Corrigé Bac S Philosophie 2014

De
Publié par

1er sujet :
L’artiste est-il maître de son oeuvre ?
2ème sujet :
Vivons-nous pour être heureux ?
3ème sujet :
Expliquer le texte suivant :
On voit clairement pourquoi l’arithmétique et la géométrie sont beaucoup plus
certaines que les autres sciences : c’est que seules elles traitent d’un objet assez pur
et simple pour n’admettre absolument rien que l’expérience ait rendu incertain, et
qu’elles consistent tout entières en une suite de conséquences déduites par
raisonnement. Elles sont donc les plus faciles et les plus claires de toutes, et leur
objet est tel que nous le désirons, puisque, sauf par inattention, il semble impossible
à l’homme d’y commettre des erreurs. Et cependant il ne faut pas s’étonner si
spontanément beaucoup d’esprits s’appliquent plutôt à d’autres études ou à la
philosophie : cela vient, en effet, de ce que chacun se donne plus hardiment la liberté
d’affirmer des choses par divination dans une question obscure que dans une
question évidente, et qu’il est bien plus facile de faire des conjectures sur une
question quelconque que de parvenir à la vérité même sur une question, si facile
qu’elle soit.
De tout cela on doit conclure, non pas, en vérité, qu’il ne faut apprendre que
l’arithmétique et la géométrie, mais seulement que ceux qui cherchent le droit chemin
de la vérité ne doivent s’occuper d’aucun objet, dont ils ne puissent avoir une
certitude égale à celle des démonstrations de l’arithmétique et de la géométrie.
Publié le : mercredi 18 novembre 2015
Lecture(s) : 28 512
Nombre de pages : 4
Voir plus Voir moins
BACCALAURÉAT
Série : S
Épreuve :Philosophie
Session 2014
Durée de l’épreuve:Cliquez ici pour taper du texte.
Coefficient :Cliquez ici pour taper du texte.
PROPOSITION DE CORRIGÉ
1
L’aƌtiste est-il ŵaîtƌe de soŶ œuvƌe?
UŶe telle ƋuestioŶ est iŵpoƌtaŶte Đaƌ oŶ ĐoŶsidğƌe souveŶt Ƌu’uŶ gƌaŶd aƌtiste est uŶ ŵaîtƌe. Est-ce bien le cas ? Un artiste est-il un maître. Le mot « maître» peut s’eŶteŶdƌe eŶplusieurs sens : il y a le ŵaîtƌe d’ĠĐole ou le ŵaîtƌe Ƌui diƌige. Le ŵot ŵaîtƌe vieŶt du latiŶ «qui a égalementmagister » donné le terme « magistrat» ou ŵagistƌal. Il ƌeŶvoie aussi à l’idĠe de ŵaîtƌise ou de ĐoŶtƌôle.
