Une démocratie libérale pendant les années 30, la France

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Une démocratie libérale pendant les années 30, la France

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Unedémocratie
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Séquence 15-HG11
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Chapitre 1 > La France dans la crise économique  des années 30 A Une crise ginale ? ori B Des effets sociaux spectaculaires et inégaux C Des politiques impuissants
Chapitre 2 > Février 34, la république menacée
Chapitre 3 > Le Front populaire A Le Front populaire, un regroupement politique inédit    Le contexte de sa naissance  Une victoire électorale de la gauche  Un programme modéré B L’honneur retrouvé du monde ouvrier  L’été 36, une grande espérance  Une œuvre réformatrice C Une espérance rapidement désavouée    Des divisions à l’agonie du Front populaire  Daladier et la liquidation du Front populaire
Sommaire séquence 15-HG11
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A
B
La France dans la crise économique des années 1930
Problématique : Y-a-t-il une originalité française dans la crise des années 30 ?
Une crise originale La crise de 1929 semble épargner la France dans un premier temps, en effet la prospérité continue jusqu’en 1930. La France a l’illusion que la crise ne la touchera pas. L’un des aspects originaux de la situation française est donc une crise économique plus tardive. Jusqu’en 1930, les produits français gardent toute leur compétitivité sur le marché mondial. Le franc s’est stabilisé en 1928 ; le pays est même attractif pour les investisseurs étrangers. La France croit pouvoir s’appuyer sur son vaste empire colonial. L’aspect tardif de cette crise est en fait illusoire et contestable quand on y regarde de plus près. Dès 1928, certaines productions fléchissent comme le textile, puis l’automobile. L’entrée dans la crise est évidente pour tous en 1931 quand les faillites se multiplient, que ce soit pour les banques ou les entreprises. La dévaluation de la lire-sterling en septembre 31 fait perdre aux entreprises françaises leur avantage dans la course aux exportations. L’impact tardif de la crise s’explique par des faiblesses de l’économie française : – si la France dispose de quelques grandes entreprises industrielles innovantes, l’essentiel de son tissu économique est constitué de moyennes et petites entreprises familiales, peu innovantes et repliées sur le marché national, même élargi à l’empire.  l’économie française des années 30 est globalement peu extravertie, c’est-à-dire assez peu ouverte sur le marché mondial.
Une autre originalité de cette crise économique à la française serait sa longueur et sa moindre intensité qu’en Allemagne, Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. La crise se traduit concrètement par une chute de la production industrielle et agricole : - 25% pour l’industrie. Quand ailleurs l’activité économique montre des signes de reprise, en France, rien d’encourageant à l’horizon ; l’activité stagne inexorablement …
Des effets sociaux spectaculaires et inégaux L’effet le plus visible de la crise est le développement du chômage. Du milieu des années 20 jusqu’à 1930, l’économie française comportait un volant incompressible de 12 000 chômeurs environ, ce qui est dérisoire. A partir de 1931, le nombre des chômeurs s’accroît rapidement : 300 000 en 32, 500 000 en 36. Il s’agit là de chômeurs officiellement recensés ; à cette réalité, il faudrait rajouter le chômage partiel pour saisir l’ampleur sociale réelle de la crise. Le monde ouvrier est la principale victime du chômage ; les soupes populaires pour secourir les chômeurs se multiplient, mais ce n’est qu’un pis-aller. Une conscience politique et syndicale ouvrière commence de s’affirmer ; en témoignent le développement des grèves et la multiplication des « marches de la faim » à l’instar des chômeurs anglais. L’autre grand effet social de la crise est la chute du revenu des Français mais là de très fortes nuances s’imposent. Les grandes victimes de la crise sont les agriculteurs et les classes moyennes indépendantes : artisans, commerçants. Les fonctionnaires voient leurs revenus rogner par la politique gouvernementale de déflation. A l’inverse, la crise a ses bénéficiaires : les rentiers, les retraités, les professions libérales… les grands industriels qui restructurent leurs entreprises.
