BACL-litterature-corrige-2016

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BAC L
PROPOSITION DE CORRIGÉ
Question 1 : L’étude des brouillons de Flaubert permet de connaître la genèse de l’oeuvre et de comprendre les choix de l’auteur. Ainsi la scénario initial de Madame Bovary prévoyait d’entrer dans l’histoire lors de la rencontre de Charles Bovary adulte et de sa future épouse Emma Bertaux.
Publié le : lundi 20 juin 2016
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BaccalauréatGénéralsérie L
Session 2016
Épreuve :Littérature
Durée de l’épreuve: 2 heures
Coefficient : 4
PROPOSITION DE CORRIGÉ
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1
Question 1
(8 points)
Dans le scénario initial deMadame Bovary, Flaubert notait : « Charles Bovary officier de santé 33 ans quand commence le livre ». Il ajoute dans la ŵaƌge : « CoŵŵeŶĐeƌ paƌ l’eŶtƌĠe au Đollğge ». Qu’LJ a-t-il d’iŶtĠƌessaŶt dans le choix finalement retenu ?
L’Ġtude des ďƌouilloŶs de Flaubert permetde ĐoŶŶaîtƌe la geŶğse de l’œuvƌe et de ĐoŵpƌeŶdƌe les Đhoidž de l’auteuƌ. AiŶsi la sĐĠŶaƌio iŶitial deMadame BovarypƌĠvoLJait d’eŶtƌeƌ daŶs l’histoiƌe loƌs de la ƌeŶĐoŶtƌe de Chaƌles Bovary adulte et de sa future épouse Emma Bertaux. Mais uŶe Ŷote eŶ ŵaƌge, «CoŵŵeŶĐeƌ paƌ l’eŶtƌĠe au Đollğge »,ŵaƌƋue le Đhoidž de l’auteuƌ de ƌeveŶiƌ sur ce premier choix. En effet,l’Ġtat fiŶal du ƌoŵaŶ s’ouvƌe suƌ uŶ pƌeŵieƌ Đhapitƌe tƌğs ƌiĐhe daŶs lequel le jeune Charles est présenté sous un jour moqueur et ridiculisé. Ne parvenant pas à se présenter correctement à son professeur ou à ses camarades, il baragouine ce mot : « Charbovari ». Dans la description de la casquette qui suit, on entend le rire de Flaubert, se moquant ouvertement de cet être imparfait. La présentation de ses parents puis de son premier mariage raté avec Mme Dubuc, la première Mme Bovary contribuent, dans le premier chapitre, à dresser le portrait du personnage de Charles Bovary, qui sans disparaître dans la suite du roman, laissera le premier plan à son épouse. Dès le premier chapitre, Flaubert donne le ton de son roman qui sera ironique. Mais ouvƌiƌ le ƌoŵaŶ aveĐ le peƌsoŶŶage de Chaƌles a aussi l’iŶtĠƌġt d’aŶŶoŶĐeƌ la fiŶ de Đe peƌsoŶŶage sincère et naïfauƋuel le ƌoŵaŶĐieƌ ĐoŶsaĐƌe ĠgaleŵeŶt les deƌŶiğƌes pages de soŶ ƌoŵaŶ. JusƋu’au bout, Flaubert ne lache pas le pauvre Charles qui « suffoquait comme un adolescent sous les vagues effluves aŵouƌeudž Ƌui goŶflaieŶt soŶ Đœuƌ ĐhagƌiŶ.». Le fil conducteur duƌoŵaŶ, s’il Ŷ’est pas le peƌsoŶŶage de Chaƌles, paƌ ŵoŵeŶts plus effaĐĠ, ƌeste la violeŶte iƌoŶie d’uŶ auteuƌ Ƌui pƌeŶd le personnage dès la tendre adolescence et le mène, comme un adolescent, à la mort. Le personnage Ŷ’a pas ĐhaŶgĠ ŵalgƌĠ les Ġpƌeuves des chapitres.
Ainsi le choix finalement retenu par Flaubertd’ajouteƌ daŶs le pƌeŵieƌ Đhapitƌe l’eŶfaŶĐe, la jeuŶesse et le premier mariage de Charles Bovary, permet de faire entendre une voix ironique. Cette ironie se feƌa eŶteŶdƌe daŶs l’eŶseŵďle du ƌoŵaŶ à l’eŶĐoŶtƌe de tous les peƌsoŶŶages, au pƌeŵieƌ ƌaŶg desƋuels la pauvƌe Eŵŵa BovaƌLJ feƌa figuƌe d’hĠƌoïŶe.
Question 2
(12 points)
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2
Dans une lettre à Louise Colet en 1852, Flaubert note à propos de son romanMadame Bovary: «peƌsoŶŶalitĠ de l’auteuƌ aďseŶte ». Votƌe ĐoŶŶaissaŶĐe de l’œuvƌe et des doĐuŵeŶts ƌelatifs à sa geŶğse vĠƌifie-t-elle cette affirmation ?
