Gérôme Taillandier: Dette et promesse dans la névrose obsessionnelle

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DETTE ET PROMESSE DANS LA NEVROSE OBSESSIONNELLE On sait que la dette occupe une place importante dans le travail de Lacan avant de disparaîtreuŶ jouƌ saŶs laisseƌ d’adƌesse, ƌeŵplaĐĠe par le concept de symbolique. Ce Ŷ’est pas diƌe Ƌue Đette ĐoŶĐeptioŶ soit Ŷouvellepuisque déjà présente chez saint Paul, mais surtout en milieu védique, sous les deux formes dudharma, la loi, plutôt bouddhiste, mais aussi du karma, les actes. Chaque être-là est soumis à la loi du désir et doit agir en conséquence, ses actes étant comptables pour lui de son tƌajet daŶs l’edžisteŶĐe. Les aĐtes dĠteƌŵiŶeŶt doŶĐ la ŵaŶiğƌe doŶt le dhaƌŵa s’appliƋue daŶs ĐhaƋue Đas. Mais la psLJĐhaŶalLJse Ŷ’est pas uŶe siŵple foƌŵulatioŶ du destiŶ de l’huŵaiŶ. L’iŶtĠƌġt de ĐhaƋue pathologie ŵeŶtale est de se ŵettƌe sous le sigŶe d’uŶ tƌait foŶdaŵeŶtal de l’ġtƌe-là et le développement de Đe sigŶe de l’être-làfait tout l’iŶtĠƌġt du tƌavail aŶalLJtiƋue pouƌ dĠfiŶiƌ Đe Ƌu’uŶhumain fait de son temps assigné. S’il est uŶe pathologie où la ŶotioŶ de dette est pƌĠseŶte, Đ’est ďieŶ dans la névrose obsessionnelle. On doit considérer que, refoulée et illisiďle, Đ’est Đette dette Ƌui aŶiŵe uŶ sujet oďsessioŶŶel. La présente note se propose de creuser à la barre à mine dans cette bonanzaencore peu exploitée.
Publié le : jeudi 7 mai 2015
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DETTE ET PROMESSE DANS LA NEVROSE OBSESSIONNELLE
On sait que la dette occupe une place importante dans le travail de Lacan avant de disparaîtreuŶ jouƌ saŶs laisseƌ d’adƌesse, ƌeŵplaĐĠe par le concept de symbolique.
Ce Ŷ’est pas diƌe Ƌue Đette ĐoŶĐeptioŶ soit Ŷouvellepuisque déjà présente chez saint Paul, mais surtout en milieu védique, sous les deux formes dudharma, la loi, plutôt bouddhiste, mais aussi du karma, les actes. Chaque être-là est soumis à la loi du désir et doit agir en conséquence, ses actes étant comptables pour lui de son tƌajet daŶs l’edžisteŶĐe. Les aĐtes dĠteƌŵiŶeŶt doŶĐ la ŵaŶiğƌe doŶt le dhaƌŵa s’appliƋue daŶs ĐhaƋue Đas.
Mais la psLJĐhaŶalLJse Ŷ’est pas uŶe siŵple foƌŵulatioŶ du destiŶ de l’huŵaiŶ. L’iŶtĠƌġt de ĐhaƋue pathologie ŵeŶtale est de se ŵettƌe sous le sigŶe d’uŶ tƌait foŶdaŵeŶtal de l’ġtƌe-là et le développement de Đe sigŶe de l’être-làfait tout l’iŶtĠƌġt du tƌavail aŶalLJtiƋue pouƌ dĠfiŶiƌ Đe Ƌu’uŶhumain fait de son temps assigné.
S’il est uŶe pathologie où la ŶotioŶ de dette est pƌĠseŶte, Đ’est ďieŶ dans la névrose obsessionnelle. On doit considérer que, refoulée et illisiďle, Đ’est Đette dette Ƌui aŶiŵe uŶ sujet oďsessioŶŶel.
La présente note se propose de creuser à la barre à mine dans cette bonanzaencore peu exploitée.
Si le texte de Freud ditl’Homme aux Rats présenteuŶ iŶtĠƌġt, Đ’est daŶs la ŵesuƌe où Fƌeud, Ƌui vieŶt d’iŶveŶteƌ la ŶotioŶ, ŵet eŶ évidence dans le symptôme de cet homme la dette à apurer comme donnée constituante de son symptôme.
Il reste alors à savoir pourquoi.
