La Chevauchée fantastique (John FORD, USA, 1939, 107 - Films à la ...

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La Chevauchée fantastique (John FORD, USA, 1939, 107 - Films à la ...

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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LA CHEVAUCHÉE FANTASTIQUE
Présentation
Épopée tumultueuse et palpitante mêlant intimement destins
individuel et collectif,
La Chevauchée fantastique
– chef-d’œu-
vre du western classique – est également une radioscopie
minutieuse de la société américaine de la fin du XIX
e
siècle.
Réalisation
D’origine irlandaise, John Ford débuta en 1912 comme acces-
soiriste sous la direction de son frère Francis. Né en 1894,
mort en 1973, cet auteur de plus de 130 films en 50 ans de car-
rière est considéré comme un monument du cinéma, « le plus
moderne des classiques, celui qui a inventé le western et peut-
être engendré le cinéma lui-même » (François Truffaut).
Synopsis
Vers 1880. Une diligence fend les plaines sauvages de l’Arizona à
travers les terres indiennes. À son bord, un médecin alcoolique et
une prostituée bannis, la femme enceinte d’un officier de cavale-
rie, un joueur professionnel, un négociant en whiskys, un banquier
véreux, le cocher et un shérif… bientôt rejoints par un hors-la-
loi en quête de vengeance. Tandis que la menace indienne se fait
plus pressante, des rapports de force s’instituent dans le convoi.
Ses occupants n’ont pas le choix : ils doivent collaborer.
Thèmes
Violence – Identité ; altérité ; racisme – Croyances religieuses ;
idéologies
– Enfance ; adolescence ; famille – Vie en société ;
conditions socio-économiques –
Adaptation littéraire
.
Le Far West au grand galop
LA CHEVAUCHÉE
FANTASTIQUE
Films
à la Fiche
VC3272
Pistes de réflexion quant au contenu
Les Préjugés
Une des scènes-clefs du film témoigne de l’inclination naturelle de
Ford à prendre parti, toujours de façon subtile, pour les exclus de
la société.
À la 6
e
minute, Dallas, femme « de petite vertu », doit quitter la ville
de Tonto à la suite des plaintes de bourgeoises de bonne souche.
Elle s’adresse à Boone, un médecin ivrogne subissant le même sort
qu’elle :
« N’ai-je pas le droit de vivre ? Qu’ai-je fait ? » et le toubib de lui
répondre : « Nous sommes victimes des préjugés. C’est une terrible
maladie. Ces vertueuses matrones balaient la ville de ses rebuts ».
Tout au long de sa carrière, Ford n’aura de cesse de montrer dans
ses films l’humanité, l’héroïsme même d’un être humain « quelcon-
que », d’« exalter l’homme en profondeur ». Ainsi, un des plus beaux
actes de bravoure du film sera précisément posé par Dallas et
Boone lors de l’accouchement de Mrs Mallory (43
e
minute).
Lutte des classes
Western classique par son cadre grandiose, son histoire et les
personnages typiques qu’il met en scène,
La Chevauchée fantastique
permet à Ford de s’adonner à son thème de prédilection, celui « du
petit groupe d’humains introduits par hasard dans des circonstances
tragiques ou dramatiques ». Et a fortiori d’observer l’évolution des
rapports qu’entretiennent des individus de classes opposées dans
l’espace confiné d’une diligence. Ford nous dresse à travers ces neuf
voyageurs un panorama quasi complet de la société américaine
de la fin du XIX
e
. Ces confrontations parfois ouvertes – Dallas et
Mrs Mallory se toiseront durant tout le périple – sont rendues
par la composition stricte du cadre et une multitude de détails
rigoureusement orchestrés par Ford. C’est le cas de la scène du
repas (27
e
minute) où le réalisateur finit par partager son cadre en
deux, après une valse hésitation pour l’attribution des places à table :
d’un côté, Dallas et Ringo, les rebuts, de l’autre, la « bonne société »
placée sous l’égide de Mrs Mallory. La société conserve ses conven-
tions, même dans l’adversité.
