Machines désirées

De
Publié par

Quels parallèles peut-on tisser entre la construction du corps cyborg et la construction du féminin au cinéma ? Au contact des films d'animation de science-fiction Ghost in the Shell et Ghost in the Shell 2 : Innocence du réalisateur japonais Mamoru Oshii, cet ouvrage cherche à éclairer les fonctionnements de ces constructions, mais aussi à identifier les mécanismes du désir associé au corps artificiel et au corps féminin. Que reste-t-il du désir et de l'identité à l'époque de leur reproductibilité technique ?Š
Publié le : vendredi 1 avril 2011
Lecture(s) : 168
EAN13 : 9782296803930
Nombre de pages : 152
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
  
  
 MACHINES DÉSIRÉES La représentation du féminin
dans les films d’animationGhost in the Shell de Mamoru Oshii  
 
      
  
 
               
               
 © L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris  
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  
ISBN : 978-2-296-54444-4 EAN : 9782296544444
Frédéric CLÉMENT  MACHINES DÉSIRÉES La représentation du féminin dans les films d’animationGhost in the Shell de Mamoru Oshii                 
Collection « Cinémas d’animations »
Dirigée par Sébastien Roffat 
 
Mobile, indécis, turbulent, rétif à la définition, le film d'animation ne se laisse pas facilement appréhender. La tentative de définition lui est quelque peu chimérique tant la diversité de ses formes, de ses techniques et de ses ambitions cont raint à une définition ouverte. Le terme même de "film d'animation couvre un éventail si large de " pratiques artistiques et techniques, qu'il ne saurait désigner un ensemble homogène du point de vue esthétique. La collection "Cinémas d'animation " ut le chantr e de cette incroyable diversité. s se ve  
 
Déjà parus
Jérémie Noyer,Entretiens avec un empire. Rencontres avec les artistes Disney. Les grands classiques de l’animation : volume 2 : de DinosaureàToy Story 3, 2010.
 Jérémie Noyer,un empire. Rencontres avec les artistesEntretiens avec Disney. Les grands classiques de l’animation : volume 1 : deBlanche-Neige et les sept nainsàTarzan, 2010.  Stéphane Le Roux,Isao Takahata, cinéaste en animation, 2010.
Pierre Floquet,Le Langage comique de Tex Avery,2009. 
 
