Éducation populaire, culture et animation

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Jean-Claude Gillet poursuit ici son travail de description et d'analyse sur les apports du Parti socialiste unifié (PSU) dans la vie politique française (1960-1990). Après un ouvrage sur les étudiants de ce parti, un sur les liens entre luttes sociales et combats politiques théorisés par cette organisation, un consacré à la fédération corse du PSU et un à la fédération catalane, l'auteur propose pour la première fois une étude transversale de la praxis du Parti socialiste unifié, de sa pensée et de son action, dans le champ de l'éducation populaire, de la culture et de l'animation socioculturelle.
Publié le : dimanche 15 février 2015
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EAN13 : 9782336370323
Nombre de pages : 282
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Éducation populaire, Jean-c laude Gillet
culture et aniation
Les orientations du Parti socialiste unifé
(1960-1990)
Jean-Claude Gillet poursuit ici son travail de description et d’analyse,
Éducation populaire, entamé il y a sept ans maintenant, sur les apports du Parti socialiste
unifé (PSU) dans la vie politique française (1960-1990). Après un culture et aniation
ouvrage sur les étudiants de ce parti, un sur les liens entre luttes sociales
et combats politiques théorisés par cette organisation, un consacré à la Les orientations du Parti socialiste unifé
fédération corse du PSU et un à la fédération catalane, l’auteur propose (1960-1990)
pour la première fois une étude transversale de la praxis du Parti
socialiste unifé, de sa pensée et de son action, dans le champ de l’éducation
populaire, de la culture et de l’animation socioculturelle.
Vision humaniste, approches marxistes, acceptions
anthropologiques et ethnologiques vont se confronter dans le bouillonnement de
la fn des années soixante et de celles des années soixante-dix qui
caractérise la France à cette époque. De la contestation du festival d’Avignon
en 1968 au contre-festival de Cannes des années 70 à 78, des fêtes du
PSU (qui ont marqué du sceau de la liberté festive les dizaines de
milliers de personnes qui y ont participé pendant près de dix ans) aux
acteurs multiples qui ont constitué la base de la pensée du PSU dans
le champ (artistes, créateurs, intellectuels, élus, enseignants,
responsables administratifs, professionnels de la culture, cadres et militants
de toutes origines), l’ouvrage donnera aux lecteurs quelques clefs pour
comprendre les enjeux d’aujourd’hui dans l’interaction de la politique
et de la culture, ainsi que de la tension qui en résulte.
Jean-Claude Gillet est professeur honoraire en sciences de l’éducation, il a
fait sa carrière d’enseignant-chercheur à l’Université Bordeaux Montaigne
et fut directeur scientifque de l’ISIAT (Institut Supérieur
d’IngénieursAnimateurs Territoriaux). Il est co-directeur de la collection Animation
et territoires chez L’Harmattan (avec son collègue géographe Jean-Pierre
Augustin). Dans son champ de recherche portant sur l’animation
professionnelle, l’éducation populaire et la vie culturelle locale, il a écrit une
quinzaine d’ouvrages. Il a milité au PSU, à l’UNEF, dans des fédérations
d’éducation populaire, dans des associations locales ou syndicales : dans les
Préface de Dominique Wallon
deux premières il a occupé des responsabilités nationales.
Illustration de couverture : Afche de la fête du PSU à La Courneuve
en 1976 (afche réalisée par Richard Peyzaret, alias F’Murr) © DR

28,50 €
l ’i nstitut t ribune Socialiste Animation et TerritoiresISBN : 978-2-343-05416-2
ANIMATION-ET-TERRITOIRES_GF_GILLET_EDUCATION-POPULAIRE-CULTURE-ET-ANIMATION.indd 1 01/02/15 20:38mm
Jean-c laude Gillet
Éducation populaire, culture et animation














Éducation populaire,
culture et animation
Collection « Animation et territoires »
Dirigée par Jean-Pierre Augustin et Jean-Claude Gillet


Cette collection, dirigée par Jean-Pierre Augustin, professeur de
géographie et d’aménagement, et par Jean-Claude Gillet, professeur
émérite en sciences de l’éducation, tous deux à l’Université Michel de
Montaigne (Bordeaux), cherche à valoriser les travaux des chercheurs
et des praticiens, à partir des questions qui concernent les activités
multiformes exercées par des animateurs professionnels et
volontaires, bénévoles et militants, que ce soit dans les champs du
social, du culturel, de l’éducatif, du tourisme, du patrimoine, de la
formation, du sport, tous concernés par les enjeux de la construction
des territoires de demain.


Déjà parus

Jean-Claude GILLET (coord.), L'école bordelaise dans le réseau
international de l'animation (2003-2013), 2014.
Claudia Della CROCE, Joëlle LIBOIS, Rima MAWAD, Animation
socioculturelle, Pratiques multiples pour un métier complexe, 2011.
Abdourahmane NDIAYE (dir.), Économie sociale et solidaire,
Animation et dynamiques des territoires, 2011.
Luc GREFFIER (dir.), Les vacances et l’animation, Espaces de
pratiques et représentations sociales, 2011.
Jean-Claude GILLET, Morceaux choisis sur l’animation 1972-1995,
Analyse critique, 2010.
Michel HELUWAERT, Jeunesse & Sports, 1936-1986 : du militant au
fonctionnaire, 2010.
Françoise LIOT (coord.), Projets culturels et participation citoyenne,
Le rôle de la médiation et de l’animation en question, 2010.
Christian FROSSARD, Jeanne LAFON, Frédéric LUCBERNET,
Mémoires professionnels, Master animation, 2009.
Jean-Claude GILLET, Des animateurs parlent. Militance, technique,
médiaction, 2009.
Chantal CRENN, Laurence KOTOBI, et Jean-Claude GILLET (dir.),
Les animateurs professionnels face à la différence ethnique, 2008. Jean-Claude Gillet








Éducation populaire,
culture et animation

Les orientations du Parti socialiste unifié
(1960-1990)



Préface de Dominique Wallon


































































































Du même auteur,
Sur le même sujet

Le Parti socialiste unifié. Une étoile filante dans l’univers politique de
la Catalogne du Nord (1960-1990), Éditions Trabucaire, en
collaboration avec les Amis de Tribune socialiste et l’Institut Tribune
socialiste, Perpignan, 2014.
Le combat nationalitaire du Parti socialiste unifié en Corse
(19601990), éd. Alain Piazzola en collaboration avec les Amis de Tribune
Socialiste et l’Institut Tribune Socialiste, Ajaccio, 2013.
Parti et mouvement social. Le chantier ouvert par le PSU, coordonné
par Jean-Claude Gillet et Michel Mousel, éd. Les Amis de Tribune
socialiste et L’Harmattan, Paris, 2011.
Au cœur des luttes des années soixante, les étudiants du PSU. Une
utopie porteuse d’avenir ?, (en collaboration avec Roger Barralis),
Paris, Publisud, 2010.











contact : http://jeanclaudegillet.free.fr
L’Institut Tribune Socialiste
40 rue de Malte 75011 PARIS


www.institut-tribune-socialiste.fr













© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

-2 ISBN : 978-2-343-05416-2
EAN : 9782343054162





Sommaire



Préface ............................................................................................................ 9

Introduction .................................................................................................. 19

Chapitre I. Les événements ........................................................................... 37

Chapitre II. Les enjeux locaux .................................................................... 145

Chapitre III. Les act eurs .............................................................................. 203

Conclusion ................................................................................................. 237

Bibliographie .............................................................................................. 251

Index des sigles ........................................................................................... 257

