Blaison Barisel, le pire officier du duc de Lorraine

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Le duc Charles III de Lorraine, élevé à la cour de France, en avait ramené l'exemple d'un gouvernement autoritaire. Blaison Barisel, gouverneur de la ville et lieutenant du prévôt, aurait abusé de son autorité, entraîné plusieurs autres à méfaire et même "chié sur les ordonnances ducales". Chargé de mettre fin aux désordres, Nicolas Rémy construisit et enchevêtra plusieurs procès contre celui qui "estoit officier de Monseigneur et qui devoit servir d'exemple aux autres" et qui s'achevèrent par une peine de mort spécifique à la haute trahison.
Publié le : mercredi 15 octobre 2014
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EAN13 : 9782336359205
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Chemins de la Mémoire
e Chemins de la MémoireSérie XVI siècle
Antoine Follain
Un voyageur arrivant à Plombières au début de l’année 1574 aurait
découvert horrifi é les débris exposés à la vue de tous d’un homme coupé
en quartiers. Les habitants lui auraient raconté comment avait fi ni un
certain Blaison Barisel, gouverneur de la ville et lieutenant du prévôt,
lequel avait abusé de l’autorité dont il était dépositaire, entraîné plusieurs
autres à méfaire et même chié sur les ordonnances ducales. En vérité, il
avait mal choisi le lieu et le moment. Le duc Charles III de Lorraine, élevé
à la cour de France, en avait ramené l’exemple d’un mode de gouvernement
autoritaire, propre à transformer les terres de son obéissance en un État Blaison Barisel
moderne. Chargé de mettre fi n aux désordres, Nicolas Remy a construit
Le pire o cier du duc de Lorraineet enchevêtré plusieurs procès criminels contre celui qui estoit offi cier de
Monseigneur et qui devoit servir d’exemple aux autres. Alors qu’il était en
début de carrière, le futur conseiller du Duc (1575) et procureur général de
Lorraine a réalisé une démonstration judiciaire et fait supporter au petit
offi cier un véritable procès de la fonction publique, parachevé par une
peine de mort spécifi que de la haute trahison. Caché depuis plus de quatre
siècles dans des archives où il n’avait pas sa place, le procès fait à Barisel,
sa maîtresse et ses comprisonniers, a été trouvé par le Professeur Follain
et ses étudiants qui en présentent l’étude. Le livre comprend une édition
intégrale de la source qui livre un foisonnant tableau des mœurs, à l’arrière-
plan du procès fait à Blaison Barisel, le pire offi cier du duc de Lorraine.
Docteur de l’Université de Rouen (1993), Maître de Conférences
à Angers (1996-2005), Professeur des universités (2006) et
directeur de l’Institut d’histoire moderne à l’Université de
Strasbourg, Antoine Follain est un spécialiste de l’histoire rurale
e eet de l’histoire de la Justice et de la criminalité aux XVI et XVII
siècles. Il est membre du laboratoire Arts, Civilisation et Histoire
de l’Europe.
Illustration de couverture : composition Antoine Follain, 2014. Page du procès Barisel en 1573 et supplice
du déquartèlement d’après un bois gravé tiré des Actes & dernier supplice de Nicolas le Borgne dict Buz
traistre…, édité à Gand en 1543.
ISBN : 978-2-343-04430-9
30 €
eSérie XVI siècle
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Blaison Barisel
Antoine Follain
Le pire o cier du duc de Lorraine





Blaison Barisel
Le pire officier du duc de Lorraine
Chemins de la Mémoire

Fondée par Alain Forest, cette collection est consacrée à la publication
de travaux de recherche, essentiellement universitaires, dans le domaine
de l’histoire en général.

Relancée en 2011, elle se décline désormais par séries (chronologiques,
thématiques en fonction d’approches disciplinaires spécifiques). Depuis
2013, cette collection centrée sur l’espace européen s’ouvre à d’autres
aires géographiques.


Derniers titres parus :

LARRAN (Francis), Pisistrate à contretemps. Itinéraires anachroniques d’un tyran
athénien, 2014.
MANGOLTE (Pierre-André), La guerre des brevets, d'Edison aux frères Wright,
2014.
ALOUKO (Ange Thierry), La politique étrangère de Willy Brandt, 2014.
CEHRELI (Sila), Les magistrats ouest-allemands font l’histoire : La Zentrale Stelle
de Ludwigsburg, 2014.
FONTAINE (Olivier), Défense et défenseurs de l’île Bourbon, 1665-1810, 2014.
BECIROVIC (Bogdan), L’image du maréchal Tito en France, 1945-1980, 2014.
LE BARS (Loïc), Les professeurs de silence. Maîtres d’études, maîtres répétiteurs et
erépétiteurs au XIX siècle, 2014.
eLAGARDERE (Vincent), Le Commerce fluvial à Mont-de-Marsan du XVII au
eXVIII siècle, Le quartier du port, tome II, 2014.
BOUYER (Mathias), La principauté barroise (1301-1420). L’émergence d’un État
dans l’espace lorrain, 2014.
BOWD (Gavin), La vie culturelle de la France occupée (1914-1918), 2014.


Ces dix derniers titres de la collection sont classés par ordre
chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions,
avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être
consultée sur le site www.harmattan.fr



Antoine Follain









BLAISON BARISEL
Le pire officier du duc de Lorraine















L’Harmattan
Du même auteur :

FOLLAIN, Antoine (dir.), L’Argent des villages. Comptabilités paroissiales
e eet communales, fiscalité locale XIII -XVIII s., PUR & AHSR, 2000, 438 p.
BRIZAY, François, FOLLAIN, Antoine, et SARRAZIN, Véronique (dir.), Les
Justices de village. Administration et justice locales de la fin du Moyen Âge
à la Révolution, Rennes, PUR, 2002, 430 p.
FOLLAIN, Antoine, et LARGUIER, Gilbert (dir.), L’Impôt des campagnes,
fragile fondement de l’État (dit) moderne : la Taille et ses équivalents de la
efin du Moyen Âge au XVII siècle, Paris, Comité pour l’Histoire Économique
et Financière de la France, 2005, 660 p.
FOLLAIN, Antoine (dir.), Les Justices locales dans les villes et les villages
e eXVI -XIX s. Administration et justice locales 2, Rennes, PUR, 2006, 403 p.
CHARBONNIER, Pierre, FOLLAIN, Antoine, et FOURNIER, Patrick (dir.),
e e Les espaces collectifs dans les campagnes, XI -XXI s. Nouvelles approches,
Clermont-Ferrand, PU Blaise-Pascal, 2007, 520 p.
FOLLAIN, Antoine, Le Village sous l’Ancien Régime, Paris, Fayard, 2008,
e609 p. et 2 édition Le Grand Livre du Mois.
e eFOLLAIN, Antoine (dir.), Campagnes en mouvement (XVI -XIX siècle).
Actes du colloque international d’histoire rurale « Autour de Pierre de Saint
Jacob », Dijon, EUD, 2008, 342 p.
FOLLAIN, Antoine, LEMESLE, Bruno, NASSIET, Michel, PIERRE, Éric, et
QUINCY-LEFEBVRE, Pascale (dir.), La violence et le judiciaire. Discours,
perceptions et pratiques, Rennes, PUR, 2008, 500 p.
eFOLLAIN, Antoine (dir.), Une société agronomique au XVIII siècle : les
Thesmophores de Blaison en Anjou, Dijon, EUD, 2010, 280 p.
FOLLAIN, Antoine, et SIMON, Maryse (dir.), Sorcellerie savante et
mentalités populaires, Strasbourg, Association des PUS, 2013, 340 p.
FOLLAIN, Antoine (dir.), Brutes ou braves gens ? La violence et sa
e emesure XVI -XVIII siècle, Strasbourg, Fondation des PUS, à paraître (2014).
eFOLLAIN, Antoine (dir.), Contrôler et punir les agents du Pouvoir XV -
eXVIII siècle, à paraître (2015).

