Gérôme Taillandier: La vie du saumon

De
Publié par

LA VIE DU SAUMON Mancher hat Scheue,an die Quelle zu geh’n. Nulle époque ne fut moins victorienne que celle qui porte ce nom. On assiste en Angleterre et sur le continent, en Autriche entre autres, à uŶ iŶĐƌoLJaďle suƌgisseŵeŶt de l’Ġƌotisŵe daŶs toutesles castes de la soĐiĠtĠ et suƌtout, pouƌ Đe Ƌu’oŶ eŶ sait, daŶs la ďoŶŶe société des kalôkagathoi. Victoria elle-même ne donne pas sa langue au chat et se fait très souveŶt Đulďuteƌ paƌ soŶ Alďeƌt, Ƌu’elleadore pour cela et avec lequel elle organise des scènes de ménage très sportives afin que celui-ci reprenne du poil de la bête quand il donne du mou. Sa mort sera pour Victoria une peine sans fin ou presque, puisque, après un doeuil indécent, elle consent enfin à se faire remettre en selle par son écuyer écossais, qui, on le sait, ne portait sous son kilt que son équipement de survie. On sait du reste que la reine, revoyant ses gardes écossaises, porte en main une baguette lui permettant si elle le souhaite, de vĠƌifieƌ Ƌue l’ĠƋuipeŵeŶt de ses hoŵŵesest complet. Je tieŶs Đette iŶfoƌŵatioŶ d’AgŶğs CoŶstaŶtin. AiŶsi, daŶs uŶe ŵaisoŶŶette tƌaŶƋuille, ViĐtoƌia et l’ĠĐuLJeƌ s’eŶfeƌŵaieŶt pouƌ de loŶgues ƋuiŶzaiŶes saŶs tĠŵoiŶ où les psychotropes circulaientliďƌeŵeŶt. De ŵġŵe les ŵĠŵoiƌes d’uŶ loƌd anglais,les dessiŶs de BaLJƌos, et ďieŶ d’autƌes tĠŵoigŶages, montrent que la société victorienne est chauffée à blanc en matière d’ĠƌotiƋue.
Publié le : lundi 10 août 2015
Lecture(s) : 1
Nombre de pages : 5
Voir plus Voir moins
LA VIE DU SAUMON Mancher hat Scheue,an die Quelle zu geh’n.
Nulle époque ne fut moins victorienne que celle qui porte ce nom. On assiste en Angleterre et sur le continent, en Autriche entre autres, à uŶ iŶĐƌoLJaďle suƌgisseŵeŶt de l’Ġƌotisŵe daŶs toutesles castes de la soĐiĠtĠ et suƌtout, pouƌ Đe Ƌu’oŶ eŶ sait, daŶs la ďoŶŶe société des kalôkagathoi.
Victoria elle-même ne donne pas sa langue au chat et se fait très souveŶt Đulďuteƌ paƌ soŶ Alďeƌt, Ƌu’elleadore pour cela et avec lequel elle organise des scènes de ménage très sportives afin que celui-ci reprenne du poil de la bête quand il donne du mou. Sa mort sera pour Victoria une peine sans fin ou presque, puisque, après un doeuil indécent, elle consent enfin à se faire remettre en selle par son écuyer écossais, qui, on le sait, ne portait sous son kilt que son équipement de survie. On sait du reste que la reine, revoyant ses gardes écossaises, porte en main une baguette lui permettant si elle le souhaite, de vĠƌifieƌ Ƌue l’ĠƋuipeŵeŶt de ses hoŵŵesest complet. Je tieŶs Đette iŶfoƌŵatioŶ d’AgŶğs CoŶstaŶtin.