La correspondance de Gustave Flaubert et de Louise Colet apporte de riches informations sur la genèse du roman et offƌe de Ŷoŵďƌeuses ĐlĠs de leĐtuƌe. CepeŶdaŶt, Flauďeƌt s’LJ ĐoŶtƌedit parfois. Il prétend ainsi que la «peƌsoŶŶalitĠ de l’auteuƌ» est absente de son roman, mais il aurait aussi déclaré : «Madaŵe BovaƌLJ, Đ’est ŵoi! ». On peut dès lors se demander si Flaubert met de sa personŶalitĠ daŶs le ƌoŵaŶ et Ƌuelle paƌt de lui tƌaŶspaƌait daŶs l’œuvƌe.Si l’oŶ ƌevieŶt suƌ la dĠfiŶitioŶ Ƌue Flauďeƌt doŶŶe de l’iŵpeƌsoŶŶalitĠ daŶs uŶe œuvƌe d’aƌt, il est possiďle de ƌĠsoudƌe ses contradictions apparentes.
Le prinĐipe de l’iŵpeƌsoŶŶalitĠ daŶs l’aƌt Ƌue Flauďeƌt dĠfeŶd daŶs sa lettƌe à Louis Colet ĐoŶsisteà Ŷe pas se laisseƌ voiƌ daŶs soŶ œuvƌe. La «peƌsoŶŶalitĠ de l’auteuƌ» est donc absente du roman, ou plus précisément, elle doit ne pas se distinguer. Flaubert précise ainsi son principe à Louise Colet : «l’auteuƌ, daŶs soŶ œuvƌe, doit ġtƌe, Đoŵŵe Dieu daŶs l’uŶiveƌs, pƌĠseŶt paƌtout et visiďle Ŷulle part »
Mais le détachement ironique qui apparait partout dans le roman fait pourtant entendre la voix et le rire de son auteur. Dès le premier mot du roman : «Nous ĠtioŶs à l’Ġtude», le lecteur surprend Flauďeƌt à sa taďle d’ĠĐƌituƌe.C’est Ƌu’il LJ aambigüitésuƌ l’ideŶtifiĐatioŶ de Đette pƌeŵiğƌe peƌsoŶŶe du pluƌiel. L’eŵploi aďoŶdaŶt du stLJle iŶdiƌeĐt libre dans le roman ne permet pas de savoir avec certitude qui parle dans les mots du roman.Il est doŶĐ lĠgitiŵe d’LJ eŶteŶdƌe l’auteuƌ.
Cependant, Flaubertl’a dit lui-même : il lutte contre ses propres penchants romantiques quand il se ŵoƋue d’Eŵŵa BovaƌLJ. Paƌ soŶironie, Flaubert détruit tout lyrisme latent, prenant sa revanche contre le romantisme en se moquant avec insistance du personnage qui ne contrôle par ses envolées duĐœuƌ.Caƌ si Eŵŵa est le jouet de ses seŶtiŵeŶts, Flauďeƌt ĐƌaiŶt de l’ġtƌe lui aussi daŶs ses romans. Il y cède plus volontiers dansSalammbôet y retournera avec le poèmeLa tentation de Saint Antoineen 1874, mais il prétend à une neutralité de ses propres sentiments dansMadame Bovary. Dans sa lettre à Melle Leroyer de Chantepie en 1857, il explique : «Madame Bovaryn'a rien de vrai. C'est une histoiretotalement inventée; je n'y ai rien mis ni de mes sentiments ni de mon existence. L'illusion (s'il y en a une) vient au contraire de l'impersonnalitéde l'œuvƌe. C'est un de mes principes, qu'il ne faut pass'écrire.». Puis il ƌevieŶt suƌ le saĐƌosaiŶt pƌiŶĐipe d’iŵpeƌsoŶŶalitĠ le ƌedisaŶt aveĐ des ŵots pƌoĐhes de Đeudž eŵploLJĠs pouƌ s’adƌesseƌ à Louise Colet: « L'artiste doit être dans son œuvƌecomme Dieu dans la création, invisible et tout-puissant ; qu'on le sente partout, mais qu'on ne le voie pas. »
EŶ ĐoŶĐlusioŶ, si l’oŶ seŶt Flauďeƌt paƌtout daŶs soŶ œuvƌe, Đ’est paƌ le stLJle et le toŶ iƌoŶiƋue Ƌu’il Ŷ’a de Đesse d’eŵploLJeƌ. Mais l’auteuƌ ƌeste iŶvisiďle, il Ŷe dĠveƌse pas ses seŶtiments et refuse de s’ĠĐƌiƌe. Si soŶ ƌegaƌd et sa voidž soŶt paƌtout pƌĠseŶts, Đ’est pouƌ doŶŶeƌ à voiƌ et à eŶteŶdƌe uŶe personnalité fictive, celle du personnage Emma Bovary.
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