Crise, crises et crisologie européenne

Publié par

Au sommaire de ce numéro : DOSSIER : Quantifier et mettre en crise la dette souveraine / Sur les logiques sociales du champ du pouvoir européen / Dépasser la crise de l'histoire de l'intégration européenne / Usages scientifiques de "la crise" de 2008 et suite / VARIA : L'abolition symbolique du politique, de nécessité vertu / CHANTIER DE RECHERCHE : Poor linkage and lacking representation / LECTURES CRITIQUES
Publié le : mercredi 1 octobre 2014
Lecture(s) : 6
EAN13 : 9782336358260
Nombre de pages : 214
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

4
1
0
2

|

4
4

°
N
doSSier
8 Antoine Mégie et Antoine Vauchez
Introduction
Crise, crises et crisologie européenne
24 Benjamin Lemoine
Quantifer et mettre en crise la dette souveraine
Agences de notation, techniques comptables
et constructions privées de la valeur des États
52 Guillaume Sacriste
Sur les logiques sociales du champ du pouvoir européen
L’exemple de l’afaire Dalli
98 Laurent Warlouzet
Dépasser la crise de l’histoire de l’intégration européenne
124 Andy Smith
Usages scientifques de « la crise » de 2008 et suite
Le cas des European Studies
Varia
154 Arthur Borriello
L’abolition symbolique du politique, de nécessité vertu
Le réformes budgétaires dans les discours du président
du Conseil italien
cHaNtier de recHercHe
182 Nathalie Brack
Poor linkage and lacking representation
A thorn in the side of the European Parliament only?
lectureS critiqueS
194 Thierry Balzacq
Sarah Wolf, The Mediterranean Dimension of the European
Union’s Internal Security
198 Cédric Pellen
Carolyn Ban (dir.), Management and Culture in an Enlarged
European Commission: From Diversity to Unity
204 Lieve Van Hoof
David Engels, Le déclin. La crise de l’Union européenne et
la chute de la république romaine. Analogies historiques
ISSN 1623-6297
ISBN 978-2-343-04472-9
22 EN° 44 | 2014
Crise, crises
et crisologie européenne
SOUS LA DIRECTION D’ANTOINE MÉGIE ET ANTOINE VAUCHEZRevue publiée avec le soutien de l’Institut des sciences humaines et sociales du
CNRS, du laboratoire Pacte Grenoble et de la Fondation nationale des sciences
politiques.
Politique européenne
Centre d’études européennes de Sciences Po
28, rue des Saints-Pères
F - 75 007 Paris
Tél. (+ 33 1) 45 49 83 52
Fax (+ 33 1) 45 49 83 60
politique.europeenne@sciences-po.fr
<www.portedeurope.org/>
©L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’école polytechnique 75005 Paris
<www.librairieharmattan.com>
difusion.harmattan@wanadoo.fr
Harmattan@w.fr
ISBN 978-2-343-04472-9
EAN 9782343044729
ISSN 1623-6297Directeur de la revue
Antoine Mégie, Université de Rouen
Directeurs adjoints
Céline Belot, Pacte, Sciences Po Grenoble
Sophie Jacquot, Centre d’études européennes Sciences Po
Frédéric Mérand, Université de Montréal
Olivier Rozenberg, Centre d’études européennes, Sciences Po
Comité de rédaction
Céline Belot, Pacte, Sciences Po Grenoble
Didier Chabanet, Institut Universitaire Européen, Triangle, ENS de Lyon
François Foret, Université Libre de Bruxelles
Sophie Jacquot, Centre d’études européennes Sciences Po
Annabelle Littoz-Monnet, Institut des Hautes études internationales et
du Développement, Genève
Antoine Mégie, Université de Rouen
Emmanuel Mourlon-Druol, Université de Glasgow
Frédéric Mérand, Université de Montréal
Stephanie Novak, Hertie School of Governance Berlin
Romain Pasquier, CRAPE/IEP de Rennes
Olivier Rozenberg, FNSP, Centre d’études européennes de Sciences Po
Sabine Saurugger, Sciences Po Grenoble, Pacte
Virginie Van Ingelgom, Université catholique de Louvain,ISPOLE
Antoine Vauchez, CNRS, CRPS/CESSP
Julien Weisbein, Institut d’études politiques de Toulouse, LaSSP
Conseil scientifique
Pierre Allan, Université de Genève
Richard Balme, Sciences Po
Stefano Bartolini, Centre Robert Schuman, Florence
Simon Bulmer, University of Shefeld
Renaud Dehousse, Centre d’études européennes, Sciences Po
Guillaume Devin, Sciences Po
Patrick Hassenteufel, Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines
Reinhard Heinisch, University of Pittsburgh
Bastien Irondelle , CERI, Sciences Po
Markus Jachtenfuchs, Hertie School of Governance, Berlin
