INTERVIEW de Mgr Michel PANSARD, Évêque de Chartres, sur Radio ...

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INTERVIEW de Mgr Michel PANSARD, Évêque de Chartres, sur Radio ...

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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INTERVIEW de Mgr Michel PANSARD, Évêque de Chartres, sur Radio-Grand Ciel,
enregistrée le 3 février 2009.
Père, le vendredi 23 janvier le Pape Benoît XVI a levé l'excommunication qui touchait 4
évêques de la Fraternité Saint Pie X. Vous devez avoir entendu beaucoup de réactions qu'en
pensez-vous?
Bien sûr, j'ai lu la presse, et le courrier trouvé à mon retour montre que la décision du Pape
Benoît XVI et sa médiatisation provoquent des secousses dans l'Eglise et du trouble, des
incompréhensions chez de nombreux catholiques.
Pourtant, c'était à la fin de la semaine de prière pour l'unité des chrétiens. Un geste du Pape,
signe de la miséricorde dont l'église est capable en vue de permettre de retrouver une unité
brisée devait nous réjouir, or il a provoqué des réactions diverses.
Il y a ceux qui s'inquiètent ou sont déconcertés. Le Pape n'en fait-il pas trop? N'en
fait-il pas trop après tout ce que les intégristes ont dit et répété sur les Papes, les
évêques, le Concile Vatican II, l'oecuménisme, la liberté religieuse, la réforme
liturgique...
Il y a ceux qui craignent que cet acte soit le signe d'un reniement du Concile Vatican
II et de ce qu'il a apporté à l'Eglise.
Il y a ceux qui se réjouissent de ce geste du Pape car ils souffrent d'une rupture et de
division parfois dans leur propre famille et espèrent qu'un chemin de réconciliation
est possible
Il y a ceux qui crient victoire, faisant comme si tout était réglé et que le Pape leur
donnait raison de s'être séparés et donnait aussi raison à Mgr Lefebvre.
Il y a enfin et ce n'est pas rien, le télescopage de cette levée d'excommunication avec
les propos négationnistes inacceptables d'un des quatre évêques concernés, à croire
qu'il souhaitait bloquer le processus.
J'y ajoute enfin un déficit de communication qui fait que j'ai été interrogé sur le sujet
avant d'avoir une information officielle de Rome, qui elle-même a du se décliner sur
plusieurs jours.
Tout cela montre, comme dans nos familles, après des ruptures, des incompréhensions, des
séparations, des violences et des souffrances, que les chemins de réconciliations sont
difficiles. Et les chemins de réconciliation ne se parcourent pas sans des exigences de
charité et de vérité et sans des partenaires qui acceptent de faire du chemin.
Pourquoi ces 4 évêques avaient-ils été excommuniés ?
Le 30 juin 1988, Mgr Lefebvre, sans mandat du Pape et
en contradiction avec un
avertissement préalable du Pape Jean-Paul II lui demandant de ne pas faire ces ordinations,
Mgr Lefebvre
ordonnait 4 évêques de la Fraternité Saint Pie X.
Cet acte grave de désobéissance particulièrement grave à l'égard du Pape, cet acte de rupture
de communion avec lui a entraîné son excommunication ainsi que celle des évêques qu'il
avait ordonnés. Ils étaient sortis de la communion de l'Eglise Catholique Romaine. Pour
reprendre l'image utilisée par Mgr H. Simon:
une barrière était tombée et un feu était mis au
rouge pour dire qu’ils étaient sortis.
Qu'est ce que ça signifie "levée d'excommunication" ?
Beaucoup ont confondu « levée d'excommunication »
et réintégration ou réhabilitation
automatique. Ce n'est pas le cas.
Essayons de comprendre l'intention du Pape. Le Pape Benoît XVI, théologien, est un bon
connaisseur de l'histoire de l'Eglise et des occasions manquées pour réparer les brèches de la
rupture de l'unité de l'Eglise. Quand il n'était encore que le cardinal Ratzinger, après avoir
essayé jusqu’au dernier moment d’empêcher Mgr Lefebvre de commettre l’irréparable, il a
partagé la souffrance de Jean-Paul II devant une brisure d'unité.
Un aspect important de
ministère du Pape est le service de l'unité de l'Eglise pour répondre à la prière pressante du
Seigneur « Qu'ils soient un ».
Le Pape a donc décidé de faire un geste envers ces 4 évêques, de leur
tendre la main le plus
loin possible
afin de permettre de renouer des fils d'un dialogues et de retrouver, si possible,
un chemin d'unité. Il fait comme une remise de peine suite à une faute sanctionnée.
Pour reprendre l'image du feu tricolore, cela signifie que le Pape a relevé la barrière pour ne
pas s'enfermer définitivement dans une séparation. Mais le feu n'est pas devenu vert, il est
devenu orange clignotant.
Car il y a des conditions au retour dans la pleine communion de l'Église.
C'est bien ce que le
Pape a précisé:
"
J'ai décidé ce geste de paternelle
miséricorde
parce que ces évêques m'ont
plusieurs fois manifesté leur vive souffrance de la situation dans laquelle ils se trouvaient
, a
expliqué le Pape.