Éducation par le cinéma
Films à la Fiche -
La Chevauchée fantastique
2
Pistes de réflexion quant à la narration
Le héros fordien
Genre américain par excellence, le western est intimement lié
à l’histoire de la conquête de l’Ouest qui s’achevait tandis que
naissait le cinéma et qu’apparaissaient sur les écrans les premières
aventures des cow-boys. Plus que tout autre personnage du cinéma,
le héros du western s’est longtemps caractérisé par un profil bien
défini, propre à l’apogée du genre (1939-1952) à laquelle contribua
largement John Ford et dont l’acteur John Wayne (1907-1979) est
presque indissociable. Ce héros « fordien » est solitaire, dur, intègre
et incorruptible, respectueux mais maladroit avec les femmes, plutôt
taiseux et toujours à cheval entre l’illégalité et la loi (à laquelle il
collabore).
La Chevauchée fantastique
illustre bien ce personnage et
lui donne un rôle dans le récit qui l’instaure en héros.
Face au film
Représentatif du western classique,
La Chevauchée fantastique
peut inviter à une réflexion qui dépasse la dimension aventureuse
du récit pour chercher à mettre en évidence les valeurs indirec-
tement promues par le genre. Plus spécifiquement, le rapport à
l’autorité et à l’usage de la violence peut nourrir un débat qu’il
faut mettre en perspective. Les comportements des personnages
du film semblent se justifier dans le contexte d’un Ouest sauvage
à conquérir, où la justice et la sécurité semblent peu garanties.
Mais si ce contexte semble justifier que les héros se fassent
eux-mêmes justice et se déplacent armés, peut-on penser que le
western, mythifié dans l’imaginaire américain, encourage la pos-
session d’armes à feu et l’idée de la justice individuelle ? Plus lar-
gement, ces questions peuvent amener à réfléchir sur la légitimité
de l’autorité de l’État. Quels sont les critères qui différencient
l’univers du western de nos sociétés contemporaines ? À partir
de quel moment prétendre se défendre seul représente un risque
pour la société et non plus une nécessité ?
Éducation par le cinéma
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La Chevauchée fantastique
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Contexte historique
La Représentation de l’Indien au cinéma
Au cinéma, l’Indien évoque immanquablement le peau-rouge em-
plumé, peinturluré et barbare. Mais le western est plus complexe et
suit le pouls de la société américaine. Ainsi, le western des origines
déclinait-il une vision naturaliste de l’habitant légitime de l’Amérique
du Nord (
The Great Massacre
en 1912, par Thomas Ince), parfois
même pro-indienne (
The Silent Enemy
, P.J. Carver, 1930). En 1929, c’est
le krach boursier et l’Amérique souffre. Nécessitant une image posi-
tive et conquérante, son discours sur les Indiens change de ton. Des
réalisateurs prestigieux, dont John Ford, façonnent le mythe du grand
Ouest. L’Indien devient l’obstacle à éliminer dans la conquête. Quitte
à trahir la vérité historique, les films montrent un peau-rouge carica-
tural. Vers les années 50 s’opère une timide réhabilitation de l’Indien.
La Flèche brisée
(1950) de Delmer Daves est d’ailleurs considéré
Contextes
Ligne du temps artistique
1895 - Naissance du « cinématographe
Lumière », à Paris.
1903 -
The Great train robbery
de
Edwin S. Porter.
1924 -
Le cheval de fer
de John Ford.
1930 -
La piste des géants
de Raoul
Walsch avec John Wayne.
1939 -
La Chevauchée fantastique
de
John Ford.
1950 -
La Flèche brisée
de Delmer Daves.
1964 -
Les Cheyennes
de John Ford.
Ligne du temps historique
Déclaration d’indépendance des
États-Unis - 1776
Début des guerres indiennes
- 1778
Naissance de Géronimo - 1829
Massacre de Wounded Knee : 250 Sioux
sont assassinés - 1890
Après plusieurs évasions, Géronimo et les
prisonniers apaches sont déportés dans
une réserve - 1894
Au recensement, les Indiens ne sont plus
que 300 000 - 1896
La citoyenneté est accordée aux Indiens
d’Amérique du Nord - 1924
Films à la Fiche -
La Chevauchée fantastique
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comme le premier western pro-Indien du cinéma parlant.
