American Gothic

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Il est des tableaux immédiatement reconnus par le grand public comme la "Joconde". Mais un peintre, inconnu au moment de sa mort, a pourtant laissé une oeuvre qui deviendra un icône, faisant sourire ou grincer des dents : "American Gothic" de Grant Wood. Ce livre décrit des pièces du puzzle qui, sans être les plus célèbres, ont transformé un peu la culture et l'influence américaines à travers le monde, pour le meilleur ou pour le pire...
Publié le : mercredi 15 octobre 2014
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EAN13 : 9782336358383
Nombre de pages : 170
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André American American Girod
Gothic Gothic
Il est des tableaux immédiatement reconnus par le grand
public comme la « Joconde ». Mais un peintre, inconnu Une mosaïque de personnalités américaines
au moment de sa mort, a pourtant laissé une œuvre qui
deviendra un icône qui fera sourire ou grincer des dents :
c’est « American Gothic » de Grant Wood.
Les portraits décrits dans ce livre sont des pièces du
puzzle qui a formé, en deux siècles, l’Amérique. Dans tous
les domaines, technologie, économie, peinture, littérature,
communications, politique, histoire, des hommes et des
femmes ont laissé une trace indélébile dans ce vaste
panorama. Ce ne sont pas les plus célèbres mais leur apport
a transformé un peu la culture et infuence américaines à
travers le monde.
Comme « American Gothic », ces contributions ont
guidé le parcours des Etats-Unis pour le meilleur ou pour
le pire, selon l’opinion de chacun !
André Girod est un iconoclaste qui s’est intéressé
à tous les domaines et a souvent joué les
troublefête. Économie, industrie, maires, tourisme, tout est
passé en revue d’une façon pertinente mais aussi
irrévérencieuse. Il voit l’Amérique qu’il connaît
parfaitement d’un œil curieux et perçant. Il nous fait
découvrir des Américains hors du commun.
Illustration de couverture : © J. Allain / Jalka Studio
ISBN : 978-2-343-04037-0
17 € 9 7 8 2 3 4 3 0 4 0 3 7 0
HC_GIROD_9,5_AMERICAN-GOTHIC.indd 1 24/09/14 16:13:24
André Girod
American Gothic


American Gothic

Une mosaïque de personnalités américaines



































Du même auteur

Demain le soleil était noir,
Éditions d’Halluin, Paris, 1968
L’ivrogne,
Éditions d’Halluin, Paris, 1969
Copeaux de mon enfance,
Éditions Debresse, Paris, 1971
Caltecor 5127,
Éditions Pensée Universelle, Paris, 1978
Flammes du père inconnu,
Éditions Publibook, Paris, 2009
Classe de neige franco-américaine,
Éditions Publibook, Paris, 2009
Ilkya, Partie 1
« Demain le soleil était noir »,
Éditions Publibook, Paris, 2010
Classe franco-américaine,
Éditions Publibook, Paris, 2010
Tourisme de destruction massive,
Editions L’Harmattan, Paris, 2011
Ilkya, Partie 2
« Morituri te salutant »,
Editions Publibook, Paris, 2012
Ilkya, Partie 3
« Le prédateur »
Editions Publibook, Paris, 2012
It’s a long way to France
(En anglais)
Red Lead Press, Pittsburgh, USA 2012
Quand le Made in France devient le Mad in France
Société des écrivains, Paris, 2012
C’est mon Amérique aussi
Editions l’Harmattan, Paris, 2012
Hasard sur les routes aux Etats-Unis
Editions l’Harmattan , Paris, 2013
Maire à la dérive
Editions l’Harmattan, Paris, 2013
La blanche invasion
Publibook, Paris 2014
Opération Swap
Editions l’Harmattan, Paris 2014 André Girod








American Gothic

Une mosaïque de personnalités américaines














































Illustrations : André Girod

























© L’HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-04037-0
EAN : 9782343040370




Je dédie ce recueil de personnages à tous mes amis
américains qui, dès ma première visite, ont su m’aider à mieux
connaître ce vaste et beau pays avec tous ces artistes,
hommes d’affaires, ingénieurs qui ont transformé ce
nouveau continent en Etats-Unis.
Plaisir que je partage avec mes filles et mes lecteurs.











































