Hollywood refait la guerre d

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Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Hollywood
refait la guerre d
TOURNAGE:
Le cinéma
a fait du Maroc son
décor de pédilection
pour les films sur la
guerre en Irak et en
Afghanistan.
Par Abdelhak Najib
L
e phénomène n’est pas
nouveau. Que l’on ne s’y
trompe pas, les décors
naturels du Maroc ont
servi, depuis les années
20 du siècle dernier, les scénarii
américains et européens. Mais
c’est l’après 11 septembre qui
a défini d’autres règles pour les
tournages au Maroc. La lutte anti-
terroriste en Afghanistan dicte les
Tom Hanks. Pas moins d’une dizaine de gros budgets ont été tournés au Maroc.
scénarii de l’après 11 septembre
américain. Et la guerre en Irak
en 2003 vient parachever la ten-
dance.
Pas moins d’une dizaine de gros
budgets ont été tournés soit
intégralement soit partiellement
au Maroc. De Body Of Lies, avec
Leonardo Di Caprio et Russell
Crowe, à Lions et Agneaux, réa-
lisé par Robert Redford et met-
N°868 DU 1
er
AU 14 janvier 2010
MAROC HEBDO INTERNATIONAL
52
«
TOURNER
AU MAROC
EST UNGRAND
PLAISIR.
»
Tom Hanks
SO
CIÉTÉ
CREDIT PHOTO:DR
e d’Irak au Maroc
tant en vedette Meryl Streep et
Tom Cruise en passant par The
Situation, La Trahison, Détention
secrète, Charlie Wilson’s War,
Five Fingers ou encore Dans la
Vallée d’Elah et Cessez le feu,
ce sont là les grands films sur la
guerre en Irak, la lutte contre
le terrorisme et les combats en
Afghanistan.
L’important, c’est qu’une partie
du budget reste au Maroc
La guerre génère de l’argent.
C’est aussi vieux que l’histoire
humaine. Aujourd’hui, le cinéma
avec les centaines de millions
de dollars de budget par film,
c’est une manne pour le Maroc
d’abriter les super productions
hollywoodesques. Peu importe le
sujet, l’important, c’est qu’une
partie du budget reste au Maroc.
Propagande pour la sainte Amé-
rique, clichés sur le terrorisme,
dérives musulmanes et arabes,
héroïsme factice à l’améri-
caine, tous les films tournés au
Royaume ne sont pas logés à
la même enseigne de qualité.
Nanars cartonnant au box-of-
fice, bidouillages approximatifs
sur la vérité des guerres causées
par le terrorisme, mensonges,
fausses-vraies révélations, il y a à
boire et à manger dans le cinéma
de guerre tourné au Maroc. Le
pays se substitue aux décors de
Baghdad, de Fallouja, de Amman,
de Sanâa, de Mogadiscio, de Kan-
dahar, Peshawar et Rawalpindi.
D’abord l’Afghanistan, comme
moteur des bobines. Robert Red-
ford se lance dans un des films les
plus controversés sur la guerre
contre les Talibans. Avec Lions
et agneaux, il raconte l’histoire
complexe de plusieurs personnes
impliquées de près ou de loin
dans le combat américain contre
le terrorisme. Entre idéalisme et
naïveté, Redford signe un flop qui
fait date aux USA.
La plus improbable des alliances
secrètes
Dans la même veine, très
approxiamtive, Charlie Wilson’s
War ou La guerre selon Charlie
Wilson livre une autre facette
du conflit en Afghanistan. Il
s’agit de la vie du délégué du
deuxième District du Texas, Char-
lie Wilson. Personnalité flam-
boyante, l’Afghanistan lui offre
l’occasion de livrer son plus beau
combat. Trouvant trop timide la
réaction américaine à l’invasion
de l’Afghanistan par l’URSS, il
enrôla pour porter secours aux
Moudjahidin un agent d’origine
modeste snobé par la hiérarchie
et qui brûlait d’en découdre avec
les Russes.
On joue avec la réalité. On la
façonne
Charlie réussit à nouer la plus
improbable des alliances secrè-
tes entre le Pakistan, Israël et
l’Égypte, et à motiver la commis-
sion de la Défense pour allouer
les fonds nécessaires et faire
parvenir aux Combattants de la
Liberté les armes qui leur permet-
traient de lutter contre l’envahis-
seur. Les images de Ben Laden et
des Talibans défilent en filigrane
et livrent un rendu pâle et peu
crédible. Mais c’est Hollywood.
On joue avec la réalité. On la
façonne. On en fait ce qu’on veut.
Et c’est ce qui arrive avec Rendi-
tion, ou Détention secrète, dont
le seul mérite est de mettre en
vedette une actrice marocaine,
Zineb Oukach. Elle y partage l’af-
fiche avec des stars oscarisées
telles que Meryl Streep, Reese
Witherspoon et Jake Gyllenhaal.
Le film a été en partie tourné au
Maroc, dans les environs de Mar-
rakech. Pour le reste, scénario,
traitement cinématographique
et crédibilité historique, ce film
est un réel navet qui a pourtant
marché Outre-Atlantique.
Une vision étriquée qui donne le
change à un autre gros budget,
Five Fingers, où Saïd Taghmaoui
partage l’affiche avec Laurence
Fishburn. C’est l’histoire de
Martin, un jeune Hollandais qui
part au Maroc pour y accomplir
une mission humanitaire. C’est
un autre aspect de la guerre
■ ■ ■
L’avis de
Saïd
Taghmaoui
“Pour Trahison
comme pour
les autres
films, j’essaye
d’être en ac-
cord avec ce
que je veux.