Traité de raciste pour sa glorification du cow-boy au détriment de
l’Indien dans
La Chevauchée fantastique
, Ford répliqua : « Je préfère
l’action aux grands discours vides. La situation des Navajos était
catastrophique. Je leur ai fait gagner de l’argent en les engageant dans
mon film ». Et, avant même les cinéastes des « westerns de dénoncia-
tion » du début des années 70 –
Little big man, Willie boy
… – liés à la
crise identitaire d’une Amérique enfoncée dans le bourbier vietna-
mien, il consacra lui aussi une trilogie à la réhabilitation progressive
de l’Indien (
La Prisonnière du désert
,
Deux cavaliers
et enfin,
Les Cheyen-
nes
affichant, en 1964, une pitié tardive pour un peuple vaincu).
Contexte artistique
Le western naît avec
The Great train robbery
en 1903, dont le gros
plan d’un hors-la-loi faisant feu face à la caméra provoqua cris et
évanouissements. À l’époque du muet, le genre occupe une place
de choix dans la production et tient lieu de cinéma d’action (ba-
garre, courses de diligences, etc.). John Ford est déjà un réalisateur
central aux côtés de Raoul Walsh et de Cecil B. DeMille. L’arrivée
du parlant (1927) marque un coup d’arrêt, le western se fige dans
ses clichés et John Wayne fait son apparition (il est le héros de
La piste des géants
de Raoul Walsh en 1930). Avec
La Chevauchée
fantastique
, John Ford relance le genre et approfondit ses thèmes.
Le western devient plus réaliste et plus social. Dans les années 50,
selon le critique André Bazin, le genre passe au « sur-western »,
tendance caractérisée par une tentative de dépasser les récits
classiques du
far-west
au profit d’un approfondissement du psycho-
logique, du social et de l’esthétique. Les valeurs traditionnelles sont
remises en cause et le western se désenchante. John Ford participe
à cette évolution vers le western moderne et introduit dans ses
films des héros moins moraux, des incertitudes sur la légitimité de
la conquête de l’Ouest et esquisse même une dénonciation des
massacres des Indiens avec
Les Cheyennes
(1964). Moins aventureux
et moins simpliste, le western américain perd de sa fonction diver-
tissante et devient un thème prétexte à des réflexions critiques qui
dépassent le cadre du genre.
Contextes
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La Chevauchée fantastique
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Adaptation littéraire : « Boule de suif » au Far West
La nouvelle de Ernest Haycox, librement inspirée de « Boule de suif »
de Maupassant, servit de base au scénario de
La Chevauchée fantastique
.
Est-ce une adaptation ou une transposition de l’œuvre du roman-
cier français ? Homme économe de paroles, voici ce qu’en dit John
Ford lui-même : « Aucun critique n’a remarqué les similitudes : la
diligence et ses passagers bourgeois à bonne conscience ; la prosti-
tuée qui leur donne une leçon de courage à l’heure du danger. Nous
n’avons fait que remplacer la carriole française par une bonne vieille
diligence, les Prussiens par les Indiens et ajouter le cow-boy pour
donner un rôle à John Wayne et parce qu’un western a toujours
besoin d’un héros ». La nouvelle de Haycox était parue quelques
années auparavant dans un magazine. Poursuivant l’observation de
Ford, le scénariste Dudley Nichols ajoute : « L’histoire initiale était
bonne. Nous avons juste cherché à mettre le tout en bonne forme
et à créer des personnages, parce qu’ils manquaient à la nouvelle où
ils n’étaient qu’esquissés ». Il serait intéressant de pousser plus avant
la démarche comparative entre la nouvelle originale et le chef-d’œu-
vre de Ford. En s’attachant par exemple à décrypter les passages les
plus cinématographiques du livre, ou en y relevant, à contrario, ce
qui ne « marcherait » pas à l’image.