Présentation
« […] dict aussy qu’il y a environ ung an, luy estant maire à
1Plumières […] il remonstra aud[ic]t Barisel comme ce
n’estoit pas bien faict à luy d’appréhender ainsy à toute
heurre ceulx que bon luy sembloit et que ce n’estoit pas
ensuyvre la volunté de monseigneur, ny son ordonnance
dernière qu’il avoit envoyée au lieu de Plumières, par
laquelle il recommandoit toute modestie et desfendoit toutes
insolences HW ’en fin continuant telles façons de faire, il
s’en trouveroit maulvais marchant FH DQWGLV OX\ RQVWUD
lad[ic]te ordonnance de monseigneur, laquelle il avoit pour
lors au poingt UV OR @W>LOHG HOLVDU LF : Chie dessus, je
sçay bien que c’est ! cela n’appartient rien à l’office de mon
m[aist]re ! quoy oy par led[ic]t déposant, en demanda act
par ung tabell[ion] illecques p[rése]nt appellé Jean Huguenot
qui luy respondit qu’il n’en po[u]voit passer act, pource qu’il
2n’y avoit aulcuns tesmoings . »
Extrait de l’information menée par Nicolas Remy à
erPlombières du 28 septembre 1573 au 1 octobre, Archives
départementales de Meurthe-et-Moselle, B 2673, pc.4 f°11v.

Abus de pouvoir, injures aux particuliers et au Duc, impunité par la
protection du prévôt son maître, accointance avec un autre officier du lieu :
tout le système Barisel est dans cet extrait d’une déposition à charge,
recueillie par Nicolas Remy au cours de l’information « faicte sur les crimes,
délictz, maléfices et scandalz commis par led[ic]t Blaison Barisel » en 1573
3à Plombières dans la prévôté d’Arches du bailliage de Vosges .
Ce personnage est un rare exemple d’agent du Pouvoir puni pour un
ensemble de fautes et de crimes et dont le procès a été entièrement conservé.
La question générale a été étudiée dans notre séminaire d’Université
« Habiles ou incapables, vertueux ou indignes ? Les relais et représentants
4du pouvoir » et les résultats publiés dans un autre livre . Or les cas
documentés d’officiers indignes sont rares. Dans le royaume de France, le
esystème politique et judiciaire finit même, au XVIII siècle, par défendre son

1 Aujourd’hui Plombières-les-Bains : Vosges, arr. Épinal, ch.-l. c.
2 La déposition de ce témoin est annotée rien moins que cinq fois par Nicolas Remy : «
Insolences et co[n]cussio[n]s dudit Barisel », « Concussio[n] de Barisel », « Propos de Barisel
au contempt [mépris] des ord[onnances] de Mo[n]seigneur », « Concussion » et encore
« Co[n]cussio[n] de Barisel ».
3 e Arches : Vosges, arr. et c. Épinal. Au XVI siècle la préposition de était associée à ce que
nous avons l’habitude d’appeler aujourd’hui les Vosges. Le mot était souvent aussi écrit au
singulier, Vosge, et introduit par l’article féminin, la Vosge.
4 e e FOLLAIN, Antoine (dir.), Contrôler et punir les agents du Pouvoir XV XVIII siècle, à
paraître.
7
G%WXFHWTPimage en occultant le sort fait aux mauvais agents du Pouvoir, au lieu
e 5d’exposer leur punition comme on le faisait quelquefois au XVI siècle .
Mais au début des temps modernes, le problème est documentaire puisque
même les cas connus ont rarement laissé de quoi les étudier. D’où l’intérêt
d’un dossier conservé en entier et donc l’édition de sources et la présente
étude.
Comme il n’y a pas d’Histoire sans archives, il faut savoir que celles du
duché de Lorraine sont un énorme ensemble de documents qui va de la fin
e 6du XV siècle aux années 1630 . Elles proviennent à la fois des institutions
centrales et de chacune des composantes du duché de Lorraine. La bonne
etenue et conservation des archives relève au XVI siècle de la volonté du
pouvoir central d’imposer ses droits, notamment face à ceux des vastes
7temporels abbatiaux. Ces archives, lorsque l’année est complète,
comprennent pour chaque composante du duché un registre de comptes et un
ensemble de courriers, d’acquits, de quittances, d’états des biens des
mainmortables, etc., qui ont été réunis par le receveur et son
« contrerolleur » (contrôleur) avec l’officier principal (prévôt, châtelain, ou
autre titre) pour attester de la bonne administration des intérêts et des
finances du Duc. Si les procès entiers manquent, des articles de comptes
8laissent toujours une trace . Il arrive même qu’ils disent des choses que

5 D’où les difficultés rencontrées par pour trouver des cas, à une époque où ils sont
systématiquement extraits du milieu local et portés au Parlement, et le plus possible occultés
par cette cour et par la Chancellerie, cf. BRANCOURT, Isabelle, « Du Parquet à la Chancellerie
de France : d’Aguesseau et le contrôle des juges d’après des sources inédites », dans
eContrôler et punir…, ibid. Les exemples trouvés sont étudiés dans la 2 partie du livre
« Officiers larrons fault mettre en roue : études de cas ». Ce titre renvoie au livre des
e« emblèmes » de Guillaume de La Perrière (1536) où le 40 porte « Contre les larrons
constituez en office » et montre la punition qu’on leur souhaite. Dans un tel livre, chaque
figure symbolique est associée à un titre et un texte, les trois éléments étant volontairement
obscurs afin « que les mystères fussent communiquez à ceux qui en estoient capable » et
eincompris du « vulgaire ». Or le 40 emblème est parfaitement explicite et affiche une position
radicale sur les officiers délinquants : la mort !
6 La région bascule ensuite dans les troubles de la guerre de Trente ans et il y a une grande
lacune archivistique, puis une occupation française et une incorporation dans la justice
royale : « En l’année 1633, les Français occupèrent la Lorraine OH ULEXQD O VGH LQV GH
Nancy fut supprimé
plus éclairés [l’auteur pense ici à la sorcellerie, toujours réprimée en Lorraine et
décriminalisée plus tôt dans le royaume] LV LOLHX VGH UUHV W ’occupation
étrangère, d’autres préoccupations absorbèrent les esprits » cf. PFISTER, Christian, « Nicolas
eRemy et la sorcellerie en Lorraine à la fin du XVII siècle (suite et fin) », Revue Historique,
1907, p. 28-44 (p. 43). Les archives disparues vers 1625-1630 réapparaissent dans les années
1650 et en 1661 le duc Charles IV (1604-1675) est rétabli dans ses droits pour une dizaine
d’années. Mais judiciairement tout a déjà changé. La Lorraine ducale est passée à une
organisation inspirée du modèle français.
7 Voir DIEDLER, Jean-Claude, « Fiscalités et société rurale en Lorraine méridionale :
l’exemple de la prévôté de Bruyères de René II à Stanislas (1473-1766) », p. 139-198 dans
FOLLAIN, Antoine, et LARGUIER, Gilbert (dir.), L’impôt des campagnes. Fragile fondement de
e el’Etat dit moderne (XV -XVIII siècle), Paris, CHEFF, 2005, 660 p.
8 Dans cet article par exemple, c’est la dépense en cordes qui a gardé la trace d’un
emprisonnement : « Despence fournie par Demange de Bourdeny sergent de la justice de
8
GHHIOUXPJOPTUXVDWXPSLWWOHHWHQHLSpHROXFYWDUDKOD
pWDLHQ VUUD V JLVW DFqUHQ oDLUDQV V PDJLVW V9taisent les actes de procédure . Ainsi, la troisième partie du précédent livre
de notre équipe de recherche, Sorcellerie savante et mentalités populaires...
(2013), a été consacrée à un ensemble de sept procès conservés (sur huit
jugés) plus les états de frais VDWpW TXL LHQWD D H UW SD HDO FLSULQ GX GRVV
ou la plus conforme aux préoccupations du receveur d’Arches et de la
10chambre des Comptes de Nancy . Les pièces de procédure, sous un autre
régime judiciaire, auraient été brûlées sur les bûchers, alors que dans le
duché de Lorraine elles étaient des justificatifs des dépenses (frais
d’emprisonnement, vacations des officiers et des auxiliaires) et des profits
(saisie des biens de chaque condamné) et donc la chambre des comptes les a
fait conserver.
À l’exception des pièces transcrites et analysées depuis 2006 par notre
équipe, les archives de la prévôté d’Arches n’ont pas encore été exploitées,
11contrairement à celles des prévôtés de Bruyères ou de Saint-Dié . De ce
gisement nous tirons des pièces, soit selon un thème et protocole de
12recherche , soit au hasard. Le procès Barisel, par exemple, ne se trouvait pas
avec les autres pièces judiciaires, mais parmi des papiers de la gruerie, donc
au milieu des ventes de bois et des amendes pour délits de pâturage et abus
de coupes. Une raison pourrait être domaniale : les Eaux et donc la situation
particulière de Plombières vont avec les Forêts. Ou alors les actes passés
sous l’autorité de Nicolas Remy sont là parce qu’ils n’avaient pas à se
trouver avec ceux du prévôt.
L’archiviste départemental Henri Lepage (1872) est passé à côté de cette
affaire puisque, parmi les comptes de 1573-1574, il signale seulement des
articles de la « dépense faite par Nicolas Remy, lieutenant général au
bailliage de Vosges » c’est sans doute ce nom – celui du terrible
démonologue et procureur général de Lorraine (à partir de 1599) – qui avait