Lorsque je
décide de
faire un film,
c’est pour des
raisons artisti-
ques ou politi-
ques. »
N°868 DU 1
er
AU 14 janvier 2010
MAROC HEBDO INTERNATIONAL
53
La phrase
du jour
« Le Maroc a attiré au cours du premier semestre
2008, plus de 17 productions cinématographiques
étrangères totalisant un investissement record
de 845 millions de dirhams.»
Noureddine Saïl
Directeur du Centre
cinématographique
marocain.
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DIRECT
SO
CIÉTÉ
S. Taghmaoui et L. Fishburn. Le souci de véracité est mis de côté en faveur des effets grandiloquents.
■ ■ ■
qui est filmé ici: la prise
d’otage filmée en intimité. Le
souci de véracité est mis de côté
en faveur des effets grandilo-
quents de la torture. Résultat: un
petit film sur un grand sujet.
Gommer toutes les approxima-
tions américaines
Dans ce tas de bobineries pas
trop au point, le cinéma améri-
cain et européen nous livre au
moins quatre films de bonne
facture. Dans la vallée d’Elah,
de Paul Haggis, sort du lot pour
son magnifique scénario et sa
mise en scène toute en subtilité.
Le film retrace le parcours
de
Mike Deerfield, un soldat signalé
comme déserteur après sa dispa-
rition lors de sa première permis-
sion au retour d’Irak. Son père,
ancien membre de la police mili-
taire, se lance à sa recherche.
Les indices troublants se font
de plus en plus nombreux, et
la vérité sur le séjour en Irak
de Mike Deerfield finit par écla-
ter, dérangeante. Un plaidoyer
vibrant contre la politique étran-
gère américaine vis-à-vis de l’Irak.
C’est ce qui touche aussi dans un
autre film, cette fois allemand,
à petit budget, mais qui a mar-
qué en 2009. Cessez le feu, une
périlleuse traversée du désert de
Bagdad à Fallouja de deux jour-
nalistes, d’un médecin, d’une
infirmière et d’un chauffeur ira-
kien, qui devient plongée dans
l’enfer.
Que ce film tourné au Maroc
parvienne à gommer toutes les
approximations américaines est
un réel tour de force. C’est cette
force que l’on retrouve dans Tra-
hison, où l’on retrouve encore
une fois Taghmaoui. C’est l’his-
toire de l’agent du FBI Roy Clay-
ton, qui enquête sur un complot
international. Tout semble accu-
ser l’ancien officier des opéra-
tions spéciales US Samir Horn,
personnage mystérieux aux rela-
tions inquiétantes. Est-il un traî-
tre, ou la vérité ne serait-elle pas
plus compliquée? Et la vérité est
toujours là on l’attend le moins.
C’est ce type d’interrogations qui
restent en suspens qui font de ce
film un vrai produit intelligent
qui réfléchit sur la guerre au lieu
d’en faire l’apologie.
Plongée dans les dérives
de la guerre
La même dichotomie vérité-men-
songe fait le sujet du gros budget
de Body Of Lies. Un film basé
sur le roman de David Ignatius,
journaliste connu du Washington
Post. Body of Lies raconte l’his-
toire de Roger Ferris (Leonardo
DiCaprio), un agent de la CIA qui
découvre des indices sur un ter-
roriste qui semble opérer depuis
la Jordanie.
Lorsque Ferris élabore un plan
pour infiltrer son réseau, il doit
d’abord s’assurer du soutien d’Ed
Hoffman (Russell Crowe), vétéran
de la CIA, ainsi que du chef du
renseignement jordanien. L’on se
perd dans les mensonges d’Etat,
les révélations criminelles, les
complots et le mercantilisme de
la guerre. Ce qui nous ramène à
The Situation, film tourné dans
la région de Zaër, où apparaît
l’acteur marocain Driss Roukhe,
aux côtés de Connie Nielsen et
Damien Lewis. Un film qui revient
sur un épisode poignant de la
guerre en Irak. Deux adolescents
irakiens tentent de traverser un
pont gardé par des militaires
américains. La confusion règne
et les deux jeunes sont jetés à
l’eau. L’un d’eux se noie. Anna
Molyneux, une journaliste améri-
caine enquête sur l’incident. Son
travail devient une plongée dans
les dérives de la guerre, sans fio-
riture ni sensiblerie.
À travers quelques films phares
sur la guerre tournés au Maroc,
on peut très vite constater que
le cinéma de propagande à de
beaux jours devant lui. Avec des
distributions de grandes stars et
de très gros budgets, le cinéma
refait l’histoire et la réécrit en
direct. Alors que d’autres cinéas-
tes plus consciencieux veulent
témoigner de l’horreur de la
guerre et en donner au moins
une image juste.
N°868 DU 1
er
AU 14 janvier 2010
MAROC HEBDO INTERNATIONAL
54
Faits
marquants
Reconnaissance:
Le journal amé-
ricain «Wall
Street Journal»
avait affirmé,
en décembre
2007, que le
Maroc est en
train de devenir
la destination
de choix des
productions
hollywoodien-
nes.
Retombées:
Le Maroc a
attiré au cours
du premier
semestre 2008,
plus de 17
productions
cinématogra-
phiques étran-
gères totalisant
un investisse-
ment record de
845 millions
de dirhams.
CREDIT PHOTO: DR
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