L’aƌtiste ŵaîtƌise-t-il totalementsoŶ œuvƌe? Non pas toujours et plus encore? La possède-t-il loƌsƋu’il a veŶdu Đelle-ci. En effet, la plupart du temps les artistes ne sont plus maîtres de leurs tƌavaudž Đaƌ ils les veŶdeŶt à d’autƌes. CepeŶdaŶt eŶ dƌoit fƌaŶçais depuis l’aƌƌġt Duďuffet(du nom du ĐĠlğďƌe aƌtisteͿ il est ŵalgƌĠ tout ƌeĐoŶŶu à l’aƌtiste Ƌui veŶd soŶ tƌavail, uŶ dƌoit ŵoƌal suƌ Đelui-ci. Celui Ƌui l’aĐhğte Ŷ’a pas tous les dƌoits à Đe sujet. Il Ŷe peut le dĠtĠƌioƌeƌ paƌ edžeŵple. Qu’eŶ seƌait-il en effet si les différents propƌiĠtaiƌes de l’oƌigiŶe du MoŶde de Couƌďet;ĐĠlğďƌe taďleau Ƌui a récemment fait parler de lui) avait décidé de le repeindre ou de rhabiller le modèle que le tableau présente dans sa nudité la plus absolue? Tout le tƌavail de Đet œuvƌe et tout soŶ gĠŶierepose sur Đette foƌŵe à la fois d’iŶdĠĐeŶĐe et de ďeautĠ ĠteƌŶelle à laƋuelle il Ŷous ƌeŶvoie. Le dƌoit Ŷous dit aiŶsi Ƌue, ŵġŵe loƌsƋu’il eŶ peƌd la pƌopƌiĠtĠ phLJsiƋue, l’aƌtiste ĐoŶseƌve eŶĐoƌe uŶ dƌoit de ƌegaƌd sur son travail. Il en est « maître ». Mais pouƌƋuoi et d’où vieŶt Đette ŵaitƌise aiŶsi aĐĐoƌdĠe paƌ le dƌoit fƌaŶçais à l’œuvƌe d’aƌt? Tous les dƌoits Ŷ’oŶt pas la ŵġŵe appƌoĐhe. Cette ĐoŶĐeptioŶ juƌidiƋue s’edžpliƋue peut-être par un certain rapport que la culture occidentale entretient avec la ŵaitƌise paƌ l’aƌtiste de soŶ œuvƌe et Đ’est elle Ƌu’il ĐoŶvieŶt peut-ġtƌe d’iŶteƌƌogeƌ eŶ dĠďutaŶt notre travail.
****
L’aƌt a pƌis eŶ OĐĐideŶt laïĐ, la plaĐe de la ƌeligioŶ. Nous avoŶs dĠsoƌŵais uŶe appƌoĐhe ƌeligieuse de l’aƌt Ƌui edžpliƋue Đe Đulte désormais fait à la culture et aux grands hommes (écrivains ou « génies ») Ƌui oŶt eŶ ƋuelƋue soƌte pƌis la plaĐe des SaiŶts ou des Pƌophğtes d’autƌefois. DaŶs Đette ĐoŶĐeptioŶs sĠĐulaƌisĠe de l’aƌt, l’aƌtiste est doŶĐ Đoŵŵe dĠpossĠdĠ de soŶ œuvƌe. Il Ŷ’eŶest pas le maître. Elle exprime en quelque sorte un au-delà qui le dépasserait.
Cette conception est parfaitement bien exprimée par Hegel dans sesĐouƌs d’EsthĠtiƋue. Pour Hegel, l’aƌt est l’edžpƌessioŶ de l’Espƌit eŶ ŵaƌĐhe eŶ ƋuelƋue soƌte. ChaƋue Đivilisation peut être comprise paƌ soŶ aƌt. Ce Ŷ’est doŶĐ pas paƌ hasaƌd si telle Đultuƌe est plus ŵaƌƋuĠe paƌ l’aƌĐhiteĐtuƌe ou telle autƌe paƌ la peiŶtuƌe ou paƌ la ŵusiƋue. Plus l’Espƌit est pƌĠseŶt eŶ elle et plus elle seƌa, seloŶ lui, portée par un art spiritualisé et spirituel.
L’aƌtiste Ŷ’est doŶĐ ŶulleŵeŶt ŵaîtƌe de soŶ aƌt pouƌ Hegel. L’aƌtiste Ŷe fait Ƌu’edžpƌiŵeƌ uŶ «Esprit » Ƌui le dĠpasseƌait. Qu’est Đe Ƌue Đet Espƌit? UŶe foƌŵe d’aďsolu eŶ ŵaƌĐhe pouƌ Ŷotƌe auteuƌ. Pouƌ le SoĐiologue de l’aƌt, P. FƌaŶĐastel, Đet espƌit seƌait plutôt Đelui d’uŶe ĠpoƋue et tout le tƌavail de Đet auteuƌ a doŶĐ ĐoŶsistĠ à essaLJeƌ de ĐoŵpƌeŶdƌe uŶ tƌavail aƌtistiƋue et à ƌĠdigeƌ uŶe histoiƌe de l’aƌt permettant de comprendre une société.
2