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C
Entre ces différentes catégories sociales, la rancœur s’installe. La crise économique et sociale nourrit la crise politique des années 30.
Des hommes politiques impuissants ? La crise a aussi un impact macro-économique ; les recettes fiscales baissent, le déficit budgétaire se creuse. A l’inverse du New Deal américain, les hommes politiques français refusent toute politique de relance économique et de dévaluation du franc ; ils s’en tiennent à une stricte politique d’équilibre budgétaire à court terme ; ce furent les politiques de déflation c’est-à-dire de réduction des dépenses publiques et des prix. La gauche socialiste et radicale avait gagné les élections de 1932 ; les radicaux, seuls aux affaires (les socialistes ayant refusé de participer au gouvernement) initient ce tournant déflationniste en prenant quelques mesures ponctuelles. Les gouvernements radicaux sont brefs, et ne font que passer. C’est en 1935 que la politique de déflation est à son apogée avec Pierre Laval aux affaires. Celui-ci impose une politique brutale par décrets-lois en baissant le traitement des fonctionnaires, en réduisant les dépenses publiques. Cette politique, loin d’alléger les effets de la crise, plonge plus profondément le pays dans les difficultés économiques ; c’est un des éléments qui permettent d’expliquer la longueur de la crise française. Une voie partielle de sortie aurait été la dévaluation du franc mais c’est un symbole auquel les gouvernements se refusent de porter atteinte. L’incompréhension des hommes politiques français au pouvoir sur la nature de la crise nourrit l’antipar-lementarisme. D’une certaine manière, le Front Populaire sort le pays de cette impasse.
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Février 34, la République menacée
La crise politique des années 30 se développe dans un contexte original : – l’instabilité ministérielle, très nette entre 1932 et 1934, donne l’impression que les gouvernements, par leur brièveté, ne font rien. Elle génère un fort antiparlementarisme. Certains réclament un « pouvoir fort ». – la crise économique touche la France à partir de 1931, tout au moins ses effets sont désormais per-ceptibles. Le chômage augmente, le mécontentement social s’accroît. – les gouvernements s’enferment dans une seule politique économique inefficace, le déflationnisme. un scandale politico-financier, un parmi d’autres, met le feu au poudres : l’affaire Stavisky. Ce per-sonnage a détourné de l’argent. Peu après le dévoilement de l’affaire en 33, Stavisky est retrouvé « suicidé ». Le personnage, d’origine juive (bon prétexte pour les antisémites) et sa mort plus que suspecte lance l’affaire qu’exploitent la presse et les ligues. On soupçonne assez vite les protections politiques dont a pu bénéficier Stavisky ; l’amalgame est vite réalisé qui consiste à identifier tous les hommes politiques comme corrompus. Cette affaire révèle 3 éléments clés de la crise politique des années 30 : L’antisémitisme L’antiparlementarisme La xénophobie. Les acteurs de cette crise sont les ligues d’extrême-droite ou les associations d’anciens combattants. Elles sont diverses et ne doivent pas être confondues entre elles : – parmi les associations d’anciens combattants, on peut citer les Croix de Feu du colonel de la Rocque (plus de 100 000 adhérents). – parmi les ligues d’extrême-droite ancienne version, royaliste et antisémite, l’Action Française. – minoritaires mais agissantes, on retrouve quelques ligues fascistes ou d’inspiration fasciste comme Solidaritéfrançaiseetle«francisme».
