liane grimpanteMikania micrantha(Asteraceae) et la ronceRubus rosifolius. ||entre 780 et 800 m d’altitude, en bordure nord du plateau Maraeti’a : forêt de transition mésophile-hygrophile dominée par l’arbre endémiquePlanchonella tahitensis(atteignant 60 cm de diamètre à la base, R. TAPUTUARAI, comm. pers.), les arbres indigènesAlphitonia zizyphoides« to’i »), (Anacardiaceae, Neonauclea forsteri,Serianthes myriadenia (Fabaceae, « faifai »), etFicus prolixavar.prolixaformant une canopée haute (15 à 20 m), semi-fermée ; en sous-bois en zone plus ouverte le petit arbre endémiqueOchrosia tahitensis(Apocynaceae), l’abrisseau indigèneJossinia reinwardtiana, les petits arbres endémiquesGlochidionsp. et Xylosma suaveolenssubps.suaveolens, le petit arbre indigènePsydrax odorata(Rubiaceae) et la lianePachygone vitiensiset le très rare arbre endémique (Menispermaceae) Zanthoxyllum nadeaudii (Rutaceae), et en zone plus humide et ombragée les petits arbres endémiques Claoxylon taitense,Myrsine cf. ovalis (Myrsinaceae) etPisonia tahitensis (Nyctaginaceae), plus rarementMacaranga taitensis (Euphorbiaceae),Merytacf. lanceolataet (Araliaceae) Pandanus papenooensis« fara »), les arbustes endémiques (Pandanaceae, Coprosma cf. taitensis,Psychotria cf. tahitensis etIxora cf. umbellata. (Rubiaceae), l’orchidée terrestre indigènePhaius terrestris et la fougère terrestre indigèneLastreopsis pacifica(Dryopteridaceae). L’une des crêtes sèches située en contrebas de ce plateau héberge une population d’une cinquantaine de santalsSantalum insularevar. insulare(J.-F. BUTAUD & E. POROI, comm. pers.). Il est notable de signaler l’absence remarquable dans toutes les zones prospectées des espèces endémiques du genreCyrtandrasur les plateaux et les vallons (Gesneriaceae) humides, ainsi que des fougères arborescentesCyatheaspp. (Cyatheaceae), témoignant vraisemblablement d’un environnement relativement plus sec que les vallées environnantes, comme celles de Papeno’o, plus au nord, ou de Orofero, plus au sud. L’arbre introduit envahissantMiconia calvescensest également peu commun sur les plateaux Tetamanu et Maraeti’a, en relation probable avec la nature faiblement acide des sols, peu favorables au développement de cette espèce (MEYER, 1994). L’envahissement par Lantana camaraetElephantopus mollisétait déjà mentionné sur le sentier traversant le plateau Tetamanu dans les années 30, où le goyavier communPsidium guajavaétait alors plus y commun («il faut se battre avec le lantana et le faux tabac pour pouvoir avancer. La marche est rendue terriblement pénible par cette brousse qui vous retient, vous griffe, vous balafre la figure.Nous passons le maraë de Tuatau, célèbre autrefois[.. .]mais toujours, faux tabac, lantanas et goyaviersMALARDÉ, 1938) et où », Tecoma stans etSpathodea campanulataétaient apparemment absents. La première espèce, introduite en 1845, était signalée comme abondante en 1934 dans le fond des vallées où elle pouvait être considérée par certains comme indigène («where one could have easily assumed it to be native», MUELLER-DOMBOIS & FOSBERG, 1998), la seconde a été introduite à Tahiti, comme plante ornementale dans le jardin botanique de Papeari, au début des années 30.