Annexe iconographique .............................................................................. 261




7




Préface



Jean-Claude Gillet signe avec ce livre un ouvrage au sujet important mais
délicat.
Délicat comme tout travail sur le champ culturel, ses multiples acceptions,
ses contenus idéologiques fortement mis en avant ou ignorés.
Délicat aussi parce que le PSU a eu beaucoup de difficultés à définir sur
le sujet une position cohérente, qu’il a peut-être trouvée plus dans l’action
que dans la formulation conceptuelle.
Délicate enfin la tâche du préfacier qui a certes été dix ans militant du
PSU mais sans, à cette époque, s’intéresser particulièrement au domaine
culturel, avant de se retrouver, après avoir quitté le PSU en 1975, totalement
engagé comme militant à Grenoble, puis comme responsable au ministère de
la Culture ou à la ville de Marseille dans tous les débats sur l’action
culturelle et les politiques publiques de la culture.
C’est dire que j’ai beaucoup appris à la lecture de ce livre et je crois que
beaucoup de lecteurs découvriront avec bonheur une histoire méconnue du
PSU.
L’introduction de Jean-Claude Gillet pose l’essentiel des questions
conceptuelles et théoriques soulevées par un débat sur la culture entendue en
son sens le plus large, qui va être le sujet de cette analyse par les textes et les
actions de la position du PSU à l’égard du champ de l’éducation populaire,
du socioculturel, de la culture.
La lecture de la partie principale « Évènements » et de la succession des
textes, de statuts très différents, produits par le parti ou autour du parti, a
suscité chez le premier lecteur que je fus deux types de réactions. D’abord
celle, plutôt critique, de l’ancien responsable de politiques culturelles, étonné
du caractère tardif d’un premier engagement, seulement à partir de mai 68.
Un peu dérangé aussi par la succession ou la superposition des prises de
9 position, avec des avancées et des reculs conceptuels, sans déboucher sur
une ligne politique dont la solidité théorique aurait assuré une plus grande
continuité et un plus fort engagement du PSU sur ce terrain de lutte.
En revanche, l’ancien militant PSU a retrouvé les tensions permanentes
du parti entre préparation d’une prochaine gestion de la transition socialiste
et perspective révolutionnaire, et apprécié, y compris avec ses limites,
l’effort militant de construction progressive d’une plate-forme qui soit
théoriquement suffisamment cohérente et opérationnelle aussi bien pour la
gestion municipale que pour des luttes plus minoritaires.
Même si cet objectif n’a pas été pleinement atteint, il est important de
pouvoir suivre comment un parti, issu en grande part de la condamnation de
la guerre d’Algérie mais héritier aussi de multiples courants de la gauche et
de l’extrême gauche, radicalement anticapitalistes et socialistes, s’engage par
des tâtonnements militants dans un domaine qui lui est au départ
foncièrement étranger, tâtonnements que Gillet retrace avec sympathie mais
aussi avec le recul critique. De cet ensemble de textes, de récits, émerge pour
moi l’image d’un parti toujours passionné, et parfois passionnément divisé,
très ouvert et réactif, souvent, sinon toujours, dans l’expérimentation et
donc, une difficulté à construire durablement sur ces expériences.

L’aventure culturelle du PSU
Le PSU nouvellement né ignore presque le champ culturel, tout juste
mentionné, dans les termes les plus conventionnels (« donner à tous les
citoyens les moyens de se cultiver »), dans la Charte pour l’unification
socialiste de 1960. Même chose dans le « contreplan » de 1964, dans une
perspective proche de la civilisation du loisir de Joffre Dumazedier. Le
silence, ou presque, malgré une première marque d’intérêt pour l’éducation
populaire et l’animation socioculturelle dans la plateforme pour les élections
législatives de 1967.
Les enjeux de la guerre d’Algérie, ceux ensuite de la définition d’une
stratégie socialiste d’alternative économique et politique au gaullisme,
avaient fait considérer le domaine comme parfaitement secondaire.
On pourrait penser le PSU plus à l’aise sur le terrain de l’éducation
populaire, mais ce n’est pas tout à fait le cas, car il se borne encore en 1967 à
demander plus de moyens pour les associations et les centres d’animation
culturelle et un statut de l’animateur et il ne prendra là aussi le sujet
pleinement en charge que dans les années 70.
Mai 68 oblige évidemment le parti à plonger dans le bain culturel
révolutionnaire issu de la Sorbonne mais irriguant de plus en plus l’ensemble
du mouvement en cours. Fin mai 68, l’appel du PSU « exigeant une politique
culturelle de caractère socialiste par la transformation des MJC en centres de
débats et la prise en charge des autres secteurs de la crise culturelle par les
écrivains et artistes qui ont pris position contre la culture bourgeoise »
10 apparaît comme une tentative encore bien partielle, ou naïve, pour afficher
des mots d’ordre propres au secteur culturel.
Le PSU va donc se trouver encore assez démuni aux lendemains de mai
68 pour inclure le champ culturel au sens large dans une stratégie de lutte
pour conquérir le pouvoir dans une perspective de construction d’une société
socialiste démocratique, autogestionnaire.
Le vrai débat va s’engager en fait un peu plus tard, pas au Congrès de
Dijon (1969) et ses 17 Thèses, effort pourtant exceptionnel pour proposer
une stratégie crédible, alliant luttes de terrain et programme de construction
d’une société socialiste démocratique décentralisée, mais négligeant les
enjeux culturels d’une telle stratégie. Le corpus des 17 thèses adoptées au
Congrès évoque seulement l’objectif « d’organisation d’un système
d’éducation et de culture donnant à chacun le moyen de comprendre le
monde dans lequel il vit et éventuellement de le remettre en question ».
A partir de 1970, la mise en place d’une Commission culturelle active,
dont l’inspiration idéologique sera fortement influencée par les analyses
d’origine marxiste et, notamment, l’apport d’Althusser sur les appareils
idéologiques d’État, ou, plus concrètement, par la philosophie de la
déclaration de Villeurbanne des directeurs des Centres Dramatiques et
Maisons de la Culture, va conduire le parti à développer ses analyses et ses
actions sur la base d’une dénonciation d’une culture de classe, une culture
bourgeoise de plus en plus dominée par la marchandisation et la recherche
du profit, mais qui conserve sa fonction de contrôle idéologique.
Cela va donner naissance pendant une dizaine d’années à un perpétuel
mouvement, dont Jean Claude Gillet nous narre l’entrecroisement entre
débats théoriques, textes officiels du parti, articles de Tribune socialiste ou
de la revue théorique, Critique socialiste, et actions sur le front des luttes.
Les actions au début sont très diverses, et même assez désordonnées,
entre le soutien personnel de Michel Rocard au Cirque Baptiste de Jean
Baptiste Thierrée, celui au film Camarades de Marin Karmitz ou la
distribution de tracts dénonçant le retournement idéologique de Jean
Dubuffet face aux institutions d’État… Plus solidement, le Congrès de Lille
(1971) marque l’engagement du PSU dans la lutte pour la défense des
langues et cultures régionales, qui sera une constante de son action.
Au cours des années 70, la thématique de l’autogestion, puis, surtout
après 1974, la mise en avant croissante de l’importance prioritaire des luttes
culturelles, de leur jonction nécessaire avec les luttes sociales, les mots
d’ordre de contrôle des travailleurs, vont détourner le PSU de la critique de
la politique culturelle d’État, de toute manière en déclin sinon en crise, pour
privilégier les actions et interventions concrètes.
Jean Claude Gillet rend bien compte de cette période de débats assez
désordonnés mais passionnants, d’où émergent quelques idées force, la
dénonciation de l’idéologie de l’autonomie de l’art et de la culture, la
critique de la position du PCF sur la démocratisation culturelle, la
11 valorisation culturelle de l’action collective et des initiatives sociales. Cela
débouche, nécessairement et heureusement sur l’idée, l’utopie, de révolution
culturelle, et concrètement sur des initiatives du parti ayant valeur
d’expérience et de référence d’une culture démocratique… et
révolutionnaire.
Parmi les initiatives importantes, le Festival du film politique à Cannes,
de 1973 à 1976, avec des programmations stimulantes aussi bien
politiquement que cinématographiquement, mais aussi une présentation
plutôt « jdanovienne » de l’enjeu : « … le cinéma est un instrument
idéologique incomparable si la classe ouvrière sait obliger les réalisateurs à
produire des œuvres qui servent sa cause… ».
Une initiative vraiment exemplaire sera, entre 1973 et 1980, la Fête du
PSU, à la fois festive et riche de belles interventions artistiques, notamment
des grands chanteurs et chanteuses, à la fois engagés et poétiquement forts.
Bel exemple de cette ambition d’allier, et de valoriser, l’émergence d’actions
culturelles de terrain souvent liées aux luttes sociales et la reconnaissance du
travail de création des artistes, dont les œuvres sont marquées par cet
engagement critique ou utopique.
Le PSU va certes à l’essentiel en mettant en avant les enjeux culturels des
luttes et pratiques sociales mais le soubassement théorique reste, à mon avis,
encore assez grossier et insuffisamment dialectique, y compris dans
l’opposition permanente à la stratégie culturelle du PCF et l’ignorance du
statut particulier de la création artistique et des enjeux propres de l’action
culturelle.
Il y a donc forcément un décalage entre les positions radicales du parti et
ce qui fut la réalité des politiques culturelles des municipalités auxquelles le
PSU participait (Amiens, Evry, Grenoble, Louviers, Lutterbach, Saint
Brieuc…) dont Gillet rend compte dans le chapitre « Lieux ». Les politiques
locales étaient encore faibles jusqu’aux environs de 1975, et aux victoires
municipales du parti socialiste qui ont marqué l’émergence de politiques
culturelles plus actives et plus démocratiques. Grenoble où la gauche prend
le pouvoir en 1965 et où les élus PSU, dont Gilman pour le secteur culturel,
joueront un rôle moteur fait évidemment figure d’exception. Gillet montre
bien comment une municipalité peut orienter, parfois lentement ou
difficilement, l’action des grandes institutions culturelles (Maison de la
Culture, Musée) et l’articuler avec celle des équipements socioculturels de
quartier. Tout n’a pas abouti, mais il y a eu entre 1968 et 1980, une belle
expérience culturelle, réformiste évidemment, cherchant à nourrir
réciproquement les actions artistiques et les actions sociales ou sociétales.
Il y a évidemment un décalage encore plus grand entre les débats
théoriques du PSU et la politique culturelle de l’État, qui n’est jamais
vraiment analysée, car globalement rejetée comme appareil idéologique
d’État.
12 Ceci n’est pas très grave en soi, dans la mesure où, pour le PSU, l’enjeu
était d’abord dans la conduite des luttes. Mais cela manifeste aussi
l’insuffisance d’une vraie réflexion dialectique, qui analyse les
contradictions à l’œuvre dans la sphère culturelle et artistique et dans les
politiques publiques de la culture. On peut reprendre ici le propos de Pierre
Gaudibert : « Que ce soit les idéologies libérales de la démocratisation et du
partage culturels, ou celles qui se voudraient radicales de la dénonciation de
la culture en tant qu’idéologie bourgeoise, elles se rejoignent
symétriquement dans le refus de tracer des clivages, des délimitations à
l’intérieur du champ culturel. Il faut au contraire multiplier les
différenciations, même si elles sont fort variables quant à leur degré de
pertinence » (Action culturelle, intégration et/ou subversion – Casterman –
1972).