Avant-propos

Tout pays a une longue liste de personnages qui, par leur audace,
talent, vision, se sont détachés de la masse populaire. Il y a
évidemment surtout en Europe dans les siècles précédents, des
hommes et femmes qui ont été placés sur le devant de la scène par
leur naissance mais souvent sans les qualités requises pour cette
responsabilité. Je pense comme exemple important à un Louis
XVI, roi fade, sans envergure qui a mené la France à la Révolution.
Par contre, il apparaît des individus, totalement inconnus à leur
naissance qui par la force de leur caractère vont se créer une
légende qui traversera l’histoire de leur époque. En cet instant précis,
la triste nouvelle de la mort de Nelson Mandela, en est l’exemple
absolu. Inutile de citer d’autres exemples, ils sont trop nombreux.
Ce n’est pas la mission de cet humble ouvrage que de les mettre en
exergue maintenant.
Or dans un pays plus que tout autre, surtout ceux de l’Europe et
de l’Asie, avec leurs traditions bien ancrées dans les mœurs et la
soumission des foules devant les icônes religieuses, politiques ou
sociales, apparaît comme le potentiel de l’égalité des chances pour
chacun. Même si le mot « Egalité » est gravé dans le marbre de nos
frontons en France, le quotidien prouve que cette devise est
entièrement fausse. Il n’y a pas d’égalité des chances dans les systèmes
européens.
Loin de moi d’être un admirateur forcené et aveugle des
ÉtatsUnis. Ils présentent d’indélébiles taches de noirceur depuis leur
fondation, discrimination envers les « niggers », rejet souvent des
pauvres « ceux qui n’ont pas réussi », arrogance de leur force
militaire et interventions tous azimuts pour imposer à travers le monde
des principes pas toujours bien expliqués. Mais depuis sa
formation, le chemin suivi par ce jeune état n’a été qu’ascensionnel.
Partis de rien, les pionniers, à force d’efforts, de combats et de
sacrifices ont réussi à dominer le monde militairement,
politiquement, diplomatiquement, venant à plusieurs reprises sauver une
Europe pourrie par le fascisme, l’immobilisme et une fierté plutôt
mal placée. Si en cette époque, début du XXIe siècle, il semble
exister une stabilité et une paix, il n’en reste pas moins que même
l’Europe Unie est loin de ressembler aux États-Unis d’Amérique.
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De plus en plus, l’expansion culturelle, musicale, artistique et
littéraire des États-Unis envahit le monde y compris notre bonne
vieille Europe. Ce n’est pas par des décrets artificiels d’exceptions
que l’Europe, surtout la France, viendra sauver les meubles. Ces
beaux meubles qui sont vendus à prix d’or dans les ventes aux
enchères à travers les capitales, sont des siècles précédents. Ils
deviennent rares et ne font que refléter une civilisation qui a tendance
à s’estomper de plus en plus rapidement.
À présent, lorsque l’on parle nouveautés, on décrit des
innovations venant d’outre atlantique. Elles ne sont pas toujours d’un haut
niveau intellectuel ou d’un très grand goût, mais elles existent et
s’implantent partout sans trop d’opposition de la part des
autochtones. En matière culinaire, les McDo prévalent, dans la
communication, Google, Facebook, Twitter écrasent leurs concurrents. Dans
mon livre « Quand le Made in France devient le Mad in France »,
les exemples donnés sont multiples.
Alors qu’en est-il de ce livre ?
C’est un modeste essai sur des personnages qui ont été mis
audevant de la conscience de l’auteur, soit par le hasard soit comme
exemple des principes exprimés plus haut.
Les grands personnages de l’histoire américaine, depuis
Washington, Lincoln, Kennedy pour la politique, Ford, Gates pour
l’industrie, ont été ou sont encore l’inspiration de nombreux
écrivains et des volumes biographiques s’entassent dans toutes les
bibliothèques.
Je vise moins haut, je regarde au niveau de ceux plus accessibles
mais souvent moins lisibles.

L’auteur






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Exemple 1
Grant Wood, peintre de la ruralité

































« American Gothic » est présenté pour la première fois en
automne 1930 dans une exposition au "Art Institute" de Chicago. La
réaction fut diverse, allant de l’ironie à la colère. D’abord l’ironie
de la part des critiques de la côte Est. Puis la colère des gens du
Midwest qui voyaient en ce tableau une affreuse caricature.