Blamont pour […] Claudon Blanchier dem[euran]t à Harbouyer destenu ès prisons
criminelles dud[i]t Blamont en l’année mil six cenz dix sept […] pour avoir fournis pour cinq
gros en blan de cord[e] à l’entour dud[i]t Blangier, cy : V gr. I d. ».
9 La punition du châtelain Anthoine Cointrey, par exemple, nous est connue par les
comptes.
10 DIEDLER, Jean-Claude, et FOLLAIN, Antoine « Les derniers procès de sorcellerie intentés
dans la prévôté d’Arches à L’Etraye dans les Vosges en 1624 » p. 187-233 dans FOLLAIN,
Antoine, et SIMON, Maryse (dir.), Sorcellerie savante et mentalités populaires, Strasbourg,
PUS, 2013, 340 p. Voir aussi DIEDLER, Jean-Claude, Démons et Sorcières en Lorraine. Le
bien et le mal dans les communautés rurales de 1550 à 1660, Paris, éditions Messène, 1996,
235 p.
11 e e MARCHAL, Claude, La prévôté de Bruyères aux XVI -XVII siècles : population,
économie, société, thèse de doctorat de l’université de Nancy 2, 1997, 2 vol., 1197 p.
DIEDLER, Jean-Claude, Démons et Sorcières…, ibid.
12 e HARAU, Leslie, Les affaires de sorcellerie de la prévôté d’Arches de la fin du XVI
e siècle au début du XVII (2008), MERKEL, Joanna, La criminalité familiale en Lorraine,
(2010), HOCHULI, Rosine, Mères meurtrières en Lorraine… (2010), THISSE, Dimitri, Pratique
judiciaire dans les juridictions de Boulay-Moselle et Châtel-sur-Moselle (2011), STEIB,
Marion, Les filles-mères dans le duché de Lorraine d’après des sources judiciaires, de la fin
e edu XVI au XVIII siècle (2013), SCHRUOFFENEGER, Laetitia, Ordre et désordres dans la
prévôté d’Arches… (2013) mémoires de master sous la direction du professeur Antoine
Follain.
9
UHLpOWLS
attiré l’attention de Lepage. Mais la procédure judiciaire est dite « instruite
contre un homme et une femme de Plombières qui furent exécutés pour avoir
fait mourir leur femme et leur mari afin de se remarier ensemble »
13est faux .
Par ailleurs, parmi les papiers de la gruerie l’inventaire signale sans
commentaire des « procédures criminelles instruites contre plusieurs
individus détenus dans les prisons d’Arches » dont l’un a été « poursuivi
pour insolences et excès perpétrés au lieu de Plombières, ès bains dudit
lieu » et condamné à faire amende honorable. Or il ne s’agissait pas de délits
14forestiers . De plus, nous avons vite compris que c’était le même prévenu,
que Nicolas Remy avait condamné et que les crimes de Blaison Barisel
devaient être énormes pour mériter, après l’amende honorable, d’être amputé
du poing droit, décapité et « son corps et tronc mis en quatre quartiers », les
morceaux étant exposés aux endroits « les plus communs et fréquentez, pour
le tout y demeurer à tousjours exemplairement et à la terreur des meschans »
(pc.26 f°2r.). Une condamnation aussi extraordinaire ne pouvait punir qu’un
criminel « très atroce », pour employer l’une des expressions judiciaires de
15ce temps, et non un simple « excès » ou acte de violence .
Tout notre travail est parti d’un exercice de paléographie en séminaire de
master, dont la matière était des pièces de procédures collectées par erreur
car nous ne devions pas travailler sur la gruerie, regardées par curiosité et
qui devaient au départ nous informer sur la police des bains. Les premiers
résultats nous ont amené à mettre tous nos étudiants sur la liasse.
Conformément au mode de fonctionnement de notre séminaire
« Archives judiciaires et recherche historique » nous avons transcrit les
documents en séminaire de paléographie (en 2010-2011) et l’année suivante
nous les avons analysés en séminaire de recherche (2011-2012) tout en
réalisant en paléographie les transcriptions des procès de voleurs pour le
séminaire de recherche suivant (2012-2013) QV DQoRQVDY -nous d’une
eannée sur l’autre. Nous avons résolu de tout éditer (4 partie du présent livre)
afin de respecter la source et pour offrir aux lecteurs beaucoup plus que le
thème du « pire officier des ducs de Lorraine ». On y trouve en effet des
informations ou des illustrations sur quantité de sujets que nous avons