Edgar Morin et la crise culturelle
Cela me donne l’occasion d’esquisser une discussion sur les rapports
entre art et culture, qui n’a pas été menée vraiment par le PSU. Ainsi le mot
art n’est-il évoqué que tardivement et subrepticement, comme si la question
de la création artistique, qui ne peut être résumée à un rapport de classes,
n’entrait pas dans la réflexion politique sur la culture.
Pour rédiger cette préface, j’ai repris la lecture de L’esprit du temps
d’Edgar Morin (publié pour la première édition en 1962) et particulièrement
de l’appendice La crise culturelle, écrit en 1969 et publié en 1976.
Si la première édition, centrée sur l’analyse critique de la culture de
masse, a peut-être pu inspirer les réflexions du parti après mai 68, on peut
regretter que les analyses ultérieures, centrées sur la crise culturelle et une
analyse plus fine des contradictions, aient apparemment été négligées par les
animateurs de la commission culturelle, alors même qu’elles étaient tout à
fait « récupérables » par la problématique générale du PSU.
Plutôt que résumer les grandes lignes de l’analyse d’Edgar Morin, je
préfère en donner quelques citations : « L’irruption des forces existentielles
met en question l’humanisme, fondement des humanités, fondement des
fondements. Sade, le revolver surréaliste, Artaud mènent l’assaut en même
temps que les révolutionnaires. C’est une étonnante conjonction entre la
haine de la culture, dans le sens où celle-ci est l’inversion de la vie, et
l’amour de la culture dans le sens où celle-ci est non seulement
quintessenciation et concentration de la vie, mais où elle semble détenir la
force de changer la vie, ne serait-ce que dans l’imaginaire…
… Du point de vue de la politique culturelle, on risquerait de déboucher
sur deux erreurs contradictoires : ou bien la culture cultivée est identifiée à
sa fonction bourgeoise et doit être rejetée en même temps que la société
bourgeoise. Ce qui est erroné, car nous l’avons vu la culture est double dans
son unité ; en même temps qu’elle accomplit la culture bourgeoise, elle la
désintègre. Ou bien la culture cultivée est un souverain bien que la
13 bourgeoisie a indûment accaparé et qu’il s’agit de restituer au peuple tout
entier, et dans ce sens l’erreur est non seulement d’unidimensionnaliser la
culture, mais de ne pas la mettre en question » (L’esprit du temps – Livre de
poche – 1991).
Certes Edgar Morin écrit ceci encore sous le choc de la révolution
culturelle de mai 1968 « moment d’extase dans le processus de
criserécupération de la culture », mais son analyse des rapports entre « culture
cultivée » et « culture de masse », des perpétuels mouvements entre
innovation et création artistiques, récupération conformiste, intégration
partielle dans la culture de masse, nouvelles ruptures, reste profondément
stimulante.
L’obsession de dénoncer la culture cultivée comme étant la culture de la
bourgeoisie, donc un privilège pour elle, mais aussi une arme de
mystification du peuple pour tout à la fois lui faire désirer un paradis
inatteignable et le détourner des valeurs culturelles qu’il pourrait porter et
revendiquer, a masqué la multiplicité des enjeux et conduit à cette ignorance
de l’importance et de l’autonomie relative de la création artistique.
Ce n’est pas parce que le patrimoine et la création artistiques sont
« accaparés » par la bourgeoisie et une part des classes moyennes qu’ils
perdent leur potentiel de rupture avec l’ordre social et culturel, d’ouverture à
des joies, à des imaginaires, à des intuitions, des analyses qui sont souvent
des critiques de la société bourgeoise.
La revendication de la participation de tous à la culture cultivée
n’empêche nullement de reconnaître l’évidence de la multiplicité des
cultures, liées à la compréhension en profondeur de la nature, de la société,
de l’homme, sans passer par la connaissance des patrimoines artistiques et
scientifiques et de leurs codes de lecture, et de saluer la capacité de création
culturelle des relations et de l’action sociales.
Le terme de démocratisation de la culture est donc globalement
tendancieux, en ce sens qu’il pense et donne à penser une part seulement de
la culture, la « culture cultivée », comme étant le tout des cultures d’une
société ou du monde. Cette formulation, qui se présente comme
simplificatrice, voire mobilisatrice, est philosophiquement et politiquement
dangereuse.
Tout d’abord, elle ignore et finalement méprise l’ensemble des autres
formes de la richesse culturelle d’une société et projette ce mépris sur tous
ceux qui peuvent participer, à des degrés de conscience et de créativité
variables, de cette culture plus sociétale, populaire, dont une part subsiste
malgré le laminage dont elle a été victime et la marginalisation des sociétés
rurales ou ouvrières, mais surtout se renouvelle constamment par de
multiples initiatives « de terrain ».
Ensuite, elle participe, inconsciemment peut-être - mais c’est d’autant
plus dramatique- d’un ethnocentrisme qui assimile la culture cultivée à la
production artistique de l’Occident, alors même que les ouvertures vers les
14 cultures du reste du monde se font progressivement plus nombreuses, à
travers la musique et un peu le cinéma et que leur multiplication est une des
conditions de la vitalité de nos cultures.
Il ne faut évidemment pas en rejeter pour autant l’objectif de proposer à
tous la rencontre, individuelle ou collective, avec les multiples formes de la
création artistique, avec la poésie, à la fois source d’émotion et de joie,
stimulation de nos propres imaginaires, de nos capacités de jugement, et
finalement aliment de la contestation de l’aliénation économique et sociale.

