Proposition de recherche 04-05

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Proposition de recherche 04-05

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Du lieu pour soi au chemin vers l’autre
Espace, éthique et communication
Charles Perraton
Proposition de recherche — 2004-2005
GERSE (Groupe d’études et de recherches en sémiotique des espaces), UQAM
Prenons un observateur philosophe qui commence son voyage par les sauvages
des Montagnes Rocheuses et se dirige vers notre côte est. Là-bas, il pourrait
observer des gens vivant au degré le plus primitif d’association, sans autre loi que
celle de la nature, qui s’alimentent et se couvrent de la chair et de la peau des
bêtes sauvages. Il trouverait ainsi à notre frontière des Indiens à l’état pastoral, qui
élèvent des animaux domestiques pour pallier les déficiences de la chasse.
Viennent ensuite nos propres concitoyens à demi barbares, pionniers de la
marche de la civilisation, et en avançant de la sorte, notre observateur
rencontrerait par degrés les diverses nuances du progrès de l’homme avant de le
trouver à son état le plus avancé jusqu’à maintenant dans nos ports maritimes. Ce
voyage est en fait dans l’espace l’équivalent d’un survol dans le temps du progrès
de l’homme depuis l’enfance de sa création jusqu’à nos jours.
Thomas Jefferson, cité par H.N. Smith,
Virgin Land : the American West as Symbol
and Myth
, Cambridge, Mass., 1950, in Peter Farb
, Les indiens : essai sur
l’évolution des sociétés humaines
, Paris, Seuil, 1972, p. 302-303
Disney, maître des lieux
Les trois dernières années du Gerse ont été riches et fécondes en réflexions de toutes sortes sur
l’espace au cinéma. Pour la nouvelle année, je souhaiterais qu’il en soit de nouveau ainsi. Voilà
pourquoi je crois nécessaire de penser la suite des choses dans le prolongement de ce que nous
avons entamé l’an passé. Le choix de notre thème de travail devrait donc s’articuler à la réflexion
en cours. Or, non seulement avons-nous progressé de manière générale dans notre lecture des
textes de Foucault, mais nous avons aussi avancé dans notre compréhension de l’expérience
d’aller au cinéma, qu’il s’agisse de l’expérience lors de la représentation en salle ou de celle qui
se poursuit après.
Trois conditions s’imposent dès lors pour la réussite de notre séminaire : il faut que le sujet
apparaisse pertinent à vos yeux, de même qu’aux miens et à ceux du public de notre prochain
colloque et des lecteurs de notre prochaine publication.
Si l’on se reporte aux conclusions de notre dernier colloque, le concept d’
hétérotopie
s’est avéré
déterminant pour l’analyse et la compréhension de l’univers culturel disneyen. En permettant de
voir autrement l’espace auquel nous appartenons, l’hétérotopie nous a plongé en effet au coeur de
l’expérience d’une inquiétante étrangeté. L’hétérotopie a ouvert sur une expérience au terme de
laquelle résulte quelque chose d’autre que ce qui était là au départ; une expérience permettant de
voir autrement et de transformer la réalité familière en un espace autre par la dramatisation du
regard.
