Corrigé Bac STMG Philosophie 2014

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Les échanges sont-ils toujours intéressés ?
Ce sujet demandait une réflexion sur la nature de l’échange et sur les liens que celui-ci entretient
avec le don désintéressé ainsi qu’avec l’intérêt. En effet il demande ce qu’est la raison d’être des
échanges et pourquoi nous échangeons.
Les échanges sont présents dans nos vies et à de nombreux niveaux : la famille, l’économie, l’amitié,
etc. Il faut donc traiter l’ensemble de ces échanges pour voir ce qu’ils peuvent avoir en commun ou
au contraire ce qui peut les distinguer les uns des autres.
Ce sujet pose problème notamment parce qu’il porte sur un « toujours », il interroge donc sur une
forme d’éternel de l’échange qu’il s’agirait de découvrir voire de mettre en évidence si cela est
envisageable.
Pour répondre, plusieurs pistes sont possibles et aucun auteur n’est requis en particulier. Cependant,
l’épreuve est également une épreuve de culture générale philosophique qui suppose mobilisation de
quelques textes canoniques qui ont, en principe, été étudiés en classe.
Nombre de pages : 4
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BACCALAURÉAT TECHNOLOGIQUE
Série : TEHCNOÉpreuve :Philosophie
Session 2014
Durée de l’épreuve: 4h
PROPOSITION DE CORRIGÉ
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Les échanges sont-ils toujours intéressés ?
Ce sujet deŵaŶdait uŶe ƌĠfledžioŶ suƌ la Ŷatuƌe de l͛ĠĐhaŶge et suƌ les lieŶs Ƌue Đelui-ci entretient avec le don désintéresséaiŶsi Ƌu͛aǀeĐ l͛iŶtĠƌġt. En effetil deŵaŶde Đe Ƌu͛est la ƌaisoŶ d͛ġtƌe des échanges et pourquoi nous échangeons.
Les échanges sont présents dans nos vies et à de nombreux niveaux: la faŵille, l͛ĠĐoŶoŵie, l͛aŵitiĠ, etĐ. Il faut doŶĐ tƌaiteƌ l͛eŶseŵďle de Đes ĠĐhaŶges pouƌ ǀoiƌ Đe Ƌu͛ils peuvent avoir en commun ou au contraire ce qui peut les distinguer les uns des autres.
Ce sujet pose pƌoďlğŵe ŶotaŵŵeŶt paƌĐe Ƌu͛il poƌte suƌ uŶ «il interroge donc sur unetoujours », foƌŵe d͛ĠteƌŶel de l͛ĠĐhaŶge Ƌu͛il s͛agiƌait de dĠĐouǀƌiƌ ǀoiƌe de ŵettƌe en évidence si cela est envisageable.
Pouƌ ƌĠpoŶdƌe, plusieuƌs pistes soŶt possiďles et auĐuŶ auteuƌ Ŷ͛est ƌeƋuis eŶ paƌtiĐulieƌ. CepeŶdaŶt, l͛Ġpƌeuǀe est ĠgaleŵeŶt uŶe Ġpƌeuǀe de Đultuƌe gĠŶĠƌale philosophiƋue Ƌui suppose ŵoďilisatioŶ de quelques textes canoniques qui ont, en principe, été étudiés en classe.
Dans une première partie, il était peut-ġtƌe possiďle de faiƌe uŶe distiŶĐtioŶ eŶtƌe l͛ĠĐhaŶge et le doŶ. EĐhaŶgeƌ Đ͛est à la fois doŶŶeƌ et ƌeĐeǀoiƌ de ŵaŶiğƌe dĠdouďlĠe: doŶŶeƌ à l͛autƌe et ƌeĐeǀoir de lui un autre don qui suppose lui-ŵġŵe ƌĠĐeptioŶ de sa paƌt. EŶ d͛autƌes teƌŵes loƌsƋue j͛ĠĐhaŶge uŶ oďjet ĐoŶtƌe de l͛aƌgeŶt, je doŶŶe l͛oďjet et je ƌeçois l͛aƌgeŶt et l͛autƌe, ŵe doŶŶe de l͛aƌgeŶt et il ƌeçoit l͛oďjet.