L’aƌtiste Ŷ’est doŶĐ pas ŵaîtƌe d’uŶ aƌt Ƌui le dĠpasse ďieŶ souveŶt et Ƌui edžpƌiŵe Đe Ƌu’il edžpose au vƌai seŶs du teƌŵe. EŶ d’autƌes teƌŵes, l’aƌtiste est le poƌteuƌ d’ĠŵotioŶs Ƌui le suďŵeƌgeŶt et Ƌui vont au-delà de soŶ pƌopƌe ĐoŶtƌôle. Ce Ŷ’est doŶĐ pas paƌ hasaƌd, Ŷous dit FƌaŶĐastel si les peintres hollandais de la Renaissance ont surtout peint des scènes bourgeoises. Ces peintres vivaient à une ĠpoƋue et daŶs uŶe soĐiĠtĠ Ƌui gloƌifiait Đe tLJpe d’edžisteŶĐe.
Pourrait-oŶ diƌe pouƌ autaŶt Ƌue ReŵďƌaŶdt Ŷe doit ƌieŶ à soŶ gĠŶie, Ƌu’il Ŷe peut être appelé « maître » et était-il aiŶsi le seƌviteuƌ de ĐoŶtƌaiŶtes Ƌu’il igŶoƌait? Ces contraintes ne sont-elles d’ailleuƌs Ƌue soĐiales?
****
NulleŵeŶt. EŶ effet, l’aƌtiste est souveŶt Đelui Ƌui se laisse guideƌ paƌ soŶ iŵagiŶaiƌe ou paƌ soŶ iŶtuitioŶ. Il Ŷ’est doŶĐ pas ŵaîtƌe de soŶ œuvƌe au seŶs ou Đette œuvƌe edžpƌiŵe uŶ iŵagiŶaiƌe Ƌui se nourrit lui-ŵġŵe de Đe Ƌu’il a pu vivƌe ou de Đe Ƌu’il a pu ƌesseŶtiƌ.
LoƌsƋue PiĐasso peiŶt GueƌŶiĐa il est suďŵeƌgĠ paƌ la souffƌaŶĐe et Đ’est Đette souffƌaŶĐe Ƌu’il ĐheƌĐhe à dĠpasseƌ eŶ peigŶaŶt Đe tƌavail. Il Ŷe ŵaîtƌise pas soŶ œuvƌe. Il est poƌteuƌ d’uŶ ŵessage qui va au-delà de soŶ ġtƌe et Đ’est eŶ Đela et pouƌ Đette ƌaisoŶ Ƌue soŶ tƌavail se veut uŶiveƌsel.
Fƌeud, edžpƌiŵeƌa Đela daŶs toute soŶ œuvƌeet dans le Malaise dans la culture, il rappellera ŶotaŵŵeŶt eŶ Ƌuoi la pƌoduĐtioŶ aƌtistiƋue est œuvƌe de suďliŵatioŶ. L’aƌt est uŶ laŶgage, uŶ peu Đoŵŵe le ƌġve pouƌ Fƌeud et il edžpƌiŵe uŶ iŶĐoŶsĐieŶt Ƌui edžiste saŶs Ƌue l’aƌtiste Ŷe le ŵaitƌise. Pour Freud Đe Ŷ’est pas l’aƌtiste Ƌui est ŵaitƌe de soŶ œuvƌe ŵais l’œuvƌe Ƌui possğde l’aƌtiste au sens où celle-Đi edžpƌiŵe ďieŶ souveŶt des ĠŵotioŶs Ƌu’il Ŷe paƌvieŶt pas à edžpƌiŵeƌ, Ƌui viveŶt eŶ lui saŶs Ƌu’il puisse ƌĠelleŵeŶt le savoiƌ.
Les psychologues utiliseŶt d’ailleuƌs ďeauĐoup l’aƌt pouƌ ĐoŵpƌeŶdƌe Đet iŶĐoŶsĐieŶt aujouƌd’hui. De nombreux travaux mettent en évidence des techniques qui permettent de décrypter les dessins des ŵalades ou des eŶfaŶts. De plus l’aƌt thĠƌapie est pƌĠseŶtĠ Đoŵŵe uŶ ŵoLJeŶ de soulager ses émotions.
Mais l’aƌt est aussi l’edžpƌessioŶ d’uŶe œuvƌe et uŶe œuvƌe est uŶ tƌavail. Peut-oŶ diƌe Ƌue Đ’est le travail qui possède toujours le travailleur? Etƌe uŶ aƌtiste Ŷ’est Đe pas aussi eŶ uŶ seŶs ġtƌe ŵaitƌe et si Đ’est ġtƌe ŵaitƌe d’œuvƌe en quel sens cela doit-il s’eŶteŶdƌe?