À propos de démocratie et de développement culturels
La nécessité politique, démocratique, de l’éducation artistique en
profondeur, dans la continuité du cursus scolaire, et en dehors de lui,
implique à terme un bouleversement des priorités du système éducatif et du
fonctionnement de l’ensemble du système culturel. On en est loin mais cette
utopie est fondamentale pour avancer.
L’action culturelle, entendue à la fois comme une invitation à toucher au
plus près le processus de création artistique, par la rencontre avec les
œuvres, le dialogue avec les artistes, la participation à des actes artistiques,
et comme le dialogue entre les pratiques culturelles, les inventions et luttes
sociales de la population et le processus de formulation et de création
artistiques, est un autre moteur pour faire avancer la démocratie culturelle.
L’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, le doublement du budget du
ministère de la Culture, la multiplicité des initiatives lancées par Jack Lang
et ses équipes ont marqué des avancées incontestables dans le sens d’une vie
culturelle plurielle, plus démocratique. Jean Claude Gillet ne mentionne pas
de textes définissant les attentes ou critiques du PSU à l’égard de cette
nouvelle politique, ou suggérant les possibilités de jonction entre les
politiques mettant en avant l’apport d’une création artistique, plus libre et
mieux soutenue, et des actions culturelles et socioculturelles issues des
mouvements associatifs.
Il faut dire que la frontière posée dans les années 70 par les créateurs et
les directeurs des établissements d’action culturelle entre leur domaine
directement lié à la création et celui de l’éducation populaire et de
l’animation dite socioculturelle n’a pas été levée en 1981, ni les années
ultérieures, et qu’elle a même été clairement réaffirmée et renforcée par Jack
Lang, alors que sa politique allait pourtant potentiellement dans cette
direction.
La Direction du Développement Culturel (D.D.C.), que j’animais à
l’époque, par les orientations données au réseau des établissements d’action
culturelle, les programmes d’intervention culturelle ciblés sur des territoires,
des publics militait pour un décloisonnement entre les différentes formes
d’action culturelle et, notamment une présence croissante des équipes
artistiques sur les différents terrains de la vie et des luttes sociales et
15 culturelles (entreprises, milieu rural, banlieues, cultures et langues
régionales…).
Le développement parallèle à l’action de l’État, des politiques culturelles
des collectivités territoriales, communes mais aussi régions et départements,
offrait lui aussi de nouvelles possibilités de substituer progressivement une
problématique concrète de démocratie culturelle à celle de la
démocratisation institutionnalisée.
Allaient dans le même sens les inflexions données par Maurice Fleuret à
la politique de la musique et de la danse, la reconnaissance des musiques
improvisées ou l’extension et la transformation de l’intérieur des réseaux de
lecture publique engagées par Jean Gattegno.
Sauf heureuses exceptions, cette jonction entre l’éducation populaire et le
réseau artistique et culturel ne s’est pourtant pas faite et la problématique du
développement culturel dont je m’étais fait le propagandiste (voir les textes
de la DDC, que cite généreusement Jean Claude Gillet dans les pages me
concernant du chapitre Acteurs) a un peu tourné court.
Ce qui était sans doute difficilement évitable compte tenu de la
diminution progressive de l’enthousiasme et de la mobilisation du « peuple
de gauche », qui était une des conditions de la réussite de cette tentative de
mobilisation culturelle de la société.
Pour une critique plus en profondeur de ce projet de développement
culturel, je reviendrai encore à Edgar Morin qui la formule sur plusieurs
plans : « Si ce développement vise à étendre quantitativement le secteur
d’influence de la culture cultivée, cela rétrécit singulièrement et la politique
et le développement culturels… C’est que le développement de la culture est
lié à celui du surgissement, de l’épanouissement, de l’activité ou de
l’étouffement des enzymes, et qu’il ne suffit pas de développer une
infrastructure institutionnelle… Et l’on débouche à nouveau sur l’équivoque
du mot culture, avec de plus la nécessité de concevoir ce que pourrait bien
signifier le terme de développement culturel, d’examiner s’il a quelque
signification en dehors d’un développement multidimensionnel de l’être
humain, c’est-à-dire du problème le plus général de toute philosophie et de
toute politique. » (« La crise culturelle » – 1969 - in op. cit. L’esprit du
temps, 1983).
On est bien loin aujourd’hui de cette perspective et même si Morin
conteste que l’augmentation des moyens financiers soit une condition du
développement de la culture, force est de constater que leur régression
durable handicape sérieusement l’activité des théâtres, des compagnies, des
bibliothèques et sans doute affecte encore plus directement les actions
consacrées aux initiatives de dialogue et de travail avec la population.
Peut-être, peut-on pourtant espérer que cette situation conduise à
réinventer des formes de création, d’action culturelle qui se fixent le plus
directement et le plus profondément sur l’essentiel, le sens des choses et des
16 œuvres et le dialogue actif avec des citoyens, qui eux aussi répondent à la
crise de la société par de nouvelles initiatives.
Je terminerai donc cette introduction un peu comme Gillet termine sa
conclusion, par l’évocation d’une manifestation culturelle locale, un festival
de cinéma à Apt, consacré depuis 12 ans à la présentation des films (environ
30 chaque année) de réalisateurs africains, avec l’ambition évidente de
contribuer à leur diffusion, difficile en France, et d’offrir aux spectateurs la
vision des Africains sur l’Afrique et le monde. C’est bien, mais banal, dans
son principe au moins. Plus intéressant est que ce Festival se décentralise
dans les quartiers, multiplie les rencontres entre les cinéastes et le public,
particulièrement avec les élèves des écoles, collèges et du lycée, expérimente
la création par des jeunes de films avec des réalisateurs, provoque chaque
année des initiatives avec d’autres partenaires, écritures de textes, art dans la
rue, marathon vidéo…Tout cela se fait avec beaucoup de bénévoles et une
seule salariée permanente.
Rien d’extraordinaire encore, mais c’est ce « pas extraordinaire » qui est
important car des centaines, peut-être même des milliers, de projets d’action
culturelle de ce type, certains en rapport direct avec la création
contemporaine la plus pointue, d’autres plus ancrés sur des pratiques sociales
et culturelles propres, irriguent notre société et créent autant d’espaces de
respiration, de rencontres, d’innovation, de création.
On n’est finalement pas si loin du PSU et des témoignages recueillis par
Gillet sur les expériences locales comme sur les parcours personnels.





