Le populisme américain au cinéma

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La pensée populiste est apparue dès la guerre d’indépendance des colons britanniques d’Amérique du Nord contre la Grande-Bretagne de 1775 à 1783. Malgré tout, le populisme américain a surtout connu son heure de gloire avec The People’s Party en 1892. De fait, ce parti populiste a cristallisé la colère des fermiers américains (dont des Afro-Américains) très endettés de la fin du XIXe siècle. Ce mouvement agraire était très attaché aux idéaux pionniers et se méfiait du développement économique et du salariat (qu’il jugeait incompatible avec la liberté et la démocratie). Les Populistes défendaient l’égalité des chances, une libre entreprise tempérée par le Common Sense (le bon sens) et un pouvoir détenu par des hommes vertueux. Les ennemis des populistes sont souvent de puissants banquiers, des hommes politiques corrompus ou encore de grands industriels qui oppriment le “peuple”.
Ce livre analyse comment les productions cinématographiques américaines ont souvent mis en avant cette idéologie populiste depuis les premiers films de David Wark Griffith (Les Spéculateurs) jusqu’à ceux de Clint Eastwood (Bronco Billy), en passant par des réalisateurs mythiques comme John Ford (Les Raisins de la colère) ou Frank Capra (Monsieur Smith au Sénat).
Diplômé de l’Institut français de presse de Paris, David Da Silva est journaliste et enseignant. Il est l’auteur d’un premier livre intitulé Sylvester Stallone, héros de la classe ouvrière et a notamment collaboré à la revue Cinémaction.
Publié le : dimanche 21 février 2016
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EAN13 : 9782367160573
Nombre de pages : 470
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Le populisme américain au cinéma de D.W. Griffith à Clint Eastwood : un héros populiste pour unir ou diviser le peuple ?
Collection Thèses/essais
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À paraître :
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ISBN 978-2-36716-116-7 ISSN 2417-2995 Dépôt légal mai 2015
Imprimé dans l’Union européenne Maquette : www.lettmotif-graphisme.com
Éditions LettMotif 105, rue de Turenne 59110 La Madeleine – France Tél. 33 (0)3 66 97 46 78 Télécopie 33 (0)3 59 35 00 79 E-mail : contact@lettmotif.com www.edition-lettmotif.com
David Da Silva
Le populisme américain au cinéma de D.W. Griffith à Clint Eastwood : un héros populiste pour unir ou diviser le peuple ?
« Jamais on ne corrompt le peuple, mais souvent on le trompe, et c’est alors seulement qu’il paraît vouloir ce qui est mal. » Jean-Jacques Rousseau
« Il y a une génération, tout individu doté d’intelligence était d’une certaine façon un révolutionnaire. Aujourd’hui, on serait plus près de la vérité en affirmant que tout individu intelligent est réactionnaire. »
George Orwell
« Lorsque le gouvernement viole les droits du peuple, l’in-surrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »
Maximilien de Robespierre
« On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps. »
Abraham Lincoln
Les termes « populisme » ou « populiste » ont une conno-tation péjorative en France. En effet, on assiste rarement à un débat politique sans que ce mot soit prononcé par un élu de gauche ou de droite. En règle générale, ce qualificatif permet de 1 disqualifier les arguments de l’adversaire . Le populisme a mau-vaise presse depuis très longtemps. L’idée, selon laquelle la gestion de la communauté est du ressort d’un pouvoir administratif dont la légitimité vient du fait qu’elle sait ce qu’est une « bonne com-munauté », est très ancienne. Finalement, depuis Platon, le popu-lisme renvoie à un excès dangereux qui met en question les cases bien définies de la communauté que l’on considère comme ration-nelle. Le philosophe grec met déjà en garde contre les dangers 2 des démagogues et de la toute-puissance de la parole . Ensuite, certains, comme Gustave Le Bon, ont mis en évidence la menace des foules sur les sociétés modernes :
