LA RECONNAISSANCE DES JUGEMENTS ETRANGERS

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LA RECONNAISSANCE DES JUGEMENTS ETRANGERS AU MAROC            INTRODUCTION Chaque pays a son propre droit. Ceci est étroitement lié à son histoire, à sa coutume, à sa  religion, à sa région géographique, au niveau technologique et industriel ainsi qu’à sa  culture. Du reste, le droit lui­même fait partie de la culture du pays intéressé. Bien   que   notre   monde   soit   de   plus   en   plus   interconnecté,   il   reste   composé   d’une  multitude de systèmes juridiques, reflet des différentes traditions existant en matière de  relations   privées   et   commerciales.   Quand   les   personnes   traversent   les   frontières   ou  agissent dans un pays autre que le leur, ces différences peuvent compliquer, voire gêner  leurs actes de manière insoupçonnée. Dans certains pays, par exemple, les mariages sont  célébrés selon divers rites religieux ; d’autres pays exigent un mariage civil. Le système juridique d’un pays donné reconnaitra­t­il la forme de mariage pratiquée dans  un autre pays ? Deux voitures entrent en collision en Autriche, blessant des passagers  tous de nationalité turque, est­ce le droit autrichien ou le droit turc qui s’appliquera pour  attribuer   des   dommages­intérêts   ou   une   réparation ?   Un   couple   mixte   brésilien   et  marocain se sépare ; le père emmène l’enfant au Maroc. L’épouse dispose­t­elle d’une  voie de recours si ses droits de garde sont ignorés ?
Publié le : mardi 6 novembre 2012
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LA RECONNAISSANCE DES
JUGEMENTS ETRANGERS
AU MAROC
          INTRODUCTION
Chaque pays a son propre droit. Ceci est étroitement lié à son histoire, à sa coutume, à sa 
religion, à sa région géographique, au niveau technologique et industriel ainsi qu’à sa 
culture. Du reste, le droit lui­même fait partie de la culture du pays intéressé.
Bien   que   notre   monde   soit   de   plus   en   plus   interconnecté,   il   reste   composé   d’une 
multitude de systèmes juridiques, reflet des différentes traditions existant en matière de 
relations   privées   et   commerciales.   Quand   les   personnes   traversent   les   frontières   ou 
agissent dans un pays autre que le leur, ces différences peuvent compliquer, voire gêner 
leurs actes de manière insoupçonnée. Dans certains pays, par exemple, les mariages sont 
célébrés selon divers rites religieux ; d’autres pays exigent un mariage civil.
Le système juridique d’un pays donné reconnaitra­t­il la forme de mariage pratiquée dans 
un autre pays ? Deux voitures entrent en collision en Autriche, blessant des passagers 
tous de nationalité turque, est­ce le droit autrichien ou le droit turc qui s’appliquera pour 
attribuer   des   dommages­intérêts   ou   une   réparation ?   Un   couple   mixte   brésilien   et 
marocain se sépare ; le père emmène l’enfant au Maroc. L’épouse dispose­t­elle d’une 
voie de recours si ses droits de garde sont ignorés ?
Ces situations transfrontières peuvent soulever des questions innombrables. Les solutions 
apportées au niveau national, voire régional, trouvent de plus en plus leurs limites au 
regard de la mondialisation croissante.
La Conférence de la Haye de droit international privé a pour vocation d’élaborer et 
d’assurer le suivi d’un cadre d’instruments juridiques qui, en dépit des différences entres 
systèmes   juridiques,   permettra   aux   individus   et   aux   sociétés   de   jouir   d’une   grande 
sécurité juridique.  
1. Origines de la Conférence de la Haye de droit international privé 
1La Conférence de La Haye  est la doyenne des institutions juridiques internationales de 
La Haye. Elle s’est réunie pour la première fois en 1893, à l’instigation de Tobias M.C. 