13 Ce n’est pas le crime principalement reproché. Arch. dép. Meurthe-et-Moselle, B 2477
et Inventaire sommaire…, p. 278. Qui plus est, Blaison Barisel n’a pas tué son épouse, ni
même vraiment essayé.
14 « 1573. Procédures criminelles instruites contre plusieurs individus détenus dans les
prisons d’Arches. Individu poursuivi pour insolences et excès perpétrés au lieu de Plombières,
ès bains dudit lieu, au mois d’août, et dont les Allemands y étant lors ont fait plainte et
doléance à Mgr (le duc Charles III), condamné à faire amende honorable trois tours à l’entour
du bain, en chemise, tête et pieds nus, soutenu par le maître des hautes œuvres, puis devant
l’église, à deux genoux, la torche au poing, criant merci à Dieu, au duc et aux parties
offensées, etc. », Arch. dép. Meurthe-et-Moselle, B 2673 et Inventaire sommaire…, p. 297.
15 Si Henri Lepage, en lisant vite, n’a pas vu l’identité professionnelle du criminel, c’est
aussi que l’évolution de l’affaire a abouti à son travestissement. On recoupe alors les
observations faites plus haut sur les hésitations quant à la manière de punir les agents du
Pouvoir : discrètement ou avec ostentation ?
10
LDLHXFTLignorés afin de rester sur le nôtre. Même sur le plan judiciaire, comme
l’édition est longue, nous avons résolu de ne pas analyser et commenter tout
16ce qui aurait pu l’être . Il y a par exemple beaucoup plus à dire sur les
femmes que nous l’avons fait dans ce livre TX ’elles soient de pures victimes
(l’épouse de Barisel) ou des déposantes accusatrices, voire actrices d’une
régulation locale des mœurs (voir pc.4 f°6v., f°16r., etc.). Mathiotte Colas
17Didier , la maîtresse et complice de Blaison Barisel, mérite une étude
spéciale qui pourrait être réalisée par nous une autre fois ou par d’autres
18auxquels nous offrons cette édition de source .
Les pièces et le fil des évènements
16 juin 1572. Ordonnances du duc de Lorraine aux officiers de
Plombières sur les désordres aux bains (pc.1).
Fin juillet (selon Blaison Barisel : pc.6 f°5v.) ou en août 1573 voire
exactement le 6 août (pc.4 f°19r.), incident aux bains entre Blaison Barisel et
les « Allemands » (Alsaciens).
Septembre 1573. Emprisonnement de plusieurs personnes par le bailli de
Vosges, sur ordre direct du duc de Lorraine. En général l’emprisonnement
est décrété après une information et le prévôt exécute l’ordre du procureur.
La procédure est donc d’emblée extraordinaire. Sont en prison sans avoir
forcément de rapports entre eux : une femme (pour vol), Blaison Barisel,
lieutenant de prévôt (36 ans) ; Blaison Jamin dit Rimey (ou Rimel) sergent
de prévôt (40 ans) ; George[s] ou Georgeon Mu[s]nier dit Maisonnaulx,
laboureur (30 ans) ; Jean Demengel Jean Demenge Simon dit Mareschal (32
ans) ; Blaison Blaise, chirurgien (36 ans) ; Jean Valdajou dit Huguenot,
tabellion (33 ans) ; et Jean Musnier ou Jean Valentin Mu[s]nier (30 ans) sans
lien de parenté avec le précédent).

16 Le travail de notre précédent séminaire (2010-2011), consacré à la violence et à sa
mesure, a donné FOLLAIN, Antoine, et alii, « Édition du procès fait à Anthoine Petermann
prévenu d’homicide sur sa belle-fille à Sainte Croix aux Mines dans le val de Lièpvre en
1617 », et « Étude du procès fait à Anthoine Petermann… », à paraître dans FOLLAIN, Antoine
e e(dir.), Brutes out braves gens ? La violence et sa mesure du XVI au XVIII siècle, Strasbourg,
PUS, 2014. Or le procès Barisel peut aussi être lu sous cet angle de la violence, le prévenu
étant un fauteur de troubles comme on en rencontre quelques-uns dans les sources, qui
finissent souvent par être bannis des « terres de l’obéissance du Duc ».
17 Dans les documents édités, les femmes mariées sont nommées par leur prénom
seulement, suivi de « femme de untel », par exemple « Françoise femme d’Adelf Parisot ».
Nous les nommons Françoise Adelf Parisot, Estueniette Demenge de Lorrette ou encore
Annon Georgeon Vallier. Pour une jeune fille, on se contente de nommer par exemple Barbon
Jacquot, du nom de famille de son père.
18 Pour donner un exemple du tableau des mœurs que l’on trouve dans ces pages, n’est-il
pas remarquable de savoir en quel équipage deux amis bourguignons se sont rendus aux bains
de Plombières, accompagnés pour leur plaisir par un musicien, joueur de « guiterne », auquel
ils recourent lorsqu’ils sont agressés par Barisel et un sergent. Les uns sont des brutes qui font
« de grandes insolences et usarent de propos villains et infames », Barisel disant même
« haultement dans la rue » : « Foutre sa putain de mère ce foutu Bourguignon ! ». Les autres
appliquent l’adage La musique adoucit les mœurs et répondent en disant à leur joueur
d’instrument : « Touchez vostre guiterne, voicy ung homme qui veult enrager ».
11 Lundi 7 septembre : arrivée au château d’Arches de Jacquot Huot, sergent
du prévôt. Début des libertés excessives laissées aux prisonniers. 8
septembre visite de la femme de Blaison Barisel (Jannon), d’un frère (Jean
ou Aymé ?) et de sa sœur et son oncle ou son beau-frère.
Jeudi 10 septembre. Lettre anonyme reçue par Jean Valdajou. Nouvelle
visite de Jacquot Huot. Fuite de Blaison Barisel et de Blaison Jamin à la nuit
tombante. Jamin revient ou est repris.
Mercredi 16 septembre. Lettres du duc de Lorraine nommant Nicolas
Remy juge extraordinaire pour les affaires de Plombières (pc.2).
Mardi 22 septembre : arrivée de Nicolas Remy à Archettes (pc.2).
Annonce de sa commission. Première information sur le bris de prison
19(pc.3) . Arrestation de Jacquot Huot (le 23). Samedi 26 septembre : arrivée
de Nicolas Remy à Plombières. Lundi 28 : deuxième information sur les
désordres aux bains, poursuivie à Remiremont et de nouveau à Arches (2 et
203 octobre) .
Suspension de la procédure, faute de prévenu principal à juger et peut-
être pour une raison tactique : ne pas effrayer Barisel et le laisser revenir.
Reprise de Blaison Barisel dans le val de Lièpvre à une date inconnue et
renvoi au château d’Arches vers la fin octobre.
Lundi 2 novembre : réquisitions du procureur sur les deux informations. 4
au 7 novembre : interrogatoire de Blaison Barisel au château d’Arches
(pc.6). 8 novembre, jugements interlocutoires contre Blaison Barisel (pc.7)
21Jean Demengel (pc.8) et Jacquot Huot (pc. 12) . Lundi 9 : récolement et
22confrontation des témoins contre Blaison Barisel (pc.9) jusqu’au 11 , mêlés
à l’interrogatoire de Jean Demengel le 10 novembre (pc.10) et au récolement
d’un témoin contre lui (pc.11) ; mêlés aussi à l’interrogatoire de Jacquot
Huot le 11 (pc.12) et au récolement contre Jacquot Huot le 12 (pc.13) pour
lequel sont auditionnés Blaison Barisel et Georges Musnier.

