Les échanges maritimes et commerciaux de l'Antiquité à nos jours - Volume 1

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Tous les peuples, ou presque, ont voulu faire de la mer et des océans leur terrain de jeu, de chasse, d'échanges ou d'aventures. A l'aube de l'époque moderne, la navigation commerciale connaît un essor spectaculaire et les terres apparaissent comme un obstacle à son développement. La mer, enfin, comme lieu de toutes les spéculations, intellectuelles, philosophiques ou utopiques. C'est cette grande histoire que les communications rassemblées dans cet ouvrage ont l'ambition de raconter.
Publié le : lundi 1 décembre 2014
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EAN13 : 9782336363837
Nombre de pages : 302
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Sous la direction deLES ÉCHANGES MARITIMES
Philippe SturmelET COMMERCIAUX
DE L’ANTIQUITÉ À NOS JOURS
Volume 1
Formulation quasi pléonastique que celle-ci dans la mesure LES ÉCHANGES MARITIMES où la mer, les océans ont toujours été étroitement associés à
l’activité des hommes, qu’il s’agisse de transport de personnes,
de marchandises ou d’ « armes ». Les Phéniciens, les Grecs, ET COMMERCIAUX
les Romains (mare nostrum), les Vikings (on prête à Leif
Eriksonn aux alentours de l’an mil la découverte du continent Aspects politiquesDE L’ANTIQUITÉ À NOS JOURSNord-américain) etc., toutes les civilisations, tous les peuples,
ou presque, ont voulu faire de la mer et des océans leur terrain
de jeu, de chasse, d’échanges ou d’aventures. À l’aube de
l’époque moderne, la navigation commerciale connaît un essor Volume 1
spectaculaire et les terres apparaissent comme un obstacle à son
développement ; la solution vient alors des canaux, nouvelles
artères de circulation. La mer, enn, comme lieu de toutes
les spéculations, intellectuelles, philosophiques ou utopiques.
Ce sont là les points que le présent ouvrage entend présenter,
lequel réunit les actes du colloque organisé à La Rochelle les
27 et 28 septembre 2012 par le Centre d’Études Internationales
sur la Romanité. Les communications présentées suivent un
ordre chronologique et « naviguent » sur toutes les mers et tous
les océans.
Philippe Sturmel est Maître de Conférences HDR en histoire
du droit à l’Université de La Rochelle, membre du CEIR.
Volume 1
ISBN : 978-2-343-03509-3
MEDITERRANÉES31 €
f
Sous la direction de
LES ÉCHANGES MARITIMES ET COMMERCIAUX
Philippe Sturmel
DE L’ANTIQUITÉ À NOS JOURSLes échanges maritimes et commerciaux
de l’Antiquité à nos jours© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’École polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-03509-3
EAN : 9782343035093 Sous la direction de
Philippe Sturmel
Les échanges maritimes et commerciaux
de l’Antiquité à nos jours
volume 1
L’HarmattanMéditerranées
Dirigée par Jacques Bouineau
La nouvelle collection « Méditerranées » a pour objectif de
s’intéresser au dialogue nord-sud en mettant en avant les racines
culturelles méditerranéennes qui portent vers un réel rapprochement
des deux rives.
Les études se feront dans deux directions : d’une part la notion de
romanité, d’autre part celle de culture méditerranéenne. La
romanité est constituée par la formation des modèles juridiques,
politiques, sociaux et artistiques qui composent les assises de
l’empire romain, ainsi que par les créations issues de cet empire. Ce
double mouvement, antérieur et postérieur à Rome, qui a uni autour
du mare nostrum l’ensemble des terres méditerranéennes, exprime
une des originalités de la Méditerranée et permet de rapprocher des
cultures qui, dans le monde contemporain, oublient souvent ce
qu’elles portent en commun.
Par ailleurs une réflexion en ce sens pousse à considérer sous un
nouvel angle les assises de la construction européenne. L’Europe
est en effet radicalement différente dans les terres méridionales
pétries de romanité et dans les terres septentrionales qui en furent
moins imprégnées.
Déjà parus
Jacques BOUINEAU (sous la dir.), La Laïcité, 2013.
Nasser SULEIMAN GABRYEL, Sociologie politique du Maroc, 2013.
Jacques BOUINEAU (sous la dir.), La Laïcité et la construction de
l’Europe, 2012
Laurent REVERSO (sous la dir.), Constitutions, Républiques, Mémoires.
1849 entre Rome et la France, 2011.
Jacques BOUINEAU (sous la dir.), Pouvoir civil et pouvoir religieux entre
conjonction et opposition, 2010.
Laurent HECKETSWEILER, La fonction du peuple dans l’Empire
romain. Réponses du droit de Justinien, 2009.
Jacques BOUINEAU (sous la dir.), Personne et res publica, Volumes I et
II, 2008.
Laurent REVERSO (textes réunis par), La République romaine de 1849 et
la France, 2008. Sommaire
Philippe Sturmel
Editorial ................................................................................................ 9
Burt Kasparian
Voies maritimes et diplomatiques du commerce international dans
l’Egypte ancienne ............................................................................... 11
Florence Malbran-Labat, Françoise Ernst-Pradal
Réglementations dans le négoce levantin de la fin de l’Age de
Bronze. ................................................................................................ 39
Valérie Faranton, Micher Mazoyer
Le commerce des femmes : quelques remarques à propos des pirates
dans les romans grecs. ....................................................................... 53
Alheydis Plassmann
La Manche du temps des rois anglo-normands (1066-1204) ............. 63
Christine Bousquet
Echange marchand dans les manuscrits enluminés de Marco Polo. . 81
Ahmed Djelida
Les cadres institutionnels des échanges entre l’Italie et le Nord de
e el’Afrique aux XII et XIII siècles. ...................................................... 99
Géraldine Cazals
Le grand dessein d’Emeric Crucé : une paix générale et la liberté de
commerce par tout le monde. ........................................................... 113
Nicolas Martin
eLa députation du commerce rochelais au XVIII siècle ................... 191Jacques Bouineau
eLe 9 livre de la Recopilación de Leyes de los Reinos de las
Indias. ............................................................................................... 225
Philippe Sturmel
eLe commerce international sur le Canal du Midi au XIX siècle. .... 249
Philippe Haudrère
Ananda Ranga Pillai, courtier de la Compagnie des Indes à
Pondichéry. ....................................................................................... 285Editorial