Asser (Prix Nobel de la paix en 1911). Les tentatives précédentes de réunir une telle 
conférence en Europe s’étaient soldées par des échecs, comme celle qui aurait dû se tenir 
à Rome en 1885 à la suite des efforts de Pasquale Mancini, qui influença profondément 
Tobias Asser. Ce n’est qu’à l’initiative de ce dernier que le moment et, le lieu, idéaux 
furent trouvés, en 1893. En 1889, sept États sud­américains avaient tenu avec succès une 
conférence diplomatique à Montevideo sur le droit international privé. Aux Pays­Bas, La 
Haye était  un endroit « neutre », libre de toutes rivalités, permettant à l’Europe de 
répondre par sa propre conférence internationale. Par ailleurs, Tobias Asser était soutenu 
non seulement par son propre Gouvernement, mais également par un groupe d’éminents 
collègues et amis européens, composé notamment de Louis Renault (France), Augusto 
Pierantoni  (Italie) et Fedor de Martens (Russie). Ils partageaient une même  vision : 
éliminer les obstacles juridiques aux relations et opérations internationales privées en 
1 M. Hans van Loon, La Conférence de La Haye de droit international privé, journal judiciaire de la Haye, 
numéro 2, 2007.négociant des traités fondés sur des principes simples et acceptables aux yeux de toutes 
les nations.  
La première Conférence de La Haye remporta un tel succès qu’elle fut immédiatement 
suivie par une deuxième Conférence diplomatique, en 1894. Une fois de plus, Tobias 
Asser présida la Conférence, Fedor de Martens dirigeant les négociations pour la Russie. 
Fedor de Martens rentra à Saint­Pétersbourg impressionné par ces conférences et par le 
rôle que la diplomatie de Tobias Asser avait joué dans leur réussite.   Il ne fait aucun 
doute que ces facteurs l’ont poussé à conseiller au tsar Nicolas II de proposer La Haye 
comme lieu pour la première Conférence de la paix en 1899, qui serait de nouveau 
présidée par Tobias Asser, Fedor de Martens jouant les aides de camp.   
La première Conférence mondiale de la paix de La Haye s’étant déroulée avec succès, 
marquée par la création de la Cour permanente d’arbitrage, Tobias Asser présida les 
troisième (1900) et quatrième (1904) Conférences de La Haye sur le droit international 
privé,   toutes   deux   organisées  à   titre   exceptionnel,   sans   le   soutien   d’un   secrétariat 
permanent. La Conférence de La Haye de 1904 accueillait le Japon, première délégation 
non européenne. 
Ensemble, ces quatre premières conférences ont adopté sept conventions :  
o  Convention de 1896 relative à la procédure civile (remplacée ensuite par celle de 
1905) ; 
o  Convention du 12 juin 1902 pour régler les conflits de lois en matière de mariage 
(remplacée par la Convention Mariage de 1978) ; 
o Convention du 12 juin 1902 pour régler les conflits de lois et de juridictions en matière 
de divorce et de séparations de corps (remplacée par la Convention Divorce de 1970) ; 
o  Convention  du 12 juin 1902 pour régler la tutelle  des  mineurs  (remplacée  par la 
Convention   Protection   des   mineurs   de   1961,   puis   par   la   Convention   Protection   des 
enfants de 1996) ; 
o  Convention du 17 juillet 1905 concernant les conflits de lois relatifs aux effets du 
mariage sur les droits et les devoirs des époux dans leurs rapports personnels et sur les 
biens des époux (remplacée par la Convention Régimes matrimoniaux de 1978) ; 
o  Convention du 17 juillet 1905 concernant l’interdiction et les mesures de protection 
analogues (remplacée par la Convention Protection des adultes de 2000) ;
o  Convention   du   17   juillet   1905   relative  à   la   procédure   civile   (remplacée   par   la 
Convention Procédure civile de 1954, la Convention Notification de 1965, la Convention 
Obtention des preuves de 1970 et la Convention Accès à la justice de 2000). 
