L'enfant et le bourreau capitaliste

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Publié le : vendredi 5 juillet 2013
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 Alarmons-nous. Loin de moi l’idée de sonner le glas de l’enfance heureuse telle que nous l’avons jusqu’alors rêvée, mais il me semble essentiel de dénoncer l’ombre menaçante d’un fléau infantile qui, paradoxalement, va de pair avec l’amélioration apparente des conditions de vie de l’enfant. A défaut de pouvoir agir, je me contenterais d’expliquer clairement en quoi consiste cette nouvelle violence infligée à l’enfance. Lutter contre ce phénomène surprenant nécessite d’abord d’en prendre conscience et d’admettre son existence au delà des préjugés et des idées reçus sur la hiérarchisation de la souffrance. C’est dans ce dessein que je vais tacher d’être clair et concis, d’éviter de vous promener à travers un labyrinthe rhétorique qui ne ferait qu’embrumer les implications de cette analyse et de vous épargner la peine d’endurer quelques formules précatives qui n’auraient qu’un objectif oratoire.  Imaginez deux enfants du même âge , douze ou treize ans , assis l’un a coté de l’autre ; l’un est originaire d’un pays du Nord ( Etats Unis , Canada …) , surdimensionné , paralysé sous le poids d’une obésité quasi monstrueuse , l’autre , un enfant d’un pays du Sud ( Afrique Sub-saharienne … ) , sous-dimensionné par la famine , le corps squelettique et déshydraté peine à maintenir droite sa tète énorme ; les deux enfants ont certainement les yeux ternes et absents de ceux qui souffrent d’être impuissants d’échapper à la fatalité qui les emportent. Imaginez cette rencontre surréaliste et vous aurez ainsi l’idée vivante de l’impact de la violence que le nouvel ordre économique appelé cyniquement libéral fait subir aux ‘damnés de la terre ‘, aux minorités et en premier lieu aux enfants... Cet ordre qu’on pourrait qualifier d’anarcho-capitalisme est l’incarnation exemplaire de l’essence de la violence, c’est-à-dire de la démesure (hybris)qui est à la foisviolentia (abus traumatique de la force) etviolarecontre la loi, contre les droits de l’autre)(violer, agir             Pour compléter la liste des types de violences à l’encontre de l’enfant jusqu’alors dénoncés (violence sexuelle, maltraitance, famine, cyber-violence, exploitation économique …) nous allons focaliser notre contribution sur cette violence sournoise, perfide et systématique qu’est le ‘gavage’ et l ’ obèsogénisation ‘des enfants dans les sociétés de surconsommation. Le gavage est une pratique violente qu’on fait subir généralement aux oies et aux canards. A l’aide d’un entonnoir on leur fait avaler de force d’énormes quantités de nourritures à base de mélange riche en protéines et en lipides afin de leur faire enfler le foie et en préparer le fameux foie gras . Cette pratique abominable est utilisée dans des sociétés traditionnelles, plus particulièrement en Mauritanie, ses victimes sont essentiellement les femmes et les fillettes. On les engraisse, en leur ingurgitant à longueur de journée des quantités impossibles de nourritures obésgénes , pour en faire des objets de désirs. Parler de ‘gavage ‘ des enfants dans des sociétés qui font ostensiblement de la liberté le principe axiale et irréductible de leur fonctionnement, serait tomber dans l’extravagance ; personne ne force c’est-à-dire ne contraint physiquement les enfants à s’auto gaver de fast-food , de chips … Cependant si l’on tient