 
Remerciements Je tiens à remercier mon directeur à la maîtrise, Jean-Pierre Sirois-Trahan, pour ses conseils, son encadrement et le temps quil a consacré à laccomplissement de cette aventure. Je le remercie aussi de tout lintérêt porté à ce projet, un facteur important qui a contribué à sa pleine réalisation. Merci à Madame Huguette Dagenais, professeure au Département danthropologie de lUniversité Laval. Merci aussi à léquipe de lUniversité féministe dété et du Diplôme détudes supérieures spécialisées en études féministes, notamment Dominique Tanguay et Katherine Hébert-Méthée. Merci à Sonia Engberts, chargée de cours à lÉcole des langues vivantes pour les conseils linguistiques et sa passion communicative pour le Japon. Merci à Madame Marie-Claire Belleau, professeure à la Faculté de droit de lUniversité Laval et à Monsieur Germain Lacasse, professeur au Département dhistoire de lart et détudes cinématographiques de lUniversité de Montréal pour la lecture attentive de cet ouvrage et leurs commentaires constructifs. Merci aux fondateurs et aux membres de lAnime and Manga Research Circle lespace de discussion quils fournissent et la pour hauteur des propos échangés au sein du groupe. Merci à ma mère de mavoir appris à lire et à écrire, entre autres très belles choses. Un merci tout particulier à ma fiancée pour son bonheur constant et contagieux, ainsi que ses commentaires judicieux tout au long de ce parcours.
Introduction
« Il ny a pas dêtres humains dansGhost in the Shell 2 : Innocence. Les personnages sont tous des poupées à forme humaine, des robots. Les hommes ont toujours créé des robots à leur image. Je me demande bien pourquoi. [] Pourquoi les gens font-ils des choses aussi illogiques ? En essayant de répondre à cette question du point de vue de la poupée, jespère mieux comprendre la
nature humaine. » Mamoru Oshii1Ces paroles, que lon peut retrouver dans le dossier de presse du film danimation : InnocenceGhost in the Shell 2 de sa lors présentation en compétition officielle au Festival de Cannes en 2004, illustrent bien le parti pris du réalisateur japonais Mamoru Oshii2propos des robots, des cyborgs, des androïdes et des  à autres automates quil met en images dans ses films. Au cur de sa réflexion, qui parcourt la majorité de son uvre depuis les années 1980  dessins animés, films en prise de vue réelle ou romans  , semble se trouver cette question : « Sommes-nous encore humains ? ». Ghost in the Shell(1995)3et sa suite,Ghost in the Shell 2 : Innocence, sont des films danimation qui proposent une réflexion sur un 1 Sélection officielle. Festival de Cannes 2004.Production I.G, « in the Ghost Shell 2 : Innocence», 2004, (dossier de presse non paginé). 2 Pour lensemble de cet ouvrage, les noms japonais seront présentés sous la forme occidentale, soit le prénom suivi du patronyme. Si, dans lemploi dune citation, lordre japonais (patronyme suivi du prénom) est retrouvé, nous conserverons lordre japonais. 3 2008, le réalisateur a réalisé une « En à jour mise de »Ghost in the Shell. On trouve dans ce film, intituléGhost in the Shell 2.0, plusieurs modifications essentiellement visuelles. Parmi celles-ci : les intertitres du générique douverture sont refaits, certains plans ont été réalisés en 3D, la teinte verdâtre retrouvée dans plusieurs plans du film original est maintenant orangée et une apparition angélique a été retirée à la fin du film. Au niveau sonore, le personnage du Marionnettiste, interprété par un homme dans loriginal, est maintenant
9
nombre important de dichotomies. Les couples apparemment antinomiques que sont le réel et le virtuel, lhumain et lautomate, le masculin et le féminin sont ceux qui reviennent, tels des motifs, dans les deux films. Oshii développe ses uvres là où se rencontrent ces dichotomies, bien conscient que ces réalités ne sont pas des oppositions binaires, mais bien des pôles mouvants aux extrémités dun continuum parcouru dune infinité de tons et de densités. Le bagage théorique que nous utiliserons tout au long de cet ouvrage est hérité principalement de deux sources : les théories féministes sur le cinéma et le courant féministe postmoderne. Comme son nom lindique, ce dernier courant de pensée se distingue des mouvements féministes qui lont précédé, ceux-ci étant davantage liés aux idéaux de la modernité tels que luniversalité, lespoir dun avenir meilleur et les projets sociaux communs. Le féminisme postmoderne privilégie létude de lindividu plutôt que celle du groupe, allant même jusquà remettre en question la validité de la catégorie « femme ». Cest au contact de trois textes de la mouvance féministe postmoderne que nous entreprendrons notre analyse du féminin dans les deux films de Oshii, soit les ouvragesTrouble dans le genre(2004 [1990]) etBodies That Matter (1993) de Judith Butler, ainsi que leManifeste cyborg(2007 [1985 et 1991]de Donna Haraway. Ce choix ne vise évidemment pas à présenter un panorama complet de ce courant pluriel, contesté et parfois paradoxal de la pensée féministe quest le féminisme postmoderne, dautant plus que les deux philosophes mentionnées ne se réclament pas directement de létiquette « féministe postmoderne ». Trouble dans le genre est reconnu comme lun des ouvrages fondateurs du féminisme postmoderne, à la fois pour sa critique des identités de genre et par la démonstration de leur caractère éminemment construit. Si Judith Butler semble ambivalente quant à son appartenance au féminisme postmoderne, les auteurs qui associent Butler à ce courant de pensée « ne se comptent plus
interprété par une femme. Dans le cadre de cet ouvrage, cest la version de 1995 du film qui est abordée.
10
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.