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Discussion, conclusions et recommandations La vallée de la Punaru’u est le deuxième plus grand bassin versant de Tahiti etla plus grande vallée de la côte ouest. En raison de sa localisation et son orientation, il s’agit d’une vallée relativement sèche(avec une pluviométrie moyenne comprise entre 1750 mm au niveau de la mer et 2400 mm sur le plateau Tetamanu situé à 600 m). | L’un des intérêts écologiques de ce site est la présence depopulations de 9 espèces végétales endémiques menacées et protégéespar la réglementation en vigueur en Polynésie française (arrêté n°1300 CM du 30 août 2007 modifié par l’arrêté n°306 CM du 20 février 2008) : les arbresErythrina tahitensis‘oviri »),« ‘atae (« oporovainui », Grewia tahitensis, Nesoluma nadeaudii,Planchonella tahitensis(syn. Pouteria grayana),Ochrosia tahitensis(« tamore mou’a »),Santalum insulare var.insulareahi »), (« Zanthoxyllum nadeaudii; l’arbustePolyscias tahitensis(« ‘apape monoi », Araliaceae, déjà cité par J. NADEAUD sous le nom dePanax tahitense, «dans les vallées de Tamanu» NADEAUD, 1873) et la petite orchidéeLiparis clypeolum. La présence de plusieurs autres espèces protégées sur le site dont l’arbre endémique de Tahiti et MooreaChristiana vescoana(Malvaceae), collecté dans la vallée de Punaru’u en 1896 (sous les noms deEntelea tahitensisNadeaud etBerrya tahitensisDrake) avec un «individu femelle en fruits à Tetaraa, vallée de Punaruu, 20 mai 1896; FLORENCE,», NADEAUD, 1897 2004) ; l’arbuste endémique de la SociétéAcalypha lepineisignalé dans «le fond des grandes vallées à Punaruu, Orofero, Papenoo» par J. NADEAUD (1873) ; l’arbrisseau endémique de TahitiOphiorrhiza tahitensis(Rubiaceae),cité sous le nom de O. subumbellatavar.glabraet «fréquente dans les dépendances de la vallée de Punaruu et sur le plateau d’Anaorii», NADEAUD, 1873). Le naturaliste Walter TEAMOTUAITAU aurait également retrouvé en juin 2005 (comm. pers.) l’arbre indigèneGyrocarpus americanus subsp.americanus (Gyrocarpaceae), déjà récolté par J. NADEAUD dans les vallées de Fautaua et Tipaerui, dans les précipices en station sèche (FLORENCE, 2004). |Outre leslambeaux de formations « sèches »(mésophiles à semi-xérophiles) de moyenne altitude trouvés en bordure du plateau Tetamanu et sur les pentes situées sous la crête Aranuanua (avec des populations importantes deErythrina tahitensis, Nesoluma nadeaudii, Planchonella tahitensis, Santalum insulare var. insulare), le plateau Maraeti’a possède un vestige de forêt naturelle de transition mésophile-hygrophileétageentre l’«  (ou mésotropical » et « hygrotropical » de R. H. PAPY, 1951-54) caractérisée par les grands arbres indigènes ou endémiquesPlanchonella tahitensis(32 arbres comptabilisés, soit la plus grande population connue à Tahiti),Alphitonia zizyphoides,Neonauclea forsteri,Serianthes myriadenia etFicus prolixa var.prolixaune canopée haute, et en sous-bois le petit formant arbre endémiqueOchrosia tahitensisarbres comptabilisés, soit la plus grande population (18 connue à Tahiti). Il s’agit d’uneformation végétale uniquesur l’île de Tahitipar sa structure et sa composition floristique. Parmi les autres plantes remarquables que nous avons notées, figurent la liane grimpante indigènePachygone vitiensis et le petit arbre indigènePsydrax odorata, extrêmement rares à Tahiti, plus communs à Moorea. |L’avifaune est également intéressante avec la présence de plusieurs populations de fauvettes ou rousserolles à long becAcrocephalus caffer(« ‘otatare »), restreintes aux massifs denses de bambousSchizostachium glaucifolium(Poaceae) en bordure de rivières, de nombreux ptilopes Ptilinopus purpuratus») et martin-chasseurs vénérés (« ‘u’upa Todiramphus veneratus (syn. Halcyonvenerata,« ruro ») dans les zones boisées. Nous avons également observé quelques