Arriver à l’étranger, dans une nouvelle ville, implique
responsabilités et ajustements. Ce n’est pas seulement s’installer et repérer
les lieux essentiels à sa survie quotidienne, mais aussi s’intégrer
dans un milieu parfois étrange et apprendre ce que son nouveau
domicile a à apporter culturellement.
Ce fut mon cas lorsque mes obligations me conduisirent à Cedar
Rapids, dans l’état de l’Iowa. Un poste m’avait été offert dans une
petite université provinciale en plein cœur de l’Amérique profonde,
le Midwest. Cette institution, Coe College, ne comprenait que mille
cinq cents étudiants et j’étais chargé de réformer le département de
français dans une bien lamentable situation.
Je dus scolariser mes deux enfants dans une école élémentaire.
La plus proche était « Polk Elementary School ». Je savais que
Polk avait été président des États-Unis et je cherchai alors en
savoir plus sur ce personnage historique. Pourtant ce ne fut pas à lui
que je m’intéressai mais à un autre, Grant Wood, pratiquement
inconnu en France mais qui est cependant aussi célèbre que les
grands peintres de la renaissance. Et cette réputation est due
seulement à une œuvre « American Gothic ». Ce tableau est, avec
celui de la « Joconde » de Léonard di Vinci, le plus parodié et utilisé
pour exprimer en caricature un personnage mystique. Il représente,
devant une ferme du Midwest, un couple : lui, l’homme a un visage
fermé et austère, dans son uniforme de fermier, une fourche à la
main et elle, la femme avec son visage dur et ses lèvres pincées,
l’exemple même de l’épouse fidèle et soumise. En réalité cette
femme n’est que la fille du fermier non son épouse, mais les deux,
associés, apparaissent comme un couple. Cette œuvre est reconnue
immédiatement à travers le monde comme un couple représentatif
d’un mode de vie américain du 19e siècle dans une société très
religieuse.
Or l’école « Polk » a joué un rôle important dans la vie de
l’artiste Grant Wood, auteur de « American Gothic ». À la mort de
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son père en 1901, Grant est venu avec sa mère s’établir à Cedar
Rapids et fut inscrit dans la « Polk Elementary school », là où
allaient mes filles. Quand je devins, pour une année, président de
l’association des parents d’élèves de cette école (PTA,
ParentsTeachers-Association), je me devais d’en savoir plus sur cet élève
devenu célèbre.
Grant avait 10 ans quand il arriva à Cedar Rapids. Il était venu
avec sa mère, ne pouvant pas s’occuper de la ferme familiale. Le
travail de la terre n’était pas pour lui : il lui manquait la force
physique et l’intérêt dans ce domaine pour essayer de prendre la
succession de son père. Depuis petit, il était plus doué pour le dessin
que pour les semences. Alors pour éviter les humiliations et les
sévères punitions qu’il souffrait de la part de son père, il avait
toujours cherché à cacher le don qu’il ressentait et que sa mère,
secrètement, encourageait. Car le père n’était pas commode :
grand, fort, têtu, guidé par une conviction religieuse infaillible, il
considérait l’art sous toutes ses formes comme une faiblesse pour
un garçon, une occupation féminine qu’il ne voulait chez aucun de
ses trois fils. Dans une pièce que Grant écrivit plus tard, un
dialogue s’instaure entre un père et un fils : « Être artiste pour un
homme, c’est comme s’il faisait du crochet. C’est pour les
femmes ! ».
Alors le petit Grant, dès que son père était parti dans les champs,
se glissait sous la table de la cuisine, bien dissimulé par la nappe et
se livrait à sa passion : le dessin. Sa mère lui avait indiqué cette
cachette sachant qu’il lui aurait été difficile de s’installer ailleurs à
l’abri.
Le père comme beaucoup dans cette région était « Quaker »,
religion très stricte, aux règles rigoureuses basées sur le dur travail de
la terre. Son père possédait une ferme de 80 hectares qui suffisait à
nourrir sa famille de quatre enfants, trois garçons dont Grant était
le deuxième et une fille née très tard, Nan. Francis – plus connu par
son second prénom : Malleville – avait la réputation d’un excellent
fermier et homme d’affaires solide qui connaissait bien son métier.
Il élevait ses fils dans la droiture des Quakers, sans trop
d’affection, sans compromissions, sans compassion. Grant dira
plus tard de lui qu’il était sans cœur et qu’il n’avait pas connu de
vraie famille avec son père. Ce fut l’arrivée de sa sœur qui le
rapprocha de ses parents. Pourtant sa mère qui se sentait souvent
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laissée par son mari, s’attacha beaucoup à ce petit garçon plein de
sensibilité. Cependant, fait très rare à l’époque, son père n’était pas