Le présent texte propose ceci :Dans la névrose obsessionnelle, la veŶgeaŶĐe se suďstitue à l’aŵour, la dette se suďstitue à la proŵesse, le rendre non-arrivé se substitue au désir. Il reste à expliquer la ƌaisoŶ d’ġtƌe de Đette foƌŵatioŶ.Comment fonctionne une névrose ? Dans un environnement parental peƌtuƌďĠ ŵaƌƋuĠ paƌ la pathologie de l’uŶ ou l’autƌe paƌeŶt, uŶ eŶfaŶt dĠďaƌƋue aveĐ sa deŵaŶde et doit faiƌe faĐe à l’ouragan de la stupidité parentale sans savoir à quoi il a affaire. Dans cette situation, l’eŶfaŶt doit iŶteƌpƌĠteƌ les doŶŶĠes de la situatioŶ eŶ taŶt Ƌu’elles constituent une réponse à sa propre demande, et trouver, dans le fatras des formationsœdipieŶŶes parentales, de quoi constituer un sujet de l’iŶĐoŶsĐieŶt digŶe de Đe Ŷoŵ, Đ'est-à-dire sujet au désir. L’eŶfaŶt aĐĐoŵplit aloƌs uŶe ŵĠtaphoƌepaternelle : il interprète avec ses moyens les données disponibles et les constitue comme le socle de sa personnalité.
L’eŶŶui est Ƌue Đes doŶŶĠes sont viciées par les perturbations paƌeŶtales et Ƌue la ƌĠpoŶse d’uƌgeŶĐe Ƌue l’eŶfaŶt doŶŶe à Đe cyclone est marquée par les traces de cette perturbation. De sorte Ƌue les ĠlĠŵeŶts Ƌu’il eŵpƌuŶte pouƌ ƌĠpoŶdƌe à l’Autƌe Ŷe soŶt pas toujours une réussite.
UŶ eŶfaŶt doŶt la ŵğƌe souffƌe ĠvideŵŵeŶt d’ġtƌe ŶĠgligĠe paƌ soŶ mari qui a une maîtresse depuis des années laquelle donne de surcroît des conseils sur le meilleur choix de psychanalyste pour le fils malade, répond ainsi à son fils. Celui-Đi s’avaŶĐe veƌselle et, pour lui ŵoŶtƌeƌ Ƌu’il est ďieŶ uŶ hoŵŵe digŶe de Đe Ŷoŵ, ƌegaƌde sa ŵğƌe ďieŶ dƌoit daŶs les LJeudž. Mais il LJ a uŶe flaƋue d’eau et lepauvre garçon trébuche dans la flaque. La réponse de sa mère ne se fait pas attendre : « Mon pauvre garçon, tu seras toujours aussi maladroit. » Pouƌ le Đas où Đet eŶfaŶt Ŷ’auƌait pas Đoŵpƌis, il Ŷe lui ƌeste plus Ƌu’à
oďĠiƌ au destiŶ Ƌue sa ŵğƌe lui a pƌesĐƌit et Ƌue le pğƌe Ŷ’a pas contesté. Il y laissera sa bite.
Nous touĐhoŶs là à l’esseŶĐe de la ƌĠpoŶse ŶĠvƌotique.
DaŶs la ŶĠvƌose, la ƌĠpoŶse de l’eŶfaŶt est de Ŷatuƌe phalliƋue: Il s’agit pouƌ lui ou elle, de Ŷe pas dĠĐhoiƌ faĐe au dĠsastƌe Ƌue l’Autƌe lui offƌe eŶ speĐtaĐle, et la seule solutioŶ Ƌu’il imagine est de faire faĐe, de teŶiƌ tġte à l’Autƌe, afiŶde redresse la situation de détresse liée à la castrationƋue l’Autƌe lui doŶŶe à voiƌ.
Or tout le principe de la souffrance névrotique est là : Dans cette érectiond’uŶe ƌĠpoŶse postuƌale iŵagiŶaiƌe où l’eŶfaŶt puis l’adulte névrosése fige, toute l’ĠŶeƌgie libidinale de la personne est absorbée paƌ Đette ĠƌeĐtioŶ et il eŶ ƌĠsulte Ƌu’il Ŷe ƌeste plus Ƌu’uŶe ŵiŶĐe paƌtie de Đette ĠŶeƌgie pouƌ le dĠsiƌ edžpƌiŵaďle. TeŶiƌ tġte, s’Ġƌigeƌ à l’eŶĐoŶtƌede la deŵaŶde pathologiƋue de l’Autƌe, est le pƌiŶĐipe de la construction névrotique. Chaque névrose modalise cette fonction à sa façon.