19 Déposition les 22 et 23 septembre de 1. Nicolas des Preys, 2. Jacquot Huot, 3. Jean
Huguenot, 4. Blaison Jamin, 5. Georges Musnier GpVLWLRQ
24 septembre de 5. Blaison Blaise, 6. Jean Valentin Musnier, 7. Jean Demengel, et 8. Anthoine
Cointrey châtelain. Les déposants sont numérotés dans les sources.
20 Déposition le lundi 28 septembre de : 1. Jean Parisot, 2. Jacquot du Prey, 3. Henry
Raulin, 4. Annon Georgeon Vaillet (violée par Barisel). Le 29 de : 5. Nicolas Jauroy, 6. Gérard
Parisot, 7. Jean Jacquot, 8. Didier Mareschal, 9. Estuenette Demenge Lorette, 10. Mathiotte
veuve Colas Didier de Fougerolles, 11. François Périel. Le 30 : 12. Pierrot Parisot, 13.
Demengeon Urbain, 14. Thiébault Perrin, 15. Jacquotte George Musnier. Relance de
erl’information par Nicolas Remy et son sergent Demenge Poirot. Déposition le 1 octobre de :
16. Noël Charles, 17. Mougeon Michel Edeline, 18. Blaison Colombain, 19. Blaison Vallajou,
er20. Michel Edeline, 21. Françoise veuve Bastien George. Le 1 octobre 1573, arrivée de
Nicolas Remy à Remiremont. Poursuite de l’information le 2 octobre avec : 22. Hugo de
Rangaing, 23. Nicolas Magnien, 24. Jean Thiéry, 25. Hugo Bernard. Retour à Archettes.
Poursuite et fin de l’information le samedi 3 octobre au château d’Arche avec : 26. Jean
Valentin, 27. Blaison Jamin (4 et 6 de la première information).
21 Ces actes sont datés d’un dimanche.
22 Le 9 Jean Parisot et Annon Georgeon Valliet. Le 10 Didier Marchal, Estuennette
Demenge de Lorrette, Gérard Parisot, François Périel, Mathiotte veuve Colas de Fougerolles.
Le 11. Jacquot du Prey, Jean Jacquot, Thiébault Perrin, Jacquotte Georges Musnier, Noël
Denis de Fougerolles, Mougeon Michel Edeline, Michel Edeline, Georges Musnier.
12
ORSHOLG1
5HP\ DVFR H DFHVPHQSamedi 5 décembre : réquisitions du procureur à Mirecourt (pc. 14).
Lundi 7 : deuxième interrogatoire de Blaison Barisel jusqu’au 11, avec
torture (pc.15) ; mêlé à l’interrogatoire de Mathiotte le 7 aussi (pc.16), la
confrontation des deux et un autre interrogatoire de Mathiotte incluant la
torture (pc.18). Le tout est conclu par les jugements interlocutoires contre
Blaison Barisel (pc.19) et Mathiotte (pc.20). Le 9 : information
complémentaire sur Blaison Barisel et sa femme (pc.21) et sur Mathiotte,
23
son mari et Barisel (pc.22) . Dernier interrogatoire de Mathiotte en forme de
confession (pc. 23). Le 11 : dernière confrontation entre Blaison Barisel et
Mathiotte (pc.24). 18 décembre : lettres de commission complémentaire.
Jeudi 31 décembre 1573 : conclusions définitives du procureur du
bailliage de Vosges sur tous les prévenus (pc.25). Samedi 2 janvier 1574 :
jugements distincts de Nicolas Remy contre Blaison Barisel (pc.26) et
Mathiotte (pc.27), suivis de leur exécution.



23 Audition de Françoise Adelf Parisot (pc.21) et sur le cas de Mathiotte, audition de : 1.
Margueritte veuve Aymé Barisel, 2. Noël Didier de Fougerolles, 3. Catherine Jean de la Croix
ou Delacroix (une voisine) et 4. Claudotte Colas Hennezo (une voisine).
13 ère1 partie
Blaison Barisel, le pire officier du duc de
Lorraine, jugé en 1573 avec ses complices
pour avoir faussé son serment et induit
plusieurs autres à méfaire
« Charles par la gr[âc]e de Dieu duc de Lorraine, etc. […]
comme Nous, ayons receu par cy devant advertissement de
plusieurs insolences et excès commis et perpétrez au lieu de
Plumières, tant par le lieuten[an]t de prévost d’Arches
qu’aultres particuliers […] Nous, confians de voz sens et
preudhomie, vous avons spécialem[en]t commis et député,
commectons et députons par cestes, pour […] interroger et
oyre lesd[ic]tes personnes sur les charges à eulx imposées et
[…] leurs fai[re] et parfai[re] par mesme moyen leur procès
jusques à sentence disfinitive inclusivement et exécu[ti]on
d’icelle ; de ce faire, vous avons donné et donnons par ces
p[rése]ntes pouvoir et commission et mandement
spé[ci]ale… »
Extrait des lettres ducales du 16 septembre 1673 (pc.2 f°1r.).

Le 22 septembre 1573 à Archettes, faubourg d’Arches, Nicolas Remy
communique exactement aux juges et officiers des lieux, les lettres ci-dessus,
en leur exposant la nature de sa commission. Orientée au départ contre le
châtelain responsable des prisonniers enfuis et contre « les désordres » à
Plombières, l’action du juge enquêteur va se focaliser contre Blaison Barisel.
Le procès que nous étudions est celui fait à un lieutenant de prévôt, un
petit officier scandaleux qui est resté inconnu du Duc durant plusieurs
années, malgré des « insolences et c[on]cussio[n]s » sans nombre, pour
reprendre les annotations de Nicolas Remy lors de la deuxième information
(pc.4). Les abus de son lieutenant devraient être punis par le prévôt qui, tout
au contraire, ne cesse jamais de l’employer et de le soutenir. Assurément, le
prévôt Vaulbert des Preys est coupable aussi. Mais nous avons compris du
procès que le prévôt était intouchable en tant que haut officier et peut-être
justiciable seulement des Assises nobles du bailliage, voire de celles du
1duché .

1 Les Assises du bailliage de Vosges n’ont pas laissé d’archives. Au niveau supérieur se
trouve le « ban ducal de Lorraine », tribunal souverain composé des chefs des plus grandes
familles de l’ancienne noblesse ou ancienne chevalerie, c’est-à-dire « les familles
immémoriales qui formaient les Assises du duché ».
15 Barisel avait certes été un grand criminel, mais il a en plus été utilisé
comme bouc émissaire pour les fautes du prévôt et les désordres de
Plombières. Puni finalement pour avoir « faulsé son serment et induict
2plusieurs aultres à mesfaire » , Barisel pose manifestement un problème en
1573. Contrairement au royaume où la fonction publique – le service du Roi,
de l’État, de la Res Publica – bénéficie d’une intense réflexion, il n’y a pas
spécifiquement en Lorraine d’exposition théorique de ce qu’est un bon
officier, ni de procédure prévue en cas de corruption ou d’abus. Un duc
comme Charles III, éduqué à la cour de France, et un juge comme Nicolas
Remy, formé au Droit dans le royaume, doivent avoir une idée assez claire
de ce qu’ils attendent des officiers subalternes. Mais pour l’exprimer il faut
utiliser les cas qui se présentent et en faire des exemples.
Le procès Barisel est ainsi plein d’ambiguïtés. Il commence en août 1573
par un incident dans l’enceinte des bains de Plombières, dans lequel sont
impliqués des « Allemands » (Alsaciens). La plainte des baigneurs ne trouve
pas d’issue sur les lieux, puisque celui-là même dont ils voudraient se
plaindre est le lieutenant de prévôt. L’affaire est dénoncée au Duc par une
voie détournée qui est le comte Jean IX de Salm, maréchal de Lorraine, les
Salm étant une maison noble très ramifiée et intégrée au duché de Lorraine
comme à l’Empire. Blaison Barisel est alors arrêté. Détenu au château
d’Arches avec quelques autres, il prend la fuite le 10 septembre. Le Duc qui
avait déjà pris une ordonnance en juin 1572 contre les désordres à
Plombières (pc.1) établit des lettres de commission datées du 16 septembre
(pc.2) pour que Nicolas Remy, lieutenant général du bailliage de Vosges,
enquête sur le « bris de prison » à la place du prévôt et trouve les
responsables sans avoir à prendre les « avis » coutumiers du tribunal du
Change à Nancy. Une fois arrivé à Archettes, Nicolas Remy « informe » sur
les conditions de l’évasion et entrevoit d’autres crimes. Se déplaçant ensuite
à Plombières, il a la révélation des « concussions » de Barisel et plus encore
de ses crimes particuliers. L’affaire telle qu’elle est conduite par Nicolas
Remy devient énorme. A-t-il été entièrement surpris ? Il est possible qu’entre
la dénonciation par les Allemands et l’établissement des lettres, des indices
aient été donnés au Pouvoir, suscitant quelque inquiétude et amenant le Duc
à ordonner de « faire et parfaire » les procès des prisonniers « sy […] vous
trouvez iceulx estre attainctz […] d’aultre excès, délictz ou crimes » (pc.2
3f°1v.). Nicolas Remy va même dépasser les limites initiales de sa
commission. Les concussions auraient abouti à une amende, une destitution

