Gérôme Taillandier: Promenons-nous dans les bois pendant que le loup y est

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PROMENONS-NOUS DANS LES BOIS PENDANT QUE LE LOUP Y EST (CAR SINON, POURQUOI SE PROMENER DANS LES BOIS ?) Je dois à Renan du Bois du Lac d’avoir compris quelques éléments importants du fonctionnement de l’amour, ce que vais essayer de transcrire ici, sans certitude de respecter toutes les finesses qu’il m’a proposées. Nous avons vu que, dans le quadrille de l’amour, trois termes au moins sont nécessaire, l’amant, l’aimé et l’agalma. Nous avons vu par ailleurs cet étrange paradoxe que Dora tente d’être aimée par son père, grâce au désir que celui-ci éprouve pour Mme K, désir dont Dora est loin d’être innocente, puisqu’il est clair qu’elle a tout fait pour créer la situation qui le suscitât. Il n’y a pas besoin de beaucoup d’expérience analytique pour se rendre compte que c’est une excellente technique pour éviter l’inceste avec le père, tout en maintenant son désir au plus vif, grâce à quoi l’on gagne le beurre et l’argent du beurre, -mais pas la crémière, qui s’en va sévir ailleurs, puisque son attachement est avant tout, comme l’a découvert Freud, homosexuel. Mais telle n’est pas la question de Renan, qui procède d’un tout autre point de vue, sans aucun rapport avec l’hystérie. Renan exprime sa difficulté d’être en deux termes qui lui paraissent, à lui aussi, scandaleusement paradoxaux.
Publié le : jeudi 6 mars 2014
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PROMENONS-NOUS DANS LES BOIS PENDANT QUE LE LOUP Y EST (CAR SINON, POURQUOI SE PROMENER DANS LES BOIS ?) Je dois à Renan du Bois du Lacd’avoir compris quelques éléments importants du fonctionnement de l’amour, ce que vais essayer de transcrireici, sans certitude de respecter toutes les finesses qu’il m’a proposées.Nous avons vu que, dans le quadrille de l’amour, trois termes au moins sont nécessaire, l’amant, l’aimé et l’agalma. Nous avons vu par ailleurs cet étrange paradoxe que Dora tente d’être aimée par son père, grâce au désir que celui-ci éprouve pour Mme K, désir dont Dora est loin d’être innocente, puisqu’il est clair qu’elle a tout fait pour créer la situation qui le suscitât.Il n’y a pas besoin de beaucoup d’expérience analytique pour se rendre compte que c’est une excellente technique pour éviter l’inceste avec le père, tout en maintenant son désir au plus vif,grâce à quoi l’on gagne le beurre et l’argent du beurre, -mais pas la crémière, qui s’en va sévir ailleurs, puisque son attachement est avant tout, comme l’a découvert Freud, homosexuel.Mais telle n’est pas la question de Renan, qui procède d’un tout autre point de vue, sans aucun rapport avec l’hystérie.Renan exprime sa difficulté d’être en deux termes qui lui paraissent, àlui aussi, scandaleusement paradoxaux. D’une part, confronté à des situations de reconnaissance dans un groupe, ou de conflit, il s’efface et se met au second rang en taiseux qu’il aime paraître, alors qu’il brûle d’envie de s’exprimer et de faire reconnaître ses demandes. Il se sent alors horriblement dérangé par son incapacité à exprimer ses vœux et se traite de tous les noms, et d’un spécialement que nous ne citerons pas.Mais d’autre part, il se dit que, pour être quelqu’un de reconnu, il faudrait qu’il soit à la hauteur, ce qu’il se sent ne pas être, trouvant ainsi dans cette envie