Jean Leca, Sciences Po
Patrick Le Galès, Centre d’études européennes, CNRS
Christian Lequesne, CERI, Sciences Po
Paul Magnette, Université Libre de Bruxelles
Anand Menon, University of Birmingham
Yves Mény, Institut universitaire européen, Florence
Pierre Muller, Centre d’études européennes, Sciences Po
Claudio N. Radaelli, University of Exeter
Andy Smith, Centre Émile Durkheim, IEP de Bordeaux
Ezra Suleiman, Princeton University
Yves Surel, Université Paris II
Assistante édition : Claudette Gorodetzky, Pacte, Sciences-Po GrenobleDOSSIER
Antoine Mégie et Antoine Vauchez
Introduction
Crise, crises et crisologie européenne 8
1 — Benjamin Lemoine
Quantifier et mettre en crise la dette souveraine
Agences de notation, techniques comptables et constructions
privées de la valeur des États 24
2 — Guillaume Sacriste
Sur les logiques sociales du champ du pouvoir européen
L’exemple de l’afaire Dalli 52
3 — Laurent Warlouzet
Dépasser la crise de l’histoire de l’intégration européenne 98
4 — Andy Smith
Usages scientifiques de « la crise » de 2008 et suite
Le cas des European Studies 124
VARIA
Arthur Borriello
L’abolition symbolique du politique, de nécessité vertu
Les réformes budgétaires dans les discours
du président du Conseil italien 154CHANTIER DE RECHERCHE
Nathalie Brack
Poor linkage and lacking representation
A thorn in the side of the European Parliament only? 182
LECTURES CRITIQUES
Thierry Balzacq
Sarah Wolf , The Mediterranean Dimension of the European
Union’s Internal Security , Londres, Palgrave, Coll. « Palgrave Studies
194in European Union Politics », 2012, 288 pages.
Cédric Pellen
Carolyn Ban (dir.), Management and Culture in an Enlarged European
Commission: From Diversity to Unity , Basingstoke, Palgrave MacMillan,
2013, 288 pages. 198

Lieve Van Hoof
David Engels, Le déclin. La crise de l’Union européenne et la chute
de la république romaine. Analogies historiques , Paris, Le Toucan,
2012, 374 pages. 204Dossier
Crise, crises
et crisologie européenne
POLITIQUE EUROPÉENNE N°44 | 2014POLITIQUE EUROPÉENNE
N° 44 | 2014
Antoine Mégie et Antoine Vauchez
[p. 8-22]
IntroductionIntroduction 9
Crise, crises
1et crisologie européenne
Antoine Mégie
Université de Rouen
Antoine Vauchez
Université Paris 1
ui pourrait aujourd’hui encore en douter ? L’Europe est entrée en Q crise. L’accumulation de chiffres, de rapports et de colloques en
donne un aperçu presque quotidien et forme un inventaire sans concession
des multiples « échecs », « déclins », « dysfonctionnements », et autres
dérives qui caractérisent désormais l’Union européenne (UE). Jusqu’ici l’UE
apparaissait comme l’acteur qui allait au chevet des pays en crise, la voila
désormais qualifiée elle-même « d’homme malade de l’Europe ». Cette crise
européenne est multiforme semble-t-il si l’on suit la très grande variété des
significations qui semble s’attacher à la notion. Ce n’est plus seulement de la
« Grande recession » des cinq dernières années dont il s’agit (voir Politique
européenne n° 41), mais bien plus largement d’une succession de crises qui
s’enchâssent les unes aux autres : crise économique d’une UE qui aurait trop
tardé à organiser un gouvernement européen ; crise des États excessivement
dépensiers et prisonniers des marchés ; crise institutionnelle d’une Union
dont pas moins de quatre présidents se disputent la représentation
(Parlement, Conseil européen, Présidence tournante, Commission européenne) ;
crise de leadership en l’absence de successeurs à la chaîne continue des pères
fondateurs et refondateurs ; crise démocratique d’une Union qui n’a cessé
d’accroître ses domaines d’intervention sans pour autant faire apparaître les
contrôles démocratiques équivalents ; crise de définition du « projet
européenne » (par exemple suite au rejet du projet constitutionnel) ; voire, last
and not least, crise civilisationnelle d’un continent dont le « modèle social »
résisterait mal à la mondialisation. Un véritable inventaire à la Prévert s’écrit
désormais au quotidien dans le cours même de la politique européenne.
1 Ce texte introductif a bénéficié des remarques très utiles des relecteurs de
la revue.