2 e Infra la 6 partie « L’échelle des crimes et la signification des peines ».
3 La première phase d’un procès, l’« information précédente » ou « préparatoire » à
laquelle correspondent les pièces 3 et 4, n’empêche pas l’Autorité de procéder préalablement
à une « inquisition », sans que cela constitue un acte de procédure régulier et une pièce du
procès. Il y a des évolutions sur cette différence. Une enquête matérielle ou l’expertise d’un
corps, par exemple, relèvent de cette phase préliminaire et seront de plus en plus intégrées aux
procès.
16 4et peut-être un bannissement . Les crimes non-professionnels aboutissent à
un autre résultat – la mort – conforme au procès qui aurait été fait à un
simple sujet criminel. Mais en même temps, son statut d’officier a rendu plus
grave chacun de ses crimes. A-t-on finalement jugé l’homme ou plutôt
l’officier que l’homme ? Dans le jugement du 2 janvier 1574 (pc.26) on
retrouve tous les crimes, mais sans ordre de gravité. C’est sans doute le
mode d’exécution qui exprime ce que Nicolas Remy, agissant comme le Duc
présent en personne, a considéré comme étant la faute la plus grave. Nos
lecteurs voudront bien patienter jusqu’aux sections « Un choix parmi dix
morts possibles » et « L’écartèlement ou mise en quartiers ».
Un contexte mal choisi pour fausser son serment et se mal
conduire
Charles III, duc de Lorraine et de Bar, né à Nancy en 1543 et mort en
er1608, est fils de François I , duc de Lorraine en 1544-1545 seulement, et
petit-fils d’Antoine, duc de 1508 à 1544. Il est duc héritier sous la régence de
sa mère (1545) puis, sous la pression du roi de France Henri II, il est placé
sous la tutelle de son oncle, Nicolas de Lorraine, comte de Vaudémont et
futur duc de Mercœur (1552). Le jeune Charles est emmené à la cour de
France à l’âge de 9 ans pour lui donner une éducation sensible aux intérêts
français. En 1559, il épouse Claude de France, fille cadette du roi Henri II,
est déclaré majeur et autorisé à retourner dans ses États. Jusqu’à 16 ans, le
Duc a donc été formé à un mode de gouvernement autoritaire et absolutiste
qu’il essaiera d’importer en Lorraine. Il ne fait pas de doute que l’autorité de
l’État a fortement progressé durant son long règne, sans toutefois triompher
de toute résistance. Ainsi, lors de son entrée à Nancy, en octobre 1559,
accompagné par le roi de France François II (roi en 1559-1560), le jeune duc
affirme son autorité en refusant de prêter le traditionnel serment de respecter
les droits et privilèges des trois ordres. Il sera cependant obligé de s’y
résoudre en 1562, pour obtenir des États de Lorraine la levée des subsides.
État en devenir, la Lorraine est constamment en lutte pour maintenir les
« droits et autorités » du Duc, tant avec l’Empire et le royaume de France
qu’avec les seigneurs vassaux. En 1563-1566 par exemple, un grave conflit
5oppose le Duc à l’abbesse et aux dames nobles de Remiremont , après

4 C’est à la fin des procès la peine du sergent Jacquot Huot, « déclaré inhabille et
incapable à jamais porter estat ou office ès pays de mond[ic]t seigneur, banny pour trois ans
de la pr[év]osté d’Arches » (pc.25 f°2r.).
5 Remiremont : Vosges, arr. Epinal, ch.-l. c. Les religieuses bénédictines ont abandonné
el’observance de la règle de saint Benoît vers la fin du XIII siècle, obtenant du Pape leur
sécularisation et devenant chanoinesses d’un chapitre de dames nobles. Les chanoinesses
doivent fournir seize quartiers comme preuve de leur ascendance noble, quatre lignes
maternelles de noblesse et quatre paternelles soit seize quartiers de noblesse. Elles sont donc
issues de la plus haute noblesse de Lorraine et de Bourgogne et plus tard de France. L’abbesse
seule prononce des vœux religieux. Il s’agit en 1573 de Renée de Dinteville, coadjutrice en
1565 et abbesse en 1570 jusqu’à son décès en 1580, ayant accepté en 1579 Barbe de Salm
17 qu’elles ont obtenu en 1563 des lettres d’une sauvegarde spéciale de
6l’empereur Ferdinand (1503-1564) . Les armes de l’Empereur sont placées
en mars 1566 sur les portes de la « ville ». Sur ordre verbal du Duc, le bailli
7de Vosges Jacques de Lignéville vient enlever (très respectueusement)
toutes les sauvegardes et armes impériales et saisir les biens des religieuses.
Le comte de Salm rend compte plus tard de la négociation qu’il a menée
8avec les religieuses, de leur reddition et de la restitution de leurs biens . Dans
la procédure de 1573, la coseigneurie sur Plombières de la même abbaye de
9Remiremont et du Duc, est bien évidente . Il y a aussi un conflit de
juridiction avec la toute proche seigneurie de Luxeuil, du comté de
Bourgogne LWFRQ L W GXLW LQ U XQH LVHDXY WLRQDF LVRQ OD
10Barisel .
Pour renforcer cet État, Charles III développe son administration et une
vie de cour, fait agrandir le palais et transforme Nancy en une ville capitale à
11la mesure de ses ambitions . Son règne est aussi marqué par la fondation en
1572, conjointement avec le cardinal Charles de Lorraine, de l’université de
Pont-à-Mousson. Durant les guerres de religion françaises, il s’efforce