Dominique Wallon
Directeur à partir de 1982 (jusqu’en 1986) de la Direction
du développement culturel au Ministère de la Culture. Puis
directeur du CNC (Centre national du cinéma et de l’image
animée) jusqu’en 1995. Revient enfin au ministère de la
Culture de 1997 à 2000, Catherine Trautmann étant
ministre. Il a été président de l’UNEF et fut membre du
PSU pendant une dizaine d’années.

17





Introduction



Après avoir codirigé un ouvrage sur l’histoire générale des ESU (Étudiants
1socialistes unifiés) , puis avoir conduit, avec Michel Mousel, une approche
transversale sur plus de 10 ans autour des conceptions du lien possible à
2construire entre parti et mouvement social , après avoir réalisé un ouvrage
3évoquant l’histoire politique de la fédération PSU de Corse en 2013 et de la
4fédération catalane du PSU en 2014, j’avais annoncé dès l’introduction de
ce dernier ouvrage que je ne m’attellerai pas à répéter cette démarche pour
les autres départements français. Désormais c’est aux anciens
responsables locaux de restituer cette mémoire.
J’ai donc décidé de changer de cap, d’approfondir la connaissance du
5PSU et de choisir une seconde thématique transversale, celle de l’éducation
populaire, de la culture et du socioculturel pour comprendre comment le
PSU s’y est inscrit, avec quelle pensée et quelles pratiques, au travers de
quelles évolutions et de quelles contradictions. Un des avantages de ce choix

1 Au cœur des luttes des années soixante. Les étudiants du PSU. Une utopie porteuse d'avenir ?,
coordonné par Jean-Claude Gillet et Roger Barralis, éditions Publisud, 2010.
2 Parti et mouvement social. Le chantier ouvert par le PSU, coordonné et dirigé par Jean-Claude
Gillet & Michel Mousel, Paris, L'Harmattan, 2011.
3 Le combat nationalitaire de la fédération corse du Parti Socialiste Unifié, 1960-1990. Éditions
Alain Piazzola, en collaboration avec les Amis de Tribune socialiste et l’Institut Tribune
socialiste, Ajaccio, 2013.
4 Le Parti socialiste unifié. Une étoile filante dans l’univers politique de la Catalogne du Nord
(1960-1990), Éd. Trabucaire en collaboration avec les ATS et l’ITS, Perpignan, 2014.
5 Dont Marc Heurgon, rappelant les propos de Gilles Martinet dans l’introduction de son
ouvrage Histoire du PSU. (1. La fondation et la guerre d’Algérie (1958-1962), Coll. Textes à
l’appui/série histoire contemporaine, éditions La Découverte, 1994), écrivait que « l’expérience
du PSU, souvent présentée de façon caricaturale et incomplète » méritait d’être étudiée avec plus
de rigueur historique.
19 est qu’il entre aussi en écho avec mes propres recherches et publications
universitaires, ainsi qu’avec les formations dont j’ai été soit responsable, soit
acteur, dans le champ du travail social et de l’éducation populaire, de
l’action culturelle et de l’animation sociale et socioculturelle dans le secteur
sous tutelle du ministère des Affaires sociales, puis à l’université, au total
pendant près de trente ans : cette implication distanciée peut faciliter la
compréhension du champ et des enjeux qui le traversaient dans les années de
vie du PSU.
Pour le présent ouvrage, j’ai utilisé bien sûr mes propres archives, j’ai pu recueillir beaucoup
d’informations auprès d’anciens militants de ce secteur soit actifs au sein du PSU, soit
responsables bénévoles ou professionnels dans des instances associatives, administratives ou
d’action culturelle locale et, bien sûr, j’ai consulté celles de l’Institut Tribune socialiste
(journaux, brochures, documents divers)6, celles de Marc Mangenot (ancien membre de la
commission culturelle), de Marc Heurgon, ancien membre du Bureau national, ancien secrétaire
à l’organisation7 et pour finir celles des Archives Nationales à Pierrefitte-sur-Seine.
Comment ne pas citer l’aide apportée par Virginie Grégoire, secrétaire de
documentation aux archives nationales, qui a facilité mes recherches8 et
Marie-Christine Ricour qui a consulté pour moi les archives du PSU au
Centre d’histoire du travail de Nantes9, ainsi que Jacques Sauvageot toujours
prêt à me réserver les documents qu’il découvre dans son travail régulier du
centre de documentation de l’ITS, ainsi que Roger Barralis et Gérard Pringot
qui ont répondu à mes sollicitations documentaires, sans oublier Mathieu
Renversade dont l’aide fut précieuse pour l’image de couverture. Par ailleurs
un mot de remerciement chaleureux aux photographes professionnels qui ont
bien voulu me donner libre de droits une de leurs photos : Pierre Collombert,
Yvon Provost, Daniel Brachetti. Je veux souligner aussi la présence
chaleureuse de mon épouse Ghislaine, tout au long de ce travail qui, dans les
années qui se succèdent, voit son calendrier parfois bousculé par mon
activité d’écriture et de recherche.
Je me retrouve donc avec une quantité d’archives appréciable (photos, articles de presse, tracts,
affiches, motions, textes divers, courriers, documents d’information et de propagande du PSU au
niveau national ou local) dont je ne peux rendre compte de façon intégrale pour un ouvrage qui
doit rester facilement accessible.

L’éducation populaire
Quel est l’objet de ce travail de recherche ? Il y est question des rapports
du PSU avec l’éducation populaire, la culture et le socioculturel. Mais