Ces deux ouvrages reproduisent les communications présentées lors du
colloque – les échanges maritimes et commerciaux de l’Antiquité à nos
jours- organisé à La Rochelle les 27 et 28 septembre 2012 par le Centre
d’Etudes Internationales sur la Romanité, en collaboration notamment
avec la Faculté de droit et l’Université de la même ville. S’y ajoutent en
guise de varia quatre conférences tenues en 2012 à La Rochelle à
l’initiative – toujours – du CEIR sur un thème – commerce et droit
international – qui s’accorde naturellement avec la problématique
proposée par ledit colloque.
Celui-ci est en réalité le troisième opus d’une série commencée en
2000 à La Rochelle avec un premier colloque consacré à René-Josué Valin
et poursuivie en 2009 avec une deuxième livraison qui s’intéressait aux
Navires et gens de mer du Moyen-Âge à nos jours. 2000, 2009, 2012, on
le voit, la cadence s’accélére et le CEIR entend désormais trouver un
rythme de croisière et proposer régulièrement des rencontres qui
s’inscrivent d’évidence dans la tradition maritime de La Rochelle… et
obéissent aux mêmes règles : un cadre suffisamment large pour permettre
différentes approches, historique, géographique, sociologique etc., et
surtout, une mise en perspective des grands enjeux contemporains de la
problématique retenue, exercice réalisé ici par Henri Legohérel,
MarieLaure Goebbels ou Olivier Debat.
Les échanges maritimes et commerciaux donc ; formulation quasi
pléonastique tant la mer et/ou les océans ont depuis toujours été associés
aux activités de l’homme « moderne ». Quelques chiffres : les océans et
les mers couvrent 71% de la surface du globe ; aujourd’hui, 90% des
marchandises sont transportées par voie maritime et plus de la moitié de la
population mondiale vit à moins de 60 km du littoral. Chiffres d’une réalité
9contemporaine, mais dont la signification peut sans doute être associée à
la longue histoire de l’humanité. De sorte que la mer a toujours été la mère
nourricière, le lieu de toutes les légendes (L’Illiade et l’Odyssée pour ne
citer que celles-ci), de toutes les interrogations (la cloche à plongée fut
inventée au IV siècle avant notre ére !) et enfin de tous les transports :
hommes (ou femmes), marchandises (en y incluant les esclaves) et armes.
Très tôt donc, les hommes ont navigué sur tous les océans (il semble
admis aujourd’hui que le viking Leif Eriksonn a touché le continent
Nordaméricain aux alentours de l’an 1000) et puisque ceux-ci (Pacifique et
Atlantique) s’étendent sur les deux hémisphères, ont parcouru tous les
continents. Les grandes découvertes sont bien sûr une des conséquences
de cette curiosité insatiable, tout comme l’idée que ces surfaces immenses
pouvaient être vecteurs de paix plutôt que motifs incessants de guerre. Ces
mêmes surfaces enfin, qui aux abords de l’époque moderne ne suffisent
plus à épancher la soif de… circulation des hommes ; on creuse alors des
canaux pour relier les mers ou les océans entre eux.
C’est cette grande histoire que ces quelques communications, frêles
esquifs sur des océans encore à explorer, ont l’ambition de raconter.