Ses   travaux   marquèrent   un   arrêt   après   la   Quatrième   session   :   le   climat   politique 
international   se   détériorait   ;   un   nationalisme   perverti   gagnait   du   terrain   en   Europe, 
discréditant   de   fait   la   nationalité   —   pierre   angulaire   de   la   plupart   des   premières 
Conventions — et tout autre principe directeur, quel qu’il soit. Même avant la première 
guerre mondiale, des pays avaient commencé à dénoncer les conventions qu’ils avaient si 
volontiers ratifiées une décennie plus tôt. Pendant l’entre­deux­guerres eurent lieu les 
cinquième (1925) et sixième (1928) Conférences de La Haye, où une délégation du 
Royaume­Uni fut présente pour la première fois ; cependant, aucune convention ne fut adoptée. Ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale que le phénix renaquit de ses 
cendres.   
En   1951   eut   lieu   la   septième   Conférence   de   La   Haye,   dont   les   participants 
institutionnalisèrent le travail en créant une organisation permanente : la Conférence de 
La Haye de droit international privé. Son statut, entré en vigueur en 1955 et initialement 
signé   par   seize  États   (tous   européens,  à   l’exception   du   Japon),   disposait   que   des 
conférences diplomatiques devaient se tenir en principe tous les quatre ans. Il établissait 
un petit secrétariat permanent chargé d’organiser et de préparer ces conférences en vue de 
l’élaboration de nouvelles conventions. Les réunions devaient se tenir, comme encore de 
nos jours, au Palais de la Paix à La Haye. Au début, le français était la seule langue 
officielle de la Conférence. L’anglais en devient la seconde langue officielle quand les 
États­Unis, le Canada et d’autres pays de common law y adhérèrent dans les années 
soixante.  
Son nombre de membres allant croissant, il devenait de plus en plus important, pour la 
Conférence, de jeter des ponts entre les systèmes juridiques de common law et de droit 
civil. Le concept de         « résidence habituelle » prit son importance en tant que facteur 
de rattachement dans les situations internationales, à la fois pour déterminer le droit 
applicable et le tribunal compétent. Ce concept fut adopté au détriment du principe de 
nationalité, si cher à la première génération de Conventions de La Haye, et du principe de 
domicile,   premier   facteur   de   rattachement   dans   la   juridiction   de   common   law.   Des 
techniques ont été trouvées pour concilier les différences entre systèmes de droit civil et 
de common law concernant la signification d’actes de procédure et l’obtention de preuves 
à l’étranger, le rapprochement des différentes conceptions de succession à cause de mort 
et d’administration des successions, ou encore la reconnaissance de l’institution du trust, 
largement utilisée dans les pays de common law mais pratiquement inconnue dans les 
systèmes de droit civil.   
Dans les années quatre­vingt et quatre­vingt­dix, des pays tels que l’Australie, la Chine et 
plusieurs pays d’Amérique latine devinrent membres de la Conférence. Ces sept dernières 
années, le nombre de nouveaux États membres a augmenté de plus d’un tiers, ce qui le 
porte actuellement à soixante­six États. En Europe, sont membres tous les États membres 
de l’Union européenne, plus l’Albanie, le Bélarus, la Bosnie­Herzégovine, la Croatie, 
l’Ex­République   yougoslave   de   Macédoine,   la   Géorgie,   l’Islande,   Monaco,   le 
Monténégro, la Fédération de Russie, la Serbie, la Suisse, la Turquie et l’Ukraine. Aux 
Amériques,  sont  membres  l’Argentine,  le Brésil,  le  Canada, le  Chili,  les  États­Unis 
d’Amérique,  le Mexique, le Panama, le Paraguay, le Pérou, le Suriname, l’Uruguay et le 
Venezuela. En Asie / Océanie, sont membres l’Australie, la République populaire de 
Chine,   Israël,   le   Japon,   la   Jordanie,   la   République   de   Corée,   la   Malaisie,   la 
NouvelleZélande   et   le   Sri   Lanka.   En   Afrique,   sont   membres   l’Égypte,   le   Maroc   et 
l’Afrique du Sud.