Plus qu’un simple lieu d’attraction, nous pourrions dire – pour prolonger la typologie de Foucault –
que le parc thématique disneyen est une
hétérotopie de recentrement
, c’est-à-dire une utopie
concrète où le visiteur actualise « le récit mythique instaurateur de la société dans laquelle il
vit » (Marin, 1973 : 299). Dit autrement, le parc thématique nous a paru un dispositif opérateur de
rêve. Par son aménagement de l’espace en zones thématiques (les différents « lands »), il se
présente en effet comme un instrument de divertissement permettant la réalisation de la promesse
de bonheur. Il est ainsi un dispositif spatial de pouvoir et de communication visant à faire du
visiteur un élément du dispositif et l’objet d’une rhétorique objectivante et rassurante. Fort de ses
techniques et de ses moyens de communication, le dispositif détermine les relations de pouvoir à
l’intérieur desquelles les individus sont intégrés et pris en charge. Bref, sur la base de ce que nous
pouvons comprendre la proposition culturelle disneyenne, l’Amérique reste toujours prise avec sa
manière de penser les différences : les minorités ont aussi peu leur place à Disneyland que sur le
territoire des États-Unis. À la réalité des conflits, Disney a substitué une idéologie qui fait
l’économie de la réalité…
On a vu que le visiteur était convié à un parcours initiatique en territoire imaginaire où l’Amérique
des grands mythes se fait rassurante. Plus qu’un simple camp retranché se refermant sur lui-
même, le parc se présente comme un espace alternatif qui enferme le reste sur lui-même (tout ce
qui n’est pas le parc). À cet égard, le concept d’hétérotopie a non seulement permis d’analyser les
lieux et les pratiques qui s’y rattachent, mais aussi de problématiser l’ensemble de la question de
l’espace, en pensant plus particulièrement l’articulation des lieux et les mouvements qui mènent
de l’un à l’autre. Disney est à cet égard « révélateur » (au sens que l’on donne à ce terme en
photographie :
ce qui rend visible l’image latente
) des valeurs idéologiques de la culture
américaine, et il peut aussi produire un effet « contaminateur » (toujours en photographie, on lave
« à grande eau » le papier sensible sur lequel agit le révélateur pour éviter qu’il ne brûle) sur
l’ensemble du continent.
C’est justement ce rapport entre le parc et le continent que nous questionnerons cette année, ce
rapport entre ce que le lieu révèle sur le rapport du soi à l’espace et ce qu’il a comme incidence
sur l’ensemble du continent dans les rapports du soi à l’autre.
Le
lieu pour soi
et le
chemin vers l’autre
.
Le lieu permet à l’homme d’avoir sa place et au sujet d’avoir lieu d’être (Sibony, 1986). C’est à cet
endroit qu’il s’identifie et se prolonge dans la communauté; c’est aussi à partir de là qu’il mesure la
distance qui le sépare des autres. Le lieu devient le terme et le point de départ de ses
déplacements, du chemin qui le mène vers l’autre. Mais lorsqu’il se réduit à la visée du but à
atteindre, le chemin peut être négligé au nom du lieu à prendre (Boyadiev, 1990 : 19). C’est là
peut-être la leçon qu’il faut tirer de l’histoire de la conquête – aussi bien celle de la mer océane
que celle du nouveau monde.
Si le chemin et le lieu sont au centre de la symbolique occidentale, le rapport qui les unit n’a cessé
de se modifier. Alors qu’il était de tradition de considérer le chemin comme la valeur symbolique
principale, c’est le lieu qui prend de l’importance au Moyen Âge. Pour la société médiévale, le lieu
est en effet la valeur cardinale puisque tout fonctionne en système clos. Qu’il s’agisse de l’Église
ou du monastère, de la Corporation ou de la cité elle-même, tout s’y trouve pour spécifier : « la
stabilité, la fixité, la répétitivité, l’enfermement dans les limites d’un fragment du
monde » (Boyadiev, 1990 : 17). Or, c’est paradoxalement dans de tels lieux offrant des
« conditions favorables à la sécurité et à la tranquillité » (Boyadiev, 1990 : 17) que s’entreprennent
les parcours les plus longs et les plus difficiles. C’est notamment le cas des moines qui
s’enferment pour entreprendre leur expérience spirituelle, pour réaliser leur aventure mystique, en
quête de vérité, le lieu ouvrant ainsi la porte au changement.
À la Renaissance, on substitue l’horizontal au vertical dans la nouvelle manière d’expérimenter
l’espace. Le chemin devient l’occasion de sortir des lieux communs et de s’ouvrir à de nouveaux
horizons, de mettre en question ses certitudes et de s’exposer à la rencontre de l’autre.