POLITIQUE EUROPÉENNE N°44 | 201410 Antoine Mégie et Antoine Vauchez
Le projet de ce dossier n’est ni de conforter ni de contester ces diagnostics,
pas plus qu’il ne prétend produire un nouvel état des lieux de l’Europe en
crise. Il entend en revanche décoder le sens de cette crisologie et faire
apparaître, derrière l’apparente objectivité et simplicité qu’elle revêt, le travail
de construction sociale et intellectuelle, un ensemble de luttes symboliques
pour en définir le sens et, au final, une recomposition des pouvoirs et des
savoirs légitimes au niveau de l’UE. En d’autres termes, il s’agit en l’espèce
d’ouvrir la boîte noire de la crise, en repartant d’un travail sur les discours et
les registres critiques. Si le foisonnement des discours que la crise contribue
à produire n’est assurément pas réductible à un seul processus, ni à un seul
mouvement, les usages discursifs dominants s’inscrivent dans une rhétorique
de la déploration (« le déclin », « les dysfonctionnements », « les carences »)
qui propose autant de mots d’ordre se voulant efcaces , c’est-à-dire capables
de convaincre, voire de convertir, à l’ardente obligation de la réforme qu’elle
soit institutionnelle, économique, financière, morale, etc.
Il faut dire que la notion même de « crise » est d’un naturel accueillant
tant elle autorise des rapprochements géographiques et des comparaisons
historiques souvent inattendus (la « crise de 1914 », la « crise des années
1930 », la « Grande récession » de 1929, etc.). Et ce tout particulièrement
dans le cadre européen puisque cette notion entretient avec le processus
d’intégration communautaire une proximité singulière et ancienne. Parce
qu’elle a été conçue précisément comme « solution » à la crise des
Étatsnations au sortir de la seconde guerre mondiale, et qu’elle a été portée par
un ensemble d’élites marquées à bien des égards par la « crise des années
1930 » (Cohen, 2012a), l’Europe a d’emblée fait du registre de la « crise » un
vecteur essentiel de toutes les stratégies de (re)fondation, formant de ce fait
entre « crise » et « relance » un couple fonctionnel. Nombre des critiques
mentionnées plus haut ont été formulées dès les années 1950.
En ce sens, comprendre la « crise de l’Europe » revient à identifier des
entrepreneurs de crise, réformateurs politiques, économiques, académiques
divers et souvent antagonistes qui ont en commun de participer à l’imposition
de la crise comme cadre d’appréhension dominant du cours des « afaires
européennes ». C’est suivre aussi, à travers le travail de diagnostic qu’elle
semble naturellement appeler, l’émergence de toute une métrologie de
« la crise » (Bruno, 2008) et, plus largement, l’épanouissement des
expertises qu’il s’agisse de think tanks, d’agences de notation, d’universitaires et
autres figures de « sages ». La contribution de Benjamin Lemoine ofre ici
un éclairage essentiel en suivant les conditions d’émergence de nouveaux Introduction 11
instruments de connaissance et de mesure des risques économique,
financier et budgétaire des États et les conditions d’efcacité des « verdicts » que
produisent les agences de notations. Au-delà, il s’agit également de suivre les
rapports presque ontologiques qui se sont établis historiquement entre cette
catégorie sociale et politique et la trajectoire même de l’UE, en explorant la
consistance sociale et institutionnelle que cette notion de « crise » a acquise
comme catégorie descriptive et normative de l’Europe. C’est le projet que
cherche à développer ce dossier en repartant d’une analyse des discours et
des instruments qui font exister concrètement le registre critique dans la
politique européenne, en y incluant bien sûr la manière dont notre propre
regard académique s’est organisé autour de ce thème. Cette posture réflexive
conduit au final à interroger la manière dont la situation économique et
politique actuelle de l’UE met en crise certains des découpag es disciplinaires et
des implicites qui sont au principe de l’émergence des « études européennes »
comme champ académique ad hoc relativement autonome.
Construction et usages des crises européennes
L’étonnante multiplicité des usages et des sens que revêt la « crise de l’Europe »
2invite d’emblée à la vigilance à l’égard de cette catégorie d’analyse . Pour
une part, il y a là une histoire propre à la notion de « crise » devenue,
singulièrement depuis les années 1960, la catégorie tout terrain des registres
critiques. Dès les années 1970, un auteur comme Edgard Morin pointait la
limite inhérente du terme de crise et appelait de ses vœux une refonte
nécessaire de la « crisologie » (Morin, 1976). L’objectif afché était de répondre à
l’inutilité, selon lui, d’une telle catégorie qui, tout en définissant une réalité
de plus en plus certaine dans le cadre d’un discours qui déjà à cette époque
se faisait présent, constituait un mot sans valeur heuristique. Pourtant force
est de constater que cet agenda théorique voulant redonner au concept de
crise une capacité explicative, et interprétative, a été balayé par
les usages médiatiques, politiques et académiques de plus en plus naturalisés
et réifiés des expressions « crise » et « gestion de crise » (Courbon, 2010).
Face aux apories de la notion de crise à la fois catégorie analytique très large
et catégorie indigène, il est utile de suivre les acteurs et les instruments
2 Voir des analyses similaires concernant la « crise de la représentation »
(Lacroix, 1994), ou la « crise de la justice » (Vauchez et Willemez, 2007).