comme coadjutrice. Celle-ci fait disparaître des actes la mention « appartenance à l’ordre de
saint Benoît ». Les chanoinesses (une cinquantaine) prononcent des vœux temporaires et
portent un vêtement séculier, une robe distinctive grise, garnie de fourrure blanche, avec sur la
tête une mantille blanche. Les dames peuvent quitter le chapitre pour se marier. Chacune se
choisit une « nièce » qui lui succédera le moment venu. Catherine de Lorraine (1573-1648)
fille du duc Charles III, coadjutrice de l’abbaye avec l’abbesse Anne de Salm, prend sa
succession en 1611. Elle est la dernière de toutes à prononcer des vœux et elle échoue à
réformer la communauté et à revenir à l’observance de la règle bénédictine. Cf. BAMMERT, J.,
Les Nobles Dames de Remiremont, 620-1791, L’histoire du Chapitre des Nobles Dames de
Remiremont, Remiremont, Lalloz, 1971, non paginé BOQUILLON, Françoise, Les
chanoinesses de Remiremont (1566-1790), Remiremont, Société d’histoire locale, 2000,
328 p. (édition de : Les Dames de Remiremont sous l’Ancien régime (1566-1790)
Contribution à l’étude de la noblesse dans l’Eglise, thèse de l’université de Nancy 2, 1988,
sous la direction du professeur Louis Châtellier).
6 Histoire de Lorraine… par le RP Dom Calmet, tome VII, Nancy, Leseur, 1762, p. 420.
7 Jacques de Lignéville est nommé bailli de Vosges le 24 juin 1563. Les Lignéville ou
Ligniville appartenaient à la plus haute et ancienne noblesse, dont les membres siégeaient aux
États de Nancy. Ils sont l’un des quatre « Chevaux de Lorraine », familles les plus illustres par
l’ancienneté de leur nom, les services rendus et l’importance de leurs alliances. Après la mort
de Jacques de Lignéville, Claude de Reynach le remplace le 5 décembre 1571. On le
rencontre dans les procédures de 1573-1574.
8 Cette querelle est connue sous le nom « guerre des panonceaux ». Le duc de Lorraine a
tiré avantage de ce que l’Empereur Maximilien II (1527-1576) était retenu par les affaires de
Hongrie.
9 Dans cet extrait par exemple, il est question d’une amende « laquelle […] il paia moictié
ès mains dud[ic]t Barisel lieuten[an]t pour et au nom du prévost son m[aist]re et moitié
aud[ic]t Hugo […] pour et nom du lieuten[an]t Sainct Pierre à Remieremont son m[aist]re »
(pc.4 f°3r.). Les droits de justice sont inégalement partagés car l’exercice en revient
principalement au Duc, tandis que les profits sont partagés par moitié.
10 Aujourd’hui : Luxeuil-les-Bains : Haute-Saône. Arr. Lure, ch.-l. c. Pour la résolution de
ce conflit, infra la partie « Liquidation… »
11 Charles III réalise quasiment une ville neuve, avec le concours d’ingénieurs italiens qui
dessinent des rues larges et perpendiculaires, un système d’évacuation des eaux usées et d’eau
epotable. De 5 à 7 000 habitants au milieu du XVI siècle, Nancy passe à peut-être 16 000 au
edébut du XVII siècle, ce qui la rapproche de Metz qui est sous l’autorité du roi de France
(19 000 ?) et de Strasbourg qui compte peut-être 25 000 habitants.
18
HGDXOPH%TSIVDd’abord de maintenir une stricte neutralité entre la France et l’Empire,
malgré le passage à travers les duchés de troupes françaises ou espagnoles et
malgré l’engagement de ses cousins les Guise dans le parti catholique. Il
maintient fermement la Lorraine dans la religion catholique et désapprouve
en 1576 la paix de Beaulieu entre Henri III, roi de France, et les chefs
12huguenots . Il ne rejoint pas la Sainte-Ligue, dirigée par les Guise, mais il
accueille à Nancy en 1580 ses représentants en assemblée générale. Lorsque
meurt le duc d’Alençon qui était le frère héritier du roi de France, Henri de
Navarre devient le roi présomptif. Les ligueurs ne l’acceptent pas et l’une
des voies explorées par eux est d’affirmer que la maison de Lorraine étant
issue des derniers carolingiens, le très catholique Charles III peut accéder au
trône de France de préférence au huguenot Henri IV.
N’allons pas plus loin : en ce qui nous concerne, le contexte est assez
clairement établi pour comprendre que ce Duc attend de ses officiers une
13élévation de la qualité de leur service .
Nicolas Remy : le meilleur officier du duc de Lorraine ?
L’une des figures emblématiques de la fonction publique est justement
Nicolas Remy, procureur général de Lorraine au sommet de sa carrière, que
l’on observe dans notre procès à ses débuts comme lieutenant général du
bailliage de Vosges. Il est surtout connu aujourd’hui par son implication dans
14la chasse aux sorcières et ses écrits démonologiques . Or Nicolas Remy ne
doit pas être réduit à sa très savante (et très écœurante) Daemonolatreiae...
15(Démonolâtrie…) écrite en 1592 et publiée en 1595 , de même que son

12 La paix de Beaulieu est du 6 mai 1576. Le lendemain, le duc de Lorraine prend une
« Ordonnance sur la punition des blasphémateurs du saint Nom de Dieu, de la Vierge Marie sa
très sacrée mère, de tous les saints et saintes du paradis ’il veut et entend estre
étroictement observée ès terres et pays de son obéissance » : Dictionnaire historique des
ordonnances…, tome 1, p. 104.
13 C’est un aspect de la thèse en cours d’Antoine Fersing La place et le rôle des diplômes
e edes universités dans la construction de l’Etat en Lorraine aux XVI et XVII siècles, sous la
direction du professeur Antoine Follain.
14 En 1573, la chasse aux sorcières n’a pas encore commencé dans les Vosges et la prévôté
d’Arches. Nous disposons seulement de quelques informations ponctuelles sur le milieu du
siècle : Arch. dép. Meurthe-et-Moselle, registre B 2456 pour les années 1544-1545 (dépenses
pour l’exécution de plusieurs sorcières) et B 2460 pour 1549-1550 (plusieurs condamnés). La
statistique est en revanche à peu près sûre de 1581 à 1629. Dans le Val de Lièpvre la période
cruciale est comprise entre 1571 et 1618 cf. SIMON, Maryse, Les affaires de sorcellerie dans le
Val de Lièpvre, Strasbourg, Publications de la Société savante d’Alsace, 2006, 357 p. À Saint-
Dié et Bruyères, le phénomène connaît sa plus grande ampleur de 1580 à 1631 cf. DIEDLER,
Jeanc-Claude, Démons et Sorcières…, op. cit. Pour la prévôté d’Arches, 1581 est aussi le
début, avec quatre ou six prévenus jugés, puis six en 1585, deux femmes en 1590 à
Remiremont, une femme en 1594 à Seuch, etc. cf. DIEDLER, Jean-Claude, et FOLLAIN, Antoine
« Les derniers procès… », op. cit.
15 L’œuvre est en latin. Voir BOES, Jean (éd.), La Démonolâtrie, texte établi et annoté à
partir de l’édition de 1595, Nancy, PU, 1998, 338 p. W FOULIGNY, Marie-Nelly, Les sources
antiques dans la Démonolâtrie de Nicolas Rémy, thèse de doctorat d’études latines, université
de Nancy II, 1998, 1059 p. sous la direction du professeur Jean Boës. Selon l’auteur,
l’approche littéraire montre l’absence d’opposition « entre la culture de l’auteur et sa
19
HTXcontemporain Jean Bodin ne doit pas être réduit à sa Démonomanie des
sorciers… publiée en 1580. Parmi les quelques aspects sûrs de son existence,
16Nicolas Remy est né à Charmes vers 1525-1530, d’un père, Gérard Remy,
qui était prévôt du lieu, et d’une mère dont la famille était au service de la
prévôté. On sait qu’il a fait des études de droit dans « les Universités de
France ». Mais la formule est tirée du document cité plus bas. L’Archiviste
de Nancy, Henri Lepage, et M. Leclerc, ont tenu un prudent raisonnement :
« Les Universités de France que Nicolas Remy a suivies […] étaient
probablement celles de Paris, d’Orléans ou de Toulouse, les plus célèbres
17d’alors » . C’est parfois devenu une certitude dans les notices
biographiques, alors que l’on ne peut pas savoir où il a étudié sans disposer
des matricules universitaires. Or les sources et les travaux faits à ce jour ne
18le repèrent pas à Orléans et ne peuvent le faire ni à Paris, où elles s’arrêtent
19 20trop tôt , ni à Toulouse où elles commencent trop tard . Tardivement, dans
la quarantaine, il succède en 1570 à l’un de ses oncles, François Millat,
lieutenant général au bailliage de Vosges. Les lettres patentes du 25 mars
1570 que nous citons ci-dessous sont en réponse à la demande de l’oncle
21Millat . C’est en vérité la seule source biographique sur Nicolas Remy et
elle a pour intérêt d’exprimer ce que le duc Charles III attend de ses
officiers :

