Ecologie sociale et langue française en Afrique noire

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L'écologie linguistique étudie le lien entre les langues, les liens entre les êtres qui les parlent, et le milieu dans lequel elles sont parlées. C'est à un parcours dans les lieux où se constitue "l'architecture intime" des locuteurs africains et où le français - langue déplacée - se diversifie en prenant les couleurs locales que le lecteur est convié ici.
Publié le : dimanche 1 mars 2015
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EAN13 : 9782336370842
Nombre de pages : 168
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Etudes  africaines
SérieLangues
Jean-AlexisM
ÉcologiesocialeetlanguefrançaiseenAfriquenoire
Écologie sociale et langue française en Afrique noire
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-05023-2 EAN : 9782343050232
Jean-Alexis MFOUTOU
Écologie sociale et langue française en Afrique noire
L’Harmattan
CollectionÉtudes africaines
dirigée par Denis Pryen et son équipe
Forte de plus de mille titres publiés à ce jour, la collection « Études africaines » fait peau neuve. Elle présentera toujours les essais généraux qui ont fait son succès, mais se déclinera désormais également par séries thématiques : droit, économie, politique, sociologie, etc.
Dernières parutions DANGNOSSI (Issaka),La Cour pénale internationale à l’épreuve de la répression en Afrique. Des préjugés aux réalités, 2015. SANGARE (Louis),Les défis de l’industrialisation des communautés économiques régionales africaines à l’heure de la mondialisation, 2015. AMBOULOU (Hygin Didace),Le droit des marchés financiers dans l’espace OHADA, 2015. LAMINE SYLLA (Mamadou),Pour mieux amarrer l’Afrique noire à l’économie mondialisée,2015. PODA (Baimanai Angelain),La mise sur le marché et la distribution du médicament en Afrique noire francophone, Réflexions à partir des exemples du Burkina Faso et du Sénégal, 2015. MAKALA NZENGU (Patrick),Le conseil agricole rural de gestion et développement à la base en RDC,2015. PASCAL Lionel,République CentrAfricaine : Douanes et corruption, causes de la déliquescence du pays,2015. WINTER (Philip),Une cause sacrée, Le diaglogue intercongolais, 2000-2003, 2015. KOUNGOU (Léon),Culture stratégique et concept de défense au Cameroun, 2015. EBALE (Raymond),La relation ACP (Afrique - Caraïbes - Pacifique) / UE (Union européenne) : la fin de l'illusion ?,Quel avenir à l'échéance 2020 ?,2015.LOADA (Augustin) et WHEATLEY (Jonathan) (dir.),Transitions démocratiques en Afrique de l’Ouest. Processus constitutionnels, société civile et institutions démocratiques, 2014. SIAD (Arnaud),?L’intervention en Libye : un consensus en Relations Internationales , 2014. KOUASSI (Yao-Edmond),Colonisations et société civile en Afrique, 2014. YOUGBARÉ (Sébastien): déterminants, Attachement et délinquance des mineurs psychosociaux au Burkina Faso, 2014. ANIGNIKIN (Sylvain Coovi),Les origines du mouvement national au Dahomey. 1900-1939, 2014. BONKENA BOKOMBOLA (Papy),Routes rurales et développement socio-économique de la région de Mayombé (Ouest-RDC), 2014. MAKENGO NKUTU (Alphonse),L’essentiel de droit public. Le cas de la République démocratique du Congo, 2014.
« Quiconque se déplace dans l’espace francophone en est très vite conscient : le français parlé à Paris n’est pas tout à fait le même que celui parlé à Tunis, à Dakar, à Québec ou à Brazzaville. De la même façon l’espagnol parlé en Équateur diffère sur un certain nombre de points de celui que l’on parle en Espagne, en Argentine ou au Mexique, l’anglais de Londres n’est pas le même que celui de Chicago ou de New Delhi, l’arabe du Maroc diffère de celui d’Égypte ou du Liban, et le portugais de Lisbonne n’est pas le même que celui de Rio de Janeiro. Ces langues ont pris aux quatre coins du monde des « couleurs » différentes. Il y a là un phénomène connu et récurrent : plus une langue se répand sur un vaste territoire et plus elle tend à se diversifier. » Calvet L.-J., « Vers une approche écologique de l’histoire des langues déplacées », préface à Mfoutou J.-A.,Tendances modernes et contemporaines du vocabulaire du français. Le français au Congo-Brazzaville,Éd. Publibook Université, 2014, p. 15.