C’est à l’époque de la Renaissance que l’homme lève les yeux et regarde autour de lui. Il ne
regarde plus au-dessus de lui, perdu dans les mystères sacrés des cieux, plus en dessous de
lui, frissonnant devant les horreurs ardentes de l’Enfer, plus en lui-même, prisonnier des
questions vitales de son obscure origine ou encore de plus sombres dispositions. Il porte son
regard devant lui, embrassant la terre entière et reconnaissant qu’elle est sa propriété.
(Glaser, 1992 : 25)
Dans son texte « Des espaces autres », Foucault rappelle que l’espace de localisation au Moyen
Âge laisse la place à l’étendue à partir de Galilée au XVII
e
siècle, et que « l’emplacement se
substitue à l’étendue » de nos jours. Il précise également dans ce texte que, « l’emplacement [se
définit] par les relations de voisinage entre points ou éléments ». Dès lors, la question qui se pose
selon lui est moins celle de savoir « s’il y aura assez de place pour l’homme dans le monde » que
de « de savoir quelles relations de voisinage, quel type de stockage, de circulation, de repérage,
de classement des éléments humains doivent être retenus de préférence dans telle ou telle
situation pour venir à telle ou telle fin. Nous sommes à une époque où l’espace se donne à nous
sous la forme de relations d’emplacements » (Foucault, 2001 : 1572). À l’instar de Foucault,
j’aimerais questionner cette année de telles relations.
J’aimerais questionner la figure du
lieu pour soi
à partir du mythe de Robinson et celle du
chemin
vers l’autre
à partir de la légende de la conquête de l’Ouest américain. Pourquoi choisir ces deux
cas de figure? D’abord parce qu’ils se trouvent déjà au centre de l’hétérotopie disneyenne : sous
la forme générale du parc thématique fermé et sous la forme particulière des « lands » et de
l’itinéraire qui les réunit. Ensuite, parce que cette proposition de monde de Disney se trouve aussi
bien précédée que relayée par celle du cinéma d’Hollywood.
L’île de Robinson ne serait-elle pas le prototype de l’espace hétérotopique, le lieu par excellence
pour soulever la question de l’autre en l’absence d’autrui? Ce qui n’est pas sans rappeler que le
« paradis sur terre » proposé par Disney se fait au prix de l’effacement des différences et de
l’évitement de véritables rencontres. Le mythe de Robinson est aussi important pour penser la
relation de l’individu à l’espace dans une perspective communicationnelle. Pourquoi penser la
question de l’autre en termes communicationnels? Que reste-t-il de la communication dans
l’expérience de l’espace vécu par Robinson? Voilà autant de questions que développe Tournier
dans ses ouvrages sur le sujet :
Vendredi ou les limbes du Pacifique
,
Vendredi ou la vie sauvage
,
La goutte d’or
et
Le vent paraclet
.
Robinson est le mythe de notre temps par la réponse qu’il offre à un de nos problèmes
majeurs, celui de la solitude. Il en est le héros et la victime, il sait merveilleusement
l’aménager et renouer avec la nature, l’innocence et le paradis perdu dont chacun de nous
garde la nostalgie. Le corps librement épanoui est restitué à l’innocence d’un désir
élémentaire. Il n’a que des rapports fraternels avec ses semblables et réalise le rêve de la
jeunesse éternelle et du bonheur dans un Eden retrouvé. (Guichard, 1989 : 127)
L’expérience de la solitude n’est-elle pas ce que le visiteur expérimente au milieu de la foule dans
un parc thématique disneyen? Et ce mythe de Robinson n’est-il pas celui de la solitude avec ses
deux versants : le désespoir de l’homme incapable de vivre seul et la solitude conquise et
aménagée. Les parcs disneyens ne sont-ils pas des lieux aménagés pour faire l’éloge de la
conquête des techniques et des capacités d’administrer le monde en l’absence d’autrui?