L’admission de l’Inde est à l’étude. Quatre autres États (Colombie, Costa Rica, Équateur, 
Paraguay   et   Zambie)   ont  été   admis   mais   doivent   encore   ratifier   le   Statut   de   la Conférence. Depuis l’entrée en vigueur du Statut amendé de la Conférence, le 16 janvier 
22007 ,  les   organisations  régionales  d’intégration  économique   peuvent  également  être 
admises comme membres. Le 3 avril 2007, le Conseil sur les affaires générales et la 
politique de la Conférence a décidé à l’unanimité d’admettre la Communauté européenne 
(CE), Organisation régionale d’intégration économique au sens de l’article 3 du Statut 
amendé, comme sa première Organisation membre. Cette décision a été suivie d’une 
cérémonie au cours de laquelle le Président du Conseil de l’Union européenne, pour le 
3compte de la Communauté européenne , a déposé l’instrument d’acceptation du Statut de 
la Conférence de La Haye. L’admission de la CE s’ajoute aux adhésions individuelles des 
vingt­sept États membres de l’Union européenne, qui conserve leur statut de membre à 
part   entière.   Les   signatures,   ratifications   et   adhésions   aux   Conventions   de   La   Haye 
devenant de plus en plus nombreuses, 129 États du monde entier sont désormais associés 
aux travaux de la Conférence, que ce soit en tant qu’États membres ou de parties à l’une 
ou plusieurs des Conventions de La Haye, ces dernières étant également ouvertes aux 
États non­membres de l’organisation.
2. Importance des travaux de la Conférence  
Depuis   1951,   la   Conférence   a   adopté   trente­six   Conventions   dans   trois   principaux 
domaines, nous citerons quelques­unes relatives à la reconnaissance et à l’exécution des 
jugements, objet de ce travail, savoir :  
o  Convention  du  5 octobre   1961 supprimant  l’exigence   de la  légalisation  des  actes 
publics étrangers ; 
o  Convention   du   15   novembre   1965   relative  à   la   signification   et   la   notification  à 
l'étranger des actes judiciaires et extrajudiciaires en matière civile ou commerciale ;
o Convention du 25 octobre 1980 tendant à faciliter l’accès international à la justice ; 
 
ero  Convention du 1   février 1971 sur la reconnaissance et l’exécution des jugements 
étrangers en matière civile et commerciale ; 
ero  Protocole   additionnel   du   1   février   1971  à   la   Convention   de   La   Haye   sur   la 
reconnaissance et l’exécution des jugements étrangers en matière civile et commerciale ;
o  Convention   du   1er   juillet   1985   relative   à   la   loi   applicable   au   trust   et   à   sa 
reconnaissance ;  
o  Convention   du   15  novembre   1965  concernant   la   compétence   des   autorités,   la   loi 
applicable et la reconnaissance des décisions en matière d’adoption (remplacée par la 
Convention Adoption­coopération de 1993) ;  
o Convention du 2 octobre 1973 concernant la reconnaissance et l’exécution de décisions 
relatives aux obligations alimentaires (voir également ci­dessous) ;
2 En anglais et en français, les deux textes faisant foi à compter de cette date.
3 Lequel avait joui officiellement, jusqu’à cette date, du statut d’observateur au sein de l’organisation.o Convention du 19 octobre 1996 sur la compétence, la loi applicable, la reconnaissance, 
l’exécution et la coopération en matière de responsabilité parentale et de mesures de 
protection des enfants 
Protection internationale des adultes ;   
o Convention du 1er juin 1970 sur la reconnaissance des divorces et des séparations de 
corps ;  
o Convention du 2 octobre 1973 concernant la reconnaissance et l’exécution de décisions 
relatives aux obligations alimentaires  
o Convention du 14 mars 1978 sur la célébration et la reconnaissance de la validité des 
mariages ; 
o  Convention   du   14   mars   1978   sur   la   loi   applicable   aux   régimes   matrimoniaux 
Testaments, successions et trusts.  