6 Je suis membre du CA et du conseil scientifique de ce fonds de dotation.
7 J’ai été engagé par ailleurs, outre des pratiques politiques et syndicales, dans un conseil de
maison d’une MJC très agitée à Paris vers le milieu des années 60, puis comme animateur
bénévole dans une maison de quartier de Perpignan au début des années 70, un des créateurs de
la Confédération syndicale du cadre de vie (CSCV) à la Rochelle dans les années 74 à 80, et, à
Bordeaux dans les années 90 et 2000, militant dans une association agréée éducation populaire
par jeunesse et sports, à savoir Espaces Marx Aquitaine Bordeaux Gironde.
8 J’ai consulté les dossiers ou microfilms cotes 581 (AP 42, AP 45, AP 47, AP 54, AP 55, AP
111, AP 114, AP 121, AP 128, AP 147).
9 Archives PSU consultées : 8 bis, 46, 104, 136, 138 ter.
20 qu’est-ce que l’éducation populaire ? Déjà Le Larousse nous plonge dans
l’expectative : « Qui est relatif au peuple, en tant que milieu social :
Quartiers populaires. Qui est propre au peuple, en usage dans le peuple :
Bon sens populaire. Qui émane du peuple : Gouvernement populaire. Qui
s'adresse au peuple, au public le plus nombreux, qui est conforme aux goûts
de la population la moins cultivée : Bals populaires. Qui a la faveur de la
population, du plus grand nombre : Un professeur très populaire dans sa
classe ». Aucune trace de l’éducation populaire non plus dans la définition
du mot éducation, toujours dans Le Larousse : « Conduite de la formation de
l'enfant ou de l'adulte. Formation de quelqu'un dans tel ou tel domaine
d'activité ; ensemble des connaissances intellectuelles, culturelles, morales
acquises dans ce domaine par quelqu'un, par un groupe. Mise en œuvre de
moyens propres à développer méthodiquement une faculté, un organe :
Éducation du goût. Connaissance et pratique des bonnes manières, des
usages de la société ; savoir-vivre : Manquer d'éducation. Faire l'éducation
de quelqu'un ». On trouve ici ou là « vindicte populaire, démocratie
populaire, initiative populaire ».
10À propos des origines de l’éducation populaire, Geneviève Poujol
explique bien que c’est Benigno Caceres qui, le premier, a situé l’histoire de
l’éducation populaire « entre le rapport Condorcet… et la notion actuelle
11d’éducation permanente » .
Concernant ses objectifs, Jean Laurain, qui fut dans les années 70
secrétaire National des MJC, donne quelques orientations : « L’éducation
populaire n’a de sens et d’efficacité que si elle est une auto-éducation du
peuple par le peuple » et plus loin : « "Politiser" les problèmes est donc la
première tâche de l’éducation populaire ». La vie associative, cet
apprentissage de la vie en commun, en serait l’expression
organisationnelle : l’éducation populaire, « éducation des citoyens » est « l’organisation
12démocratique et pédagogique de la vie associative » .
Jacques Bertin, poète, chanteur, journaliste et ancien sympathisant du
PSU, écrit dans l’éditorial d’un hors série de Politis paru en février-mars
132000 : « … le mécanisme de l’éducation populaire est simple :
l’autoéducation, la formation des gens par l’enthousiasme même, l’émergence de
la citoyenneté sur le terrain. Tout cela basé sur un principe : la confiance
dans le peuple ». Et il ajoute dans un billet page 7 : « C’est l’éducation qui
n’est pas cadrée dans les structures traditionnelles de la famille, de l’école ou

10 Membre du PSU et rédactrice en chef de la revue Les cahiers de l'animation, la première
épouse de Michel Rocard, membre du PS n’a pas écrit de texte sur l’animation dans les
publications du PSU, évitant ainsi le mélange des genres entre militante et chercheuse.
11 Benigno Caceres, Le guide de l’éducation populaire, La Découverte, 1986.
12 Jean Laurain, L’éducation populaire ou la vraie révolution. L’expérience des MJC, Éditions
de Correspondance Municipale. ADELS, Paris, 1977.
13 « Éducation populaire, le retour de l’utopie », n°29.
21 14de l’université. C’est l’éducation au sein du "temps de loisir" , oui, mais par
la pratique volontaire de la vie de groupe, la confrontation, le partage. C’est
aussi l’éducation de chacun par chacun : l’éducation qui ne vient pas d’en
haut, des classes dominantes, mais qui cherche à refonder la culture
populaire en accordant une égale dignité à toutes les classes de la société.
C’est aussi celle qui ne se limite pas à la "haute culture", ni même aux
œuvres d’art, mais qui cherche la culture au sens large : sciences, techniques,
sports, connaissance des arts, expression artistique ». C’est enfin
l’apprentissage de la citoyenneté « qui n’est seulement la politisation (l’art
de réfléchir sur la politique institutionnelle) mais une pratique active : art de
parler en public, de savoir écouter, de gérer un groupe, de s’intégrer à la
société ». Les rapports difficiles de la culture et de l’éducation populaire
traverseront aussi l’histoire du PSU à l’image de la fracture institutionnelle
qui intervint en 1958, soit deux ans avant la création du parti. André Malraux
ne voulut prendre dans le Ministère de la Culture ni les amateurs ni
l’éducation populaire qui restèrent à la Jeunesse et aux sports : « De ce
moment date la fracture entre le milieu culturel supposé de "haut niveau", et
le "socio-cul ringard", fracture qui culmina… sous Jack Lang. Avec tout ce
que cela entraîne de mépris stupide et de bêtise distinguée » (op. cité,
15p.13) . L’historien Philippe Poirrier décrit la position d’André Malraux pour
lequel « l’accès à la culture passe par la présence directe, véritable révélation
16et communion, de l’œuvre d’art et du public » . On comprend dès lors les
déceptions des mouvements d’éducation populaire et des animateurs
socioculturels avec elle : ils voient un Ministère se fermer à leurs visées
pédagogiques et éducatives dans la pratique culturelle et artistique. Ils ne
leur reste plus que les secteurs de l’Éducation nationale ou de la Jeunesse
pour tenter de devenir des interlocuteurs reconnus. L’histoire montrera que
le seul à dialoguer avec eux sera celui de la Jeunesse… et des sports
(rassemblés en 2014 avec celui des Droits des femmes et de la Ville).

14 Un réel débat existe en sociologie sur l’utilisation ou non du terme loisir ou celui de temps
libre selon que l’on souhaite travailler la question des activités ou celle des temps sociaux : nous
proposons au lecteur de se référer aux écrits de Joffre Dumazedier, de Roger Sue et de
MarieFrançoise Lanfant pour s’approprier les enjeux théoriques et pratiques de ces champs. Le
premier considère que le loisir a quatre caractères : « libératoire », « désintéressé »,
« hédonistique », « personnel » (Sociologie empirique du loisir, Éd. du Seuil, 1974). Le débat est
identique chez nos amis hispaniques et hispano-américains entre tiempo libre, ocio et
recreación.
15 La situation aurait-elle changée depuis 15 ans ? C’est l’interrogation que se posait Politis en
l’an 2000 : « Éducation populaire et culture : une nouvelle alliance ? ». C’est aussi sur ce
thème que travaille Françoise Liot, maître de conférences en sociologie à l’université de
Bordeaux dans un texte intitulé : « Comment (re)penser la relation du public à l’œuvre d’art
? » Cf. L’animation dans tous ses états (ou presque), Jean-Claude Gillet (sous la dir. de), coll.
Animation et territoires, L’Harmattan, 2005.
16 ème Philippe Poirrier, l’État et la culture en France au XX siècle, coll. Livre de poche, Librairie
générale française, 2000.
22 Aujourd’hui, dans la tourmente libérale et dans une période
d’institutionnalisation des fédérations d’éducation populaire, l’expression
serait-elle tombée en désuétude, voire taboue ? Sur le site de l’Institut
national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP), aucune
définition n’est proposée : au hasard de la navigation on peut trouver
seulement un commentaire de Françoise Tétard, historienne, ingénieure au
èmeCNRS-Centre d’histoire sociale du XX siècle : « L’éducation populaire
est un terme valise dont on peut montrer, par les textes, les multiples usages
au fil du temps ».
Frank Lepage, comédien, ancien permanent de la fédération Française des
Maisons de jeunes et de la culture, écrit pour sa part : « On ne parle plus
d’Éducation populaire, ce n’est culturellement pas correct, c’est presque un
gros mot. On préfère parler d’Éducation permanente, c’est plus châtié mais
aussi plus flou… Derrière le concept d’Éducation populaire il y a le "gros
mot" peuple. Et derrière le peuple il y a ceux qui n’en sont pas, les
capitalistes, dont on voudrait nous faire croire qu’ils ont, comme le peuple,
disparu » (extrait de la présentation du spectacle L'Éducation populaire,
Monsieur, ils n'en ont pas voulu, 2007).
Marie-George Buffet, Ministre de la Jeunesse et des Sports, initie les
« Rencontres pour l'avenir de l'éducation populaire » qui se tiennent à la
Sorbonne, les 5-6 novembre 1998. À l'issue des Rencontres, elle lance une
offre publique de réflexion sur l'Éducation Populaire. Quelques jours plus
tard elle formulera un souhait : « Il faut que ceux qui se réclament de
l’éducation populaire reconnaissent ceux qui en font sans s’en réclamer »,
confortée par cette phrase de René Mabit, son directeur de cabinet : « Il y a
des gens qui font de l’éducation populaire sans le savoir, d’autres qui ont
l’étiquette et qui n’en font plus » (Propos rapportés dans Le Monde des
17dimanche et lundi 9 novembre 1998) . Il y aurait donc conflit entre les
fédérations instituées et les associations non fédérées instituantes (mais ces
dernières ne seront-elles pas menacées à leur tour par une nouvelle forme
d’institutionnalisation ?).
En allant chercher dans une référence associative plus institutionnelle, le
CNAJEP (Comité pour les relations nationales et internationales des
associations de jeunesse et d’éducation populaire regroupant plusieurs
dizaines de fédérations d’éducation populaire) propose sur son site à la page
d’accueil quelques orientations générales : « Par leurs pratiques et leurs
actions au plus près des populations et des territoires, ces associations
portent un projet d’épanouissement individuel et de progrès social pour