AiŶsi, daŶs uŶe ŵaisoŶŶette tƌaŶƋuille, ViĐtoƌia et l’ĠĐuLJeƌ s’eŶfeƌŵaieŶt pouƌ de loŶgues ƋuiŶzaiŶes saŶs tĠŵoiŶ où les psychotropes circulaientliďƌeŵeŶt. De ŵġŵe les ŵĠŵoiƌes d’uŶ loƌd anglais,les dessiŶs de BaLJƌos, et ďieŶ d’autƌes tĠŵoigŶages, montrent que la société victorienne est chauffée à blanc en matière d’ĠƌotiƋue. Le seul Ƌuitrouvait à y redire était Albert, lui-même, dont l’ĠduĐatioŶ pƌotestaŶte et alleŵaŶde fut la Đause de ďeauĐoup de pudibonderie que Victoria savait violer pour son usage personnel. On
feƌait Đeƌtes ŵieudž de paƌleƌ d’ĠpoƋue AlďeƌtiŶe, Đe Ƌui Ŷous ŵğŶeƌait suƌ uŶ teƌƌaiŶ uŶ peu ŵouvaŶt…A cette même époque, Sacher-Masoch, Havelock Ellis, et les inénarrables méthodes du Doktor Dracula von Charcot pour dĠĐleŶĐheƌ les Đƌises d’hLJstĠƌie, aiŶsi Ƌue l’usage de l’ĠleĐtƌiĐitĠ de haute fréquence comme traitement dela ŶeuƌasthĠŶie, aujouƌd’hui très à la mode dans tous les bons donjonsoù l’oŶ soigŶe les dépressions à coups de fouet, montrent que la médecine suit de très près les progrès del’ĠpoƋue. La ŵġŵe suƌĐhauffe ĠƌotiƋue s’eŵpaƌe des ŵilieudž ŵĠdiĐaudž aveĐ la ŵĠthode d’hLJpŶose de NaŶĐLJ et de Ŷoŵďƌeudž autƌes lieudž où Đet Ġtat d’hLJstĠƌie gĠŶĠƌalisĠe est edžaltĠ pour le plus grand bien du progrès social et intellectuel.Que l’oŶ pense encore à Klimt ou aux préraphaélites, dont le côté mélancholique ne trompe personne.
Le couronnement de cette époque est sans doute la Psychopathia Sexualis de Krafft-Ebing, qui donnera les recettes à appliquer dans les donjons en cours de construction partout en Europe, pour le plus grand bien des castes supérieures qui y laisseront leurs fonds de culottes et même la peau de leurs fesses
OŶ ŵultiplieƌait à l’iŶfiŶi Đe geŶƌe de ƌĠfĠƌeŶĐes, et le propos que je veudž souteŶiƌ Ŷ’est pas là.Lorsque Freud en 1905, écrit les Essais sur la Théorie de la Sexualité, que produit-il d’aďsoluŵeŶt Ŷouveau daŶs l’histoiƌe humaine ? Pour le percevoir, il faut se pencher sur la vie du saumon. On ne peut guère imagiŶeƌ Ƌu’uŶ ġtƌe huŵaiŶ puisse se Đƌoiƌe supĠƌieuƌ à uŶ sauŵoŶ. A tel poiŶt Ƌue les IŶdieŶs d’AŵĠƌiƋue, loƌsƋu’ils pġĐhaieŶt
uŶ de Đes poissoŶs, deŵaŶdaieŶt paƌdoŶ à leuƌ fƌğƌe d’avoiƌ dû le tuer pour survivre. Le saumon a une vie simple et bucolique.
pouƌ ƌieŶ, daŶs sa souƌĐe Ŷatale, il desĐeŶd le fil de l’eau et va à la mer où il grandit sans histoire. Puis un jour, à un signal dont nous ignorons tout, lui et ses coreligionnaires se mettent en mouvement veƌs leuƌ Đouƌs d’eau Ŷatal, et, au teƌŵe d’uŶe épreuve effroyable, parviennent à leur lieu de naissance où au termed’uŶ ultiŵe et premier orgasme, ils relâchent leurs gamètes et meurent, épuisés par l’Ġpƌeuve Ƌui leuƌ est iŵposĠe paƌ leuƌs gğŶes.