*****
En Droit Français - puisque nous avons débuté avec lui terminons avec luile ŵaitƌe d’œuvƌe, est dans un ouvrage celui qui dirige celle-Đi. LoƌsƋu’uŶ ďâtiŵeŶt est ĐoŶstƌuit paƌ edžeŵple, le ŵaitƌe d’œuvƌe est l’aƌĐhiteĐte Ƌui sait edžaĐteŵeŶt Đe Ƌu’il veut faiƌe et Ƌui ĐoŶçoit l’œuvƌe. Mġŵe s’il est « dominé» d’uŶe ŵaŶiğƌe ou d’uŶe autƌe et dĠpassĠ paƌ diffĠƌeŶts faĐteuƌs Ƌu’il igŶoƌe, l’aƌtiste ŵaîtƌise soŶ œuvƌe au seŶs où il ĐoŶçoit Đelle-ci. Il est le conĐepteuƌ. Il est Đelui Ƌui l’a peŶsĠ. PiĐasso est ďieŶ Đelui Ƌui a ĐoŶçu soŶ taďleau GueƌŶiĐa et Ƌui a voulu Ƌu’il soit Đe Ƌu’il fut. Couƌďet est ďieŶ Đelui Ƌui a voulu ƌepƌĠseŶteƌ l’oƌigiŶe du MoŶde Đoŵŵe il a voulu le ƌepƌĠseŶteƌ.
3
L’aƌtiste est doŶĐ le ŵaîtƌe de l’œuvƌe au seŶs où, tel uŶ Đhef d’oƌĐhestƌe, il est Đelui Ƌui ŵet sa ŵaiŶ à la pâte et fait Ƌu’uŶe ĐeƌtaiŶe Ŷatuƌe pƌeŶŶe la foƌŵe de la Đultuƌe. Il est Đelui paƌ Ƌui la Ŷatuƌe devient culture.
Mais il est suƌtout ŵaitƌe de l’œuvƌe au seŶs Ƌue KaŶt donne à ce terme dans la Critique de la FaĐultĠ de Jugeƌ. Il est uŶ vĠƌitaďle aƌtiste loƌsƋu’il ĐƌĠe et loƌsƋu’il doŶŶe ses ƌğgles à l’aƌt, loƌsƋue Đ’est uŶ gĠŶie.
Qu’est Đe Ƌue le gĠŶie? C’est le vĠƌitaďle aƌtiste. Celui Ƌui ĐƌĠe l’aƌt et Ƌui ŵaitƌise l’œuvƌe. Il ŵaitƌise l’œuvƌe Đaƌ Đe Ŷ’est pas l’œuvƌe Ƌui fidže les ƌğgles du jeu ŵais lui Ƌui doŶŶe ses ƌğgles à l’œuvƌe. L’aƌtiste gĠŶial est doŶĐ le ŵaîtƌe au seŶs ou il est le viƌtuose. Le viƌtuose est Đelui Ƌui a la « virtu » et la virtu est la traductioŶ gƌeĐƋue de l’arétéƋui sigŶifie l’edžĐelleŶĐe. Le vĠƌitaďle aƌtiste est doŶĐ le ŵaitƌe de l’œuvƌe et l’œuvƌe Đ’est l’edžĐelleŶĐe. Il est doŶĐ Đelui Ƌui ŵaitƌise soŶ œuvƌe Đaƌ il lui fait diƌe Đe Ƌu’il veut ŵais il est aussi Đelui Ƌui ŵaitƌise soŶ aƌt.
EŶ ĐoŶĐlusioŶ, paƌ ĐeƌtaiŶs ĐôtĠs, l’aƌtiste est dĠpassĠ paƌ soŶ œuvƌe. SouveŶt Đelle-ci va au-delà de lui-ŵġŵe et elle edžpƌiŵe plus Ƌu’il Ŷe le peŶsait. Elle est le pƌoduit de soŶ iŵagiŶaiƌe et Đet imaginaire trouve ses sources dans des zones qui vont au-delà de Đe Ƌui peut ġtƌe vu. L’aƌtiste est paƌfois le jouet de ƋuelƋue Đhose d’autƌe Ƌui le dĠpasse. CepeŶdaŶt, il est suƌtout lui-même un oƌfğvƌe et uŶ viƌtuose et eŶ Đe seŶs Đ’est uŶ ŵaitƌe Đaƌ il ŵaîtƌise soŶ aƌt. Il le doŵiŶe. Il est Đe paƌ quoi il expƌiŵe Đe Ƌu’il dĠsiƌe, Đe paƌ Ƌuoi il Ŷe se laisse jaŵais dĠďoƌdeƌ et Đe paƌ Ƌuoi il ŵoŶtƌe à tout uŶ ĐhaĐuŶ Ƌu’il est toujouƌs Đapaďle de se dĠpasseƌ, de deveŶiƌ lui-ŵġŵe le ŵaitƌe d’œuvƌe de sa propre existence.
L’aƌtiste est doŶĐ, paƌ Đe ďiais là, uŶ peu Ŷotƌe ŵaîtƌe, Đ’est-à-dire celui qui nous apprend et qui apprend en apprenant.
4
Les commentaires (1)
Écrire un nouveau message

17/1000 caractères maximum.

clekossa

pour téléchargement

mardi 12 avril 2016 - 19:20

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

VOLTAIRE 1694-1778

de Encyclopaedia-Universalis

Vivre avec philosophie

de editions-eyrolles