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salanganes de la SociétéAerodramus leucophaeus (« et les sifflements‘ope’a ») 2 caractéristiques du pétrel de Tahiti (Pseudobulweria rostrata, « noha ») sont régulièrement entendus de nuit au refuge (N. TUTAVAE, comm. pers., 2009). La zone marécageuse temporairement asséchée située au centre du plateau Tetamanu (« Vaimo ‘ora »), autrefois complètement ennoyée («petit étang qui en marque le centre est entièrement envahi par une herbe aquatique, le tamore» MALARDÉ, 1938), pourrait avoir été un site de nidification pour le canard à sourcilAnas poecilorhyncha(synsuperciliosa A. ) appelé « enmo’ora » tahitien. L’observation du monarque de TahitiPomarea nigrapar Noëlla (« ‘omama’o ») TUTAVAE en juillet 2009 dans un vallon boisé et humide situé sous la crête Aranuanua, qui sépare la vallée de Punaru’u des vallées de Maruapo et Papehue où niche cette espèce gravement menacée de disparition, témoigne d’un possible déplacement d’oiseaux d’une vallée à l’autre. La vallée de Punaru’u et le plateau Tamanu font partie dessites de conservation importants en Polynésie française(MEYERet al., 2005) et considérés comme ayant une priorité haute,en raison des menaces sur les milieux naturels comme l’urbanisation croissante et les pollutions dans la basse-vallée, les espèces introduites envahissantes (plantes et animaux comme les ratsRattusl’escargot carnivore spp., Euglandina rosea, le bulbul à ventre rouge Pycnonotus caferle merle des Moluques et Acridotheres tristis observé au refuge), la fréquentation humaine ancienne («il y a peu d’années encore, on y trouvait des bœufs et des chevaux, à l’état sauvage. Mais les chasseurs les ont peu à peu abattus jusqu’à disparition complète:» MALARDÉ, 1938) et contemporaine et les nombreuses activités associées cueillette des oranges entre fin juin et fin juillet ; chasse aux cochons sauvages autorisée en août (au piège et au fusil, mais pas avec les chiens) ; plus de 820 visiteurs locaux ou touristes ont visité le site en 2008 (N. TUTAVAE, comm. pers., 2009). Nous proposons de mener, en partenariat avec « l’Association pour la protection de la vallée de la Punaruu », unprojet expérimental de restauration écologique du vestige de forêt naturelle de transition mésophile-hygrophile situé sur la bordure du plateau Maraeti’a, d’une surface évaluée entre 2 et 5 hectares. L’objectif serait de tester la possibilité de reconstituer une forêt naturelle par : (1) la mise en place d’une clôture contre les cochons (présents sur le plateau) et les chèvres sauvages (relâchées par les chasseurs) ; (2) la dératisation pour permettre la germination des grainesin situcontribuer à une meilleure et survie des plantules ; (3) l’élimination « chirurgicale » et continue des plantes envahissantes présentes (principalementTecoma stans,Psidium cattleianum,Coffea arabica) ; et enfin (4) un suivi scientifique de la régénération de l’ensemble des espèces endémiques et indigènes, rares ou communes, dans des placettes permanentes préalablement installée par la Délégation à la Recherche. La zone marécageuse temporairement asséchée située vers 580 m d’altitude sur le plateau Tetamanu pourrait constituer, comme le plateau d’Anaori’i localisé au fond de la vallée de la Papeno’o (MEYER, 2009), une zone d’étude privilégiée pour desétudes palynologiques et paléo-écologiques permettant à la fois de retracer l’évolution de la végétation passée et d’étudier les impacts humains. Un sondage effectué avec une tige de « purau »Hibiscus tilaceusa révélé que la profondeur des sédiments accumulés dans cet étang est d’au moins 3 m. Enfin, nous recommandons que desprospections complémentairessoient menées dans les autres petits plateaux situés dans le fond du cirque de la Punaru’u, ainsi que les crêtes 2 Le premier pétrel bagué en 2008 a été retrouvé au sol, sur le plateau Tetamanu en zone ouverte près du sentier (N. TUTAVAE, comm. pers., 2009)
