Andrzej Zulawski

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Célébré ou décrié, Andrzej Zulawski n’a jamais laissé personne indifférent. Alors qu’il revient aujourd’hui au cinéma, après quinze années loin des plateaux, il est enfin temps de s’intéresser à un cinéaste qui, à l’instar de certains de ses compatriotes, tels Polanski ou Skolimowski, n’a pas fini de chercher, d’expérimenter. D’étonner.
Temps de se pencher sur une œuvre forte, dérangeante, excessive. Immédiatement reconnaissable. Sur treize films, traversés par des thèmes récurrents, des obsessions communes. La vision d’un cinéaste intransigeant qui, en convoquant tous les arts, tous les sens, tente de s’approcher au plus près du mystère. De la vérité.
Publié le : vendredi 19 février 2016
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EAN13 : 9782367160665
Nombre de pages : 192
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Andrzej Zulawski Sur le fil
Collection Thèses/essais
Déjà paru :
L’Histoire de l’Italie à travers l’œuvre d’Ettore Scola par Charles Beaud
Trajectoires balzaciennes dans le cinéma de Jacques Rivette par Francesca Dosi
La Révélation du temps par les figures sonores dans les films d’Andreï Tarkovski et d’Andreï Zviaguintsev par Macha Ovtchinnikova
Philippe Garrel une esthétique de la survivance par Thibault Grasshoff
Le populisme américain au cinéma de D.W. Griffith à Clint Eastwood : un héros populiste pour unir ou diviser le peuple ? par David Da Silva
Bertolt Brecht et Fritz Lang, le nazisme n’a jamais été éradiqué par Danielle Bleitrach
Scénario et scénariste par Gabrielle Tremblay
Gena Rowlands et le renouveau des actrices d’âge mûr par Paola Dicelli
ISBN 978-2-919070-143-3 ISSN 0753-3454 Dépôt légal novembre 2015
Imprimé dans l’Union européenne Maquette : www.lettmotif-graphisme.com
Éditions LettMotif 105, rue de Turenne 59110 La Madeleine – France Tél. 33 (0)3 66 97 46 78 Télécopie 33 (0)3 59 35 00 79 E-mail : contact@lettmotif.com www.editionlettmotif.com
Jérôme d’Estais
Andrzej Zulawski Sur le fil
Pour Maddy
Il n’y a pas d’œuvre d’art sans collaboration du démon.
André Gide,Dostoïevski
Préface
J’ai découvertPossession,à l’âge de treize ou quatorze ans, sur un petit poste de télévision en noir et blanc, dans ma chambre. Le film traînait derrière lui un parfum de souffre. Adjani était la star du cinéma français. Je ne peux dire si j’avais aimé. Ou compris. Mais aime-t-on ou com-prend-on même les films d’Andrzej Zulawski ? Ce dont je me souviens, c’est d’avoir ressenti celui-ci, telle une défla-gration. Il était resté vissé en moi. Au plus profond de mes entrailles. J’avais par la suite vu au cinémaMes nuits sont plus belles que vos jours, attiré et repoussé à la fois par un cinéma dont je n’avais pas le code. Les codes. Qui toutefois me parlait. Quelque part, intimement.
Toutes ces images, ces sensations étaient encore là, quand au milieu des années quatre-vingt-dix, à Berlin, dans un cinéma, à deux pas de la Sebastianstraße où se trouvait l’immeuble qui avait abrité les amours secrètes d’Anna, je revisPossession. J’avais, cette nuit-là, non seulement compris que je me trouvais face à un grand film d’amour, de ceux qui vous accompagnent toute une vie, à l’instar deVoyage en Italieou duMépris, mais également que je rentrais en religion, comme ces spectateurs qui m’entouraient, tous déjà convertis, et qui assistaient, une nouvelle fois, à cette expérience unique. Je découvris alors les autres films. Ceux de la période française de Zulawski, avec ce mélange d’appréhension et d’excitation. Les premiers visionnages n’étaient pas forcément toujours les plus heureux. Il y en eut d’autres. Puis vintLa Fidélité, gifle et caresse à la fois. Avant les trois grands films polonais. Il n’y avait plus de doute. L’œuvre d’Andrzej Zulawski
PRÉFACE
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était une des branches de l’arbre Cinéma, de mon arbre Cinéma, pour reprendre une métaphore qu’il affectionne. Peut-être plus contorsionnée, mais belle et tout aussi indis-pensable que les autres.
Après quinze années sans tourner, Andrzej Zulawski revient enfin au cinéma avecCosmos, l’adaptation du dernier roman de Witold Gombrowicz, un écrivain qu’il a toujours particulièrement affectionné. Un écrivain, comme lui – Zulawski s’est notamment consacré à l’écriture pendant ces quinze années de silence cinématographique – qui, comme lui, partagea sa vie entre la France et la Pologne. Un auteur dont l’univers et les thèmes de prédilection (la difficulté d’être soi-même, la beauté, la passion amoureuse) sont proches de ceux du metteur en scène. Un artiste auquel on reprocha, en son époque, une certaine complaisance, «sa» 1 vison «d’immigré polonais», son univers jugé trop baroque. Toutes les critiques auxquelles Zulawski et son cinéma durent constamment faire face et qui firent que le cinéaste, célébré dans les années soixante-dix et au milieu des années quatre-vingt, eut plus de mal à trouver la reconnaissance par la suite. Avant de renouer avec le succès. En Pologne avecChamanka,puis en France avecLa Fidélité,sa dernière œuvre qui sut, pour une fois, toucher la critique, rassurée par un film en apparence plus calme, débarrassé des bour-soufflures et de l’hystérie que certains, allergiques au cinéma du metteur en scène («Si cohérence il y a, c’est celle du chaos», écrit un critique à propos de la pièce de Nadine – Romy Schneider – dansL’important c’est d’aimer, pique qu’on croirait toute écrite pour le cinéma du metteur en scène polonais), croyaient y voir et se plaisaient à systémati-quement associer au cinéma de Zulawski («Ces cris, ces
1. Interview de Gombrowicz (12.04.69) par Michel Polac, Michel Vianey et Dominique de Roux.
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ANDRZEJ ZULAWSKI
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