Sortie à Carpentras

De
Publié par

Sortie à Carpentras

Publié le : mardi 5 juillet 2011
Lecture(s) : 115
Nombre de pages : 3
Voir plus Voir moins
Sortie à Carpentras
Ce mercredi 20 Octobre 2010, par un violent mistral et donc sous un ciel tout bleu, nous étions
22 à suivre une jeune guide fort sympathique à travers les rues de cette ville très ancienne et riche de trésors
souvent méconnus de beaucoup d’entre nous .
Rendez-vous avait été donné devant
la Maison de Pays
qui abrite le tout nouvel Office de Tourisme et qui ,
avant d’accueillir le théâtre, était un couvent des Dominicains dont subsiste une très belle façade ainsi qu’une
chapelle (que nous ne verrons pas).
Empruntant l’actuelle rue de La République, notre guide nous fait remarquer que la rue de droite porte encore le
nom de
rue du Vieil Hôpital
, inclus dans l’enceinte de la vieille ville jusqu’à l’édification de l’Hôtel Dieu.
Place St Siffrin
, une lecture détaillée de la façade de
la cathédrale
nous permet de mieux comprendre toutes les
étapes de son histoire : tourelles rajoutées au XVI è siècle, placage en pierres de Provence début XVII ème ,
clocher XIX ème, et les insignes de la République gravés dans la pierre après la séparation de l’église et de l’
Etat. Des guirlandes de fleurs et de fruits de la région renforcent le style gothique méridional de l’ouvrage.
A droite de la cathédrale, une petite rue nous mène sur
la place Juive
où nous découvrons
une porte latérale
portant le même nom, toute en pierres de Caromb et de style flamboyant , car fin XV ème.
Cette étape de la visite est l’occasion d’un petit rappel historique . Jusqu’à la Révolution, le Comtat Venaissin a
offert l’asile aux Juifs qui avaient été chassés du Royaume de France par Philippe le Bel au XIV éme siècle.
Mais à partir du XVII ème siècle, la politique se durcit à nouveau à leur égard et les Juifs sont regroupés dans les
« communautés saintes » que sont les villes de Cavaillon, Carpentras, Isle-sur-la-Sorgue et Avignon. C’est sur
le seuil de cette porte que les Juifs étaient tenus de venir écouter la prédication chrétienne, dans le but avoué de
les amener à se convertir.
Au-dessus du tympan figure une étrange sculpture représentant une sphère sur laquelle courent des rats et
appelée « boule aux rats ». Longtemps sujette à interprétation antisémite car les Chrétiens y ont vu une
représentation des Juifs envahissant la Terre, il faut rectifier cette lecture car à l’origine la sphère était surmontée
d’une croix, aujourd’hui disparue, et représentait une allégorie de la suprématie du Christ sur le monde.
Cette porte est par ailleurs surmontée d’une salle capitulaire, ex-voto construit en remerciement à St Siffrin pour
avoir épargné Carpentras pendant la Grande Peste du XVII ème siècle. Elle est éclairée de vitraux et le tympan
décoré d’une peinture du XVI ème siècle, très abîmée à la Révolution.
L’intérieur de la cathédrale
est constitué d’un grand vaisseau très simple, mais sa construction s’étant étendue
de 1405 à 1531, plusieurs architectes ont laissé leur signature , notamment dans les voûtains des croisées
d’ogive qui passent de six à quatre selon l’époque . Les seuls décors d’origine sont les frises qui ornent les
chapiteaux. Tout le reste provient des couvents de la ville, fermés à la Révolution, et dont quelques trésors
baroques ornent certaines chapelles.
L’autel , quant à lui, s’enorgueillit d’une très belle gloire, copie du Bernin à Rome. Anges et vierge sont dus à J.
Bernus, sculpteur renommé . Les orgues et la tribune qui leur fait face sont du XVII ème siècle. La famille
Bernus a, pendant près de deux cents ans, donné des artistes célèbres dans toute la région.