17 Un autre point de vue critique, celui de Joffre Dumazedier s’exclamant dans un colloque
universitaire : « Je suis horrifié de constater que les pionniers des années quarante répètent,
inconsciemment, leur passé », in Les métamorphoses du travail et la nouvelle société du temps
libre. Autour de Joffre Dumazedier, Anne-Marie Green (sous la dir. de), coll. Logiques sociales,
L’Harmattan, 2000. Il dénonce ainsi une certaine incapacité des acteurs historiques du champ de
l’éducation populaire à renouveler leur pensée.
23 tous… Agir par l’éducation populaire, c’est développer un projet politique
qui, refusant tout fatalisme, permet d’accompagner les aspirations et les
attentes des citoyens ». Dans la motion d’orientation 2012-2017, il est
question par deux fois de la « transformation de la société ».
Pour résumer, l’éducation populaire serait un processus d’action et de
réflexion, de type participatif et critique, permettant de développer la
capacité d’analyse et de créativité, en vue d’une transformation profonde la
société, avec comme objectif fondamental la protection et le développement
des intérêts des secteurs populaires.

La culture
Pour ce qui concerne le mot culture, les profondeurs du travail de
18définition sont insondables ! Et pourtant il faut cependant continuer à
définir, c’est-à-dire en quelque sorte finir, bref circonscrire le sens.
On peut dégager un premier sens artistique correspondant au champ des
Arts et des Lettres et parler par exemple de culture académique, donc comme
un lieu d’enseignement (Academos à Athènes était le jardin où Platon
ème enseignant la philosophie) ; puis au XVI siècle on désigna en Italie sous ce
terme des sociétés littéraires, puis des écoles de peinture. D’où le dérivé
"académique", qualificatif pour parler de quelque chose de conventionnel,
froid, dépassé, le substantif "académisme" signifiant alors un certain
conservatisme.
Un second sens de type humaniste affirme la valeur de la personne
humaine visant à son développement autour du concept philosophique
d’essence de l’être humain, d’une idée de l’homme quasi éternelle, appelée
"âme" chez Cicéron, "Raison" chez les Encyclopédistes, l’homme "cultivé"
dans la période moderne et contemporaine évoquant l’image d’un certain
raffinement intellectuel.
Une troisième perspective découlant de la précédente rapproche les
ème termes de culture et de civilisation, car être cultivé, au XVI siècle, c’est
ème être civilisé, pour désigner au XVIII l’ensemble des caractères d’une
ème société, les façons d’être et d’agir, et au XX , avec Claude Levy-Strauss,
une certaine adéquation réaffirmée entre culture et civilisation lorsqu’il parle
des « cultures primitives ».
Nous entrons alors dans une vision plutôt anthropologique désignant par
le terme de culture, des modalités de l’expérience humaine, des modes de
vie, de pensée et d’action, des pratiques sociales et culturelles. Aux
ÉtatsèmeUnis, cette approche sera systématisée au XX siècle (notamment avec
Bronislaw Malinovski) le concept englobant les connaissances, croyances,
arts, morale, lois, coutumes, capacités, habitudes, valeurs, idéologies, etc. La

18 En 1952, deux chercheurs américains, Alfred Louis Kroeber (anthropologue à Berkeley) et
Clyde Kluckhohn (anthropologue à Harvard), dénombraient déjà plus de 150 définitions
différentes.
24 sociologie des organisations en est arrivée aussi à parler de « culture
19d’entreprise » ou plutôt de « cultures d’entreprise » voire de culture
d’atelier, désignant ainsi les comportements relationnels qui y sont adoptés,
20liés aux effets du travail dans chacune de ces entités . Dans d’autres champs
d’activités seront utilisées les acceptions de « culture ouvrière » (dont la
21conscience de classe serait le moteur) ou de « culture populaire »
(confrontée à la culture savante), de « culture de masse » (opposée pour sa
part à la culture élitiste et issue d’une diffusion de marchandises –les biens
culturels- plus ou moins démocratisés dans un réseau qu’on appelle mass
media, sans oublier l’industrie des loisirs : en France l’exemple souvent cité
est celui lié à la création du Livre de poche hier et au phénomène de
mondialisation aujourd’hui) ou de « cultures urbaines » (désignant des
pratiques sportives, artistiques, relationnelles liées aux espaces urbains), etc.
Il existe aussi une approche sociale et civique, voire politique de la
culture autour de la notion d’accès à la citoyenneté ou bien pour désigner
une phase de rupture dans l’histoire d’un pays (comme la grande révolution
culturelle prolétarienne chinoise).
Enfin on ne peut oublier la psychanalyse qui définit la culture (en pensant
à Malaise de la civilisation de Freud) comme un élément favorisant pour
l’homme la maîtrise de la nature et d’un destin lui offrant pour cela des
moyens de se défendre contre les dangers, les menaces, les barbaries.
En résumé, on peut dire que « Toute société est culture » comme
l’explique l’anthropologue Edward Twitchell Hall, autour de trois fonctions
essentielles : identitaire, intégratrice et critique.
Cette synthèse introductive incite à examiner de plus près la
compréhension de la notion de culture. Le Gaffiot nous parle déjà de la
culture de l’esprit (chez Cicéron), de « l’état de civilisation, de l’état de
culture, du genre de vie » (chez César), puis plus tard des arts et de la
littérature (avec Aulu-Gelle) : on peut faire le rapprochement entre cette
pensée classique et la philosophie de la culture énoncée par Anna Arendt
22dans La crise de la culture : l’esprit cultivé, ce qu’elle désigne par les
termes de « cultura animi » empruntés à Cicéron. Voici la définition qu’elle
propose : « En toute occasion, nous devons nous souvenir de ce que, pour les
Romains, le premier peuple à prendre la culture au sérieux comme nous, une
personne cultivée devrait être : quelqu’un qui sait choisir ses compagnons
parmi les hommes, les choses, les pensées, dans le présent comme dans le