Étant donné que la Conférence de La Haye adopte des traités et, contrairement à la 
Communauté  Européenne,  n’a pas le pouvoir de promulguer des  règlements  ou des 
directives, les États restent libres, même s’ils ont conclu une Convention lors d’une 
Conférence diplomatique, d’adopter ou non la Convention concernée dans leur propre 
système. Pour que les Conventions de La Haye acquièrent force de loi dans un pays 
donné, elles doivent être soumises aux procédures constitutionnelles de ce pays. Ces 
procédures peuvent parfois être longues. C’est la raison pour laquelle certains pays, sans 
adopter formellement une Convention, se contentent d’en emprunter le texte ou certaines 
règles   pour   les   intégrer  à   leur   législation   nationale.   De   la   même   manière,   d’autres 
organisations   internationales   peuvent   utiliser   les   Conventions   de   La   Haye   comme 
modèles. Cela a été le cas, notamment, avec le Conseil de l’Europe, l’Organisation des 
États américains et, plus récemment, l’Union Européenne.   
De nombreuses Conventions de La Haye partagent un point commun : elles fonctionnent 
par   l’intermédiaire   de   diverses   agences   administratives,   en   général   des   Autorités 
centrales, désignées par chaque État lié par la Convention. Ces Autorités centrales sont en 
contact   régulier,   si   ce   n’est   constant,   entre   elles   et   avec   le   secrétariat   —   Bureau 
Permanent — de la Conférence, tant par des communications longue distance que lors de 
réunions régulières tenues soit au Palais de la Paix soit ailleurs dans le monde. 
Au fil des ans, la Conférence a connu ses plus grands succès en essayant d’établir des 
voies de coopération et de communication entre tribunaux et autorités de différents pays. 
Sans avoir d’incidence radicale sur les législations nationales, des conventions telles que 
celle supprimant l’exigence de la légalisation (92 États parties), celle sur la signification à 
l’étranger des actes judiciaires et extrajudiciaires (56 États parties), celle sur les aspects 
civils de l’enlèvement international d’enfants (80 États parties) et celle sur la protection 
des enfants et la coopération en matière d’adoption internationale (74 États parties) ont 
néanmoins  aidé à faciliter  les  activités  transfrontières  et à régler des problèmes  qui 
auraient autrement été insolubles. Le législateur  marocain,  quant à lui,  a accordé  une grande importance  au sujet  des 
jugements étrangers et de leur exequatur.
Toutefois,   la   coopération   internationale   reste   le   meilleur   moyen   de   surmonter   les 
problématiques engendrées par ces conflits chevauchés transfrontaliers.
Croyant   en   l’importance   de   cette   coopération,   le   Maroc   a   œuvré   depuis   son 
indépendance, pour son renforcement à travers la ratification de plusieurs conventions :
Les conventions internationales :
o  La convention internationale relative au recouvrement des pensions alimentaires  à 
l’étranger publiée au Bulletin officiel n° 2467 en date du 07/05/1960 ; 
o La convention internationale des droits de l’enfant publiée au bulletin officiel n° 4440 
en date du 30/03/1987 ; 
o  La convention arabe de Riyad sur la coopération judiciaire ratifiée par le Maroc le 
30/03/1987 ; 
o  La   convention   concernant   la   compétence,   la   loi   applicable,   la   reconnaissance, 
l’exécution et la coopération en matière de responsabilité parentale et des mesures de 
protection des enfants signée à la Haye le 19/10/1996 et publiée au Bulletin officiel 
n° 5108 en date du 15/05/2003.