« […] nostre cher et féal François Milatte […] se sentant vieil et
caducque […] et ayant désir de veoir continuer sa parenté à nostre

barbarie » (sic.) mais au contraire « un lien de cause à effet ». Le relevé des procès et des
citations, atteste que les sources antiques sont quantitativement dominantes. « L’antiquité
intervient dans l’argumentation » et « la redécouverte de l’antiquité apparait comme l’une des
raisons » de la chasse aux sorciers. L’étude prouve aussi que Nicolas Remy n’a pas puisé aux
sources mêmes : « les sources antiques proviennent essentiellement d’auteurs modernes ».
16 Vosges, arr. Epinal, ch.-l. c.
17 LECLERC, M., « Notice sur Nicolas Remy », Mémoires de l’Académie de Stanislas
1868, éd. 1869, p. 49-158. Citation p. 73-74.
18 Des travaux exhaustifs ont été réalisés sur Orléans : ILLMER, Detlef, DE RIDDE
SYMOENS, Hilde, et RIDDERIKHOFF, Cornelia M. (éd.), Les livres des procurateurs de la
Nation germanique de l’ancienne Université d’Orléans, 1444-1602 1, Premier livre des
procurateurs (1444-1546). II, Biographies des étudiants. (1516-1546), Leiden, E. J. Brill,
1980, 504 p. Les mêmes chercheurs ont poursuivi leurs travaux (1988 et 2013) et disent bien
que les Lorrains ont obligation de s’inscrire dans la nation germanique (1980, p. XIV). Le
fonds d’archives de cette nation (sauvé des bombardements de 1940 qui ont détruit quasiment
toutes les Archives !) conserve dix registres qui sont la mémoire de la nation germanique de
1444 à 1689. Le procurateur devait y inscrire les nom, prénom et lieu d’origine des nouveaux
venus, ainsi que les étudiants reçus à un examen. Si Nicolas Remy avait étudié à Orléans, il
devrait s’y trouver.
19 Pour Paris, il n’y a pas de Nicolas Remy dans la base de données Studium Parisiense
réalisée sous la direction de Jean-Philippe Genet et Thierry Kouamé, consacrée aux membres
e edes écoles et de l’université de Paris entre le XII et le XVI siècle (17 000 fiches). Mais la
base de données s’arrête trop tôt.
20 Cette fois, la base de données « CAT- Etudiants » réalisée par Caroline Barrera et
Patrick Ferté est pour les étudiants ayant fait leurs études à Toulouse et commence seulement
eau XVII siècle.
21 Arch. dép. Meurthe-et-Moselle, B 39 f°205r. La première centaine de cotes de la série B
correspond aux registres des lettres patentes.
20 service, à l’imitation de ses ancestres, et qu’à ces fins il auroit, depuis
quelque temps, retiré en grande instance ung sien nepveu nommé
m[aistr]e Nicolas Remi, licencié ès loiz des universitez de France, où il
auroit versé l’espace de vingt ung ans, faisant profession, la pluspart
22d’iceulx, d’enseigner tant les lettres humaines que les droictz QRX
supliant très humblement vouloir conférer à sondict nepveu ledict estat et
office de lieutenant général en nostredict bailliage de Vosge, comme
23
idoine , suffisant et capable pour le faire et exercer TXHOOH WDWHV ste
occasion, il remettoit volontairement entre noz mains. Sçavoir faisons
que Nous […] ayant esgard et considération au bon et fidel rapport qui
nous a esté faict des sens, science, preudhommie, intégrité expérience,
24littérature et bonne diligence estans en la personne dudict m[aistr]e
Nicolas Remi, son nepveu, et qu’il est besoing et requis pourvoir audict
estat de lieutenant général, tant pour l’administration de la justice qu’à la
conservation de noz droictz et aucthorité audict bailliage de Vosge ur
ces causes […] avons ce jourd’huy, audict m[aistr]e Nicolas Remi, son
nepveu, donné, conféré et octroyé […] ledict estat […] à charge
25toutesfois qu’il fera sa résidence au lieu de Mirecourt … »

Nicolas Remy donne toute satisfaction dans cette charge – et nous
pensons que les procès de Plombières ont joué un rôle dans sa réputation.
Dès 1575, il est attaché à la personne de Charles III en qualité de secrétaire
26ordinaire . L’année suivante, le Duc en fait l’un des membres du tribunal
des échevins de Nancy, par lequel passent tous les procès criminels de
Lorraine. Après les Assises de la chevalerie, ce tribunal est, par ordre de
dignité, la plus haute juridiction du duché, composée de « gradués,
personnes excellentes et bien choisies, instruites en matières civiles et
criminelles ». Il est fait noble par lettres patentes du 9 août 1583, dont les
termes soulignent à nouveau les traits du bon serviteur :

« [...] aians plaine et certaine congnoissance des louables, fidelles et
vertueux déportemens qui sont en nostre amé et féal Nicolas Remy,
licencié ès droitz, conseiller et secrétaire des nostres et eschevin en la
justice ordinaire de ce lieu de Nancy, tant en l’exercice de sesdicts estaz
et offices, desquelz l’aurions expressément honnoré pour ses vertus […]
qu’ès exécutions de belles et honnorables charges à luy par nous déférées
et commises SRXU ’entière et parfaicte asseurance qu’avons de ses
intégrité de moeurs, preud’homie, idointé et suffisance, mesmes qu’il se

22 Évidemment pas à l’université de Pont-à-Mousson qui a été instituée canoniquement en
1572 et où les cours de Droit n’ont commencé qu’en 1578.
23 Et « idoin[éi]té » dans le texte suivant : aptitude à exercer une charge, une fonction.
24 Savoir, érudition.
25 Chef-lieu du bailliage. Aujourd’hui : Vosges, arr. Neufchâteau, ch.-l. c.
26 Arch. dép. Meurthe-et-Moselle, B 45 f°115v.
21
SHFVORjseroit comporté en chacune d’icelles avec tel acquis et satisfaction de son
debvoir, que nous aurions toujours receu bon contentement, et nos
subjectz, à qui il auroit attouché support et soulaigement SRXUFHVFHV XV
et autres justes considérations ad ce nous mouvans, avonc icelluy […]
annobly et annoblissons […] voulons que luy et ses enfans masles et
femelles, nez et à naistre, descendans de luy en léal mariage […] soient à
toujours maintenus, traictez et réputez pour nobles […] sans qu’ils soient
tenus ne puissent estre contrainctz […] d’en payer à nous et à nos
successeurs ducz de Lorraine aulcunne finance, laquelle, de nostre grâce
spéciale, avons quictée, remise et donnée […] audict Nicolas Remy en
27faveur et contemplation de ce que dessus . »

En 1589, sans cesser d’être échevin, il est appelé au conseil privé chargé
notamment des questions judiciaires et des procès les plus délicats. Le 24
août 1599 il est fait procureur général de Lorraine pour les raisons
suivantes :

« […] Comme nous ayans appellé […] George Maimbourg à l’estat de
maistre des requestes en nostre hostel et, par raison de ce, l’estat de
procureur général de Lorraine qu’il souloit tenir par cy devant, soit
présentement vacquant et de besoing y prouvoir et establir personnage
capable et à nous fidel, affin que nos droictz, aucthoritez et jurisdictions
soient bien et dilligemment gardées, conservées et maintenues, et nostre
peuple soulagé et secouru de justice, sçavoir faisons que, recongnoissant
de longue main les sçavoir, expériance, suffisance, preud’hommie,
dilligences et autres bonnes et louables parties estans en la personne de
nostre très cher et féal conseiller d’Estat et eschevin en la justice de
Nancy, Nicol Remy, ainsy que les effects nous l’ont faict congnoistre
depuis vingt deulx ans que nous l’avons appellé à nostre service […] où il
se seroit comporté tellement que nous avons recongnu le fruict de son
labeur au bien et advancement de nostre service, tant en l’estat de
28lieutenant … »

À cette époque, l’office a changé de statut. La vénalité qui caractérise la
France a été instaurée par le Duc en 1591, au plus fort de l’engagement
lorrain dans les guerres de la Ligue. Les officiers anciens sont alors appelés à
payer une finance représentant entre quatre et dix fois le montant de leurs
gages annuels et les nouveaux officiers doivent payer une finance après avoir
reçu leurs lettres de provision et avant leur installation. La transmission de
l’office est possible à condition que le résignant paye le quart ou la moitié de

27 LECLERC, M., « Notice sur Nicolas Remy », op. cit., p. 88.
28 Arch. dép. Meurthe-et-Moselle, B 61 f°197r.
22
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