Philippe Sturmel






10
Les voies maritimes et diplomatiques du
commerce international dans
l’Egypte ancienne


Le fait est à présent bien établi, et le nombre de publications récentes
sur le sujet permet d’en prendre pleinement la mesure : les Egyptiens ont
su tirer parti de leurs talents de navigateurs pour s’aventurer sur d’autres
eaux que celles du Nil, même s’il ne leur a pas échappé que la navigation
1en mer est très différente de la navigation fluviale .
Si la navigation égyptienne en Méditerranée est certaine depuis
2 elongtemps , il a fallu attendre la première décennie du XXI siècle pour
que les doutes pouvant subsister sur des déplacements en mer Rouge soient
3définitivement levés , grâce notamment aux découvertes réalisées par une

1 On consultera, e. g. : D.A. AGIUS, J.P. COOPER, A. TRAKADAS, Ch. ZAZZARO (éd.),
Navigated Spaces, Connected Places. Proceedings of Red Sea Project V held at the
University of Exeter, 16-19 September 2010, BAR International Series 2346, 2012 ;
oEgypte Afrique & Orient, N 64, décembre 2011-janvier-février 2012 : Les bateaux et la
navigation en Egypte ancienne II.
2 Elle pourrait remonter à une époque aussi reculée que Naqada III : S.M. VINSON, Boats
of Egypt before the Old Kingdom (MA), Austin, 1987, p. 228 sq. Pour une voix
discordante, bien isolée, sur une telle navigation en Méditerranée,
cf. Cl. VANDERSLEYEN, Le rapport d’Ounamon (vers 1065 avant Jésus-Christ). Analyse
d’une mission manquée, Editions Safran, Connaissance de l’Egypte ancienne 15,
2013 (pour l’a., Ounamon n’est pas allé sur la mer Méditerranée jusqu’à Byblos et
Chypre, mais s’est embarqué sur l’Ouadi Toumilat et a navigué vers l’est pour quérir du
bois, probablement au-delà du Delta).
3 Cf. P. TALLET, E.-S. MAHFOUZ (éd.), The Red Sea in Pharaonic Times. Recent
Discoveries along the Red Sea Coast. Proceedings of the Colloquium held in Cairo / Ayn
Soukhna 11th-12th January 2009, BdE 155, 2012 ; P. TALLET, G. MAROUARD,
eD. LAISNEY, « Un port de la IV dynastie au Ouadi al-Jarf (mer Rouge) », BIFA0 112,
11Burt Kasparian
4mission franco-égyptienne de fouilles sur le site d’Ayn Soukhna . Ces
découvertes ont conforté des informations déjà connues, tant écrites
qu’iconographiques (comme des gravures rupestres d’embarcations
trouvées à Sérabit el-Khadim, dans le Sinaï), qui suggéraient des
expéditions maritimes à destination du Sinaï, en fournissant aux
chercheurs les éléments de preuve qui leur manquaient. L’étude récente
des ancres mises au jour à Ouadi/Mersa Gawasis dans les années 1970 a
pareillement mis en évidence leur utilisation dans les fonds de la mer
Rouge et le fonctionnement du site comme une sorte de chantier naval
5depuis au moins le Moyen Empire . Les fouilles de ces dernières années
au même endroit nous en ont appris davantage sur la technologie des
anciens Egyptiens, leur expertise en matière de construction navale, en
même temps que sur la logique administrative et bureaucratique qui
6présidait aux différentes opérations liées à leurs déplacements en mer .
L’apport exceptionnel du site d’Ayn Soukhna, sur le Golfe de Suez,
réside dans le fait qu’il a livré les vestiges calcinés de deux navires
égyptiens datant du Moyen Empire, qui furent construits pour atteindre la
péninsule du Sinaï, où les Egyptiens exploitaient depuis l’Ancien Empire
des mines de turquoise et de minerai de cuivre. Les navires, de 13 à 15
mètres de long, furent découverts en pièces détachées dans des galeries,
creusées au pied de la montagne, à environ 500 m du rivage, qui faisaient
office, depuis semble-t-il l’Ancien Empire, de magasin et d’entrepôt pour