Les conventions bilatérales : 
o  la  convention franco­ marocaine d’entraide judiciaire, d’exequatur des  jugements et 
d’extradition, signée le 5 octobre 1957 ; 
o la convention entre le Royaume du Maroc et la République française relative au statut 
des personnes et de la famille, et à  la coopération judiciaire en date du 10/08/1981 
publiée au B.O du 07/10/1987 ; 
o la convention maroco­tunisienne du 30/03/1959 ; 
o la convention entre le Maroc et la Libye relative aux notifications, aux commissions 
rogatoires, à l’exécution des jugements et à l’extradition du 11/02/1963 ;
o la convention de coopération judiciaire entre le Royaume du Maroc et le Kuweit en 
matière de statut personnel et de statut des personnes du 10/12/1996 ; 
o la convention de coopération judiciaire entre le Royaume du Maroc et la République 
arabe d’Egypte en matière de statut personnel et de statut des personnes du 27/05/1998 ; 
o la convention de coopération judiciaire entre le Royaume du Maroc et le Royaume du 
Bahreïn en matière de statut personnel et de statut des personnes du 29/11/1997 ; 
o la convention de coopération judiciaire entre le Royaume du Maroc et la République de 
Syrie en matière de statut personnel et de statut des personnes du 25/09/1995 ; 
o la convention du 26/06/2002 entre le Royaume du Maroc et le Royaume de Belgique en 
matière   de   reconnaissance   et   d’exequatur   des   jugements   en   matière   de   pension 
alimentaire ; o la convention du 26/06/2002 entre le Royaume du Maroc et le Royaume de Belgique en 
matière de coopération judiciaire, de reconnaissance et d’exécution des jugements en 
matière de droit de garde et de visite ;
Le   Maroc   a  également   adopté   de   nouveaux   mécanismes   en   matière   de   coopération 
internationale  à   travers   l’échange   mutuel   des   magistrats   avec   plusieurs   pays   dont 
essentiellement la France et l’Espagne et la mise en place de commissions mixtes avec les 
pays étrangers pour assurer le suivi des conventions bilatérales qui les lient.
On se demande alors ce que cette procédure d’exequatur a de particulier ? Quelle est la 
nature   du   jugement   accordant   l’exequatur ?   Quelle   est   cette   autorité   chargée   de 
l’exequatur ?   Sous   quelles   conditions   peut­on   revêtir   un   jugement   de   la   formule 
exécutoire ? Et, enfin, existe­t­il des effets indépendants de l’exequatur ?
Questions auxquelles nous allons nous pencher tout au long de ce travail, en passant par 
d’autres interrogations, afin de cerner au mieux ce thème, à savoir la reconnaissance des 
jugements étrangers au Maroc.
PLAN DU TRAVAIL
I – Exécution des décisions de justice et procédures d'exequatur
A ­ Conditions de l’exequatur   
B – Procédures de l’exequatur    
II – Les effets de la reconnaissance des jugements étrangers
A – De l’autorité de la chose jugée et de la force exécutoire
B – De la force probante des jugements étrangers
 I   –   EXECUTION   DES   DECISIONS   DE   JUSTICE   ET   PROCEDURES  
D’EXEQUATUR
Pour qu’un jugement ou un acte relatif aux biens émanant d’une autorité étrangère soit 
applicable au Maroc, il faut en principe procéder à « l’exequatur (ou exécution) », terme 
latin signifiant « qu’il soit mis à exécution ».
Lorsqu'un   litige   est   soumis   aux   tribunaux   du   pays   d'origine   ou  à   ceux   du   pays   de 
résidence, quelle que soit la matière (travail, divorce et affaires familiales, commerce, fiscalité, administration, etc.), ce sont les procédures suivies par les tribunaux selon la loi 
de leur Etat qui sont applicables. Cette procédure a donc pour objet de donner un titre à 
une personne privée et de rendre la décision étrangère opposable aux autorités locales.
A cet égard une assistance judiciaire est nécessaire.
Lorsqu'on obtient un jugement définitif étranger qu'on souhaite exécuter au Maroc et, 
dans le cas contraire, lorsqu'on demande l'exécution d'un jugement marocain à l'étranger, 
il   faut   suivre   une   procédure   spéciale   d'exécution   des   décisions   de   justice   appelée 
exequatur, qui vise à valider le jugement à exécuter par les tribunaux compétents de 
l'autre pays. 
 A ­ Conditions de l’exequatur  
Les jugements étrangers ne peuvent être exécutés sur le territoire marocain que s’ils sont 
revêtus de la formule exécutoire. Ces jugements sont essentiellement rendus en matière 
civile, commerciale, familiales et pénale.
En matière du droit de la famille :
L’article 128. 2 du code de la famille stipule que : « Les jugements de divorce, de divorce 
judiciaire, de divorce Khol’ ou de résiliation de mariage, rendus par les juridictions 
étrangères sont susceptibles d’exécution s’ils sont rendus par un tribunal compétent et 
fondés sur des motifs qui ne sont pas incompatibles avec ceux édictés par le présent code 
pour mettre fin à la relation conjugale. Il en est de même pour les actes  conclus à 
l’étranger   devant   les   officiers   et   les   fonctionnaires   publics   compétents,   après   avoir 
satisfait aux procédures légales relatives à l’exequatur, conformément aux dispositions 
des articles 430, 431 et 432 du code de procédure civile ».
