Escales à Brest

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Brest Le photographe, singulier visiteur au regard aux aguets, se confronte d'abord à l'espace qu'il par- court.

Publié le : vendredi 9 mai 2014
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Brest
Le photographe, singulier visiteur au regard aux aguets, se confronte d'abord à l'espace qu'il par-court. Il appartient à cet espace mais, en même temps, il doit le découper, le cadrer, le décon-struire en quelque sorte pour, de fragment en fragment, nous proposer de recomposer la ville qu'il aura inventée.
Brest, par exemple. Brest à l'extrême, avec ses montées et ses descentes, ses lignes droites, sa puissance de port omniprésent, ses enfilades de rues dont la mémoire ancienne a disparu sous le feu de la guerre. Comment en rendre compte ? Comment après l'avoir parcourue patiemment, attenti-vement, scrupuleusement, sans jamais s'attacher aux anecdotes mais en installant dans le rectangle un juste étalement des plans, lui redonner une forme intelligible ? Comment la réinventer sous les yeux de celui qui n'a pas éprouvé les coups de vent, qui n'a pas humé l'air marin, qui n'a pas connu le crachin? Comment la lui faire ressentir, lui permettre de la percevoir? Claude Le Gall nous fait une proposition à la fois ambitieuse et modeste. Il a choisi de ne pas nous montrer ou décrire Brest mais de l'évoquer au travers de points de vue fermement structurés. De dire, d'affirmer doucement mais fermement qu'il s'agit là de son point de vue.Point de vue au sens large le plus physique du terme puisque, à chacune de ses photographies, nous imaginions où et comment il s'est placé pour réussir à recomposer l'espace. Il nous propose donc son voyage dans Brest. Sa propre expérience fondée sur ces deux piliers de la photographie que sont l'espace qu'il ramène à deux dimensions et la lumière qu'il laisse vibrer lors-qu'elle révèle les structures. Une lumière aux gris si particuliers qu'il affectionneet qui donne son unité à cette ville que l'on ressent comme une concrétion meurtrie par l'Histoire, qui pourrait être dure, mais qui laisse deviner, au delà des pans coupés et des angles droits, une de ces chaleurs que dissimule souvent la glace. Le Brest de Claude Le Gall n'est ni sentimental ni romantique. Il s'impose simplement par l'évidence d'un regard direct, d'une idée de droiture qui dialogue avec l'espace. Un regard généreux pour rendre justice à une cité que l'on pourrait penser ingrate tant elle a perdu ce qui, de vieilles pierres en séduction du temps, nous piège dans d'autres villes. Christian Caujolle
Préface d'Escalesà Brest / texte :J.F Coatmeur Photos : Claude Le Gall Editions Terre de Brume04/2000
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