Avant-propos
L’écologie linguistique est un sujet d’actualité dans les sciences du langage. Qu’est-ce donc l’écologie linguistique ? De la même manière que l’écologie étudie le lien entre les éléments vivant dans le même environnement, de la même ma-nière l’écologie linguistique étudie – dans unevision dyna-mique de la langue qui met l’homme et ses interactions so-ciales au centrele lien entre les langues, les liens entre les – êtres qui les parlent, et le milieu dans lequel elles sont parlées. C’est, de ce point de vue, un changement décisif par rapport à d’autres approches en sciences du langage qui avaient ten-dance à se concentrer sur les systèmes linguistiques et leur fonctionnement interne. Plus récemment l’approche écologique des langues a trouvé une application dans un ouvrage intituléTendance moderne et contemporaine du vocabulaire du français : le français au Congo-Brazzaville(Mfoutou J.-A., 2014) dans lequel nous montrions comment le vocabulaire d’une langue déplacée évoluait en fonction de sa nouvelle « terre d’accueil », en fonction de sa nouvelle « niche écologique ». L’Afrique noire francophone est un ensemble de pays riche en langues, une diversité linguistique qui s’explique par sa composition ethnique et son histoire. L’Afrique noire francophone a cependant cette particularité que les diffé-rentes langues qui sont parlées dans les différents pays de cette partie du continent noir se côtoient quotidiennement de façon remarquable dans la vie de chaque individu. Ce
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qui a pour conséquence le fait que chacun a ici – le mono-linguisme y est quasi inexistant – une connaissance sinon passive du moins active de plusieurs langues. Avant l’en-trée à l’école, un enfant s’exprime souvent dans une langue ethnique africaine – parlée au sein de la famille –, ou dans une langue africaine interethnique – parlée dans la rue, au marché, à l’église, etc. –, puis il introduit vers six ans – avec l’entrée à l’école – le français, langue officielle de scolari-sation. À ces trois langues viennent se greffer, du fait des déplacements et des contacts avec des individus d’autres groupes ethniques, l’apprentissage d’autres langues – no-tamment véhiculaires – africaines et l’apprentissage de plu-sieurs langues vivantes étrangères : l’anglais, l’espagnol, le portugais, parfois l’allemand, l’italien, et le russe. C’est dans ce cadre – d’une pratique multilinguistique généralisée et d’une situation sociolinguistique des plus passionnantes – qu’est né le projet de ce livre, avec l’idée d’adopter une approche écologique de ces langues en con-tact dans l’espace et dans le temps. Il s’agit en effet d’une prise en compte générale autant de toutes les langues parta-geant le même environnement que de l’environnement lui-même et des sujets parlants avec leurs représentations des langues, et une prise en compte des pratiques langagières effectives. Cet ouvrage vise ainsi à réconcilier la langue et la société dans laquelle elle est parlée, de même que le sujet parlant avec lui-même et sa culture propre. Notre théorie part donc du lien fondamental entre réalités écologiques, ré-alités sociales et pratiques langagières effectives. Quel qu’il soit, en effet, le comportement langagier des êtres parlants dans un environnement donné est une prise en main de la gestion de leur environnement local, un retour au local, à l’environnement naturel et social présent autour d’eux. Nous tenterons de montrer dans cet ouvrage que cette éco-logie sociale – dans laquelle chaque élément constitutif a une place et forme un tout cohérent – promeut l’idée même
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de l’apport de la diversité comme un gain réel à la langue déplacée face à l’uniformisation et à simplification des cultures des sujets parlants. La langue déplacée se prête ainsi à une décentralisation à différents niveaux : géogra-phique – retour au local –, social – la maîtrise de telle ou telle langue ou de telle ou telle variété d’une langue peut constituer la clé de la réussite scolaire tout comme celle de son intégration harmonieuse dans le corps social –, gotto-politique – à travers les diverses approches qu’une société a de l’action sur le langage, qu’elle en soit consciente ou non : action sur la langue, quand la société légifère sur les statuts réciproques du français et des langues minoritaires par exemple ; sur la parole, quand elle réprime tel emploi chez tel ou tel ; sur le discours, quand l’école fait de la pro-duction de tel type de texte matière à examen –, culturel – la langue est à la fois déterminée par la culture de ceux qui la parlent –, etc. Contrainte à bâtir sa demeure dans sa nouvelle niche écologique, la langue française en Afrique noire est en quelque sorte amenée – pour exister – à mourir et à renaître. C’est en tout cas ce que semblent dire les évolutions lin-guistiques – entendues comme transformations progres-sives d’une langue vivante, sous l’action de mutations et de la sélection naturelle – ici observées. La langue fait l’éloge du lieu dit « tangible », c’est-à-dire, celui de la source ins-piratrice, le lieu de l’acte de parler, le lieu de la parole. Car, c’est le lieu tangible qui parle, et la manière dont la langue est ici parlée est comme le travail de ce lieu sur la langue, comme la projection de ce lieu et de son image. L’origine de la manière particulière de parler une langue est quelque chose qui prend corps dans et avec le lieu tan-gible, entendu comme espace humain, espace personnel, rapport à la présence des sujets parlants. Elle ne met pas seulement au travail les mots, mais aussi le lieu tangible, ses réalités sociales et culturelles, à travers la mise en forme
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