sans éducation puisqu’il avait passé deux ans à étudier dans une
université. Mais ses convictions religieuses inculquées par des
parents Quaker dominaient son caractère et sa vie.
Né en 1891, la veille de la Saint-Valentin, ce qui quelquefois lui
faisait ajouter des chérubins dans ses œuvres, l’enfant reçut le
prénom de Grant du général Ulysses Grant, héros de la guerre civile
qui venait de se terminer. Cette tradition à l’époque voulait ainsi
honorer un militaire et homme politique mais aussi transmettre à
l’enfant ses qualités de courage et de confiance. Mais le petit Grant
ne bénéficia nullement de ce mythe !
À Cedar Rapids, une première reconnaissance de son talent fut
donnée par ses professeurs. Son professeur de dessin l’aida même à
manquer des cours pour qu’il consacre son temps à son art. Au
lycée « Washington High School » que mes filles fréquentèrent,
partout est affiché le nom de Grant Wood : il était bon élève et avait
illustré par un portrait de lui-même le « yearbook », catalogue qui
résume les activités de l’année.
Ouvertement, sans contraintes, Grant va se livrer à sa passion, le
dessin et la peinture. Sa première exposition eut lieu en 1919 dans
un grand magasin qui existait encore en 1965 : Killians, au
centreville. Il y présenta 23 tableaux qui représentaient des paysages
bucoliques, des bâtiments ruraux, des champs et des bosquets.
L’accueil pour ce jeune artiste fut chaleureux de la part des
habitants de la ville mais resta un événement local.
En 1919, il accepta un poste de professeur d’art à l’école
« McKinley Junior H School », collège que fréquentèrent mes
filles. Mais l’Iowa lui semblait trop étroit pour son talent. Alors il
décida de partir à Paris, contrairement à mon trajet qui avait été de
quitter Paris pour Cedar Rapids ! Chacun alors cherchait sans doute
quelque chose de différent !
Dans ses mémoires, Grant explique : « I decided I must leave the
Bible Belt at once and go to Paris for freedom ! ».
(J’ai décidé de quitter la « ceinture de la Bible » immédiatement
pour aller à Paris pour trouver la liberté.)
Moi au contraire j’avais quitté la France pour les États-Unis en
1959 pour trouver une liberté compromise par la guerre d’Algérie !
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Grant ne pouvait pas mieux dire car l’Iowa même en 1965 était
encore une région qui se caractérisait par une profonde conviction
religieuse allant de la fréquentation des églises le dimanche à des
valeurs familiales qui s’étendaient de l’abstinence sexuelle à la
prohibition de l’alcool. Le purgatoire pour un artiste !
À Paris, il logea Boulevard du Port Royal et fit connaissance de
nombreux Américains exilés. Il suivit des cours dans différents
ateliers et continua à travailler sa technique qui évolua sous
l’influence des impressionnistes.
Mais sa terre natale lui manquait et l’immensité de ces plaines
rurales l’attirait plus que ce milieu urbain parfois trop sophistiqué
pour lui. Car sa formation Quaker le harcelait, lui interdisait de
profiter à fond de ce qu’offrait la capitale du vice comme était
connu Paris à l’époque. Les Américains avaient donné à notre capitale
le surnom de « Gay Paree » et beaucoup d’étrangers succombaient
à ses charmes. Grant ne buvait pas trop, refusait ces soirées
orgiaques, évitait de tomber dans le piège des femmes de mauvaise
vie.
En 1921, quelques mois après son arrivée, il retourne à Cedar
Rapids pour y retrouver sa mère et sa sœur, Nan. Il récupère son
poste à l’école « McKinley Junior H School » et il partage avec ses
étudiants du niveau 9 (Troisième en France) son amour de l’art. Il
les emmène dans de vastes projets pour pousser à fond leur
imagination. Pendant quelques mois, sa classe travaille sur une fresque
de cinquante mètres intitulée « The Imagination Isles ». Le jour de
l’inauguration, Grant déclare :
« Je vous invite à venir avec moi pour un voyage de dix minutes
à travers les Iles de l’Imagination ! » Dans un genre un peu naïf, il
mélange dieux grecs et citoyens de Cedar Rapids dans une scène
où l’harmonie se mêle à l’idéalisme. Alors la gente locale
commence à s’intéresser à l’œuvre de Grant et il reçoit de la part d’une
agence immobilière, une commande importante d’une fresque qui
lui servira de panneau publicitaire : « Adoration of the home » .
(Adoration de son chez soi !!)
Mais la tentation d’une autre expédition à Paris le hante. Il y
retourne en 1924, cette fois-ci pour plus d’une année. La nostalgie
des fermes et des terres labourées devient quand même trop forte.
Il rentrera dans l’Iowa pour de bon cette fois-ci. Il devient un
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