POLITIQUE EUROPÉENNE N° 44 | 201412 Antoine Mégie et Antoine Vauchez
qui participent à la construction et à l’entretien du diagnostic partagé de la
« crise de l’Europe ». Comme l’ont souligné de nombreux auteurs, la « crise
européenne » constitue, parallèlement à ses effets d’ordre économiques
et sociaux très concrets (voir Politique européenne n° 41), le nom de code
pour un ensemble de dynamiques de décomposition et de recomposition
des relations de pouvoir au sein du système européen. Ainsi à propos de
l’impact de la crise économique et financière de 2008 sur la gouvernance
européenne, des études récentes mettent en exergue les efets paradoxaux
de la « gestion de la crise » de la zone euro ( Pouvoirs n° 149, 2014 ; Vauchez,
2014a). Rompant avec les récits médiatiques dominants qui voient avant
tout dans la dernière décennie une simple phase de reprise en main des
États et en particulier de l’Allemagne, ces auteurs, tout en reconnaissant la
forte afrmation des exécutifs nationaux dans la gouvernance européenne,
constatent que la gestion politique et administrative de la crise économique
et monétaire européenne est allée de pair avec la délégation de nouveaux
pouvoirs au profit des instances supranationales placées à bonne distance
des « passions démocratiques » nationales (Commission européenne, Cour
de justice, Banque centrale européenne [BCE]). Néanmoins la plupart de ces
travaux prennent la crise comme un environnement ou un cadre temporel
naturel au sein duquel se déploie l’action des acteurs européens, sans prêter
spécifiquement attention à ce que l’ubiquité de cette notion révèle et emporte.
Dans son étude des revues anglophones phares du sous-champ académique
3des European studies qui se sont saisies de « la crise européenne » , Andy
Smith pointe ainsi le fait que les travaux européanistes n’interrogent jamais
la notion même de « crise » et les dynamiques sociales qui ont conduit à
imposer cette catégorie en prisme principale des afaires européennes. Parce
qu’ils prennent la « crise » pour point de départ, ces travaux ne s’intéressent
pas aux processus qui ont pu conférer à « la crise » la naturalité apparente
qu’elle revêt pour tous aujourd’hui.
En prenant la genèse intellectuelle et sociale de la notion de « crise
européenne » pour objet, ce dossier ouvre ainsi d’autres pistes de recherche.
Catégorie indigène de la politique européenne depuis ses origines, la « crise »
occupe en efet une place essentielle dans le récit des développements
chaotiques mais ininterrompus du projet européen (cf. le fond presque infini des
3 Deux dossier Journal pour of Common le Market Studies, vol. 48, n° 1, 2010 ;
vol. 47, n° 5, 2009 ; Deux dossiers pour le Journal of European Integration,
vol. 35, n° 3, 2013 ; vol. 36, n° 3, 2014. Aucun dossier spécial pour les revues
Journal of European Public Policy ; West European Politics ; Comparative
European Politics.Introduction 13
« grandes crises européennes » : l’échec de la CED, les vetos britanniques, la
Chaise vide, jusqu’au « non » français et néerlandais au traité constitutionnel,
etc.). Reparcourant les usages de la notion dans l’historiographie
européenne, Laurent Warlouzet montre de quelle manière les premiers historiens
européanistes, agissant souvent de concert avec les acteurs politiques et
administratifs de l’Europe communautaire naissante, ont investi cette notion
en la présentant comme l’une des pierres angulaires des dynamiques même
de l’intégration. Si l’historiographie a depuis connu un profond
renouvellement, l’attrait de la notion de « crise » persiste, notamment en dehors du
champ académique, comme le montre le mainstream des récits historiques
4de l’intégration qui en font, non pas tant une situation atypique, mais bien
au contraire une sorte de passage obligé à toutes les « relances » et «
réorientations » européennes. En ce sens, « la crise » apparaît comme un élément
clé du répertoire d’action des acteurs européens eux-mêmes s’inscrivant dès
lors au cœur de la matrice de la politique européenne.
L’article de Guillaume Sacriste à propos de « l’afaire Dalli » et de ses
multiples crises potentielles « non advenues » permet d’interroger ce paradoxe.
En efet, ce qui frappe quand on considère le fil d’une décennie de « crises
européennes », c’est précisément l’absence de « crise » au sens où on l’entend
en science politique depuis les travaux de Michel Dobry (1986), c’est-à-dire
comme conjonction de régimes de critique ordinairement distincts et comme
destruction des formes de complicité (ou « transactions collusives ») qui
unissent des groupes sociaux divers. Au contraire, ce qui frappe est l’étonnante
résistance de l’Europe, entendue ici comme centre de pouvoir transnational,
aux mobilisations critiques qu’elles soient nationales ou transnationales.
Cela ne signifie pas qu’il n’y ait pas eu des « conjonctures critiques » dans
lesquelles des acteurs nationaux et européens habituellement éloignés se
sont trouvés momentanément pris dans un jeu d’interdépendance tactique
transnational inédit : dans l’espace temporel circonscrit de ces moments
critiques, rien de ce qui est allemand, français, grec, voire américain, rien de ce
qui est monétaire, politique ou judiciaire, ne semblait indépendant ou isolé.