Ce mythe de la solitude se combine évidemment à d’autres mythes dont celui du paradis perdu
(l’île paradisiaque, l’innocence d’avant la chute, etc.), ou du retour aux origines (le bon sauvage,
etc.), ou encore de la supériorité de la civilisation. Il renvoie également au mythes américains du
nouveau monde (sur la route du soleil couchant, on part à la recherche du soleil levant), de la
frontière et du continent aux ressources illimitées. Avec la conquête de l’Amérique en général et
de l’Ouest américain en particulier, c’est la figure du chemin vers l’autre qui s’impose. Chacun à
leur manière, le conquistador espagnol et l’explorateur américain reprennent, là où Robinson l’a
laissée, l’expérience de la rencontre de l’autre.
Du reste, faut-il rappeler que le Robinson de Tournier a d’abord tenté de tuer Vendredi pour éviter
d’avoir à partager son temps et son espace (son île) avec « un sauvage »). Situation en tout point
comparable à celle des explorateurs américains qui tentèrent d’éliminer les Indiens avant de se
résigner à leur concéder un espace en « réserve » sur le territoire, la réserve devenant la preuve
criante de l’échec de la conquête, la trace perceptible et la tache originelle de ce paradis retrouvé.
Au cinéma, les deux grandes figures de l’espace, le lieu et le chemin, jouent un rôle central. Il est
d’ailleurs difficile d’analyser le cinéma d’une manière ou d’une autre sans recourir aux catégories
formelles et esthétiques de l’espace. Le cinéma ne fait pas que témoigner des usages particuliers
de l’espace, il contribue également à le façonner et à nous préparer à l’habiter. Ce n’est pas un
hasard si la marche, la chevauchée, les voyages et l’errance sont au coeur du cinéma. À sa façon,
le cinéma nous prépare au lieu; il est lui-même un lieu qui prédispose à l’habiter. Il ne saurait être
fait sans qu’on ne revienne de quelque part (« partir en tournée... »); il ne saurait être fait sans
nous permettre d’aller ailleurs (« on va au cinéma » et le film « nous fait partir »).
Les origines du western se confondent presque avec celles du cinéma et des États-Unis. Plus
encore, dirions-nous que le cinéma d’Hollywood poursuit le projet d’expansion américain
(Weinmann, 1990 : 39).
Du point de vue mythique, le western mêle les thèmes complémentaires du péché originel et
du paradis perdu. La civilisation américaine s'est faussement enracinée avec la conquête de
l'Ouest. En détruisant les Indiens, en ne trouvant jamais de réponse au problème de la
cohabitation pacifique et en choisissant le génocide, les pionniers ont commis une faute
irréparable. Plus ils tuaient d'Indiens, plus ils croyaient éliminer les témoins de ce qu'ils ne
pourraient jamais être, les fils d'une terre dont ils s'emparaient par la force. La mort des
Peaux-Rouges contenait, à la fois, l'affirmation de la présence physique des Blancs et en
même temps la négation éthique d'un accaparement qui condamnait les tueurs à la
mauvaise conscience. La croyance en un possible paradis s'évanouissait en même temps
que se perdait l'innocence des conquérants. Le paradis a été découvert et aussitôt détruit par
la faute de l'homme; lui seul est responsable de son échec. L'Ouest des débuts de l'avancée
blanche était perçu comme un milieu où pouvaient s'épanouir les qualités d'un homme
meilleur, loin de la misère qui avait poussé les immigrants à quitter la vieille Europe. La
civilisation nouvelle, qui se mettait en place, ne pouvait être différente qu'à la condition de
s'appuyer sur des individus ayant une claire conscience de la transformation nécessaire de
leur mentalité et même de tout leur être. La conquête de l'Ouest reposait sur le mythe de
l'homme nouveau. Or, en privilégiant non le progrès de la conscience mais le progrès de la
technique, non l'élargissement des facultés humaines mais le développement économique,
en détruisant les indigènes qui gênaient une expansion ressentie comme une nécessité
vitale, les Blancs ont assassiné leur propre espoir en un monde meilleur. Le western, ayant
d'abord exalté la grandeur de la conquête d'un nouveau monde, aboutit à l'évocation des
espoirs déçus et des consciences tourmentées. L'idéal de justice et de liberté s'est tout à la
fois forgé et détruit dans l'édification de la nation américaine: il ne reste plus qu'une
civilisation dominée par la violence et le racisme. (Gili, 1968 : 985-986)
La conquête du territoire par la maîtrise des moyens de communication
N’est-ce pas la communication qui fait défaut à Robinson et aux conquérants? La communication
au sens fort du terme, c’est-à-dire celle où se trouvent réunis tous ses éléments constitutifs :
l’autonomie du « je », la finalité du « tu » et l’universalité des « ils » (Todorov, 1998 : 48-49). Une
communication ayant pour finalité l’assomption d’autrui à l’horizon du mouvement expressif de soi
et de tout échange.