2012, p. 399-446 ; K.A. BARD, R. FATTOVICH (éd.), Harbor of the Pharaohs to the Land
of Punt. Archaeological Investigations at Mersa/Wadi Gawasis Egypt, 2001-2005,
o Napoli, 2007 ; Afrique & Orient, N 41, Avril 2006 : Les Egyptiens et la Mer Rouge.
4 P. POMEY, « Les bateaux d’Ayn Soukhna, Les plus vieux vestiges de navires de mer
oactuellement connus », Egypte Afrique & Orient, N 64, décembre 2011-janvier-février
2012, p. 3-12.
5 o Ch. ZAZZARO, « Les ancres de Mersa Gawasis », Egypte Afrique & Orient N 64, p.
1320 ; Ch. ZAZZARO, M. ABD EL-MAGUID, « Ancient Egyptian Stone Anchors from Mersa
Gawasis », dans P. TALLET, E.-S. MAHFOUZ (éd.), The Red Sea in Pharaonic Times, op.
cit., p. 87-103.
6 Cf. Ch. WARD, « Ancient Egyptian Seafaring Ships. Archaeological and Experimental
Evidence », dans P. TALLET, E.-S. MAHFOUZ (éd.), The Red Sea…, op. cit., p. 53-63 (avec
reconstitution d’un vaisseau maritime égyptien baptisé « Min du désert », fig. 4, p. 63).
12 Les voies maritimes et diplomatiques du commerce international…
le stockage du matériel et des approvisionnements nécessaires aux
7expéditions . Les informations révélées par l’analyse des vestiges
retrouvés sont riches d’enseignement, tant sur la nature des bois utilisés
(du cèdre, plus rarement du chêne, pour les planches ; de l’acacia pour les
tenons d’assemblage), que sur la logique présidant à la construction et à la
préservation des navires concernés. En raison de la rareté des bois de
construction navale qui étaient importés, les bateaux n’étaient pas laissés
en eau libre, sans protection particulière, entre deux expéditions souvent
éloignées de plusieurs années, mais conditionnés sur place, après
démontage, avant réutilisation. Ce démontage était conçu dès l’origine, car
les bateaux construits sur les bords du Nil devaient être défaits pour être
acheminés jusqu’à la mer (cf. l’inscription d’Amény infra), où ils étaient
alors assemblés par ligatures et tenons et mortaises.
La preuve est donc établie d’une navigation précoce sur la mer Rouge,
dont on peut fixer avec certitude les débuts sous l’Ancien Empire, et qu’on
peut aisément expliquer par les motivations qui conduisent les hommes à
se lancer dans des explorations maritimes : les ambitions de conquête, les
nécessités matérielles et la convoitise de produits rares, exotiques et
8précieux , le souci de raccourcir les distances entre deux points
difficilement accessibles par les voies terrestres ou même par voie fluviale,
mais aussi, peut-être plus simplement, la curiosité pour un ailleurs
synonyme d’inconnu.
Les préoccupations d’ordre économique sont celles qui sont le mieux
rendues par la documentation écrite, elles s’inscrivent dans la continuité
des contacts commerciaux que l’Egypte a, dès l’époque prédynastique,