1. Citons par exemple : « L’intervention […] du président Sarkozy marque une nouvelle étape dangereuse et indigne, dans une surenchère populiste et xénophobe. » (Communiqué de presse de Ségolène Royal, juillet 2010) http://www.europe1.fr/Politique/Grenoble-Royal-fustige-le-discours-de-Sarkozy-244046/
2. Platon,Gorgias, Gallimard, Pléiade, Paris, 1950, p. 388. « Souvent en effet j’ai déjà accompagné mon frère, ainsi que d’autres médecins, au chevet de quelque malade qui se refusait à boire une drogue ou à laisser le médecin lui tailler ou brûler la chair : celui-ci était impuissant à le persuader ; moi, sans avoir besoin d’un autre art que l’art oratoire, je le persuadais ! Voici venir, d’autre part, en telle cité que tu voudras, un homme qui sait parler, et un médecin ; suppose qu’un débat contradictoire s’engage dans l’Assemblée du Peuple, ou dans quelque autre réunion, pour savoir qui l’on doit choisir pour médecin, le médecin n’y ferait pas longtemps figure, et celui qui bien plutôt serait choisi, s’il le voulait, ce serait celui qui est capable de bien parler ! Suppose encore que ce débat s’engage contre n’importe quel autre professionnel : l’homme habile à parler réussirait, mieux que n’importe qui d’autre, à faire porter le choix sur lui-même ; car, sur quoi que ce soit, devant une foule, l’homme habile à parler le fera d’une façon plus persuasive que n’importe qui d’autre. »
INTRODUCTION
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« Dans les foules, les idées, les sentiments, les émotions, les croyances possèdent un pouvoir contagieux aussi intense que celui des microbes. Ce phénomène est très naturel puisqu’on l’observe chez les animaux eux-mêmes dès qu’ils sont en foule. […] Chez l’homme en foule toutes les émotions sont très rapidement conta-gieuses, et c’est ce qui explique la soudaineté des paniques. Les désordres cérébraux, comme la folie, sont eux-mêmes contagieux. On sait combien est fréquente l’aliénation chez les médecins alié-nistes. On a même cité récemment des formes de folie, l’agorapho-3 bie, par exemple, communiquées de l’homme aux animaux.»
Pourtant, on utilise souvent le terme de « populisme » de manière hasardeuse. En effet, l’épithète « populiste » peut être attribuée à des personnalités très différentes comme Jean-Luc Mélenchon, Pierre Poujade, Silvio Berlusconi, Ronald Reagan ou encore Bernard Tapie. Cette difficulté à utiliser cette notion comme catégorie d’analyse politique est évidente. De fait, le « populisme » sert à définir toutes sortes de mouvements poli-tiques dans l’histoire. C’est sans doute la raison pour laquelle les analyses politiques ont autant de mal à définir de manière précise cette notion de « populisme » :
« “Populism” is a concept both elusive and recurrent. Few terms have been so widely used in contemporary political analysis, although few have been defined with precision. We know intuitively to what we are referring when we call a movement or an ideology populist, but we have the greatest difficulty in translating the intui-4 tions into concepts . »
En général, le terme politique « populisme » signifie un mouvement (ou une doctrine) faisant appel exclusivement ou 5 préférentiellement au peuple en tant qu’entité indifférenciée.
3. Le Bon (Gustave),Psychologie des foules, Félix Alcan, Paris, 1895, pp. 113-114. 4. Laclau (Ernesto),Politics and ideology in Marxist theory: capitalism, fascism, populism, LNB, Londres, 1977, p. 143. (C’est nous qui traduisons) : « Le populisme est un concept à la fois élusif et récurrent. Peu de termes ont été si largement utilisés dans les analyses politiques contemporaines et définis avec si peu de précision. Nous savons intuitivement à quoi nous faisons référence quand nous quali-fions un mouvement ou une idéologie de populiste, mais nous avons la plus grande difficulté à transformer l’intuition en concepts. » 5. Le terme « peuple » désigne généralement une communauté qui partage un même territoire, ou une même langue, ou des valeurs communes.
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LE POPULISME AMÉRICAIN AU CINÉMA
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