On ne peut bien sûr dans ces conditions, distinguer de pulsion de vie opposée à une pulsion de mort, de pulsions sexuelles opposées à la ĐoŶseƌvatioŶ de l’individu, Đaƌ Đ’est tout uŶ. La vie et la ŵoƌt du saumon ne se distinguent pas du trajet de la pulsion. Les choses au dix-neuvième, en seraient restées là, saŶs l’aƌƌivĠe à Paƌis d’uŶ gƌaŶd ďeŶġt ƌouƋuiŶ, ďoŶ Ġlğve, Ŷe ĐoŵpƌeŶaŶt ƌieŶ à rien, et nommé Sigismond Lajoie, originaire de la Haute Vienne. Plus connu à la suite de son émigration en Autriche comme Sigmund Fƌeud, Đe ďƌave gaƌçoŶ, à foƌĐe d’eŶteŶdƌe les discussions obscènes de ses maîtres dans les couloirs de la Salpêtrière, va finir par se marier, ce qui ne lui ouvrira pas la comprenoire, mais la nécessité de gagŶeƌ sa vie va l’aŵeŶeƌ à fƌĠƋueŶteƌ des ġtƌes tout à fait infréquentables, les hystériques. Les hystériques seraient des feŵŵes ĐhaƌŵaŶtes si Đe Ŷ’Ġtait Ƌu’elles soŶt affligĠes de toutes sortes de maux inguérissables, et en particulier du fait que, fort portées à séduire les grands benêts médicaux, elles les laissent ensuite sur leur faim, puisƋu’eŶ ƌĠalitĠ elles soŶt hoŵosedžuelles, Đoŵŵe oŶ le sait gƌâĐe à l’edžpĠƌieŶĐe Ƌu’eŶ fiƌeŶt Fƌeud et LaĐaŶ,
l’hétérosexualité affichée étant purement destinée à amuser la galerie et à donner le change dans le milieu social où elles sont implantées.
Là-dessus, Sigismond vint, et posauŶ Ŷouveau Đhaŵp de l’ġtƌe humain. OŶ eŶ avait dĠjà essaLJĠ ďeauĐoup, doŶt l’uŶ Ġtait de peŶseƌ Ƌue l’ġtƌe est paƌ Ŷatuƌeconatus, et Ƌu’il faudƌait eŶ ĐoŶsĠƋueŶĐe supprimer ceconatuspouƌ suppƌiŵeƌ la souffƌaŶĐe d’edžisteƌ. Cette doctrine sympathique est adoptée par tous les toxicomanes pour justifieƌ leuƌ pƌise de dƌogue, Đoŵŵe j’ai eu l’oĐĐasioŶ de le vĠƌifieƌ depuis.
Fƌeud agit autƌeŵeŶt. Il pose Ƌue l’ġtƌe huŵaiŶ est d’aďoƌd liďido, et de plus que cette libido est sexuelle, Đe Ƌui Ŷ’edžĐlut ƌieŶ ƋuaŶt au reste, qui a droit de cité aussi. Mais cette libido est faite de pulsions.
Qu’est-Đe Ƌu’une pulsion? C’est uŶ ŵoŶtage de l’ġtƌe ĐoŶstituĠ d’uŶe souƌĐe, d’uŶ oďjet d’uŶ ďut et d’uŶe poussĠe ĐoŶstaŶte, à la différence de l’ĠƌeĐtioŶ, Ƌui, du ŵoiŶs Đhez la plupaƌt, ŵaŶifeste des hauts et des bas, sauf chez quelques individus dont moi-même, chez Ƌui elle ƌeste ĐoŶstaŶte, si elle ƌeŶĐoŶtƌe l’oďjet Ƌui lui ĐoŶvieŶt. OŶ LJ ƌetƌouve la foƌŵule fƌaŶçaise d’OscarWilde suƌ l’iŵpoƌtaŶĐe d’ġtƌe ĐoŶstaŶt, eŶ soƌte Ƌue l’oŶ doit tƌaduiƌe CoŶstaŶt eŶ aŶglais Đoŵŵe Earnest, au service de son maître. Le phallus est donc au service de soŶ ŵaîtƌe et il a à seƌviƌ, ŵġŵe s’il lui aƌƌive d’avoiƌ des Ġtats d’âme.
Au vu de cette définition, les chosess’ĠĐlaiƌeŶt: Le sauŵoŶ Ŷ’a pas de pulsion ; il EST une pulsion partielle : Venant de sa source, y retournant, ayantuŶ oďjet, l’odeuƌ de soŶ fleuve, il a uŶ ďut, ƌelâĐheƌ ses gamètes là où ses gènes lui dictent de le faire.
La diffĠƌeŶĐe aveĐ l’ġtre humain selon Freud, est que ce dernier A des pulsionspaƌtielles. D’où uŶe ƋuestioŶ: Comment ne tirent-elles pas à hue et à dia le pauvre guignol ?
Vous le sauƌiez au pƌoĐhaiŶ ŶuŵĠƌo si j’eŶvisageais de vous edžpliƋueƌ comment la pulsion divise le sujet et le désir, ce que, je crois, je ne feƌai pas au Đouƌs de Đe ŵois d’Août vƌaîŵeŶt tƌop eŶŶuLJeudž.
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.