Guerre d'Irak: Wikileaks épi

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Guerre d'Irak: Wikileaks épi

Publié le : mardi 5 juillet 2011
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P OL I T I Q U E
Guerre d’Irak:Wikileaks épi
CRIME.Les 400.000 fichiers classifiés de l’armée américaine mis en ligne, le 22 octobre 2010, par le site Wikileaks sont une dénonciation documentée des horreurs commises de sang froid par les forces alliées en Irak. par abdellatif mansour
a guerre d’Irak vue par le trou de la serrure. On peut L appeler comme cela les documents secrets mis en ligne, le vendredi 22 octobre 2010, par le site américain Wikileaks. Le chiffre fait sursauter. Pas moins de 400.000 fichiers classifiés, donc ultraconfidentiels, à usage sup-posé strictement interne, rédigés par les officiers de l’armée expédi-tionnaire américaine, entre 2004 et 2009. Wikileaks n’est pas à son premier coup d’éclat. En plein
mois de juillet 2010, 77.000 archi-ves toutes fraîches de la même source militaire, sur la guerre d’Afhganistan, avaient été dévoi-lées par le même canal. On avait alors parlé de «la plus grande fuite de l’histoire de la guerre». Cette fois-ci, l’opération est autre-ment plus importante. On y trouve un listing fastidieux de toutes les dérives d’une guerre secrète qui ne dit son nom que par les exactions et les meur-tres de sang froid commis par les
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Manifestation protestant contre les mauvais traitements infligés aux prisonniers irakiens.
Américains, en particulier, et les contingents des puissances coali-sées, en général. Une chronique monstrueuse d’une “violence ordinaire” en Irak. Les 400.000 rapports jettent un regard nou-veau sur le lourd tribut que les populations civiles ont payé à la guerre.
Cadavres éparpillés Sur une estimation globale de 150.000 morts, les civils sont à hauteur de 80%. Les cadavres de milliers de femmes et d’hommes, victimes d’exécutions sommai-res, sont officiellement décou-verts par les soldats américains au hasard de leurs patrouilles de ratissage. Par contre les mêmes rapports minimisent le volume des dégâts humains “collatéraux” causés par les frappes aériennes sans discernement entre insurgés armés et civils. De même que les cas de tirs à vue sur des véhicules pris pour une menace, sont réduits à leur plus simple expression. En face, les 3.771 soldats de la coalition et les 15.196 militaires irakiens, durant la même période (2004-2009), démontrent l’énorme déséquili-bre des pertes. Tout au long des six années cou-vertes par les rapports, la tor-ture est omniprésente. Comme pour les fosses communes et les cadavres éparpillés, les rédac-teurs des documents font mine de découvrir les pratiques de tor-ture globalement imputées aux
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ngle l’armée américaine
forces irakiennes. Les brûlu-res, les amputations et les dissolutions des corps dans des bains d’acide meublent ce fond documentaire en long et en large. Bizarrement, seuls 303 “allé-gations d’abus imputables aux forces de la coalitions” sont représentoriées, suite au scandale du pénitencier, désormais tristement célèbre, d’Abou Ghraib. Les visiteurs du site jugeront par eux-mêmes ce fabuleux trou de mémoire.
Une sale guerre Les documents de Wikileaks révèlent une autre dimension de la guerre d’Irak. Il s’agit “du conflit de l’ombre avec l’Iran”. Des encadreurs iraniens, mili-taires ou sécuritaires, jouent un rôle crucial dans le finan-cement, l’équipement et l’en-trainement des milices chiites en Irak. Les Gardiens (iraniens) de la révolution et le Hezbol-lah libanais sont les princi-paux mis en cause. Toujours est-il que ces informations corroborent l’importance du combat irano-américain, par Irakiens interposés, comme si une guerre pouvait en cacher une autre. En fait, avec ces rapports divilgués, nous ne sommes pas dans la révélation sensa-tionnelle, mais plutôt dans la confirmation, par l’illus-tration et le détail, que c’est vraiment une sale guerre que les États Unis mènent en Irak, avec un prix colossal en vies humaines, et en s’appuyant sur les alliés qui n’ont pas pris de gants.
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L’avis de Julian Assange, fondateur de Wikileaks: «La di-vulgation raisonnée a déjà changé le cours de l’Histoire de manière positive; elle peut en faire autant aujourd’hui et conduire vers un ave-nir meilleur».
Tarik Aziz condamné à mort, drôle de mascarade
Pa rA b d e l h a k N a j i b
a Haute Cour pénale irakienne PreLmier ministre de Saddam a condamné à mort, le 26 octobre 2010, l’ancien vice Hussein, Tarek Aziz, 74 ans. Motif? Son rôle dans l’élimination des partis religieux. Une condamnation que les observateurs attendaient puisque c’était là la dernière grande figure de l’ancien régime de Saddam Hussein dont la tête devait être déboulonnée. Déjà, en mars 2009, Tariq Aziz avait été condamné à 15 ans d’emprisonnement pour «crimes contre l’humanité» dans l’affaire de l’exécution de 42 commerçants en 1992. Puis, en août 2009, à 7 ans de prison pour son rôle dans les exactions contre les Kurdes chiites dans les années 1980. Après sept années passées en prison, l’ancien diplomate de Saddam doit donc servirde symbole pour la transition en Irak. Pourtant, dans le cas de Tariq Aziz, le choc semble prendre des proportions pour le moins terribles. Car plus rien ne s’oppose à la justice expéditive telle qu’elle a été mise en place à Baghdad. L’ancien ministre des Affaires étrangères irakien était pourtant un homme apprécié de la communauté internationale. Reçu par les plus grands chefs d’Etat, il a été de tous les cérémoniaux incarnant la bonne
gouvernance du régime irakien. Diplomate chevronné, doublé d’un grand homme de dialogue et de culture, il a sillonné le monde pour plaider à la fois la cause irakienne, mais aussi celle des pays arabes. L’histoire ne retiendra de lui, aujourd’hui, que le serviteur d’un Saddam Hussein diabolisé. Mais il en faut plus que des preuves pour faire de M. Aziz le suppôt du diable qu’on nous offre en spectacle aujourd’hui. Il faut dire aussi que sa confession chrétienne qui lui ouvrait, jadis, les portes de l’Europe, ne lui est pas d’un grand secours aujourd’hui. Pour l’histoire, signalons que c’est ce même Tariq Azizqui avait négocié le rétablissement des relations diplomatiques avec Washington en pleine guerre Irak-Iran, et le soutien occidental contre Téhéran. Reste que son refus de témoigner contre Saddam Hussein avait déjà scellé son sort. Ce qui est sûr, c’est que M. Aziz en savait sans doute trop sur les rapports entre l’Irak et l’Occident. Dans ces conditions, le libérer, comme il en avait été question et comme le demandaient sa famille et le Vatican, ne figure pas au rang des priorités du régime irakien. Comme quoi l’histoire se charge elle-même de décréter ses vérités et ses mensonges.
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