Notion de hors-champ fordien
Si l’on devait décrire le schéma actantiel du film, il est évident que le
principal opposant à la réussite de l’expédition se situe hors-champ :
il s’agit bien entendu de Géronimo (dont l’évocation du seul nom
terrorise les blancs du film) et ses guerriers implacables. Ces Indiens
apparaissent d’autant plus redoutables et « présents » qu’ils sont
invisibles durant les deux bons tiers du film. Ford les tient à distance,
hors-champ, mais signifie toutefois leur présence par des traces
palpables de leur passage (village incendié, pont détruit, cadavre d’une
blanche torturée, etc.).
Par ailleurs, les paysages grandioses, quasi infinis de Monument Valley
(qui introduisent au cinéma ces décors désormais entrés dans l’ima-
ginaire collectif) apparaissent eux aussi paradoxalement oppressants
par la menace qu’ils représentent (les lieux grouillent d’Indiens
« sauvages », du moins le suppose-t-on). Sensation de claustrophobie
encore renforcée par l’exiguïté de l’habitacle où sont confinés les
voyageurs durant leur périple.
Éducation au cinéma
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La Chevauchée fantastique
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Ford trace donc un double cercle autour de ses personnages (la
diligence est prise en étau entre les monts de Monument Valley) et
dose graduellement par ce moyen (et par le second « opposant » : la
lutte des classes évoquée en page 3) la tension jusqu’au « clash » final :
la fameuse scène de poursuite à bride abattue.
Lors de cette cavalcade derrière la diligence, les Indiens vont
tenter de se réapproprier le cadre (revenir dans le champ), et tout
l’enjeu consistera à les en empêcher. Autrement dit, comme l’écrit
Jean-Baptiste Thoret, il s’agira de « préserver le territoire déjà
conquis (la zone civilisée, donc le cadre) et de se rendre maître
des terres vierges. Tout ce qui provient du hors-champ fordien
doit impérativement y retourner (du moins dans le cycle consacré
par Ford à la cavalerie) afin de préserver intacte l’installation et la
progression de la démocratie américaine. »
Cette technique du hors-champ sera reprise avec plus ou moins de
bonheur par les chantres du film d’horreur. En effet, tandis que pour
Hitchcock, plus le méchant est réussi, plus le film est bon, pour les
créateurs de films d’épouvante, l’adage serait plutôt : « Plus tard on
voit le monstre (plus on diffère son apparition dans le cadre), plus
l’angoisse, - proche parfois du point de rupture - est forte », et donc
génératrice de plaisir. Ainsi, Ridley Scott ne laisse entrevoir une partie
de « sa » bête qu’aux alentours de la 50
e
minute dans
Alien
.
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Fiche technique
Film américain / 1939 / Noir et blanc / 91’
Réalisation
: John Ford.
Scénario
: Dudley Nichols, d’après la nouvelle de Ernest Haycocx,
Stage to Lordsburg.
Interprétation
: John Wayne, Claire Trevor, Thomas Mitchell,
John Carradine, George Bancroft.
Références
Patrick Brion,
John Ford
, Éd. de la Martinière, 2002.
Jean-Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier,
50 ans de cinéma
américain
, Éd. Omnibus, 1995.
Sous la direction de Jacques Legrand,
Chronique du Cinéma
, éd.
Chronique, 1992.
Jean Mitry,
Histoire du cinéma, tome 4
(1930/1940), éditions Jean-
Pierre Delagre, 1980.
Internet
Une lecture complémentaire sur le site Frames :
http://frames.free.fr.
Filmographie sélective
1928 : Les quatre fils, 1935 : Le Mouchard et Steamboat Round the
Bend, 1939 : Sur la piste des Mohawks, Vers sa destinée et La Che-
vauchée fantastique, 1940 : Les Raisins de la colère, 1948 : Le Mas-
sacre de Fort-Apache, 1950 : Rio Grande et La Charge héroïque ;
1956 : La Prisonnière du désert ; 1961 : L’homme qui tua Liberty
Valance ; 1962 : La Conquête de l’Ouest ; 1964 : Les Cheyennes.
Signalétique
Tous publics.
Informations complémentaires
www.lamediatheque.be
La Médiathèque, mai 2007
Éditeur responsable : Jean-Marie Beauloye
Place de l’Amitié, 6 - 1160 Bruxelles
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