Gérôme Taillandier: Père réel et père génétique

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Père réel et père génétique Version augmentée On sait que Jacques Lacana profondément développé la notion de père en psychanalyse en introduisant les registres symbolique, imaginaire et réel. L͛un des résultats obtenus est que le père réel a ĠƚĠ ĚĠĨŝŶŝ ĐŽŵŵĞ ů͛ĂŐĞŶƚréel Ě͛ƵŶĞ ŽƉĠƌĂƚŝŽŶsymbolique portant sur un objetimaginaireƉĂƐ ůĞ ůŝĞƵ ĚĞ ĚĠĨŝŶŝƌ ůĂ ĨŽŶĐƚŝŽŶ͘ Ğ Ŷ͛ĞƐƚ symbolique du père réel, dont vous aurez un aperçu par exemple chez Marcel Pagnol dans sa réflexion sur le personnage de Marius et de ses frasques. dŽƵƚĞĨŽŝƐ͕ Ɛ͛ŝů ĠƚĂŝƚ ďŝĞŶ ĂĐƋƵŝƐ ƋƵĞ ůĞ ƉğƌĞ ƌĠĞů Ŷ͛ĞƐƚ ĞŶ ĂƵĐƵŶ ĐĂƐ ůĞ géniteur, il restait à définir en quoi consiste cette différence. Je suis parvenu depuis longtemps déjà à concevoir que le seul père ŐĠŶŝƚĞƵƌ ƋƵĞ ů͛ŽŶ ĐŽŶŶĂŝƐƐĞ ĞƐƚ ůĞ ƐƉĞƌŵĂƚŽnjŽŢĚĞ͕ ƚŽƵƚĞĨŽŝƐ ĐĞƚƚĞ ĐŽŶĐĞƉƚŝŽŶ Ŷ͛Ă ƉĂƐ ĞƵ ůĞ ƐƵĐĐğƐ ƋƵ͛ĞůůĞ ŵĠƌŝƚĞ͕ ĐĞƚƚĞ ƚŚğƐĞ Ŷ͛ĠƚĂŶƚ ƉĂƐ ǀĞŶĚĞƵƐĞ͘ ͛ĞƐƚ ƉŽƵƌƚĂŶƚ ůĂ ĐŽŶĐĞƉƚŝŽŶ ƋƵŝ Ɛ͛ŝŵƉŽƐĞ ă ƋƵŝĐŽŶƋƵĞ a réfléchi sur un film commeů͛ ƚĠ DĞƵƌƚƌŝĞƌ͘ /ů ŵ͛ĞƐƚ ǀĞŶƵ ŝů LJ Ă ƉĞƵ ůĂ ƌĠĨůĞdžŝŽŶ ƐƵŝǀĂŶƚĞ͘ Si en milieupatrilinéaire, la confusion entre géniteur et père réel ƐĞŵďůĞ Ɛ͛ŝŵƉŽƐĞƌ͕ ĐĞ Ŷ͛ĞƐƚ ƉĂƐ ůĞ ĐĂƐ ĚĂŶƐ ƵŶ ƐLJƐƚğŵĞmatrilinéaire.
Publié le : dimanche 15 novembre 2015
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Père réel et père génétique Version augmentée
On sait que Jacques Lacan a profondément développé la notion de père en psychanalyse en introduisant les registres symbolique, imaginaire et réel. Lun des résultats obtenus est que le père réel a ĠtĠ dĠfiŶi Đoŵŵe l’ageŶtréeld’uŶe opĠƌatioŶsymbolique portant sur un objetimaginairepas le lieu de dĠfiŶiƌ la foŶĐtioŶ. Ce Ŷ’est symbolique du père réel, dont vous aurez un aperçu par exemple chez Marcel Pagnol dans sa réflexion sur le personnage de Marius et de ses frasques.