Qu’il s’agisse de la déclaration d’un premier ministre grec annonçant la tenue
d’un référendum, de l’issue d’une élection locale dans un Land allemand, du
vote du traité sur le Fonds européen de stabilité financière par le Parlement
slovène ou d’une décision de la Cour constitutionnelle allemande : chacun
de ces événements, ordinairement voué à rester cantonner à des espaces
4 Voir, à titre d’exemple, l’histoire de l’Europe Le en cinq crises proposées par
Monde entre le 11 et le 15 mai 2005.
POLITIQUE EUROPÉENNE N°44 | 201414 Antoine Mégie et Antoine Vauchez
et des secteurs circonscrits, a afecté directement les calculs et les attentes
5d’acteurs habituellement distants . Ces moments critiques ont du reste fait
évoluer l’équilibre des positions institutionnelles entre les diférents acteurs
européens ainsi que la valeur relative de leurs diférents capitaux (à propos
de la « crise de la commission Santer », voir Georgakakis, 2001 et, à propos
du référendum de 2005, Cohen et Vauchez, 2007). Pourtant, ils n’ont jamais
mis en crise le jeu politique européen lui-même. De manière frappante,
les techniques de fermeture de la crise – singulièrement les entreprises de
« resectorisation » des débats dans le cadre de commissions d’experts ou de
Conventions pour l’avenir de l’Europe et autres Conférence
inter-gouvernementales- ont toujours semblé opérer efcacement, mettant rapidement
fin à ces phases de fluidité et d’incertitude politiques. Dans le cas spécifique
de « l’afaire Dalli », la mise en cause de la probité du commissaire maltais
à la santé et à la consommation, John Dalli, par un rapport de l’Organe de
lutte antifraude de la Commission européenne (OLAF)(Pujas, 2004)
portait à première vue un fort potentiel pour le déploiement de mobilisations
multisectorielles critiques. En interrogeant le non-avènement de la crise au
sens de Michel Dobry, Guillaume Sacriste montre de manière éclairante la
solidité d’un ensemble de « transactions collusives » entre secteurs privés
et publics qui sont constitutives de l’espace du pouvoir européen. C’est dire
en fait que l’énigme tient peut-être moins dans la « crise de l’Europe » que
dans son non-avènement, c’est-à-dire dans les mécanismes sociaux et
institutionnels multiples qui ont jusqu’ici précisément prévenu l’émergence de
nouvelles logiques de hiérarchisation et de légitimation au sein de la politique
européenne : pourquoi en somme cette Europe qu’on dit ordinairement si
peu légitime et si précaire résiste au final si efcacement aux mobilisations
critiques ?
5 Sur la « saillance situationnelle » des décisions de la Cour constitutionnelle
allemande tout au long de la crise de la zone euro, voir Antoine Vauchez,
« Autour de la décision de la Cour constitutionnelle allemande. Regard de
politiste », Revue trimestrielle de droit européen, n° 1, janvier-mars 2013,
p. 87-94.Introduction 15
Crises de l’Europe, crise des formes de connaissance de
l’Europe ?
Faute de pouvoir engager ici un tel programme de recherche qui en reste à ses
prémisses, peut-être faut-il à ce stade commencer par s’interroger sur ce que
la récurrence des conjonctures critiques fait aux formes de connaissance de
l’Europe. Il importe ici de s’interroger sur la mesure dans laquelle la
récurrence des « moments critiques » traversés par l’Union européenne au cours
des deux dernières décennies a pu efectivement mettre en crise l’appareil
cognitif et théorique par lequel on connaît l’Europe en faisant apparaître
certains de ses angle-morts et certains de ses implicites (Georgakakis, 2009).
Il faut noter d’abord que les conjonctures critiques mettent en efet en jeu
la capacité même des constructions savantes de l’Europe à rendre compte
de manière efcace et réaaliste des raisons, des dynamiques et des efets de
l’intégration. Les épreuves de force de la politique européenne s’accompagnent
en efet toujours de questions concernant les catégories d’analyse, voire les
théories pertinentes ; et on ne s’étonnera pas dès lors que les mobilisations
critiques fassent des savoirs et des instruments de description eux-mêmes
une des cibles privilégiées de leur dénonciation de la construction européenne
telle qu’elle est . Du reste, les échecs politiques de l’Europe emportent avec
eux la dévaluation des catégories d’analyse qui avaient porté ces entreprises.