19 Définie par le médecin psychanalyste anglais Elliott Jaques comme un « mode de pensée et
d’action » dans Intervention et changement dans l’entreprise, Dunod, 1972.
20 Notre ancien camarade Renaud Sainsaulieu, sociologue, participa largement de cette réflexion
notamment avec son ouvrage Les relations du travail à l’usine, Éditions d’organisation, 1972.
21 On doit mentionner ici La culture du pauvre. Étude sur le style de vie des classes populaires
en Angleterre, titre de l’ouvrage de Richard Hoggart, ethnologue et fondateur des cultural
studies (courant des études culturelles anglo-saxonnes).
22 Gallimard, 1989.
25 passé ». On comprend alors que la civilisation marchande du « produit
culturel » lui soit étrangère, de même que l’art réservé à une élite ou que
cette culture de masse pour tous, dont les loisirs sont l’expression favorite
pour remplir les grands vides d’une existence ou occuper le temps qui passe,
par exemple dans la consommation « qui se nourrit des objets culturels du
monde ». Et elle ajoute que culture et politique sont deux modes
d’appropriation du monde qui se rapprochent, car, dans les deux cas, « ... ce
n’est pas le savoir ou la vérité qui est en jeu, mais plutôt le jugement et la
décision, l’échange judicieux d’opinions portant sur la sphère de la vie
publique et le monde commun, et la décision sur la sorte d’action à
entreprendre, ainsi que la façon de voir le monde à l’avenir, et les choses qui
doivent y apparaître ». Voilà ce qu’elle désigne, en lui donnant du sens, ce
que l’on appelle communément le « vivre ensemble ».
De façon différente, les définitions proposées dans Le Robert,
23Dictionnaire historique de la langue française font surtout référence à l’ère
contemporaine avec les disciplines de l’anthropologie, de la sociologie, de
l’ethnologie, de la psychologie, de l’histoire, de la géographie, de
l’économie, des sciences de la communication notamment, donc les sciences
humaines et sociales qui ont traité cette thématique concernant le langage,
les idées, les comportements ou l’organisation de la société, avec de
multiples angles théoriques et des controverses ô combien diverses. À
l’occasion nous ne manquerons pas de les utiliser dans notre travail (par
exemple l’ethnologie qui nous explique que la culture comprend « cet
ensemble plus ou moins cohérent d’idées, de mécanismes, d’institutions et
d’objets qui orientent –explicitement ou implicitement- la conduite des
24membres d’un groupe donné » ), pour cerner notre champ d’étude, lié bien
25sûr à l’univers de la sociologie, du politique ou de la politique .
Le Dictionnaire de la sociologie, issu de l’Encyclopædia Universalis
(Albin Michel, 1998), propose à la rubrique "culture" un champ connoté par
26de nombreuses références . Il résume la polysémie des sens possibles du

23 ème « Développement des facultés intellectuelles » au XVI siècle, « civilisation envisagée dans
èmeses caractères individuels » au XVII siècle, puis en 1923 « ensemble des formes acquises de
comportement dans les sociétés humaines » (Marcel Mauss).
24 Michel Leiris, Cinq études d’ethnologie, Éd. Denoël/Gonthier, 1977.
25 On peut trouver une distinction raisonnée de cette différence dans l’article de Jean-Claude
Gillet, « Animation et politique : quelle communauté ? », L’animation socioculturelle, quels
rapports au politique ? (sous la dir. de Jean-Luc Richelle, Stéphanie Rubi et Jean-Marc
Ziegelmeyer), Carrières sociales éditions, coll. Des paroles et des actes, Bordeaux, 2013.
26 Il faut signaler l’importance de l’ouvrage Introduction à la sociologie générale de Guy Rocher
(coll. Points, Poche, 1970 et 1972), qui, dans ses 3 tomes, propose au mot culture un champ
sémantique composé de nombreuses rubriques. ²Sa définition personnelle est proposée page 111
du tome 1 : « … ensemble lié de manières de penser, de sentir et d’agir plus ou moins
formalisées qui, étant apprises et partagées par une pluralité de personnes, servent, d’une
manière à la fois objective et symbolique, à constituer ces personnes en une collectivité
particulière et distincte ». Ajoutons qu’il remarque à juste titre que ni Marx, ni Durkheim n’ont
26 mot culture en sociologie : le premier, restreint, se réfère à la « description
de l’organisation symbolique d’un groupe, de la transmission de cette
organisation et de l’ensemble des valeurs étayant la représentation que le
groupe se fait de lui-même, de ses rapports avec les autres groupes et de ses
rapports avec l’univers naturel ». La deuxième, plus large, « utilise le terme
de culture aussi bien pour décrire les coutumes, les croyances, la langue, les
idées, les goûts esthétiques et la connaissance technique de l’organisation de
l’environnement total de l’homme, c’est-à-dire la culture matérielle, les
outils, l’habitat et plus généralement tout l’ensemble technologique
transmissible régulant les rapports et les comportements d’un groupe social
27avec l’environnement » .
Le PSU va naviguer allègrement entre ces trois acceptions, sans
forcément l’indiquer de façon explicite, ainsi que parmi toutes celles à venir.
Dans le champ des sciences politiques et de l’histoire récente, on a souvent
parlé (et encore récemment par la fondation Jean-Jaurès en février 2014,
« Histoire, influences, héritages » de la "deuxième gauche" comme une
culture alternative à celle de la "première gauche". Ainsi en juin 1977, au
congrès de Nantes, Michel Rocard affirmait l'autonomie de la deuxième
gauche au sein du PS pour opposer deux cultures qui traverseraient
aujourd'hui la gauche française : « la Deuxième gauche, décentralisatrice,
régionaliste, héritière de la tradition autogestionnaire, qui prend en compte
les démarches participatives des citoyens, en opposition à une Première
28gauche, jacobine, centralisatrice et étatique » .
En réalité, on pourrait retrouver des origines plus anciennes à ce clivage
(à travers l’histoire de la Commune par exemple), mais il a été réactualisé
notamment par Philippe Warnier dans un article paru le 3 mai 1978 dans
Libération, auquel a répondu un article de Michel Mousel le 12 mai 1978,
dans le même quotidien avec le titre " Le débat à l’intérieur de la gauche. La
troisième culture » : selon son auteur «… la thèse des deux cultures est…
confortable et permet, imperturbablement, de persévérer dans l’erreur !

utilisé le mot culture. Le premier utilise le terme « idéologie » et le second ceux de « social » et
« socialisation ».
27 La culture populaire, la culture ouvrière ont leur place bien évidemment ici : sur la façon de la
part de la classe ouvrière de vivre le travail et la vie collective, l’habitat et les jardins, la famille
et la vie affinitaire, la lecture (voire l’écriture), les vacances, les loisirs en général, sans oublier
les effets de la crise identitaire qu’elle vit aujourd’hui (mutation du regard des autres sur elle et
de son image de soi en tension avec la transformation du rôle économique de la classe
ellemême). On peut se référer aussi en ce domaine à l’ancienne publication de l’ADELS Les cahiers
de l’Atelier, en particulier le n°3 de juin-juillet-août 1979.
Dans le présent ouvrage n’est donc pas pris en compte une troisième approche de la culture
comme un système par un ensemble de règles communes à toutes les sociétés quelles que soient
leurs diversités culturelles : c’est l’approche développée notamment par l’anthropologue Claude
Lévy-Strauss.
28 Plusieurs ouvrages et articles existent à propos de cette deuxième gauche portant sur l’histoire
du PSU, de la CFDT ou du PS. On peut lire aussi l’article de Michel Mousel dans Parti et
mouvement social : il traite de « L’illusion des deux gauches » (p.184).
27

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