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Dans le texte Le mouvement ouvrier en Allemagne Anna Seghers, La révolte des pêcheurs de Santa Barbara, 1928 Anna Seghers a publié cette nouvelle en 1928, l’année où elle adhère au KPD. Elle raconte la révolte d’un village de pêcheur contre les tarifs pratiqués par les armateurs, alors qu’ils cherchent à recruter pour une pêche au long cours.
Publié le : vendredi 30 octobre 2015
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Dans le texte Le mouvement ouvrier en Allemagne Anna Seghers, La révolte des pêcheurs de Santa Barbara, 1928 Anna Seghers a publié cette nouvelle en 1928, l’année où elle adhère au KPD. Elle raconte la révolte d’un village de pêcheur contre les tarifs pratiqués par les armateurs, alors qu’ils cherchent à recruter pour une pêche au long cours. Les hommes du village font grève pour protester contre les salaires. Mais les habitants des environs acceptent quant à eux de partir. Le départ doit se faire à partir du village révolté.
De bonne heure, le village entier, hommes, femmes et enfants, s'était retrouvé sur le port pour empêcher le départ de la « Marie Parère ». Comme les arma teurs s'étaient adressés au préfet et avaient décidé avec lui de faire partir la « Marie Parère » coûte que coûte, on avait fait appel aux soldats du régiment de Kedel pour, au besoin, protéger le départ. Ils étaient alignés le long du quai. Les gens de Sainte-Barbara étaient massés sur la place du marché, en groupes compacts. Le soleil était levé, le vent était coupant, la marée montait. Malgré la foule, on pou vait entendre le murmure de l'eau. Plus le vent était vif, plus on voyait danser joyeusement les lumières dont il mouchetait le port et les toits, et plus le silence se chargeait de désespoir. Soudain, venue du port, une voix lança une menace en direction de la « Marie Parère ». Quelques voix claires de gamins retentirent, heureuses de pouvoir se faire entendre. Ils avancèrent en direction du port ; de là-bas, une voix stridente leur cria : « Halte ! », et ils firent halte. Mais alors le groupe de pêcheurs se referma et continua d'avancer lentement. Ils avaient décidé d'empêcher coûte que coûte le départ de la « Marie Parère ». (…) Juste devant la passerelle se tenaient deux soldats, même taille, même raideur, comme deux frères. A leur droite et à leur gauche, sur une longueur à peu près égale à celle du bateau, il y avait encore quelques rangées de soldats, en profondeur. Plusieurs de ces soldats étaient connus des pêcheurs : ils les avaient vus dans l'île Marguerite ou dans les cafés. Mais à présent leurs visages étaient figés, méconnaissables. Peut-être tout cela était-il incertain, inexact, peut-être les pêcheurs n'avaient-ils jamais bu avec ces soldats, mais ce qui était sûr et certain, c'est qu'ils étaient là. Une nouvelle fois on cria : « Halte ! » Cette fois, le groupe des pêcheurs s'arrêta. Parmi eux, il y avait Kedennek. Il n'avait pas quitté des yeux un seul instant le soldat au bord de la passerelle, qui était en train d'épauler son fusil. II le connaissait à coup sûr. Il savait, lui, Kedennek, il savait exactement où il avait vu ce jeune visage brun. Kedennek continuait d'avancer, comme convenu, pas trop lentement, à petits pas d'une légèreté insolite. Il éprouvait dans son dos une étrange sensation de vide, il comprit que les autres étaient restés en arrière et qu'il avançait seul, et il comprit aussi que le soldat allait tirer sur lui. Il s'écroula, dans l'espace qui séparait les soldats des pêcheurs, à huit mètres environ des pêcheurs. De toute son existence, Kedennek n'avait pensé que voiles et moteurs, pêche et tarifs, mais au long de ces huit mètres il avait eu enfin le temps de penser à toutes les choses possibles. Dans sa tête avaient fait leur entrée toutes les pensées qu'une tête humaine a été créée pour recevoir. Il pensa à Dieu, non pas comme on pense à quelque chose qui n'existe pas, mais comme à
quelque chose qui vous a abandonné.
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