Toutefois, s’il Ġtait ďieŶ aĐƋuis Ƌue le pğƌe ƌĠel Ŷ’est eŶ auĐuŶ Đas le géniteur, il restait à définir en quoi consiste cette différence.
Je suis parvenu depuis longtemps déjà à concevoir que le seul père gĠŶiteuƌ Ƌue l’oŶ ĐoŶŶaisse est le speƌŵatozoïde, toutefois Đette ĐoŶĐeptioŶ Ŷ’a pas eu le suĐĐğs Ƌu’elle ŵĠƌite, Đette thğse Ŷ’ĠtaŶt pas veŶdeuse. C’est pouƌtaŶt la ĐoŶĐeptioŶ Ƌui s’iŵpose à ƋuiĐoŶƋue a réfléchi sur un film commel’EtĠ Meuƌtƌieƌ.Il ŵ’est veŶu il LJ a peu la ƌĠfledžioŶ suivaŶte.Si en milieupatrilinéaire, la confusion entre géniteur et père réel seŵďle s’iŵposeƌ, Đe Ŷ’est pas le Đas daŶs uŶ sLJstğŵematrilinéaire. En effet, dans un tel système, le géniteur appartient au clan A, supposĠ Ƌue le sLJstğŵe Ŷ’ait Ƌue deudž ĐlaŶs, taŶdis Ƌue la peƌsoŶŶe ĐhaƌgĠe de l’ĠduĐatioŶ et de la foƌŵatioŶ de l’eŶfaŶt d’uŶe feŵŵe du clan B estle fƌğƌe de la ŵğƌe, l’oŶĐle ŵateƌŶel. C’est doŶĐ lui Ƌui est lepère réelde l’enfant et en aucun cas le géniteur, qui, dans
certains groupes comme les Moso, peut d’ailleuƌs ġtƌe tout siŵpleŵeŶt iŶĐoŶŶu…On ne saurait mieux comprendre pourquoi le système patrilinéaire a pouƌ ďut d’effaĐeƌ de la Đaƌte des sLJstğŵes de paƌeŶtĠ le sLJstğŵe matrilinéaire, au vu de ce résultat surprenant, mais qui, je le crains, ne sera pas plus vendeur que le précédent.
SECOND THOUGHTS
On peut se demander quelles sont les étranges raisons qui ŵaiŶtieŶŶeŶt eŶ plaĐe l’idĠologie ƌeligieuse de l’ideŶtitĠ du pğƌeréel et du père géniteur.
Pour le comprendre, il faut dégager les strates de cette croyance. Du point de vue sociologique, cette idéologie fait partie de manière naturelle des systèmes patrilinéaires; Il s’agit eŶ effet d’attƌiďueƌ au père la propriétéde Đe Ƌui se passe à l’iŶtĠƌieuƌ de sadomus, et confirmer son statut depaterfamilias, ayant droit de vie et de mort suƌ tout Đe Ƌui se passe daŶs la pƌopƌiĠtĠ, et suƌtout suƌ l’oƌigiŶe des semences qui servent à propager sa race.
On reconnaît dans cette forme de croyance religieuse la forme pƌiŵaiƌe de la haƌde, due au fait Ƌue l’espğĐe huŵaiŶe est ŵaŵŵifğƌe, puisƋue, à l’edžĐeptioŶ des BoŶoďos, tous les ŵaŵŵifğƌe manifestent un comportement de harde dominée par un mâle pƌĠsuŵĠ ġtƌe le ŵeilleuƌ puisƋu’il est vainqueur au combat sur les autƌes ŵâles. EŶ ƌĠalitĠ, Đette oƌgaŶisatioŶ eŶ haƌde Ŷ’est ŶulleŵeŶt universelle, comme le montrent les organisations des animaux sociaux comme les abeilles et les fourmis. Cette organisation est due à la rareté. Dans une situation où la survie des individus dépend à la ŵaƌge d’uŶe ĐollaďoƌatioŶ aveĐ d’autƌes sous peiŶe de ŵoƌt paƌ des
Đauses Ŷatuƌelles ĠvideŶtes, l’oƌgaŶisatioŶ eŶ haƌde peƌŵet de ƌĠsisteƌ audž ĐoŶditioŶs Ŷatuƌelles de ƌaƌetĠ. L’iŶsĐƌiptioŶ gĠŶĠtiƋue de cette situation est une simple conséquence de ce fait.