7 P. POMEY, op. cit.
8 Comme le bois, une nécessité vitale pour l’Egypte : T. BARDINET, Relations
économiques et pressions militaires en Méditerranée orientale et en Libye au temps des
pharaons : histoire des importations égyptiennes des résines et des conifères du Liban et
de la Libye depuis la période archaïque jusqu’à l’époque Ptolémaïque, Etudes et
Mémoires d’Egyptologie 7, Paris, 2008.
13Burt Kasparian
9entretenus avec ses voisins . Les témoignages archéologiques en ce sens
ene manquent pas. Au milieu du IV millénaire, la culture qui s’établit à
Maadi, aujourd’hui la banlieue sud du Caire, apparaît comme un centre
d’import-export, qui reçoit notamment du cuivre du Sinaï, des huiles et des
10graisses aromatisées transportées dans des vases fabriqués en Palestine ,
mais encore de l’obsidienne et du lapis-lazuli, que l’on va chercher
jusqu’aux confins de l’Indus.
Bien que des objets en provenance du Proche-Orient aient été attestés
de bonne heure en Egypte, on ne peut cependant établir qu’ils proviennent
d’un commerce maritime ou d’un contact par la mer entre l’Egypte et la
Mésopotamie.
Si de tels liens ont existé à cette époque, ils sont à éclaircir, mais rien
n’interdit de les envisager dès l’instant où l’Egypte s’est constituée en Etat
eunifié et centralisé. En tout cas, ils sont certains à partir de la IV dynastie,
et c’est sur la pierre de Palerme qu’on en trouve la première trace, qui porte
l’indication d’une préoccupation marquée des souverains égyptiens pour
11le développement de la navigation et, partant, de la construction navale .
Au bas de son recto, sur la première case ou vignette, une inscription se
rapportant à l’an 13 du règne de Snéfrou mentionne la construction d’un
bateau en cyprès (en égyptien hiéroglyphique : « merou ») de 100 coudées,
nommé « Adorer les-Deux-Terres », et de 60 autres, dits « bateaux royaux
de 16 », ainsi que l’apport de 40 bateaux chargés de pin-parasol (« ash »),
dont on peut supposer qu’il était également destiné à la construction
12navale . Pour l’année suivante, la pierre enregistre une entreprise

9 J. ROY, The Politics of Trade. Egypt and Lower Nubia in the 4th Millennium BC, Culture
and History of the Ancient Near East 47, Leiden, Boston, 2011 ; R. KUHN,
« Handelsbeziehungen zwischen Ägypten und seinen Nachbarn in vor- und
frühdynastischer Zeit », Kemet 2/2011, p. 20-25.
10 J. VERCOUTTER, L’Egypte et la Vallée du Nil. Tome 1 : Des origines à la fin de l’Ancien
Empire. 12000-1200 av. J.-C., Paris, 1992, p. 147-150.
11 H. SCHÄFER, Ein Bruchstück altägyptischer Annalen, Berlin, 1902, pl. I. ;
T. WILKINSON, Royal Annals of Ancient Egypt, Londres, 2000, fig. 1.
12 T. WILKINSON, op. cit., p. 141-142 (PS r.VI.2)
14 Les voies maritimes et diplomatiques du commerce international…
similaire, avec la construction de trois navires de 100 coudées, l’un en pin
13et les deux autres en cyprès . La rareté des bois de construction en Egypte
donne à penser que la cargaison de l’an 13 fut importée du Levant, où les
Egyptiens allaient se fournir en grumes, et qu’elle fut donc transportée par
voie maritime.
Une telle idée est suggérée par deux reliefs de la tombe de Sahourê,
qui montrent sans la moindre ambiguïté des bateaux de mer –
reconnaissables à l’étrave et l’étambot, ainsi qu’à l’épais cordage qui court
14le long des vaisseaux . Selon Borchardt, il s’agit du départ et de l’arrivée
d’une expédition vers la Syrie, comme le donne à penser la représentation
de biens syriens dans la salle hypostyle du temple.
eLe même roi, Sahourê, est connu pour avoir équipé, dans sa 13 année
15de règne, une expédition pour le lointain pays de Pount , qu’on tend à
localiser aujourd’hui dans la province du Kassala, entre le Nil Bleu et la
16mer Rouge, au niveau du Soudan et de l’Erythrée moderne . Une telle
expédition (en l’occurrence destinée à rapporter de l’encens et du métal
précieux) en annonce bien d’autres pour la même destination, qui restera
très prisée jusqu’au règne de Ramsès II, et pour laquelle la documentation
commence à fournir des renseignements véritablement précis à partir de la
eVI dynastie.

