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Dans le texte : l’Afrique Emmanuel DONGALA, Johnny chien méchant, 2002 Lorsque les combats avaient commencé, nous on savait seulement que, comme d'habitude, deux leaders politiques se battaient pour le pouvoir après des élections que l'un disait truquées et que l'autre disait démocratiques et transparentes.
Publié le : mardi 10 mai 2016
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Dans le texte : l’Afrique Emmanuel DONGALA, Johnny chien méchant, 2002
Lorsque les combats avaient commencé, nous on savait seulement que, comme d'habitude, deux leaders politiques se battaient pour le pouvoir après des élections que l'un disait truquées et que l'autre disait démocratiques et transparentes. Nous on s'en foutait parce que nous connaissions la nature des hommes politiques de chez nous. Tous des sorciers. Ils arrivaient à vous soûler avec des paroles plus sucrées que du vin de palme fraî-chement récolté et pendant que vous vous laissiez bercer par le ronron de ces belles paroles, ils avaient vite fait de grimper sur votre dos pour atteindre le mât de cocagne qu'ils convoitaient et une fois là-haut, riches et bien gavés, ils vous pétaient dessus. Dans cette bataille, les deux camps avaient mobilisé leurs militants qui avaient d'abord commencé par se lancer des insultes, puis des coups de poing, puis des cailloux, et enfin ils s'étaient mis à se tirer dessus à coups de fusil, pour terminer à boulets d'armes lourdes.
C'est en plein milieu de ces disputes qu'un beau matin nous avions vu débarquer dans notre quartier des jeunes gens armés qui n'avaient pas l'air de rigoler. Ils nous avaient fait sortir des maisons, ils avaient fermé le marché, ils avaient fait un raid sur l'école et ramené les malheureux gamins dont certains étaient en pleurs, à l'endroit où ils nous avaient tous rassemblés. Ils nous avaient dit qu'ils étaient du Mouvement pour la libération démocratique du peuple, le MPLDP, et qu'ils combattaient contre les partisans du Mouvement pour la libération totale du peuple, le MPLDP. Ils nous demandaient de prendre les armes pour les soutenir, MPLDP contre MPLDP. Avouez que pour nous c'était blanc bonnet et bonnet blanc. Pourquoi soutenir l'un ou l'autre?
C'est alors qu'ils nous avaient expliqué. Le chef du MPLDP était de notre région, donc son parti était automatiquement notre parti et celui ou celle qui était contre était un traître. Gare aux traîtres à la région ! Ce fameux parti qui paraît-il était le nôtre avait donc gagné les élections, mais le MPLDP actuellement au pouvoir refusait de le reconnaître et ne voulait pas céder la place afin de rester éternellement aux affaires pour continuer à piller le trésor du pays, à bouffer l'argent du pétrole et des diamants et, surtout, à nous brimer. C'était grave, il fallait que tous les gens de notre région - majoritaires dans notre quartier - prennent les armes pour chasser ce président et donner aux gens de sa tribu, les Mayi-Dogos, une leçon qu'ils n'oublieraient jamais.
Je suis sûr que ces militants ne s'attendaient pas à ce qu'ils avaient entendu. Parlant en notre nom, plusieurs vieux du quartier, hommes et femmes, avaient refusé de croire à ce que racontaient ces individus sortis on ne savait d'où. Ils leur avaient dit crûment qu'il ne fallait pas les prendre pour des imbéciles et qu'ils connaissaient bien la tactique des politiciens: quand tout allait bien pour eux, ils ignoraient le peuple et on ne les voyait jamais, et quand ils étaient aux abois, ils venaient semer la zizanie entre les populations pour se maintenir au pouvoir. «On est fatigués d'écouter vos bla bla bla qui ne sont que menteries ; foutez-nous la paix, nous ne voulons plus vous voir dans notre quartier», avait finalement lancé une femme.
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