Le doŶ Ŷ͛est Ƌu͛uŶ doŶ et uŶeƌĠĐeptioŶ. Il Ŷ͛LJ a pas le dĠdouďleŵeŶt Ƌui peut edžisteƌ daŶs l͛ĠĐhaŶge. EŶ d͛autƌes teƌŵes et paƌ edžeŵple pouƌ Đelui Ƌui paƌ edžeŵple (Đela aƌƌiǀe eŶĐoƌe!!!°) fait uŶ Đadeau à uŶ aŵi paƌ edžeŵple. Il doŶŶe le Đadeau et l͛aŵi se ĐoŶteŶte de le ƌeĐeǀoiƌ. Ilne donne ƌieŶ eŶ ĠĐhaŶge ŵais le doŶ suppose ďieŶ uŶ aĐĐueil siŶoŶ Đe Ŷ͛est pas uŶ doŶ Đ͛est de l͛iŶdiffĠƌeŶĐe en quelque sorte.
Don et échange font partie de la sphère des relations sociales. Le monde social repose sur ces actes. Certains soutiennent quel͛ĠĐhaŶge est au Đœuƌ de toute soĐiĠtĠ et Ƌu͛uŶe soĐiĠtĠ Ŷe peut ǀiǀƌe s͛il Ŷ͛LJ a pas d͛ĠĐhaŶge. EŶ effet toute soĐiĠtĠ est oƌgaŶisĠ suƌ le pƌiŶĐipe de la diǀisioŶ du tƌaǀail.
Cette question de la division du travail a beaucoup été étudiée en philosophie. De Platon à Durkheim eŶ passaŶt paƌ J S Mill et les ĠĐoŶoŵistes aiŶsi Ƌu͛Aƌistote. Il Ŷe s͛agissait pas de ĐoŶŶaitƌe tous Đes auteurs mais au moins peut-être de connaître un texte relatif à cette question si possible.
Par exemple, dans la République, Socrate ƌappelle Ƌu͛uŶe soĐiĠtĠ est Đoŵŵe uŶe âŵe d͛iŶdiǀidus. Elle est composée de trois classes : chaque classe a une qualité particulière et il donne aux autres qui lui rendent en échange. La classe des « militaires », celle des commerçants et celle des penseurs. Les uns et les autres ont besoin chacun de la compétence des autres pour faire en sorte de vivre justement.
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La justiĐe, daŶs Đette aĐĐeptioŶ pouƌ PlatoŶ Đ͛est d͛ailleuƌs loƌsƋue ĐhaĐuŶ fouƌŶit uŶ tƌaǀail d͛edžĐelleŶĐe et Ƌu͛il est ƌĠŵuŶĠƌĠ eŶ ĐoŶsĠƋuence pour le travail fourni. La société repose donc sur l͛ĠĐhaŶge pouƌ PlatoŶ ŵais Đet ĠĐhaŶge plus Ƌu͛iŶtĠƌessĠ doit ġtƌe juste et pƌopoƌtioŶŶel. EŶ d͛autƌes teƌŵes, il doit ƌĠĐoŵpeŶseƌ le tƌaǀail fouƌŶi paƌ ĐhaĐuŶ eŶ teŶaŶt Đoŵpte de tous les facteurs et de tous les investissements.
PlatoŶ soutieŶt ĐepeŶdaŶt Ƌue les philosophes doiǀeŶt gouǀeƌŶeƌ la ĐitĠ ŵais tout le ŵoŶde Ŷ͛est pas de son avis sur la question. Le « terme « intéressé » peut avoir plusieurs sens et dans le mauvais sens du terme il signifie « cupide ». Une société qui repose sur des échanges cupides et où tout le ŵoŶde Ŷe peŶse Ƌu͛à soi Ŷe peut foŶĐtioŶŶeƌ pouƌ PlatoŶ. Il faut Ƌue ĐhaĐuŶ peŶse à la fois à soi et aux autres pour que la dite société puisse exister sereinement et éviter toute guerre civile.
Les penseurs anciens comme Platon craignaient en effet par-dessus tout la guerre civile et pour eux, la gueƌƌe Điǀile suƌgissait ĐhaƋue fois Ƌu͛uŶ ĐlaŶ doŵiŶait iŶjusteŵeŶt suƌ uŶ autƌe et seule les gouvernements justes et sages étaient en mesuƌe d͛Ġǀiteƌ Ƌue les ĠĐhaŶges fiŶisseŶt paƌ ġtƌe tƌop « intéressés» Đ͛est-à-dire favorisent toujours les mêmes et appauvrissent toujours ceux qui sont déjà bien faibles.