Document 1 RèglesstatutairesduFrancisme
Moyens EnleverlepouvoirauxpoliticiensdemétierquiviventdelaRépubliqueaulieudeservirlesdestinéesfrançaisesetleconfierauxhommesjeunesetlibres,dépositairesdelespritdelaMarneetdeVerdun. Détruireleparlementarisme. Sa t aquerauxinjusticessociales,leplussouventmotifsdadhésionauxdoctrinesmorte l esdanarchie,demarxismeetdebolchevisme.Brisernetlesprofessionnelsdecesdoctrinesquitirentprofitdelexploitationdelamisèrehumaine. Libérerletravaildelatute l edespuissancesdargent,enopposantàlespritégoïsteducapitalismeindividualistelespritdesolidaritédelorganisationcorporative.[] Refaireuneconstitutionquicorrespondeànotretemps.Instituerungouvernementindépendantdetoutesforces,que l esque l essoient,capablesdexercersonautoritéetdagirentoutejusticedansleseulintérêtgénéral.[] Méthodes LeFrancismesesertdetouslesmoyenslégauxquelaConstitutionactue l emetàladispositiondescitoyens. Seplaçantsurlete r ainextra-parlementaire,ilrassemble,organiselesFrançaisjeunesetadultesenuneforcedisciplinéecapable,lecaséchéant,dimposerlaloidesalutpublic.[]
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Questions
Réponses
Question
Réponse
EspritduFrancisme LeFrancismenesesitueniàdroite,niàgauche.Ilneseconnaîtpasdepartisnideclasses.[]Ilestrépublicaindanslesublimeetvraisensduterme. CitédansP.Machefer,LiguesetfascismesenFrance,PUF.
Quel type de régime souhaite ce mouvement ? Quelles sont ses grandes orientations politiques ? Où est le principal emprunt au fascisme italien ?
Les«francistes»souhaitentétablirunrégimeautoritaire:«détruireleparlementarisme»,dic-tatorial:«imposerlaloidesalutpublic»;«brisernetlesprofessionnelsdecesdoctrines»iciestsous-entenduelaviolencevoirelemeurtrecontrelesopposantspolitiques;«ungouvernementcapabledexercersonautorité»Lefrancismeestunmouvementdextrême-droite:«niàdroite,niàgauche»,antiparlementaire(moyen 2), anticommuniste (moyen 3), anticapitaliste (moyen 4). Laréférenceapriorilaplusévidenteaufascismeitalienestdanslemoyen4«lorganisationcor-porative»,enfaitlevraiempruntestcettevolontédefaireunpartidisciplinéetsurtoutdencadrerlapopulation:«organiselesfrançaisjeunesetadultesenuneforcedisciplinée».
Document 2 AppeldelActionFrançaiseàlamanifestationdu6février1934 «Appelésaupouvoirpourfairelajusticeetlordre,MMDaladieretFrot,àpeineministres,ontrévoquélegendarmepourdonnerca r ièreàlanarchiesocialisteetsauverlesvoleursfrancs-maçons.Exerçantledroitquileurappartientdevantladéfai l ancedespouvoirspublicsco r ompus,lesFrançaisrelèventcetignominieuxdéfi. Cesoir,àlheuredesortiedesateliersetdesbureaux,ilsserassemblerontdevantlaChambre,aucride«Abaslesvoleurs!»poursignifierauMinistèreetàsessoutiensparlementairesquilsenontassezdurégimeabject.»
Montrez que c’est un appel antiparlementaire et antidémocratique.
Cetappelestantiparlementairecarildénonceles«pouvoirspublicscorrompus»,laRépubliqueestun«régimeabject»,ondiscréditeles«soutiensparlementaires»dugouvernement.Cestunappelantidémocratique dans la mesure où l’appel demande aux français de sortir de la légalité républicaine etélectorale:«exerçantledroitquileurappartientdevantdespouvoirs» Le 6 février 34 , en réaction à l’affaire Stavisky, à la nomination de Daladier comme président du Conseil, les ligues manifestent. Les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre sont féroces surtout quand le cortège prend la direction de l’Assemblée Nationale, on releva une quinzaine de morts. Daladier démissionne dès le lendemain. Les vociférations des ligues ont primé sur le suffrage universel (masculin). Ensuite, et jusqu’au Front Populaire de 36, des gouvernements d’Union Nationale sont constitués, échouant tous dans leur entêtement à mener une politique déflationniste au moment même où il aurait fallu investir pour relancer l’économie et faire face à la montée des périls avec la prise de pouvoir d’Hitler et l’affirmation de sa politique étrangère agressive et expansionniste. La crise politique trouve une de ses solutions à gauche de l’échiquier politique.
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