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montant au sommet des monts Tahiti (1368 m), Mahuta’a (1501 m), Teama’a (1532 m) et Vai’ava (1696 m) où d’autres espèces végétales remarquables (rares, menacées et/ou protégées) des séries mésophiles, hygrophiles et ombrophiles pourraient y être (re)découvertes. Unclassement en « espace naturel protégé »selon la réglementation sur la protection de l’environnement naturel en Polynésie française (Code de l’environnement, arrêté n°1843 du 15 décembre 2003) de certains des plateaux de la vallée de Punaru’u ou d’une partie de ces plateaux (cas de Maraeti’a) serait envisageable, dans le cadre d’un plan d’aménagement détaillé de la vallée impliquant les différents acteurs et utilisateurs (propriétaires fonciers, associations, services du Pays…). Signalons que le « plateau Tamanu » fait partie de la centaine de «Sites et Monuments Naturels Classés de la Polynésie française» depuis 1952 (arrêté n°865 du 23 juin 1952) selon le Code de l’aménagement de Polynésie française, et des 28 sites «appartenant au patrimoine naturel» suite à une proposition de la Délégation à l’Environnement à la Commission des Sites et des Monuments Naturels (CSMN) le 29 juillet 1993. Il a été reclassé en «paysage protégé» (arrêté n°1225 du 14 août 2000), l’une des catégories prévues par la délibération sur la protection de la nature, «dans le but d’assurer la conservation de paysage et/ou à des fins récréatives». Remerciements Je remercie chaleureusement Noëlla TUTAVAE, Harold MAITERE et Charles TEMAURI de « l’Association pour la protection de la vallée de la Punaruu » ; les consultants en botanique Jean-François BUTAUD et Ravahere TAPUTUARAI pour leur collaboration à l’inventaire préliminaire de la flore vasculaire, et la relecture de la fiche technique par ce dernier ; le Dr. Jacques FLORENCE (UMR Organisation, Systématique et Evolution de la Biodiversité, IRD, MNHN de Paris) pour la communication de données floristiques et l’identification de certaines fougères et plantes à fleur ; Natea MONTILLIER (Service du Patrimoine et de la Culture, Tahiti) pour les informations ethnologiques et linguistiques ; Didier LEQUEUX (Service de l’Urbanisme, section topographie) pour la fourniture d’une version provisoire de la nouvelle carte topographique de la vallée ; Célia TETAVAHI (GEGDP, Direction de l’Equipement) pour la communication des données pluviométriques sur le plateau Tetamanu. Références bibliographiques ACADEMIE TAHITIENNE, 1999. Dictionnaire tahitien-français. Fa’atoro parau tahiti-farani. Fare vana’a, STP Multipresse, Papeete. DRAKE DEL CASTILLO, E. 1893. Flore de la Polynésie française. G. Masson Editeurs, Paris. EMORY, K. P. 1933 (reéd. 1971). Stone Remains in the Society Islands. Bernice P. Bishop Museum Bulletin 116. , Honolulu. Kraus reprint Co. New York. FLORENCE, J. 2004. Flore de la Polynésie française. Volume 2. Editions de l’IRD, Publications du Muséum national d’Histoire naturelle, Paris. GRANT, M. L., FOSBERG, F. R. & SMITH, H. M. 1974. Partial Flora of the Society Islands: Ericaceae to Apocynaceae. Smithsonian Contribution to Botany 17, Smithsonian Institution Press, Washington. JAMET, R. 1987. Les sols et leurs aptitudes culturales et forestières. Tahiti (Polynésie française). Collection Note Explicative N°107, Editions de l’ORSTOM, Paris.
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ANNEXE : PHOTOGRAPHIE DES SITES D’ETUDE(clichés : Jean-Yves MEYER, Délégation à la Recherche, TahitiÓ). Photo 1.Vue de la basse-vallée de Punaru’u, les dernières habitations et la fumée de la décharge sauvage, et le rebord ouest du plateau Tetamanu (avec le pylône électrique).
Photo 2.Pentes sèches et petits vallons boisés sous la crête Aranuanua, habitats naturels des arbres endémiques protégésErythrina tahitensis,Planchonella tahitensis,Nesoluma nadeaudiietSantalum insularevar.insulare
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