Une chapelle attire plus particulièrement notre attention : solidement protégée d’une porte cloutée et d’une forte
grille, elle abrite le « Saint Mors ». La légende raconte qu’Hélène, mère de l’empereur Constantin, avait offert à
son fils un clou de la Crucifixion. Ce clou, forgé en forme de mors de cheval au XIII ème siècle, figure dans un
reliquaire (XIXème), et le fer dont il est constitué date bien du début de notre ère…Ce mors est devenu
l’emblème de la ville.
Autre anecdote, et non des moindres : c’est dans cette cathédrale que se sont déroulées les funérailles de
Clément V et dans le Palais épiscopal qui lui est contigu que s’est tenu le conclave destiné à élire le nouveau
pape. Mais voilà que la réunion tourne à l’émeute et que le Palais est incendié. Dans l’affolement, le trésor des
papes disparaît et ne sera jamais retrouvé… Un nouveau conclave se tient alors à Vienne, à l’issue duquel Jean
XXII est élu et…décide de s’installer en Avignon.
Avant de quitter la cathédrale, notre guide nous fait remarquer une porte ménagée très au-dessus de l’autel et qui
permettait au Pape d’accéder à la cathédrale, directement de ses appartements.
A l’heure actuelle, le Palais est devenu le siège de la Mairie et a été profondément réaménagé.
En contournant la cathédrale, nous aurions pu apercevoir les vestiges de l’ancienne église romane, écroulée en
1399, si des travaux de ré-aménagement ne nous en avaient empêché.
L’arc Romain
, daté de 8 ap. J-C, est lui
bien visible, et a longtemps été inclus dans cette ancienne église dont il constituait une des portes.
Nos pas nous conduisent ensuite vers
le passage Boyer
, belle galerie XIX ème siècle, contemporaine des
Passages parisiens. C’est à un orfèvre (qui lui a donné son nom) que l’on doit cette réalisation, après qu’il ait
racheté cette rue entre le marché et les halles et décidé d’en faire un passage d’agrément qui abrite les belles
boutiques de la ville.
Puis, nous atteignons
la Porte d’Orange
, une des trente-deux tours et tourelles fortifiées construites entre 1357
et 1387, en pleine guerre de Cent Ans, et qui jalonnaient 1,8km de remparts détruits au XIX ème siècle, dans le
but d’aérer et d’agrandir la ville. Du haut de l’ouvrage, on découvre la tour du Beffroi, l’aqueduc de Caromb ,
construit au XIVème sur ordre de Clément IV, ainsi que les maisons construites à l’emplacement des anciennes
douves.
Nous empruntons maintenant une ruelle qui nous amène devant
la synagogue
, construite en 1387 et remaniée au
XVIII ème siècle. Elle relève du même répertoire architectural que celle de Cavaillon. La salle de prière est
située en haut d’un bel escalier de pierre, au-dessus de ce qui fut une boulangerie et d’un emplacement réservé
aux bains rituels. Très claire car munie de hautes fenêtres, la pièce est peinte en vert clair et rehaussée de
dorures. L’Arche Sainte, tournée vers l’Est, contient les rouleaux de la Thora .
Deux particularités des synagogues du Comtat : le fauteuil d’Elie, petite maquette accrochée à un pilier et devant
laquelle se pratiquent les circoncisions ; et la tribune, surélevée en Provence.
L’évêque Inguimbert a fait rabaisser le toit de l’édifice afin qu’il ne soit pas plus élevé que celui de la
cathédrale.
Les femmes étaient autrefois accueillies au sous-sol de la synagogue, puis derrière les claustras encore
visibles ; elles occupent dorénavant les bancs d’une moitié de la salle.
Un peu plus loin, nous voici arrivés devant
la Charité
et ses arcades, siège du Centre Culturel ; notre guide nous
explique que dès le XVII ème siècle, ce lieu accueillait les pauvres, les indigents et les enfants de plus de sept
ans après leur séjour à L’Hôtel-Dieu. On peut encore voir que le bâtiment était attenant à une tour des anciens
remparts.