La Cour suprême du Maroc est allée dans ce sens dans son arrêt n° 180 rendu dans le 
dossier de statut personnel n° 277/99 en date du 24/04/2003 en affirmant « qu’il n’y a 
aucune disposition qui exclut de l’exequatur les jugements étrangers rendus en matière de 
statut personnel tant que les conditions requises par la loi sont remplies ».
A noter que le jugement étranger doit respecter les dispositions du code de la famille 
marocain telles que la tentative de conciliation entre les époux avant le divorce, sans être 
tenu de citer les causes du divorce, en usant des mêmes termes utilisés par le droit 
marocain ou de faire référence à ses dispositions relatives à la dissolution de l’union 
conjugale.
Dans son arrêt n° 312, la Cour suprême décide que : « les jugements étrangers en matière 
de divorce peuvent être exécutés lorsqu’ils sont rendus par une juridiction compétente, fondés sur des causes compatibles avec celles édictées par le Code de la famille marocain 
4en matière de dissolution du mariage et revêtus de l’exequatur . 
Ainsi, les juridictions marocaines ne peuvent refuser l’exequatur d’un acte ou d’un 
jugement étranger se prononçant sur le divorce au motif qu’il est rendu par des juges non 
musulmans ».
En matière pénale
Pour ce qui est des jugements rendus en matière pénale, leur reconnaissance est régie par 
l’article 716 du Code de procédure pénale et non par le Code de procédure civile. Cet 
article énonce que : « Lorsqu’à l’occasion d’une poursuite pénale pour crime ou délit de 
droit commun, une juridiction répressive du Royaume constate à l’examen du casier 
judiciaire de l’auteur de l’infraction que ce dernier a déjà fait l’objet d’une condamnation 
prononcée par une juridiction étrangère pour crime ou délit de droit commun, également 
puni par la loi marocaine, elle peut par une disposition spécialement motivée de sa 
décision constatant la régularité de la sentence pénale étrangère, retenir cette dernière 
comme l’un des termes de la récidive ».
Il existe cependant une exception, c’est lorsque la juridiction pénale se prononce sur 
l’action civile accessoire pour dédommager la victime. Dans ce cas, ce jugement est 
exécuté au Maroc selon les dispositions de l’article 717 du CPP qui renvoi au CPC en 
stipulant que les condamnations civiles prononcées par une juridiction pénale étrangère 
ne peuvent recevoir exécution  au Maroc, à moins qu’en vertu d’une décision d’une 
juridiction civile marocaine, elles n’aient reçu l’exequatur en application des dispositions 
du Code de procédure civile ».
L’article 715 règlemente l’exécution sur le territoire national des commissions rogatoires 
étrangères :
« Les   commissions   rogatoires   provenant   de   l’étranger   sont   exécutées   comme   celles 
délivrées sur le territoire du Royaume et conformément à la législation marocaine…
Toutefois, les commissions rogatoires ne peuvent être exécutées si elles ne rentrent pas 
dans   la   compétence   des   autorités   marocaines   ou   si   leur   exécution   est   de   nature  à 
compromettre la souveraineté du Royaume du Maroc, sa sécurité, son ordre public ou ses 
autres intérêts essentiels…
En cas de transmission directe, l’autorité étrangère ne doit être avisée de la suite donnée 
qu’après réception de la copie transmise par la voie diplomatique ».
L’article 430.2 du code de procédure civile dispose que : « Le tribunal saisi doit s’assurer 
de la régularité de l’acte et de la compétence de la juridiction étrangère de laquelle il 
émane. Il vérifie également si aucune stipulation de cette décision ne porte atteinte à 
l’ordre public marocain ».
4 Conformément aux dispositions des articles 430 et 431 du Code de procédure civile.

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