Lors de la conquête, la maîtrise du sol passe par celle des moyens de communication et par la
soumission des premiers occupants. C’est que le paradis retrouvé n’a rien d’un espace inoccupé.
Pourtant, le territoire conquis est aux yeux du conquérant celui où il exerce sa pleine souveraineté.
Et s’il reconnaît un droit d’occupation du sol aux autochtones, il ne revendique pas moins la pleine
souveraineté du territoire qu’il a conquis par la force ou autrement. Il enchâsse donc le droit
d’occupation du sol à celui qu’il s’attribue en tant que maître des lieux. D’où les efforts nombreux
des gouvernements américains tout au long des XVIIIe et XIXe siècles pour réduire l’espace
occupé par l’Indien.
À l’instar du Robinson de Defoe et de Tournier, les conquérants se croient dans leur droit et
considèrent légitime leur marche vers l’Ouest et le progrès – les deux en venant à se confondre.
La civilisation avance en se subordonnant la nature, et elle s’élabore en soumettant l’Indien.
L’argument le plus convaincant reste celui de la force (le pouvoir de la civilisation est au bout du
fusil); argument qu’utilise aussi bien les Robinsons de Defoe et de Tournier que les conquistadors
espagnols et les explorateurs américains. Le fusil étant le meilleur moyen de faire taire l’autre.
Alors que les interprètes de Cortés et de Lewis et Clark furent considérées par les Blancs comme
des héroïnes de la conquête, elles furent condamnées par les Indiens pour avoir collaboré avec
l’envahisseur. Une part de ce paradoxe se trouve déjà exprimée dans l’expression « traduire, c’est
trahir ». Ce qui est certain, c’est que La Malinche et Sacagawea ont joué un rôle essentiel dans la
maîtrise des signes nécessaires à la conquête. Les Blancs doivent en effet leur victoire à leur
supériorité sur les Indiens dans la communication humaine. Comme Todorov l’explique, « cette
supériorité s’est affirmée aux dépens de la communication avec le monde » (1982 : 255).
Cortés comprend relativement bien le monde aztèque qui se découvre à ses yeux,
certainement mieux que Moctezuma ne comprend les réalités espagnoles. Et pourtant cette
compréhension supérieure n’empêche pas les conquistadores de détruire la civilisation et la
société mexicaines; bien au contraire, on a l’impression que c’est justement grâce à elle que
la destruction devient possible. Il y a là un enchaînement effrayant, où comprendre conduit à
prendre, et prendre à détruire, enchaînement dont on a envie de mettre en question le
caractère inéluctable. La compréhension ne devrait-elle pas aller de pair avec la sympathie?
