Gérôme Taillandier: Sherlock Holmes au pays des brumes

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SHERLOCK HOLMES AU PAYS DES BRUMES Alors qu’il y a de cela quelques temps, Hélène Massat Hessel me parlait de Sherlock Holmes, elle fit allusion à son sujet à l’ancien sens du mot psychologie, qui, en dépit du sens effondré que l’on donne à ce mot aujourd’hui, a désigné à une certaine époque la science des esprits, de ceux qui existent autour
Publié le : mercredi 23 avril 2014
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SHERLOCK HOLMES AU PAYS DES BRUMES Alors qu’il y a de cela quelques temps, Hélène Massat Hessel me parlait de Sherlock Holmes, elle fit allusion à son sujet à l’ancien sens du mot psychologie, qui, en dépit du sens effondré que l’on donne à ce mot aujourd’hui, a désigné à une certaine époque la science des esprits, de ceux qui existent autour de nous dans le royaume des morts. Nul ne doute que le royaume des morts nous entoure et que les morts ne nous accompagnent. Aussi, une question surgit à mon esprit : Quel rapport Sherlock Holmes entretient-il avec eux? Je trouvai aussitôt que la clef du mode de fonctionnement de cet être tourne dans la serrure offerte par le mot psychologie. On est frappé dans les récits du Docteur Watson, de l’étrangeté de Holmes, et en particulier, de sa remarquable pénétration des indices qui lui permettent de reconnaître dans un corps tous les éléments de la vie qu’il a subie. On y voit souvent un signe précurseur de la médecine légale, ou encore, de la logique implacable dont Holmes ferait usage. On oublie alors un peu vite que ces indices n’existent que parce que le Docteur Watson, videlicet Conan Doyle, les a placés là pour être lus. Mais ce faisant, on passe à côté d’une autre donnée des plus importantes: Ces indices que Holmeslit, il ne peut le faire qu’en raison de sa communication avec le royaume des morts, et ce sont eux qui lui donnent accès à leur interprétation. Son génie ou son don dobservation et dinduction ne doit donc rien aux qualités humaines mais au fait que Holmes est en communication avec les esprits, qui lui dictent linterprétation des traces auxquelles il est confronté. Quil en est bien ainsi est attesté par le fait que Conan Doyle, ayant perdu son fils à la guerre, passa ensuite une bonne partie de ses espoirs à entrer en relation avec lui par la voie du spiritisme.
Conan Doyle aurait été sans doute un grand romancier de son temps, dans la veine de son ami Rider Haggard, quoique son orientation personnelle le dirigeât plutôt vers de passionnants romans historiques tout à fait inconnus en France.
Mais Il eut affaire au cours dun voyage à une petite salope perverse de sexe masculin qui laccusa de lui avoir fait des propositions malsaines alors quil tentait de lui porter secours en tant que médecin. Arrêté, interrogé comme un vulgaire criminel, Doyle ne se remit jamais de ce traumatisme; sa personnalité éclata en morceaux, et provoqua devant lévidence du Mal, un clivage de sa personne entre un Docteur Watson incarnant le personnage bonhomme quil voulait être, et un autre, Holmes, qui ne doit sa fascination quà son ambiguïté face au Crime. Holmes est violoniste et joue de manière lancinante non pas pout faire de la musique, mais pour ne pas entendre ce que ses voix lui dictent, en particulier celles quil entend du fait de sa toxicomanie. Holmes est en fait branché en permanence sur le royaume des esprits et ne parvient à revenir parmi les humains quà loccasion dun crime que lui permet de se confondre avec eux. En réalité, comme Doyle après ce trauma, Holmes est sans cesse en écoute de ce que le crime doit à lhumanité et de ce que lhumanité doit au crime. Seul Watson lui permet de rester parmi les humains, comme un alter ego qui serait resté sur la rive de linnocence.
Ce personnage de Holmes est donc pour Doyle une façon de différer sans cesse limmixtion du Crime dans son fonctionnement psychique tout en écoutant les voix qui lui permettent de survivre malgré les humains.
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