Dans le texte : des cartes pour comprendre le monde

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Dans le texte : des cartes pour comprendre le monde Michel Levy, La carte et le territoire, 1999 Lorsque nous cherchons un certain point de l’espace, certitude imprimée sur nos cartes, cent panneaux indicateurs affichent des directions équivoques, des points de fuite ; d’autres contredisent nos chemins, nous menant à l’aveugle, égarés, anticipant des
Publié le : mardi 29 septembre 2015
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Dans le texte : des cartes pour comprendre le monde Michel Levy, La carte et le territoire, 1999
Lorsque nous cherchons un certain point de l’espace, certitude imprimée sur nos cartes, cent panneaux indicateurs affichent des directions équivoques, des points de fuite ; d’autres contredisent nos chemins, nous menant à l’aveugle, égarés, anticipant des étapes incertaines, une bifurcation qu’on ne localise jamais. Qui relèvera jamais le tracé exact de ces routes inexistantes, imaginées par des passants hésitants ou distraits, que nous questionnons fiévreusement, dans l’espoir déraisonnable que les chemins se rejoignent, que nos voyages atteignent effectivement leur but ? D’ailleurs, rien ne se passe comme l’esprit l’avait disposé : le lac de montagne ne luit pas sous le ciel, les poissions n’en éclaboussent pas la surface en perles d’eau, mais il nous montre d’abord ses rives caillouteuses, boues et poussières jonchées de débris, comme une imitation dépourvue de talent. De même, la ville majeure, Florence ou Moscou, ou toute autre, longtemps espérée, contemplée en rêve, ressemble aux faubourgs d’elle-même, sa propre âme lui manque, et ce décor creux offre des réclames d’hôtels, devantures de magasins à prix réduits, passants anonymes, hâtifs, qui vous ignorent. La terre promise, le pays de cocagne, nous y entrons sans même nous en rendre compte, en comptant les poteaux télégraphiques, ou en consultant notre montre. Les cartes, une fois de plus, ont trahi. […] Quelle silencieuse maladie a déformé le territoire décrit par les atlas splendides, les mappemondes lumineuses ? Quelle distorsion a dénaturé l’image que tu avais déjà formée comme un souvenir en trompe-l’œil, et présente à la place, une contrefaçon grossièrement crayonnée, absurde, dérisoire ?
Dans le texte : des cartes pour comprendre le monde Michel Levy, La carte et le territoire, 1999
Lorsque nous cherchons un certain point de l’espace, certitude imprimée sur nos cartes, cent panneaux indicateurs affichent des directions équivoques, des points de fuite ; d’autres contredisent nos chemins, nous menant à l’aveugle, égarés, anticipant des étapes incertaines, une bifurcation qu’on ne localise jamais. Qui relèvera jamais le tracé exact de ces routes inexistantes, imaginées par des passants hésitants ou distraits, que nous questionnons fiévreusement, dans l’espoir déraisonnable que les chemins se rejoignent, que nos voyages atteignent effectivement leur but ? D’ailleurs, rien ne se passe comme l’esprit l’avait disposé : le lac de montagne ne luit pas sous le ciel, les poissions n’en éclaboussent pas la surface en perles d’eau, mais il nous montre d’abord ses rives caillouteuses, boues et poussières jonchées de débris, comme une imitation dépourvue de talent. De même, la ville majeure, Florence ou Moscou, ou toute autre, longtemps espérée, contemplée en rêve, ressemble aux faubourgs d’elle-même, sa propre âme lui manque, et ce décor creux offre des réclames d’hôtels, devantures de magasins à prix réduits, passants anonymes, hâtifs, qui vous ignorent. La terre promise, le pays de cocagne, nous y entrons sans même nous en rendre compte, en comptant les poteaux télégraphiques, ou en consultant notre montre. Les cartes, une fois de plus, ont trahi. […] Quelle silencieuse maladie a déformé le territoire décrit par les atlas splendides, les mappemondes lumineuses ? Quelle distorsion a dénaturé l’image que tu avais déjà formée comme un souvenir en trompe-l’œil, et présente à la place, une contrefaçon grossièrement crayonnée, absurde, dérisoire ?
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