DaŶs l’hLJstĠƌie, Đe teŶiƌ-tête se résout en identification au père maladeĐoŵŵe Ŷous l’avoŶs appƌis d’Elisaďeth voŶ R. L’eŶfaŶt se substitue au père pour tenter de tenir la fonction phallique dans la faŵille aupƌğs de l’Autƌe. DaŶs la ŶĠvƌose oďsessioŶŶelle, Đette dimension prend une tout autre allure.
On a beaucoup mis en avant dans cette névrose la dimension de la mort imaginaire, mais je ne prendrai pas ce chemin, afin de ne pas me laisser abuser par le fonctionnement névrotique lui-même.
Ce Ƌue Fƌeud Ŷous appƌeŶd daŶs l’Hoŵŵe audž Rats, est Ƌue la dimension dominante de cette névrose est la DETTE.
Ceƌtes, le sujet s’est ďieŶ ideŶtifiĠ au CapitaiŶe Cƌuel Ƌui eŶfoŶĐe des rats dansl’aŶus des pƌisoŶŶieƌs, Đ'est-à-dire de soi-même en tant que prisonnier de son propre cycle névrotique, mais ce qui importe par delà cette identification, est que ce Capitaine Cruel lui a intimé un ordre: ƌeŵďouƌseƌ uŶe dette Ƌui Ŷ’a pas eu lieu et Ƌui du ƌeste, Ŷ’est pas la sienne.
DaŶs Đe Đas, HofŵaŶŶ est l’hĠƌitieƌ apƌğs soŶ pğƌe d’uŶe iŵpoƌtaŶte fonction sociale. Sa mère, très déprimée, ne rêve pour lui que de le voir répéter son propre échec à elle en faisant un mariage de convenance qui a tué cettefeŵŵe, Ƌui s’esthabituée à son malheur. Soucieuse en raison de la demandeœdipieŶŶed’eŶtƌaîŶeƌ soŶ fils dans son propre désastre inconscient, elle lui demande de faire la ŵġŵe eƌƌeuƌ Ƌu’elle. Cet eŶfaŶt ƌĠsiste à Đette eƌƌeuƌ et s’iŶveŶte une Dame de soŶ Đœuƌ Ƌui lui peƌŵet de s’opposer à la demande ŵateƌŶelle, ŵais il appaƌaît Đlaiƌ Ƌue Đette Daŵe, il Ŷe l’aiŵe pas, puisƋu’elle Ŷ’est eŶ ƌĠalitĠ Ƌu’uŶe ideŶtifiĐatioŶ de soŶ pğƌe idĠal.Le sujet s’iŶveŶte doŶĐ uŶ faudž dĠďat pouƌ Ŷe pas soŵďƌeƌ daŶs l’hoƌƌeur de la demande incestueuse; ŵais le dĠsiƌ passe à l’as.Où donc est le désir inconscient dans le cas ? Nous appƌeŶdƌoŶs gƌâĐe à Fƌeud Ƌu’il est logĠ daŶs uŶe fille d’auďeƌgiste Ƌui a ŵaŶifestĠ soŶ dĠsiƌ à Đet hoŵŵe, et Ƌu’il souhaite doŶĐ ƌejoiŶdƌe. L’ennui est que cet homme est névrosé et que tous les moyens sont bons pour ne pas satisfaire au désir. Celui-ci présenteeŶ effet uŶe ŵeŶaĐe psLJĐhiƋue, puisƋu’il est aŵeŶĠ à s’opposeraudž deŵaŶdes de l’Autƌe. De plus, uŶe fille d’auďeƌgiste est peut-être un objet cause du désir qui ferait déchoir cet homme de sa positioŶ soĐiale, Đe Ƌui Ŷ’aƌƌaŶge ƌieŶ.
Mais il y a peut-être plus grave. Cet homme a un père dont on sait Ƌu’il est joueuƌ, saŶs doute ďuveuƌ, et Ƌu’il acontribué à bien
dilapider la fortune de safeŵŵe. AveĐ Ƌui, siŶoŶ aveĐ d’autƌes femmes ? Un risque est donc que, en rejoignant la cause de son désir, Đet hoŵŵe s’identifieà uŶ pğƌe Ƌu’il ŵĠpƌise et haitraison de, en son identification à la cause de sa mère. Il ne lui resteplus Ƌu’à résister à son désir et à rester bloqué dans une histoire de dette dont le seul objet est de lui faire rejoindre cette cause, mais dans l’iŶĐoŶsĐieŶt!
