Gérôme Taillandier: L'Idéal du moi

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L͛IDEAL DU MOI Un homme qui se dit lui-même gay souhaite éclairer les rapports qu͛il entretient avec sa famille. Il a toujours été clairement orienté dans ses choix vers les hommes, mais il constate que ses rapports avec son père sont difficiles et il voudrait y remédier. Dernier-né de la famille, il est un homme d͛une intelligence et d͛une finesse rares, et analyse merveilleusement les liens qui le relient en particulier avec sa mère. Celle-ci appartient à une communauté très fermée sur elle-même et dans laquelle une femme n͛a pas d͛autre choix que de procréer afin de reproduire la communauté, dans le respect absolu des lois du groupe. Or cette femme n͛a de toute évidence jamais souhaité se marier, prise en particulier dans un sentiment de revendication en tant que femme, de toutes les insatisfactions liées à son sexe. De son côté le père est un homme assez falot, pas plus porté à aller au service que sa femme, à laquelle on l͛a marié afin qu͛il remplisse son rôle sans qu͛il ait trouvé à y faire objection. Ces deux personnes qui n͛ont rien à se dire accompliront comme il le faut leur service, dont notre sujet est le petit dernier. Le seul point notable chez le père est qu͛il est d͛un conformisme absolu aux rites de la communauté, qu͛il impose à toute la famille, sans autre raison quec͛est la loi. Il est clair que ce conformisme lui évite de penser, et de mettre en cause le sort qu͛on lui a choisi. Notre sujet, dernier des frères, est de toute évidence de trop.
Publié le : mercredi 28 septembre 2016
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LIDEAL DU MOI Un homme qui se dit lui-même gay souhaite éclairer les rapports quil entretient avec sa famille. Il a toujours été clairement orienté dans ses choix vers les hommes, mais il constate que ses rapports avec son père sont difficiles et il voudrait y remédier. Dernier-né de la famille, il est un homme dune intelligence et dune finesse rares, et analyse merveilleusement les liens qui le relient en particulier avec sa mère. Celle-ci appartient à une communauté très fermée sur elle-même et dans laquelle une femme na pas dautre choix que de procréer afin de reproduire la communauté, dans le respect absolu des lois du groupe. Or cette femme na de toute évidence jamais souhaité se marier, prise en particulier dans un sentiment de revendication en tant que femme, de toutes les insatisfactions liées à son sexe. De son côté le père est un homme assez falot, pas plus porté à aller au service que sa femme, à laquelle on la marié afin quil remplisse son rôle sans quil ait trouvé à y faire objection. Ces deux personnes qui nont rien à se dire accompliront comme il le faut leur service, dont notre sujet est le petit dernier. Le seul point notable chez le père est quil est dun conformisme absolu aux rites de la communauté, quil impose à toute la famille, sans autre raison quecest la
loi. Il est clair que ce conformisme lui évite de penser, et de mettre en cause le sort quon lui a choisi. Notre sujet, dernier des frères, est de toute évidence de trop. Il na pas vraiment sa place dans le destin familial, la mère en a faitun de trop, elle est allée au-delà de son devoir, sans que le père soit plus intéressé au résultat.
Notre sujet est donc un en-trop, il na pas sa place dans le règlement relatif à la définition sexuelle des hommes, la mère est excédée denfants, il tombe dans un trou psychique.