Mais supeƌposĠ à Đe fait, est l’oƌgaŶisatioŶ psLJĐhiƋue de l’huŵaiŶ, puisque celui-ci est un mammifère. Il en résulte du côté des mâles une identification de la propriété de la femelle et du sentiment œdipieŶ Ƌue la ŵğƌe lui appaƌtieŶt et Ƌu’il Ŷe peut tolĠƌeƌ uŶe rivalité avec un autre mâle susceptible de lui enlever sa propriété.
Cet argument se retourne et se complexe avec la génétique des mammifères, sous la forme de la propriété de la femelle appropriée, en sorte que le mâle imagine être le géniteur de tous ce qui provient de Đette feŵelle. OŶ a la ƌaĐiŶe de l’ideŶtifiĐatioŶ ƌeligieuse eŶtƌe géniteur et père réel.
Mais il existe un argument plus subtil et beaucoup plus amusant à cette croyance religieuse. Chez les femmes, qui sont aussi des ŵaŵŵifğƌes, edžiste, Đoŵŵe oŶ l’a ŵoŶtƌĠ gƌâĐe à la psLJĐhaŶalLJse, uŶ faŶtasŵe de dĠsiƌ d’avoiƌ uŶ eŶfaŶt du pğƌe. Ce faŶtasŵe est le soubassement indispensable de la relation amoureuse chez les femmes, qui, sinon, sonttout à fait hoƌs Đhaŵp de l’aŵouƌ si Đe faŶtasŵe Ŷ’est pas aĐtivĠ. De soƌte Ƌue, daŶs l’aĐtivitĠ aŵouƌeuse, uŶe feŵŵe iŵagiŶe Ƌue l’hoŵŵe aveĐ leƋuel elle foƌŶiƋue est uŶ gĠŶiteuƌ poteŶtiel de l’eŶfaŶt Ƌu’elle faŶtasŵe, Đe Ƌui lui peƌŵet de condescendre à une activité à laquelle elle est sinon tout à fait fermée.
On a ici la racine de loin la plus profonde et la plus stable de la ĐƌoLJaŶĐe dĠsigŶĠe, puisƋu’elle assuƌe audž feŵŵes l’oƌigiŶe de l’eŶfaŶt daŶs uŶ gĠŶiteuƌ Ƌui assuŵeƌait aussi les foŶĐtioŶs amoureuses du père réel, ce dont elles ne manquent pas de faire
tout Đe Ƌu’elles peuveŶt pouƌ ĐoŶvaiŶĐƌe le paƌteŶaiƌe Đhoisi, afiŶ de le ŵaiŶteŶiƌ daŶs uŶ jeu Ƌui est de l’iŶtĠƌġt de tout le ŵoŶde.Peut-on penser dans ces conditions, que les systèmes matrilinéaires sont destinés à disparaître à jamais? Ce seƌait uŶ peu vite dit, si l’oŶ remarque que, avec le progrès social, les sociétés civilisées auxquelles nous appartenons ont instauré le divorce et surtout, les familles multiparentales, dans lesquelles le rôle du père réel est dĠvolu à plusieuƌs peƌsoŶŶages, doŶt l’uŶ seuleŵeŶt est le gĠŶiteuƌ. AiŶsi, le supƌġŵe suĐĐğs de la ĐivilisatioŶ daŶs l’Ġtat aĐtuel des choses a consisté à supprimer le lien entre géniteur et père réel, ce qui revient à réintroduire de la matrilinéarité à large échelle dans un système voué à disparaître, le système patrilinéaire.
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