Barracuda épisode 3 : La mort des Justes

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Troisième épisode du roman-feuilleton "Barracuda", de Nahel D.P.
Un nouvel épisode tous les mardis soirs.
Publié le : mardi 10 mai 2016
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Episode 3/8 : La mort des Justes  Ils sont trop nombreux à savoir. Ils mourront. Mais c’est Hector le plus menaçant, je dois l’abattre en premier. Il fait partie de la pègre lyonnaise, a dit Diane. Très bien, je connais quelqu’un. Je quitte le parc à vélo et vais à un bar près des berges de Saône. Quelques clients discutent en terrasse et ne me voient pas passer. A l’intérieur le serveur sursaute puis sourit et me conduit à l’étage, une grande mezzanine au-dessus de la salle. Là est installé le parrain de la pègre lyonnaise, un grand gaillard noir qui se fait appeler Gary. Il parle à un groupe d’amis. Aux autres tables se trouvent d’honnêtes citoyens sous son parrainage.Cet homme est issu d’une famille congolaise arrivée en France en première classe. Ce miracle tient aux sommes gigantesques volées par ses parents à des paysans et avec lesquelles ils ont arrosé la bureaucratie douanière. Fort de sa différence et de sa richesse, le gamin a grandi dans des écoles catholiques où les cancres craignaient sa couleur, pour faire SciencePo et embrasser
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une ambitieuse carrière politique. Je ne sais plus quel parti gauchiste il a rejoint mais cela n’a pas duré. Gary, imprégné par le dogme catholique, voulait aider les populations. Quand il a réalisé la hauteur où culminaient les cravates, qui rendait impossible toute action daide efficace,il a vite pris sa décision et s’est retiré.  Il passe pour le gangster le plus probe de Lyon et prend sous son aile des centaines de foyers et d’orphelins.Business simple : récupérer un maximum d’argent par tous les moyens et l’employer à aider ceux qui en ont besoin. Sources de revenus plutôt acceptables : contrebande, détournement de fond, arnaques… Gary prend son rôle de Robin des bois très au sérieux : avec l’argent du trafic il paye le loyer de familles en détresse ou leur fourni papiers, avocats… Pour eux, il est un sauveur. De tous les parrains que j’ai connus, Gary est le plus pacifique. Les gardiens de la Justice le laissent tranquille, soudoyés ou voyant son bon fond. Aujourd’hui, il porte un costume blanc, une chemise rose pâle, une petite chainette dorée et une
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grosse bague avec unsymbole d’araignée. Avachi dans son canapé, il se redresse en me voyant. Martial ? Oui. Dans ce milieu, on m’appelle par mon prénom. Ils croient que je travaille pour Barracuda dont je transmets les messages. Personne ne soupçonne rien. Ils me prennent pour un pauvre type, au pire un délinquant de seconde zone. Ils ignorent même que j’ai fait l’armée et la prison. Gary et ses hommes sont toujours inquiets de me voir. Normal : ambassadeur de Barracuda, j’annonce ses massacres.Prend une chaise. Qu’est-ce qui t’amène? Il veut Hector. Qui ? Hector. Il a dit que c’était un… truand lyonnais. Il va le tuer.  Gary regarde sur le côté et se frotte les jambes, quelque chose ne va pas. Ah… C’est grave, cette fois. Donner des armes, ça ne me dérange pas mais je suis parrain d’Hector… J’aimerai bien, Martial, mais je ne peux pas.Vous ne savez pas où il est ?
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Ce n’est pas ça, tu n’as pas compris. Je l’ai pris sous ma protection, je ne peux pas te le livrer. Pff. C’est un extraterrestre: un homme de principe. Il a une loi morale qu’il respecte et dont un point essentiel estqu’en tant que parrain, il doit protection à ses filleuls. Je prends un faux air inquiet : Ilne va pas aimer ça…  Dis-lui bien que nous restons alliés. Je ferai toujours mon possible pour l’aider, tant qu’il ne s’agit pas de rompre mes engagements. Bon. Il a peur. Bien. Mais il a refusé de m’aider. J’insiste avec lassitude:  Hector bosse pour toi, tu devrais pouvoir le livrer. Impossible, justement parce qu’il me sert. Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire.  Inutile. Je soupire, me lève et tourne les talons après l’avoir salué, il répond d’un hochement de tête. Dès que je me retrouve hors de sa vue, dans l’escalier, j’attrape la gorge du serveur et fixemes yeux dans les siens. Après deux longues minutes de spasmes et sursauts, il s’affaisse comme un pantin. Des clients se
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lèvent, j’ignore. La cible est à l’étage. Je le lâche et tire une balle silencieuse dans son ventre. Pas de blessés derrière moi. Je calcule vite en armant le chien le nombre de tueurs vus autour de Gary. Il a refusé de m’aider, il mourra ; il faut que je me défoule. Un garçon descend, avec des lunettes et une tignasse blonde bouclée. Nos regards se rencontrent, je l’attrape, lui fais une prise douloureuse et monte en me servant de lui comme bouclier. Gary se lève. Martial ? Je m’appelleBarracuda!  Dans une giclé de sang la tête du géant bascule en arrière. Un à un, j’abats les autres, l’un d’eux a le temps d’appeler. Bah, j’avais prévu d’en arriver là. J’abandonne le garçon, saute au rez-de-chaussée, court à l’extérieur, sors mon téléphone, compose un numéro. Boum.  La déflagration fait trembler le sol. Je me retourne et reste un instant à regarder les flammes dévorant le bar, les bavards qui ne savent comment réagir. Je savoure ma toute puissance avant de m’enfuir. Je traverse la rue, mets perruque et lunettes de soleil puis escalade une façade.