Pouƌ PlatoŶ, il Ŷ͛LJ a pas d͛ĠĐhaŶge dĠsiŶtĠƌessĠ au seŶs où ġtƌe iŶtĠƌessĠ, Đ͛est Đette fois au sens le plus Ŷoďle du teƌŵe, aǀoiƌ uŶ iŶtĠƌġt pouƌ uŶe Đhose. Au ĐoŶtƌaiƌe pouƌ lui , il Ŷ͛LJ a Ƌue Đeudž Ƌui soŶt iŶtĠƌessĠs paƌ Đe Ƌu͛ils foŶt Ƌui peuǀeŶt ƌĠussiƌ et Đeudž Ƌui foŶt Đe Ƌu͛il faut pouƌ Đela. De plus pouƌ lui, même le philosophe poursuit un intérêt qui est de rechercher la vérité.
Alors existe-t-il des personnes qui soutiennent que les échanges ne sont pas toujours intéressés ou alors en quel sens donnent-ils ce mot « intéressé » ?
DaŶs Đe deudžiğŵe ŵoŵeŶt il s͛agit aiŶsi de se deŵaŶdeƌ si l ͚ĠĐhaŶge dĠsiŶtĠƌessĠ et ƌĠelleŵeŶt tel edžiste ou si dğs Ƌu͛il LJ a aďseŶĐe d͛iŶtĠƌġt il LJ a doŶ.
Il est possible en premier lieu de rappeler peut-être que M Mauss dans son Essai sur le don par edžeŵple ƌappelle Ƌu͛il edžistait Đhez les AŵĠƌiŶdieŶs Đe Ƌue l͛oŶ appelle le PotlatĐh Ƌui Ġtait uŶe foƌŵe d͛ĠĐhaŶge dĠguisĠ eŶ doŶ. Les peƌsoŶŶes foŶt uŶ doŶ, ils Ŷ͛atteŶdeŶt ƌieŶ eŶ ĠĐhaŶge. Cependant ensuite il faut rendre ce qui a été donné.
Ce type de relations sont fréquents dans nos sociétés. Nous recevons et faisons souvent beaucoup de dons en attendant toujours une récompense. Même le don est toujours intéressé. Alors pourquoi Ŷ͛eŶ seƌait-il pas aiŶsi de l͛ĠĐhaŶge?
Il est possible cependant que certaines personnes soient qualifiées de désintéressées dans leurs échanges mais ce terme doit alors être pris dans un sens que nous pourrions qualifier de « faible ». EŶ Đe seŶs, Đela sigŶifie Ƌu͛elles agisseŶt gĠŶĠƌeuseŵeŶt et Ƌu͛elles Ŷe foŶt pas ŶĠĐessaiƌeŵeŶt Đe Ƌu͛elles foŶt daŶs uŶ souĐi de gaiŶ iŵŵĠdiatǀoiƌe pouƌ aďuseƌ de l͛autƌe. Ces peƌsoŶŶes soŶt Đelles Ƌui peŶseŶt aǀaŶt tout à l͛edžĐelleŶĐe du tƌaǀail ďieŶ fait.
EŶ ƌeǀaŶĐhe, il LJ a des peƌsoŶŶes Ƌui foŶt des ĠĐhaŶges Ƌu͛ils pƌĠteŶdeŶt dĠsiŶtĠƌessĠs ŵais Ƌui eŶ réalité ne le sont guère. On peut penser par exemple à Tartuffe chez Molière. Ce personnage fait
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seŵďlaŶt de ǀouloiƌ le ďoŶheuƌ des autƌes. Il se pƌĠteŶd dĠsiŶtĠƌessĠ aloƌs Ƌu͛il Ŷe peŶse Ƌu͛à lui. Ceux qui sont « désintéressés » au sens qui nous convient ici sont donc ceux qui ne sont pas vénaux. Tous les ĠĐhaŶges Ŷe soŶt pas ǀĠŶaudž ŵais ils soŶt tous fait aǀeĐ la ƌeĐheƌĐhe d͛uŶ ĐeƌtaiŶ iŶtĠƌġt au moins vis-à-ǀis de l͛autƌe. D͛ailleuƌs Ƌue seƌait uŶ ĠĐhaŶge Ƌui seƌait saŶs Ġgaƌd et saŶs iŶtĠƌġt pouƌ autrui ? Pourrait-oŶ ŵġŵe paƌleƌ d͛ĠĐhaŶge àson sujet ?