d’être à la hauteur une raison de plus de se dévaluer et de recourir au même maudissement que plus haut. Il faut ajouter que, soucieux de tenter de se mettre au niveau de cet idéal, Renan se sent sans cesse sur le qui-vive, craignant de se sentir soi-même pris en défaut au regard de cette exigence, ce qui est une cause de souffrance extrême. Si nous prenions les propos de Renan à leur valeur faciale, nous ne serions guère avancés et lui non plus. Il nous faut décoller de cela et chercher à éclairer la structure, autrement dit, le fonctionnement du désir inconscient dans ce contexte. Lorsque Renan se trouve dans l’impossibilité d’exprimer sa demande, que met-il en place au juste ? Regardons les choses de près. Si sa demande passe au second plan, cest donc quil fait passer avant la sienne celle dun autre de circonstance, lequel est supposé attirer le désir dun tiers dans la scène.Nous y voilà : Renan prend la place de laiméoffre un objet de désir à l quiAutre de la scène! Nous retrouvons la position de Dora à lendroit de son père. Mais il faut aller plus avant. Quest-ce au juste que cette demande qui nest pas exprimée ? Supposons quelle le soit ; alors, elle serait aussitôt pulvérisée par le fait quune demande exprimée nest au fond rien du tout. Supposons que Renan ait demandé: «Passe-moi le sel», ou: «Voulez-vous coucher avec moi ? »et admettons que la réponse soit positive. Quen résulterait-il sinon la vaporisation du désir sous-jacent et sa disparition, puisque ce qui importe, cest que le désir reste. Ainsi, en nexprimant pas sa demande, en la refoulant, Renan élève le désir à la puissance de la demande inaccomplie, ce désir est ainsi maintenu dautant plus fort que la demande qui le porterait est informulée. En maintenant le désir informulé grâce à sa demande mise au second rang, Renan maintient le désir intact. En réalité, les donzelles ne sont pas lobjet de Renan, qui aimerait simplement quon laime et quon le reconnaisse. Mais en somme, cet exactement ce quil obtient, puisquil se met en position daimé, et que quelques autres, pas aveugles, se rendent bien compte de sa demande et se font un plaisir dy répondre.
Naturellement il y a un prix à payer, et ce prix est le retour du sentiment de ne pas être à la hauteur. Mais il y a pire. Renan comme on le devine, est un homme très sensible et vite dépassé par ses sentiments, ce qui est tout à son honneur. Seulement, si nous supposons quun autre peut-être pas toujours sympathique vienne taper dans les sentiments de Renan, alors celui-ci ne sait plus comment faire face à cet Autre si peu agréable. Renan pense alorsqu’illui faut être constamment en éveil pour faire face aux demandes de lAutre, ce qui lui pompe beaucoup dénergie et qui le laisse en fait toujours en défaut dattention, ce quil ne manque pas de se reprocher. Mais en réalité, Renan fait sur ce point unproton pseudosdont il ne se rend pas compte : il pense que cest cette sensibilité qui le met en défaut en raison de la figure idéale quil a érigée pour faire face à ces demandes. En réalité, cest là tout le problème : Pourquoi Renan a-t-il cru devoir forger cette figure idéale à laquelle il se compare sans cesse pour constater sa moindre valeur ? Il est aisé de se dire que, sous-jacent à cela, il y a un père idéal auquel on imagine ne pas pouvoir sidentifier, dautant que lon a beaucoup de reproches à faire au père réel, qui, lui, na en aucune façon tenter de freiner les demandes de lAutre, laissant Renan seul face à elles, devant se chercher seul au sein de ce merdier. Renan y est fort bien parvenu, mais à condition de ruser et dabuser son monde et surtout soi-même, en se faisant passer pour un vaurien, -au sens psychique du terme uniquement, bien entendu. Il parvient ainsi par cette identification au vaurien, à faire entendre les reproches quil adresse au père, mais au prix de penser quils lui sont adressés, et, ce qui est plus grave, en dédoublant cette figure de père sous la forme de cette figure idéale à laquelle il ne peut que manquer. Telle est la forme de la dette que Renan sest trouvé obligé de porter et dont il a le plus grand mal à percevoir les points dappui véritables dautant quil les a créés lui-même pour faire face à la situation ancienne.
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