compte de la vulnérabilité de l’enfant ( infans ; celui qui ne possède pas la parole ) de son incapacité à être sujet autonome , majeur capable de dialoguer, de répondre aux abus , de critiquer et de discerner la vérité et le mensonge et si l’on tient compte de l’arsenal sophistiqué et subtile dont se sert la publicité pour promouvoir les produits alimentaires obésogénes ( Mc Donald , KFC … ) on se rendra compte que le terme de ‘gavage’ n’est pas assez virulent pour décrire et dénoncer ce conditionnement immoral des enfants.  Pris dans les rets d’un système économique chronophage qui ne leur laisse plus le temps de vivre suffisamment avec leurs enfants et de s’en occuper , les parents sont obligés de livrer leur progéniture à elle-même. Depuis la maternelle, les enfants sont pris dans l’engrenage d’une infrastructure qui ne leur offre aucune alternative aufast food .Fondée sur le principe de la surconsommation cette gastronomie s’acharne à produire des aliments qui flattent les gouts des enfants (mélange sucré, épicé, salée) et qui leur économise les efforts et le temps ; ils n’ont ni a découper, ni à désosser, ni à éplucher …. Donc manger devient pour eux un acte de plaisir infini et à répété indéfiniment, les aliments se dissolvent instantanément empêchant toute satiété. Pris dans ce cercle vicieux les enfants finissent par devenir obèses. En 2009, leNational Bureau démontré que la présence d’un fast foot dans un aof Economic Research rayon de 150 mètres carré d’une école, augmente l’obésité de 5%. L’obésité infantile dans les pays de la surconsommation tel les Etats Unis et le Canada est devenue un fléau national. L’organisation mondiale de la santé (OMS) suite à des recherches effectuées en 2010 avait affiché le chiffre astronomique de 42 million d’enfants obèses de moins de 5 ans. D’après Institut national de prévention et d'éducation pour la santé, il s’est avéré que le nombre d’enfants obèses a doublé en 10 ans ; ce qui confirme l’intime relation qu’entretiendrait ce phénomène, de plus en plus inquiétant, avec une économie libérale mondialisée mercantile et chronophage.  Les conséquences pathologiques de l’obésité sont d’une gravité critique. Outre les maladies physiques innombrables qui s’ensuivent (le diabète, l’hypertension artérielle, certains cancers …), elle provoque chez les adolescents des troubles psychiques qui sont souvent accentués par leur exclusion par leurs congénères et les frustrations affectives qui en résultent. De multiples préjugés ajoutent à la stigmatisation des enfants en surpoids. Les « gros », ainsi nommés, sont perçus comme des enfants se laissant aller, ne faisant preuve d’aucune motivation pour perdre leur surpoids et ne sachant pas résister à leur envie alimentaire. Cette stigmatisation des enfants en surpoids engendre inconsciemment un certain rejet aux seins de leur groupe d’amis et des difficultés d’intégration liées à cette discrimination. Ce racisme anti-gros engendre un mal être des enfants en surpoids, qui aggrave leurs troubles du comportement alimentaire en développant le stress, la dépression ou encore le malaise face à la nourriture. Le cercle vicieux des conséquences psychologiques de l’obésité rend difficile la réalisation personnelle et l’estime de soi.  Pour lutter contre ce fléau qui sera bientôt mondialisé, il faut renforcer les institutions qui protègent les consommateurs. Il faut encourager aussi les initiatives de contre-publicité, contre la ‘malbouffe’ et les études qui dénoncent le
devenir endémique de l’obésité. Le documentaire ‘ Super Size Me‘ réalisé et mis en scène par Morgan Spurlock , dont le titre fait référence au gigantesque ‘ hamburger’ de Mc Donald ( symbole emblématique de la gastronomie obesogéne ) constitue un acte de contre-propagande qui vise a démontrer le caractère néfaste de la restauration rapide . En effet Morgan Spurlock s’est nourri exclusivement chez Mc Donald pendant un mois à raison de 3 fois par jours. Conséquence ; Il prend ainsi plus de 11 kilos et a des problèmes de foie. Imaginez alors les effets de ce régime sur un corps en phase de développement.
Il convient surtout de réfléchir, et de concevoir une nouvelle forme de mondialisation, une mondialisation dont la finalité n’est pas l’enrichissement immoral de capitalistes ultra-mercantiles mais la réalisation du bien être des hommes et en premier lieu des enfants qui sont les premières victimes des violences économiques.
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