Un peu comme hier la notion de « supranationalité » s’était soudainement
trouvée vouée aux gémonies après l’échec de la Communauté européenne de
défense (Bailleux, 2014), le cours intellectuel des notions de « Constitution »
(Christiansen et Reh, 2009) ou de « fédéralisme » a directement pâti de
l’échec du Traité constitutionnel en 2005. C’est dire en somme la précarité et
l’instabilité des catégories par lesquelles on connaît l’Europe qui n’a pas son
égal pour les savoirs d’État nationaux qui peuvent, eux, asseoir leur stabilité
via un ensemble d’institutions étatiques de recherche, d’enseignement et de
formation (Abbott, 2005 ; Politique européenne n° 14, 2003).
Par ailleurs, les « conjonctures critiques » européennes mettent également
périodiquement en crise l’ascendance des « européanistes » sur leur objet
d’étude, débordés qu’ils sont par l’intrusion tout à la fois : d’experts issus
de la nébuleuse réformatrice bruxelloise souvent plus en phase avec les
temporalités et les attentes des acteurs des politiques européennes ( think
tanks, unités de prospective des administrations européennes, law firms ,
cabinets de consultants, etc. : cf. Robert et Vauchez, 2010), et de
ressortissants des disciplines nationales du droit, de l’économie ou de la science
POLITIQUE EUROPÉENNE N°44 | 201416 Antoine Mégie et Antoine Vauchez
politique qui s’estiment requis d’intervenir dès lors qu’on parle « d’élection »,
de « Constitution » ou de « gouvernance économique » européennes. Sur
ce point la crise économique et financière de 2008 illustre parfaitement
une telle configuration puisque les « européanistes » et leur outillage de
doctrines et de méthodologies ne sont pas parvenus à constituer l’espace de
discussion intellectuel principal. Ainsi nombre de controverses doctrinales
autour des politiques européennes d’austérité ont semblé se jouer pour une
part essentielle sur le terrain de la science économique américaine autour
de figures telles que Krugman, Rogof ou Stiglitz. Il en va de même pour les
phases nationales de la politique européenne, singulièrement à l’occasion
des référendums et élections parlementaires européennes, où les spécialistes
des disciplines juridiques, économiques et politistes nationales bousculent
le cercle étroit des européanistes pour se faire, le temps d’une conjoncture
électorale, spécialistes ès « politique européenne ».
Ce que ces moments critiques font ainsi apparaître, ce sont les liens
d’interdépendance étroits qui lient la communauté savante des européanistes à son
objet de recherche : on le voit, ces liens sont multiformes et ne sauraient être
réduits à une simple forme de dépendance financière à l’égard des fonds de
recherche que dispense l’UE, ni même au fait que les études européennes
suivent – comme toute communauté de recherche du reste – les « hauts » et
6les « bas » de leur objet d’étude . Un ensemble de travaux récents permettent
de montrer que le lien est autrement plus profond. L’espace académique
européen est né en efet comme un sous-espace réflexif des constructions
européennes, dans le contexte et dans le prolongement même de celles-ci
(Bailleux, 2014 ; Robert et Vauchez, 2010 ; Vauchez, 2014a). Si la
configuration des rapports entre savoirs et pouvoirs dans l’UE a bien changé depuis
les années 1960, l’analyse d’Andy Smith montre néanmoins la permanence
du chevauchement à travers la présence maintenue des praticiens dans la
production du discours académique européen sur la crise. Ainsi plus de 10 %
des articles parus sur la crise économique dans les revues phares des
European studies l’ont été par des fonctionnaires de la BCE. Plus largement, la
valeurmême des savoirs produits au sein des études européennes a partie liée
6 John Keeler montre que, depuis les années 1960, l’intérêt des doctorants
américains pour les études européennes suit avec quelques années de décalage,
le cours même de la politique européenne (Keeler, 2005). Ainsi, et de manière
ironique, la « crise de l’Europe » (ou, tout du moins, les réponses
institutionnelles qui y ont été apportées via l’émergence d’une gouvernance économique
européenne considérablement renforcée) aura eu comme effet indirect une
forme de regain d’importance et de pertinence des études européennes.Introduction 17
avec le déploiement de la sphère d’intervention des institutions européennes
au fil des décennies. À la manière des sciences sociales elles-mêmes qui ont
historiquement gagné en réalité et en crédibilité à mesure que se développaient
les politiques sociales et sociétales des administrations publiques (Wagner,
Weiss et al. 1991 ; Wagner, Wittrock et al. 1991), les études européennes ont
élargi et consolidé la sphère de pertinence de leurs théories et perspectives
d’analyse au fur et à mesure que l’Europe s’élargissait et s’approfondissait.
Des gains de refléxivité
Ainsi, s’il est vrai que, construits de concert, « politique européenne » et
« études européennes » partagent une même base cognitive et normative,
alors les phases critiques de la première peuvent servir à révéler un ensemble
d’impensés et d’implicites de la seconde. Nous évoquerons ici simplement
trois pistes de réflexion possibles en ce sens.
