Fuite des criminels nazis : le dossier noir du Vatican ?

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Fuite des criminels nazis : le dossier noir du Vatican ?

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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A C T U A L I T E Fuite des criminels nazis: le dossier noir du Vatican? Des auteurs accusent Pie XII et le Vatican dÕÍtre chef de lÕadministration SS en impliquÈs dans la fuite de nazis recherchÈs pour Ukraine (lire p.6), Mengele, mÈde-crimes de guerre.Au cÏur de la polÈmique, cin ‡ Auschwitz, Erich Priebke, lÕÈvÍque (honorifique) autrichien AloÔs Hudal.capitaine SS responsable du mas-sacre des fosses ardÈatines, Walter Rauff, inventeur de la technique imple. La recette est simple.dÕassassinat par les camions ‡ gaz, Pour passer de la ´haine HeinrichM¸ller, Herbert Kappler, reSil suffit de mon-bien dÕautres moins cÈlÈbres,connaissante ª, implacable ª‡ ´lÕadmiration chefde la Gestapo ‡ Rome, et com-ter dans un train. Telle est lÕaven-auraient tous bÈnÈficiÈ des services ture survenue ‡ la fin de la guerredu prÈlat. Farago avance le chiffre, ‡ Hans Ulrich Rudel, ex-as de laLut-invÈrifiable, dÕau moins cinquante waffemille nazis ayant pu ainsi sÕÈchap-et ex-combattant favori du F¸hrerper. Pour lÕamÈricain Michael. Entre Munich et Immens-tadt, Rudel partage son comparti-Phayer, lÕauteur rÈcent deLÕEglise ment avec ´une vingtaine deet les nazis(lire HCM n∞10): jeunes gens dÕallure virileª, vÍtus´ Incontestablement, la preuve est de ´lÕuniforme noirª de lÕEglisefaite de lÕassistance du Saint-SiËge catholique. TrËs vite les sÈmina-aux fuyards nazis. Pourquoi le Vati-ristes jÈsuites se pressent autour duMais il allait en connaÓtre ensuitecan encourage-t-il leur fuite en leur hÈros Ð Rudel fut trËs mÈdiatisÈun si grand nombre que, pendantfournissant de lÕargent, des certifi-par la propagandeÐ et confientdes annÈes, il rÈconfortait les fugi-cats et en faisant pression sur des quÕils sont dÕanciens officiers de latifs qui perdaient courage en leurEtats dÕAmÈrique du Sud pour Luftwaffeou des SS. Les pseudosdisant : ´ Ne dÈsespÈrez pas ! Il y aquÕils les acceptent? Avant tout jÈsuites rejoignent une cachetteencore quantitÈ de chemins quiparce quÕÍtre nazi ne fait pas dÕeux avant de sÕexfiltrer. Rudel nÕenmËnent ‡ Rome. ªdes criminels aux yeux de Pie XII. revient pas.Le voici devenu unLe chemin de Rome, juste-(...) Bien que Mgr Hudal sache alliÈ de ´lÕinternationale clÈri-ment. SÕil en est un qui a su le trou-quÕun certain nombre de rÈfugiÈs cale ª. Celle que le rÈgime lui avaitver, cÕest bien le fameux docteurquÕil a secourus, comme (...) Adolf pourtant appris ‡ haÔr ! LÕanecdote,mis en scËne dansAmen.,Eichmann, ont prÈsidÈ au dÈroule-le film tirÈe dÕun autobiographie, est rap-de Costa-Gavras. Il trouve refugement de la solution finale, nous ne e portÈe dansLe IVReichpouvons dire que le pape ou seslÕÈvÍque autrichien AloÔs(Belfond, chez 1975) un livre dont de larges ex-Hudal qui, en rÈcompense, lui offresous-secrÈtaires dÕEtat, Mgr Mon-traits paraissent dans lÕhebdoma-lÕArgentine !Si le docteur est untini et Mgr Tardini, le savent ; mais daireParis Match(Comment leils ont toutes les raisons de le soup-personnage fictif, ce nÕest pas le cas Vatican a sauvÈ les chefs SSdÕHudal. Non seulement il a existÈ). LÕau-Áonner, Mgr Hudal Ètant leur teur est un journaliste hongrois(1883-1965), mais il fut, selon sesagent. ª Au moment du lancement aujourdÕhui dÈcÈdÈ: Ladislasaccusateurs, un agent du Vatican,de son livre,The Unholy Trinity, Farago. Commentant lÕÈpisode dula plaque tournante des filiËrespubliÈ en 1992, et encore inÈdit en train Farago ajoute : ´ Ce fut la pre-dÕÈvasions, et un ami de Pie XII.France, John Loftus, un ancien miËre rencontre de Rudel avec uneAdolf Eichmann, Martin Bor-fonctionnaire du minitËre amÈri-mission de sauvetage de lÕEglise.mann, Klaus Barbie, Ottˆ Wachter,cain de la Justice, explique auBos-
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Pie XII Ètait-il contre le procËs de Nuremberg (photo) o˘ furent jugÈs les chefs nazis? ©Rue des Archives LÕÈvÍque Hudal (‡ droite) Ètait-il un agent du vatican? ©DRPar exemple, a-t-il cachÈ Otto Skorzeny (ci-dessous) comme lÕaffirmaient en 1950 la presse allemande et les communistes italiens ©Rue des Archives