Et même, le désir de prendre, de s’enrichir aux dépens d’autrui ne devrait-il pas conduire à
vouloir préserver cet autrui, source potentielle de richesses? (Todorov, 1982 : 133)
Si elle était humaine, la communication qui s’imposa n’en resta pas moins surtout instrumentale et
au service d’un seul but : la maîtrise des lieux. Pour traverser les territoires indiens et faire la
conquête du littoral, les capitaines Lewis et Clark eurent besoin de communiquer avec les Indiens
rencontrés sur la route. La connaissance des langues et des moeurs autochtones facilitait les
échanges. « La présence de Sacagawea permet d’établir une chaîne de traduction en quatre
langues : du shoshone à l’hidatsa pour Charbonneau, au français pour Drouillard, Labiche ou
Cruzatte, à l’anglais pour les capitaines » (Vaugeois, 2002 : 100). Leur avancée sur le territoire se
fit grâce et au profit des moyens de communication : alors que l’exploration s’est faite à cheval et
par bateau; la conquête définitive fut assurée à l’aide de la diligence, du train et du télégraphe. La
conquête fut donc celle des moyens de communication : pas de conquête sans communication,
pas de communication sans conquête.
Indications bibliographiques
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(Werner Herzog, All., 1972)
Buck and the Preacher
(Sydney Poitier, É.-U., 1971)
Buffalo Bill and the Indians
(Robert Altman, É.-U., 1976)
Christopher Columbus, The Discovery
(John Glen, É.-U., 1992)
Dance With Wolves
(Kevin Costner, É.-U., 1990).
Daniel Defoe's Robinson Crusoe
(Rod Hardy and George Miller, É.-U., 1997)
Enigma of Kaspar Hauser
(Werner Herzog, All., 1974)
Hotel Chronicles
(Léa Pool, Can., 1997)
In America
(Jim Sheridan, É.-U., 2003)
Johnny Guitar
(Nicholas Ray, É.-U., 1954)
L’enfant sauvage
(François Truffaut, Fr., 1970)
La goutte d’or
(M. Bluwal, Fr., 1990)
Las aventuras de Robinson Crusoe
(Luis Buñuel, Mex.- É.-U., 1952)
Lewis & Clark: The Voyage of the Corps of Discovery
(Ken Burns, É.-U., 1997)
Little Big Man
(Athur Penn, É.-U., 1970)
Lost in Translation
(Sofia Coppola, É.-U., 2003)
Once Upon a Time in the West
(Sergio Leone, É.-U., 1969)
Stagecoach
(John Ford, É.-U., 1939)
The Birth of a nation
(David Wark Griffith, É.-U., 1915)
The Mission
(Roland Joffé, GB, 1986)
The Searchers
(John Ford, É.-U., 1956)
Warlock
(Edward Dmytryk , 1959, É.-U.)
Je pense plus particulièrement ici à la célèbre expédition menée par les capitaines Meriwether
Lewis et William Clark que le président Jefferson mandate au début du XIX
e
siècle pour aller
trouver le « passage du nord-ouest ». Cantonnée à la seule façade atlantique, la jeune nation
américaine se lance à la fin du XVIII
e
siècle dans la colonisation de l’Ouest et étend rapidement
son territoire, avec la formation de nouveaux États (Ohio, 1803 ; Kentucky, 1792 ; Tennessee, 1796
; Vermont, 1791). En 1803, les États-Unis doublent leur superficie grâce à l’acquisition de la
Louisiane occidentale, vendue par la France. Quatorze États, dont la Louisiane (1812), l’Indiana
(1816), le Mississippi (1817), l’Illinois (1818) et l’Alabama (1819) sont créés. Puis en 1804, une
expédition américaine, dirigée par Lewis et Clark, remonte les affluents occidentaux du Mississippi
et atteint la Columbia, qu’elle descend jusqu’à son embouchure sur la côte pacifique. Les États-
Unis et la Grande-Bretagne revendiquent tous deux la possession du vaste territoire de l’Oregon
ce qui correspond aujourd’hui aux États de l’Oregon, de Washington et d’Idaho). À l’issue d’une
longue polémique, le traité du 15 juin 1846 attribue finalement l’Oregon aux États-Unis et fixe
définitivement la frontière avec le Canada, de l’ouest des Rocheuses jusqu’au Pacifique, sur le
49e parallèle. Le pays s’étend désormais de l’Atlantique au Pacifique.
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