La première concerne les catégories élémentaires dont nous disposons pour
appréhender les « crises » européennes et leur issue. On peut penser à des
termes aussi communs que ceux d’« intégration » ou de « construction »
européennes dont il reste à faire l’histoire afin de mesurer en quoi ils portent
une certaine vision de l’UE et de son développement. On peut se référer au
triptyque « achèvement-approfondissement-élargissement » qui a
structuré de manière plus ou moins explicite l’historiographie de l’intégration
européenne. Comme le montre Laurent Warlouzet, ce dilemme qui semble
s’imposer aux stratégies de « sortie de crise » a d’abord vu le jour comme
catégorie indigène à l’occasion d’une conférence de presse de Georges Pompidou
(10 juillet 1969) (Harst, 2007). De même, la dialectique des « crises » et des
« relances » n’est pas seulement une « leçon de l’histoire » européenne, mais
plutôt – et peut-être surtout – une forme de prophétie originelle construite
autour de la figure de Jean Monnet à qui l’on prête cette « intuition » quant
aux dynamiques de l’intégration (Fondation Jean Monnet, 2009 ; Warlouzet
7dans ce dossier) . Parce qu’elles orientent le regard sur la « haute politique »
des sommets européens, ces catégories ont souvent entretenu une vision
stato- et politico-centrée de l’Europe .
7 Voir également sur ce point l’extrait d’une déclaration de Jean Monnet mise
en exergue dans l’introduction du dossier de Politique européenne
coordonnée par Martial Foucault « Les politiques économiques européennes face à
la Grande Récession », n° 42, 2013.
POLITIQUE EUROPÉENNE N°44 | 201418 Antoine Mégie et Antoine Vauchez
Mais les « moments critiques » permettent aussi de révêler les découpages
singuliers et, partant, les angles-morts nés des controverses fondatrices
des études européennes. On songe en particulier à la prise de distance des
« intellectuels » à l’égard du projet européen, dont Justine Lacroix et Kalypso
Nicolaïdis ont restitué la trajectoire (e t ses variantes nationales) depuis les
8premières Communautés européennes jusqu’au traité de Maastricht . On
songe aussi à la marginalité de l’économie politique (Ryner, 2012), discipline
qui n’aura pas construit d’ancrages académiques solides à l’échelon de l’UE, à
l’inverse du droit et de la science politique, mais aussi à la sous-représentation
de la sociologie (Beck, 2006 ; Politique européenne n° 25, 2008). De manière
particulièrement frappante, les crises font ainsi apparaître le sous-équipement
économique des études européennes, paradoxal si l’on considère que l’Europe
9est avant tout historiquement une construction économique . Les « trous »
et les « trop-pleins » qu’Andy Smith identifie dans l’analyse européaniste de
la crise (définition « thin » des institutions et des règles, vision « macro » et
désincarnée du fonctionnement de l’économie, « déterminisme matériel »,
focalisation sur « les organisations de l’UE, les arrangements constitutionnels
et dans une moindre mesure sur les politiques publiques communautaires »)
font du coup ressortir un ensemble d’angles-morts : disciplinaire (domination
historique de la science politique et du droit, biais institutionnaliste) ;
méthodologique (importance pérenne du positivisme et du « rational choice »
américain) ; et doctrinale (rôle de la théorie économique néo-classique, etc‥).
Enfin, les « conjonctures critiques » font apparaître une forme d’« européanisme
méthodologique ». Ulrich Beck n’a employé qu’une seule fois cette déclinaison
européenne du célèbre « nationalisme méthodologique » (Beck, 2006), mais la
notion peut s’avérer tout aussi utile. À l’instar de l’État-nation pour les savoirs
d’État, l’Union européenne des européanistes fait souvent figure d’échelle
naturelle d’analyse, mais aussi, indissociablement, d’horizon réformateur
inéluctable de l’économie, de la société et in fine de la démocratie sur le
continent européen. Bien souvent, son jeu politique est considéré comme un
espace clos, voire autosufsant, marqué par un intérieur et un extérieur, et
8 Cf. Lacroix Justine et Nicolaïdis European SKtalypso ories Intellectual(2010),
Debates on Europe in National Contexts, Oxford, Oxford University Press.
9 Ce sous-équipement avait pourtant été pointé depuis un certain temps par
divers courants restés néanmoins aux marges de la discipline, par exemple
les approches néo-gramsciennes : Gill Stephen, « A Neo-Gramscian Approach
to European Integration », in Alan Cafruny et Magnus Ryner (dir.), A Ruined
Fortress. Neoliberal hegemony and Transformation of Europe, Oxford,
Rowman and Littlefield, 2003, p. 47-70.Introduction 19
traversé par des dynamiques avant tout endogènes. Ainsi, de même que « les
sciences sociales en Europe sont intimement liées aux formes particulières et
aux interprétations nationales du rôle de l’État » (Wagner et Weiss, 1991), il
serait intéressant de questionner à l’échelon européen les formes d’isomorphisme
qui se sont historiquement construites entre savoirs, instruments, politiques
et institutions européennes (Vauchez, 2014b). Car en s’érigeant contre le
« nationalisme méthodologique » des sciences d’État (droit constitutionnel
classique, théories de l’État-nation, etc‥), les savoirs d’Europe en ont à bien
des égards reproduit la structure même, en conférant cette fois une forme de
priorité méthodologique et d’unité conceptuelle à l’échelon européen.