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Par les toits, je traverse le quartier jusqu’à l’un de mes appartements secrets.  A chaque visite dans ce bar, j’ai dissimulé une charge. Dans les meubles, sous les fauteuils… ils en ont trouvé certaines mais n’ont pas deviné l’origine. Ils n’ont jamais eu le moindre soupçon sur moi, pauvre marionnette du terrible Barracuda. Mais c’était une erreur de me présenter sous mon nom. Si Gary ou l’un de ses hommes comprenait j’étais perdu. D’ailleurs c’est sans doute ce qui est arrivé, avec Hector.  Dans mon appartement je tourne en rond. Un truand a découvert qui je suis et prétend me faire souffrir. Il ne me connait pas, il va être déçu. Rien ne peut me toucher. Mon téléphone vibre, je reconnais une voix en pleurs : Martial ! Maman ? Ton père a été enlevé. Je sais. Quoi ? Comment ?
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L’homme qui l’a enlevé m’a téléphoné et m’a fait écouter sa voix avant de… lui tirer dans la tête. Je suis trop énervé pour simuler la tristesse. Pendant l’année de prison, j’ai perdu toute attache avec ma famille. Mon père est mort je m’en fiche, je ne verraipas la différence. La priorité est de retrouver Hector pour lui faire regretter et l’empêcher de raconter qui je suis. Ma mère pleurniche encore : Martial…Courage, Maman. La police est venue me voir…Eh bien ? J’ai témoigné au commissariat. Il faut que tu y ailles aussi. D’accord, j’y vais tout de suite. Repose-toi Maman. J’attrape mon blouson. Mieux vaut se débarrasser de cette corvée avant qu’on ne me trouvesuspect. Je sors et me rends à pied au commissariat. Le type de la réception dort à moitié, je pourraisl’amputer d’une jambe qu’il ne s’en apercevrait pas. Je soupire.
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Excusez-moi, je m’appelle MartialBarbade, je viens témoigner.  Contrarié dans sa méditation, il cherche dans l’ordinateur puis indique un bureau au fond du couloir. Là-bas m’attend une femme mince aux cheveux noirs avec des mèches rouges, dans un tailleur chic. Elle me sert la main : Bonjour, Monsieur Barbade. Bonjour. Nous allons retrouver votre père, n’angoissez pas. Je me nomme Pallas Caleb, commissaire-inspectrice à Interpol.  Je frémis. Interpol ? Vous faites partie d’Interpol? Oui, asseyez-vous. Le personnage qui a enlevé votre père est connu de nos services. Il se fait appeler Hector, c’est un habitué du trafic d’armes et de stupéfiants. Racontez-moi ce que vous savez. Je ne savais pas qu’il avait été enlevé, et puis ce matin, on m’a appelé sur mon portable.Ah ?
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Oui, un homme m’a un peu parlé, puis j’ai entendu mon père qui m’appelait et… il l’a tué. Il lui a tiré une balle dans la tête. Que vous a-t-il exprimé exactement ? Je ne sais plus, désolé, j’étais sous le choc.Je n’ai pas la patience d’inventer une histoire. Elle a pris quelques notes, qu’elle regarde avec hauteur, elle pense à autre chose. Elle n’obtiendra rien de moi, mais je pourrais lui tirer quelques informations. Qui est cet Hector ? avons p Nous eu d’informations, àdire vrai. Il est manifeste que c’est un nom factice. Il serait lyonnais, mais rien n’est assuré.Toujours la même chose avec Interpol… J’insiste, au cas où : Vous n’auriez pas une photo, pour voir si je le connais ? Bonne idée. Attendez…Cette fille s’amuse… Comment la Justice est-elle tombée si bas? Avec de pareils idiots je n’ai pas à m’inquiéter. Enfin, elle montre des photos couleur, de face et de profil. Un homme trapu, musclé, portant une
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barbe blonde. Peau brulée par le soleil et araignée tatouée sur la nuque. Je garderai ce bout de peau en souvenir, une fois que je me serai occupé de lui. Après avoir bien mémorisé l’image, je secoue la tête: Non, je ne le connais pas.  Tant pis, vous ne le rencontrerez sans doute jamais. Enfin, je ne vous le souhaite pas.  Elle sourit. Je ne peux la tuer maintenant, je suis ici sous mon véritable nom. Ce n’est pas l’envie qui manque. Je me lève et lui sers la main : Merci, Madame. Bonne chance, Martial. Merci.  Elle a toujours son maudit sourire en coin. J’espère pouvoir m’occuper d’elle quand tout sera terminé. Je dois trouver Hector le plus vite possible.  Je marche dans la rue longtemps. Cet homme est aussi insaisissable que moi. La police ne sait rien, seul Gary le connaissait mais voulait le protéger. Je dois trouver quelqu’un qui sache et accepte de m’aider. Dans
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