ton Globe: ´ Que le Vatican essaie de diffamer (son) livre parce quÕil rÈvËle une Èvidence dÈsastreuse (pour lÕEglise, ndlr): deux papes (Pie XII et Montini, futur Paul VI, ndlr) ont personnellement super-visÈ les filiËres dÕÈvasions nazies. ª Plus prudent mais partageant les mÍmes convictions, Phayer affirme alors : ´ En permettant que le Vatican sÕoccupe de procurer des refuges aux bourreaux, PieXII commet la plus grande inconve-nance de son pontificat. ª Mais cependant une interro-gation demeure: onsait la haine que les nazis portaient ‡ LÕEglise catholique, comment expliquer, alors, le revirement de lÕEglise. Quel est donc le mobile ? Pour ces auteurs :la peur du communisme et la volontÈ de Pie XII de jouer un rÙle dans la reconstruction de lÕEu-rope ! LÕexistence dÕune Allemagne forte Ètant le cÏur de la stratÈgie dÕun pape par ailleurs germano-
phile. Voil‡,aussi, pourquoi Phayer interprËte nÈgativement les interventions de Pie XII en faveur des ´coupables de crimes de guerre ª.Par exemple quand il demande la gr‚ce dÕArthur Greiser responsable de la mort de milliers de polonais, dont de nombreux prÍtres. Et Phayer de penser que ´ selontoute vraisemblance, Pie XIIest opposÈ aux procËs de Nuremberg. ªSi la perspective dÕun proche affrontement avec le communisme a conduit certains services secrets, anglais et amÈri-cains, ‡ Ètoffer leurs Èquipes avec dÕanciens nazis, quel fut le rÙle du Vatican dans cet Èpisode peu connu, mais lourd de sens, qui se dÈroula dans le contexte dÕune Europe o˘ lÕun des premiers pro-blËmes Ètait celui des millions de personnes que la guerre, la poli-tique impÈrialiste nazie et lÕavan-cÈe de lÕarmÈe rouge avaient jetÈ sur les routes ?
Face aux critiques de ceux qui chargent le Vatican, le principal avocat de la dÈfense fut le jÈsuite amÈricain, aujourdÕhui dÈcÈdÈ, Robert Graham (lire HCM, n∞ 10). Dans son livrePapautÈ et espion-nage nazi, 1939-1945(Beau-chesne,1999), Graham confirme que Hudal a bien aidÈ des nazis ‡ fuir mais il ajoute que ce dernier ne reprÈsentait que lui, quÕil nÕavait ni organisation ni base financiËre, sauf les fonds du collËge (Sainte-Marie dellÕAnima) dont il Ètait le
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recteur (ce que reconnaÓt aussi Farago). Selon Graham: ´Sa prin-cipale contribution semble avoir ÈtÈ dÕÈcrire des lettres de recom-mandations, notamment aux dif-fÈrents consulats dÕAmÈrique latine. ªAinsi :´ HudalnÕavait aucune influence au sein du Vati-can en raison de ses penchants pro-nazis qui nÕavaient pas ÈchappÈ auxmonsignoride la secrÈtairerie dÕEtat (...) A leurs yeux Hudal Ètait un indicateur allemand avec lequel il fallait prendre ses prÈcautions: lÕÈvÍque ne pouvait pas rencontrer le pape ou le cardinal secrÈtaire dÕEtat pendant la guerre et ne pou-vait intervenir dans lÕorientation de la politique du Saint-SiËge.IndÈ-pendamment de lÕostracisme dont il faisait lÕobjet,lÕÈvÍque marron (son surnom ‡ Rome) Ètait omni-prÈsent dans le monde ecclÈsias-tique et social, vivier des rumeurs quÕil sÕempressait de transmettre ‡
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lÕambassade dÕAllemagne au Saint-SiËge. ªLÕaccueil nÕÈtait dÕailleurs pas meilleur ‡ lÕambassade o˘ on le considÈrait comme un ´idiot utile ª. CÕestquÕHudal avait une idÈe fixe: rÈconcilier catholicisme et nazisme. Pour lui lÕantichristia-nisme nazi Ètait lÕÏuvre dÕÈlÈ-ments extrÈmistes, pas lÕopinion profonde des chefs nationaux-socialistes. Toujours selon Gra-ham :´ HudalnÕhÈsita pas ‡ exa-gÈrer son influence au Vatican en affirmant agir officieusement au nom du papeª aussi, prenant les sources qui le concernent au pied de la lettre, ´de nombreux histo-riens de lÕaprËs-guerre le dÈcrivi-rent comme lÕÈminence grise du Vatican. ª RÈcemment, Loftus. Concernant le sort des anciens nazis, les plus folles rumeurs circu-lent dËs la fin de la guerre: Hitler est toujours vivant, Hitler fuit au Japon ‡ bord dÕun sous-marin, etc.
Pour Graham, les affirmations de Rudel, ou de Farago lui-mÍme, ce dernier prÈtend, photos ‡ lÕappui, avoir retrouvÈ Bormann, ne repo-sent sur aucune preuve. De mÍme, en 1961, au moment du procËs Eichmann, on a Ècrit que ce der-nier avait fui en Argentine gr‚ce ‡ un passeport du Vatican. L‡ encore, il nÕexiste aucune preuve et, comme le fait remarquer le pËre Graham, ce nÕest pourtant pas faute de les avoir cherchÈes. Les propos de Graham ont ÈtÈ indirectement confirmÈs ‡ deux reprises, en 1992 et en 1999, par le ComitÈ interna-tional de la Croix-Rouge qui a reconnu avoir dÈlivrÈ, Èvidem-ment de bonne foi, des passeports, ‡ Eichmann, mais, aussi, ‡ Barbie, Mengele ou Priebke. Savoir qui recommandait ces hommes ‡ la Croix-Rouge est une autre histoire mais, sur ce chapitre, il est certain, le pËre Graham le confirme, tout
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