Puis nous passons sous
une arche
qui délimitait très probablement l’ancien quartier Juif, la Carrière, démantelée
après que la Révolution a autorisé les Juifs à aller vivre où bon leur semblait.
Nous marquons ensuite un arrêt devant
la chapelle des Pénitents Noirs
, qui ne se visite pas et a abrité un temps
une menuiserie.
Devant
la fontaine de l’ange
, refaite à l’identique en 2004, notre guide nous précise que celui d’origine était de
J. Bernus et nous fait remarquer la devise de la ville :
« L’union fait la force et la distance la fragilité ».
Notre matinée s’achève autour d’un verre de l’amitié offert par le maire de Carpentras qui nous accueille dans la
grande salle de
la Mairie
, en compagnie du Président des A.V.F. de Carpentras et de quelques uns des adhérents.
Puis nous irons déjeuner à
la Fraiseraie
.
A 14h3O, la visite reprend devant
L’Hôtel-Dieu
. Cet imposant édifice est le deuxième du Vaucluse en
superficie , juste après le Palais des Papes. Construit entre 1750 et 1757 à l’initiative de Monseigneur
d’Inguimbert, figure emblématique de la ville, il répond à la fois à des impératifs d’hygiène qui demandent
dorénavant à ce qu’on isole les malades à l’extérieur des remparts, et à une volonté toujours accrue de venir en
aide aux pauvres et aux enfants abandonnés.
Natif de Carpentras, Mgr d’Inguimbert a été pendant plus de vingt ans bibliothécaire du Pape au Vatican. A ce
titre, il recevait un exemplaire de chacun des ouvrages de la célèbre bibliothèque et, revenu évêque dans sa ville,
il ouvre , grande nouveauté à l’époque, sa bibliothèque au public. Quatrième de France pour la qualité de son
fonds, elle est une des richesses de la ville .
L’hôtel-Dieu
est le lieu, depuis quelques années, d’un gigantesque chantier de rénovation dont la première
tranche a rendu à sa façade sa blancheur et son bel équilibre classique : fronton triangulaire flanqué de colonnes
et orné des allégories des Quatre Saisons.
A droite de l’entrée monumentale, on aperçoit une fente ménagée dans la pierre et qui permettait au passant
généreux de déposer son obole .
Une fois franchi le porche, une imposante cour carrée reprend la répartition harmonieuse des ouvertures de la
façade, ainsi que la colonnade de l'entrée principale, quoiqu’en plus modeste.
Sur la gauche, un grand hall est entièrement orné de Donatifs, tableaux rappelant que tel ou telle a versé aux
œuvres de l’hôpital telle somme.
Puis nous débouchons sur la pharmacie, qui fut aussi celle de la ville et fonctionnera un siècle, tenue par les
sœurs pharmaciennes qui pratiquaient des coûts modiques. Entièrement peinte et décorée de « singeries »
représentant des lavements ou des saignées, elle a encore ses pots, bocaux et verreries d’origine ainsi que ses
herbes, racines , onguents et même son casier à emplâtres.
Nous poursuivons par la grande Galerie, elle aussi ornée de donatifs, et flanquée d’un magnifique escalier à très
belle rampe en fer forgé du XVIII ème siècle.
Le laboratoire des sœurs pharmaciennes est une petite pièce encore pourvue de sa cheminée et d’un évier.
A proximité, la chapelle baroque, décorée de marbre du minervois, abrite le tombeau de Mgr d’Inguimbert ainsi
que celui de I.Moricelly, riche minotier, mécène de la ville. La grille qui flanque le côté de l’autel atteste de la
clôture des sœurs Augustines qui avaient en charge les malades et sont enterrées dans la crypte.
Notre visite se termine sur le parvis de ce magnifique édifice dont nous n’avons vu qu’une
petite partie car les travaux de rénovation sont loin d’être terminés et devraient permettre, à terme,
d’accueillir la bibliothèque Inguimbertine, mais aussi les différents musées, le centre culturel et bien
d’autres choses encore.
L’occasion pour nous d’une nouvelle sortie… dans quelques années ? ?
Muriel
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.