Cet homme étant une sorte dOliver Twist de la vie, trouve une issue dans le choix dobjet des hommes, comme une protection contre cet enfer de quatre sous, avec beaucoup dentrain et une volonté de vivre heureux qui fait plaisir à voir. Jai rarement rencontré un homme aussi heureux de vivre sa vie pleinement malgré les difficultés liées à son choix. Sa place psychique devient alors claire pour lui : il est lagent chargé de transmettre les demandes maternelles de revendications insatisfaites, il est en somme la tête chercheuse qui prendra la place des envies de la mère, tâche à laquelle il se dévoue depuis petit, alors quil collait à sa mère quand celle-ci de toute évidence, nen avait trop rien à faire. * Un homme névrosé appartient à une famille de riches négociants qui autrefois, trafiquaient le bois débène, dans le
commerce triangulaire. Cette famille en sappauvrissant a acquis des idéaux de gauche, sort ordinaire des grandes fortunes reconverties en pouvoir social. Le père sera une incarnation parfaite de ces idéaux, tandis que la mère, mariée par convention, digère comme elle le peut dêtre un utérus familial, son mari ayant depuis longtemps trouvé maîtresse à son goût, laquelle donne des conseils éducatifs à la mère et au fils tandis que son amant défend les grandes causes de la liberté, de légalité et de la fraternité. Notre sujet, devenu adulte, naura de cesse dadopter les idéaux de son père, qui le tuent chaque jour que Dieu fait, et rachètera la faute familiale en épousant une femme originaire des îles, afin de faire pardonner la famille, femme avec laquelle il lui fut à jamais impossible de bander correctement, et pour cause, puisƋu’ilne laimait pas, et quelle nétait que lincarnation de la Faute des Ancêtres. * Un homme, névrosé grand teint, est le fils unique dune femme qui était elle-même la sixième et dernière dune famille ouvrière de six enfants. Cette femme se mit toute sa vie en marge des idéaux de la famille. Un peu de résistance dans les vingt ans, un amant rencontré dans ce milieu, avec lequel elle eut un enfant, alors que le mari était marié dans une petite ville de province où tout le monde connaissait lorigine de lenfant. Comme cette femme aurait eu des ambitions détudes qui lui furent refusées, car les filles se mariaient, seuls les garçons ayant droit détudier, elle se mit
en marge de la famille tout en restant attachée à la figure de son père interdicteur, et dans la dépendance factuelle de sa mère, afin de montrer à celle-ci tout le malheur qui résultait de sa naissance, en particulier en refusant dembrasser la foi catholique de sa mère, et en se montrant tout à fait anticléricale à une époque où cela nétait pas sans effet.
Elle se cantonna toute sa vie dans des emplois subalternes ou même ingrats de femme de ménage et autres travaux épuisants, afin de payer on ne sait quelle dette, et en vivant dans une sorte de misère banale, y entraînant son enfant, tandis que lessœuƌs de la mère, suivant les conventions, réussissaient le destin ordinaire des filles douvrier. Le fils de cette femme ne sut jamais faire autre chose que de suivre le destin social que sa mère lui avait prescrit sans le savoir, en ne lui fixant jamais dautre objet que rester lobjet de sa mère, avec un père héroïque sans doute, mais un peu absent. On se demandera peut-être à quoi rime cette énumération. Elle ne manifeste pourtant rien autre que la structure de lIdéal du moi. Lpar lincorporé » Idéal du moi est le résidu « enfant des demandes de la mère auxquelles il a dû satisfaire pour trouver une place à sa propre demande. Il sagit bien dune affaire de demande, et pas de désir. Le désir, heureusement,
peut sexprimer ailleurs comme un résidu du processus de construction psychique, solution de léquation qui consiste à conjuguer la demande de lAutre et la demande à lAutre.
Ce qui reste de limpasse maternelle, exprimée dans les vindications et rages de la mère, ou au contraire ce qui ne sy exprime pas alors que cela devrait être le cas, cela est le matériel symbolique avec lequel lenfant cherche sa solution, en empruntant ces signifiants de la mère et de la manière particulière dont elle a conjugué sa métaphore paternelle. Ce sont ces signifiants qui sont le discours de lAutre qui donnent la structure de linconscient de lenfant. Cet enfant, pour trouver une place dans le plaisir dexister, a dû trouver une manière de complaire à la mère telle quil imagine sa demande, et, pour se faire, se calque sur le discours de la mère, au prix de perdre sa tête, sa foi, son désir ou sa vie. La tâche parfois impossible de lanalyse est dexhumer de tout ce marécage les restes et cadavres du désir inconscient de lenfant, noyés depuis longtemps dans les sables mouvants de la demande de lAutre, auquel le Moi idéal est fait pour répondre. Une bonne discordance de lIdéal du moi et du Moi idéal, sous forme de symptômes névrotiques, peut être un point dattaque excellent pour un analyste un peu teigneux muni de ses banderilles. Ce texte a été écrit grâce aux questions de Philippe Cros, qui nest pas obligé de jouer les taureaux pour autant.
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