Nous ĐoŵŵeŶçoŶs à eŶtƌevoiƌ la ƌaisoŶ d’ġtƌe de Đette ŶĠvƌose.MalgƌĠ la Đeƌtitude Ƌue j’ai depuis de Ŷoŵďƌeuses aŶŶĠes, je Ŷ’auƌais peut-être par réussi à dégager cet or pur de la roche sans un film, Kind Hearts and Coronets, Couronne etCœuƌVaillant.
Un enfant assiste à la déchéance de sa mère unie à un saltimbanque qui la voue à la misère sans qusa dignité. Ilelle y perde cependant en résulte que cette femme doit à un homme une perte de son statut social mais aussi de son désir, puisque, comme je lai appris dun autre cas, la mère peut aussi reprocher à son mac de lui avoir fait perdre sa fortune, bref dêtre un mauvais coup quelle a pourtant choisi elle-même mais dont elle ne se séparera sous aucun prétexte. On se trouve ici devant les mystères du phallicisme féminin et de la manière dont les femmes nient leur propre castration en la faisant porter par un conjoint tenu pour coupable de tous leurs malheurs.
On pourrait imaginer que, face à ce désastre, un enfant, fille ou garçon, prenne la tangente et parte en courant pour construire quelque chose dentièrement nouveau. Mais il n!en est rien Lexpérience et lanalyse montrent que lenfant dans cette situation, sidentifie au désir de sa mère et reprend à son compte ces demandes insatisfaites ou impossibles et décide de sen faire le défenseur ou la défenderesse.
Ainsi, la demande inconsciente de la mère résulte en identification de lenfant à cette demande, qui prend alors la forme dune promesse inconsciente de réparer le dam que la mère a subi.
Il ne reste plus quà transformer cette identification en forme phallique pour créer les conditions dune superbe névrose. La demande de la mère devient lidentification inconsciente de lenfant, la marque que portera son désir, et qui règlera ses impasses dans le désir, dont la métaphore paternelle, résolvante de ces impasses, donnera la forme.
AuĐœuƌdune névrose, il y a donc une promesse, faite par lenfant à soi-même, de restituer sa mère dans son désir et ses droits ; et tout le travail de lenfant consistera à tenter de donner une issue à cette promesse.
Seulement, tout cela est refoulé dans linconscient depuis belle lurette, et ce que lenfant a eu comme promesse, lui reviens dans la névrose obsessionnelle, comme dette ou comme compulsion, la compulsion étant la forme fantasmatique réduite de la dette, dont on sait quelle a été induite par le Capitaine Cruel autrement dit par lidentification de lenfant au père imaginaire.
Il reste dans tout cela une particularité de cette névrose, qui est le rapport quelle entretient avec la mort imaginaire. On sait que les obsessionnels ont une fâcheuse propension à jouer le mort, y compris de manière sympathique, en réglant leurs héritages en faveur de leurs enfants.
Mais il y a heureusement un aspect bien moins sympathique de cette mort imaginaire dont la clef a été trouvée par Lacan. Si, comme lexpérience le montre, lobsessionnel passe son temps à détruire lautre, il faut comprendre que cest dun autre imaginaire dont il sagit, et que la raison de cette destruction est unique : retrouver par
delà lautre imaginaire la cause de son désir, autrement dit lobjet de sa promesse inconscient. Seulement il reste que cette promesse est refoulée et que la destructivité prend le dessus sur la promesse et sur le désir.
Il en résulte un curieux aspect du fonctionnement psychique de ces personnes, qui est que la vengeance à lencontre de la personne présumée aimée prend le pas sur lamour et même sur le désir. On en trouve de nombreux exemples en particulier chez Hofmann lorsque celui-ci écarte les pierres du chemin où sa Belle est censée passer, afin quelle ne sy blesse alors quau fond, il serait bien aise Ƌu’elle le fît, puisque cela lui permettrait de filer faire un tour à la montagne retrouver sa fille daubergiste.
Confronté au désir qui est le sien lobsessionnel adopte de façon nécessaire et implacable un fonctionnement rigoureux : trouver aussitôt une multitude dactivités dérivatives de la plus extrême urgence pour rater son rendez-vous avec lui. Tout se passe comme si laccès à la cause du désir devait rester impossible, non pas en raison de la jouissance qui y serait attachée, mais sans doute parce que cela lla demande inconscient quempêcherait de satisfaire à il impute à la mère, dêtre né pour la restituer dans ses droits moraux. Il y a là des difficultés qui exigent de creuser plus dur.
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