J'espère que mon geste sera suivi par leur ferme engagement d'accomplir
le chemin encore nécessaire pour réaliser leur pleine communion dans l'Église, afin de
témoigner d'une authentique fidélité et d'une véritable reconnaissance du
magistère
comme
de l'autorité du Pape et du
Concile Vatican II
".
Quelles conséquences impliquent ce geste de "miséricorde paternelle" ?
Le Pape a posé un geste de miséricorde, il tend la main pour permettre le retour de ceux qui
veulent effectivement vivre dans l'unité de l'Église catholique, avec le Pape et les évêques.
Reste à savoir maintenant si ceux qui demandent à rentrer vont le faire. Est-ce qu’ils vont
tous rentrer ? Quand ? Dans quelles conditions ?
Vous le voyez, bien des questions
demeurent et un chemin reste à parcourir.
Le Concile Vatican II est-il remis en question ?
Non et pourquoi serait-il mis en question? Et par qui? Pas par le Pape, pas par les évêques
en communion avec lui. Le Concile Vatican II reste une boussole pour l'Église dans son
entrée dans le troisième millénaire et nous n'avons pas fini de le recevoir.
La Tradition de l'Église est vivante, elle ne s'arrête pas à une date précise. L’interprétation de
la Tradition est un acte du Magistère. Et, il ne faut pas inverser les rôles! « Aucun groupe
ecclésial ne peut se substituer au magistère de l'Église ».
A propos de Mgr Williamson et le négationnisme, quelle attitude doit adopter le Pape face à
cet évêque, désormais membre du collège apostolique ?
Mgr Williamson, a nié l'existence des chambres à gaz, participant ainsi avec certains à la
négation ou à la minimisation de la Shoa, de l'extermination de millions de juifs durant la
seconde guerre mondiale. Ces propos me scandalisent et m'écoeurent. Je ne peux que les
condamner fortement avec tous ceux qui sont justement indignés et scandalisés par de tels
propos mensongers. Et je veux exprimer ma sympathie à nos frères juifs injustement
blessés.
Je ne suis pas le Pape, mais le Pape a souvent rappelé que la bienveillance et la charité ne
peuvent s'exercer en opposition avec la vérité et il n'est pas homme a
accepter des
affirmations erronées ou négationnistes.
Ne rappelait -il pas avec force en octobre 2008 à des membres du Comité Juif International
pour les relations inter-religieuses:
« Je saisis volontiers cette occasion pour réaffirmer
l’engagement pour la réalisation des principes exposés dans la déclaration historique
Nostra aetate du Concile Vatican II. Cette Déclaration, qui a condamné avec fermeté toutes
les formes d’antisémitisme, a été aussi bien une pierre milliaire significative dans la longue
histoire des relations entre les catholiques et les juifs, qu’une invitation à une
compréhension théologique renouvelée des relations entre l'Église et le peuple juif. »
Dans le diocèse, nous avons la communauté des Jubelines et un des pèlerinages de
Pentecôte, quelle va être votre position ?
La bonne question serait: quelle sera leur position par rapport au geste du Pape? Sera-t-il
suivi «
p
ar leur ferme engagement d'accomplir le chemin encore nécessaire pour réaliser
leur pleine communion dans l'Église, afin de témoigner d'une authentique fidélité et d'une
véritable reconnaissance du
magistère
comme de l'autorité du Pape et du
Concile Vatican
II
".
Un mot de conclusion?
En tout cela n'oublions pas l'essentiel, l'Evangile qu'est Jésus le Christ! Un jour dans notre
histoire, il nous s'est approché de nous, il nous a rejoint, nous a mis ou remis en route. Lui
le Seigneur qui nous fait vivre et que nous avons envie de faire rencontrer. Je voudrais vous
relire ce texte d'un franciscain, Eloi Leclerc, que je méditai au moment où le Pape Benoît
XVI me nommait à Chartres.
« Le Seigneur nous a envoyés évangéliser les hommes. Mais as-tu déjà réfléchi à ce que
c’est qu’évangéliser les hommes ? Évangéliser un homme, vois-tu, c’est lui dire : Toi aussi,
tu es aimé de Dieu dans le Seigneur Jésus. Et pas seulement le lui dire, mais le penser
réellement. Et pas seulement le penser, mais se comporter avec cet homme de telle manière
qu’il sente et découvre qu’il y a en lui quelque chose de sauvé, quelque chose de plus grand
et de plus noble que ce qu’il pensait, et qu’il s’éveille ainsi à une nouvelle conscience de
soi. C’est cela, lui annoncer la Bonne Nouvelle. Tu ne peux le faire qu’en lui offrant ton
amitié. Une amitié réelle, désintéressée, sans condescendance, faite de confiance et
d’estime profondes. Il nous faut aller vers les hommes. La tâche est délicate. Le monde des
hommes est un immense champ de lutte pour la richesse et la puissance. Et trop de
souffrances et d’atrocités leur cachent le visage de Dieu. Il ne faut surtout pas qu’en allant
vers eux nous leur apparaissions comme une nouvelle espèce de compétiteurs. Nous devons
être au milieu d’eux les témoins pacifiés du Tout-Puissant, des hommes sans convoitises et
sans mépris, capables de devenir réellement leurs amis. C’est notre amitié qu’ils attendent,
une amitié qui leur fasse sentir qu’ils sont aimés de Dieu et sauvés en Jésus-Christ ».
Radio-Grand Ciel: enregistré le 3 février 2009.
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