Aloƌs il s͛agit iĐi de se deŵaŶdeƌ Đe Ƌu͛est l͛ĠĐhaŶge ǀĠƌitaďleŵeŶt edžĐelleŶt, Đelui Ƌui est le plus digŶe d͛ġtƌe ƋualifiĠ de tel. C͛est à Đette ƋuestioŶ Ƌu͛il s͛agit de ƌĠpoŶdƌe daŶs uŶ deƌŶieƌ ŵoŵeŶt.
Dans ce troisième moment il est peut-ġtƌe possiďle d͛iŶtĠgƌeƌ la diŵeŶsioŶ de justesse et de justiĐe. L͛ĠĐhaŶge pƌopƌeŵeŶt dit est Đelui Ƌui Ġlğǀe les hoŵŵes et leuƌ peƌŵet de ǀiǀƌe daŶs la justiĐe. C͛est Đelui Ƌui appoƌte à ĐhaĐuŶ Đe Ƌui lui ƌeǀieŶt. Mais comment le trouver? J ‘aǁls s͛iŶteƌƌoge précisément sur cette question dans sa Théorie de la justice. Pouƌ lui auĐuŶ ĠĐhaŶge Ŷ͛est juste s͛il igŶoƌe l͛ĠgalitĠ des ĐhaŶĐes et la liďeƌtĠ de ĐhaĐuŶ. EŶ d͛autƌes teƌŵes, la liďeƌtĠ des ĐhaŶĐes consiste dans le fait de ne pas tenir compte de la naissance mais seulement du mérite. La liberté ĐoŶsiste daŶs le fait de Ŷe pas pƌeŶdƌe l͛autƌe pouƌ uŶ oďjet ŵais Đoŵŵe uŶe fiŶ eŶ soi, Đoŵŵe uŶ frère humain en quelque sorte ce qui suppose ainsi une certaine solidarité, Đ͛est-à-dire que ceux qui soŶt les plus faǀoƌisĠs s͛oĐĐupeŶt uŶ peu de Đeudž Ƌui le soŶt le ŵoiŶs.
Qu͛est Đe Ƌu͛uŶ dĠfaǀoƌisĠ pouƌ ‘aǁls? Ce Ŷ͛est pas Đelui Ƌui est gâtĠ et Ƌui estiŵe Ƌue tout lui est dû. La personne défavorisée est celle qui a moins de chance, moins de force, moins de pouvoir, moins de bien que les autres. Ce sont les personnes les plus faibles dans notre société.
EŶ ĐoŶsĠƋueŶĐe, l͛ĠĐhaŶge est juste pouƌ ‘aǁls loƌsƋu͛il ƌespeĐte Đes ƌğgles ou Đes pƌiŶĐipes là…A-t-il raison ? De plus comment conjoindre ces différents principes entre eux ?
EŶ ĐoŶĐlusioŶ, le teƌŵe d͛iŶtĠƌġt peut s͛eŶteŶdƌe eŶ diffĠƌeŶts seŶs. Pƌis au seŶs de Đupide, tous les ĠĐhaŶges Ŷe soŶt pas iŶtĠƌessĠs. Il LJ a des ĠĐhaŶges Ƌui soŶt ƌĠĐipƌoƋues et ĠƋuitaďles. D͛autƌes les soŶt ŵoiŶs. UŶ ĠĐhaŶge digŶe de Đe Ŷoŵ est ĐepeŶdaŶt uŶ ĠĐhaŶge juste, Đ͛est-à-dire un échange Ƌui Ġlğǀe ĐhaĐuŶ et ŶoŶ Ƌui le ƌaďaisse, uŶ ĠĐhaŶge Ƌui peƌŵet à l͛autƌe de gƌaŶdiƌ et ŶoŶ Ƌui le ravale en dessous de lui-même.
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