Bien des pistes peuvent être envisagées pour échapper à ce rapport de
familiarité, voire de « complicité ontologique » des savoirs d’Europe avec
leur objet. La sociologie historique des formes de connaissance savante de
l’Europe qui s’est développée au cours des dernières années en est
assurément une (voir notamment : Bailleux, 2014 ; Calligaro, 2014 ; Krumrey,
2013 ; Le Boulay, 2010 ; Robert et Vauchez, 2010 ; Politique européenne, n°
18, 2006 ; Roa Basto, 2012) ; tout comme du reste l’analyse des instruments
et des dispositifs de mesure européenne forgés dans le cadre des politiques
publiques de l’Union dont l’article de Benjamin Lemoine ofre ici une
intéressante illustration (voir également : Bruno, 2008 ; Saurugger, 2012). Mais
il importe aussi de suivre de près le développement de nouveaux courants
de l’historiographie européenne qui replacent la trajectoire de l’intégration
communautaire dans une histoire transnationale plus large des coopérations
européennes et internationales (Patel, 2013 ; Cohen, 2012b ; Warlouzet,
2010) et qui resitue celle-ci dans une histoire plus longue du gouvernement
international (Koskeniemmi, 2001 ; Mazower, 2012). Dans cette perspective,
ces crises enchassées les unes aux autres sont le moment d’une critique de
notre discipline, de ses attendus implicites, de ses découpages d’objet ainsi
que de ses formes de division du travail académique ( Politique européenne
n° 1, 2000). C’est en somme l’occasion de poursuivre le travail de «
désEuropéanisation » de nos catégories, concepts et méthodologies de pensée
(Beck, 2002b, 53-54 ; Surel, Hassenteufel, 2000), en privilégiant un cadre
transnational (« les constructions européennes »), une histoire longue (depuis
la Société des Nations) permettant de contourner l’ensemble de ces angles
morts. En ce sens, les efets de la « seconde crise de la modernité » telle que
la définit Peter Wagner – c’est-à-dire « a more reflexive and indeed critical
approach towards the history of the relationships between social theory, society
and the nation-state » (Wagner, 1994, 30-31) – se font désormais ressentir
à propos de l’Europe et de son sous-champ d’études.
POLITIQUE EUROPÉENNE N°44 | 201420 Introduction
Références bibliographiques
Abbott Andrew (2005), « Linked Ecologies: States and Universities as
Environments for Professions », Sociological Theory, vol. 23, n° 3, p. 245-274.
Bailleux Julie (2014), Penser l’Europe par le droit, L’invention du droit
communautaire en France , Paris, Dalloz, coll. « Nouvelle Bibliothèque de thèses.
Science politique ».
Beck Ulrich (1998), World Risk Societ, Cambridge, Polity Press.
Beck Ulrich (2006), Re-inventing Europe. A Cosmopolitan View , Cambridge,
Polity Press.
Bruno Isabelle (2008), « Y a-t-il un pilote dans l’Union ? Tableaux de bord,
indicateurs, cibles chifrées : les balises de la décision », Politix, n° 82, p. 95-117.
Calligaro Oriane (2013), Negotiating Europe. The EU promotion of
Europeanness since the 1950s , New York, Palgrave Macmillan.
Cohen Antonin (2012a), De Vichy à la Communauté européenne , Paris, Presses
Universitaires de France.
Cohen Antonin (2012b), « L’autonomisation du Parlement européen.
Interdépendance et diférenciation des assemblées parlementaires supranationales
(Années 1950-Années 1970) », Cultures & Conflits , n° 85-86, p. 13-33.
Cohen Antonin et Vauchez Antoine (dir.) (2007), « Anatomie d’un “moment
constituant” européen », in Antonin Cohen et Antoine Vauchez (dir.), La
Constitution européenne. Elites, mobilisations, votes , Bruxelles, Presses de l’Université
libre de Bruxelles.
Christiansen Thomas et Reh Christine (2009), Constitutionalizing the European
Union, Basingstoke, Palgrave Macmillan.
Dezalay Yves and Bryant Garth (2002), The Internationalization of Palace Wars:
Lawyers, Economists, and the Contest to Transform Latin American States ,
Chicago, University Press Book.
Dobry Michel (1986) [rééd. 1992], Sociologie des crises politiques. La dynamique
des mobilisations multisectorielles , Paris, Presses de la Fondation nationale des
sciences politiques, coll. « Références ».
Dobry Michel (2009), « Révolutions, crises, transitions », in Olivier Fillieule et
Lilian Mathieu (dir.), Dictionnaire des mouvements sociaux , Paris, Presses de
Sciences Po, p. 475-484.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.