C’est dire assez que dès l’époque de l’Ancien Empire, les conditions
d’une navigation maritime sont mises en place, et que l’infrastructure
nécessaire à sa réalisation fait même l’objet d’une attention particulière de

13 Ibid. p. 143-144 (PS r.VI.3)
14 L. BORCHARDT, Das Grabdenkmal des Königs Sahu-Re, Band I : Der Bau, Leipzig,
1910, fig. 14, p. 19.
15 T. WILKINSON, op. cit., p. 168-171 (PS v.IV.1).
16 K.A. KITCHEN, « Ancient Egyptian and Allied African Navigators’ Use of Space on
the Red Sea », dans D.A. AGIUS et alii, Navigated Spaces, op. cit., p. 59-61 (carte p. 60) ;
R. FATTOVICH, K.A. BARD, « Ships Bound for Pount », dans P. TALLET, E.-S. MAHFOUZ
(éd.), The Red Sea in Pharaonic Times, op. cit., p. 32.
15Burt Kasparian
la part des rois égyptiens, au point d’être un élément prégnant de leur
politique économique. La précision est tributaire de l’analyse des sources,
dont la répartition chronologique est déjà en soi instructive : les
déplacements maritimes qui nous sont connus le sont, en effet,
17essentiellement pour les grandes périodes de l’histoire égyptienne ,
c’està-dire celles qui sont marquées par un pouvoir central fort. A travers les
textes, on peut tenter de répondre aux questions de savoir par qui ces
expéditions sont réalisées, pourquoi et selon quelles modalités, ces
interrogations soulevant en toile de fond celles des relations internationales
dans le cadre desquelles les traversées maritimes égyptiennes ont pu
s’inscrire.

Les conditions des expéditions maritimes

Plusieurs dignitaires bien connus de l’Ancien, du Moyen, et du Nouvel
Empire relatent dans leurs inscriptions biogaphiques des actions en lien
18direct ou indirect avec la mer. C’est le cas du nomarque Ouni , qui mena
erau nom de Pépi I une expédition militaire dans le sud de la Palestine, dans
la contrée des « Têtes au nez de gazelle », en embarquant avec ses troupes
19à bord de navires. C’est le cas du nomarque Pépinakht qui, sous Pépi II,
fit campagne contre les « Asiatiques qui habitent les sables », après que
ces derniers eurent attaqué le capitaine des marins et chef des caravanes
Anânkhty, alors que ce dernier était en train de travailler – peut-être dans

17 A. MANZO, Echanges et contacts le long du Nil et de la Mer Rouge dans l’époque
e eprotohistorique (III et II millénaires avant J.-C.). Une synthèse préliminaire, BAR
International Series 782, 1999 ; G. WARNEMÜNDE, « Auf großer Fahrt. Die Ägypter als
Seefahrer », Kemet 2, 2011, p. 11-17.
18 K. SETHE, Urkunden des Alten Reichs I [= Urk. I], Lepizig, 1932, 98-110 ;
P. PIACENTINI, L’autobiografia di Uni, Principe e governatore dell’alto Egitto,
Monografie di SEAP, Series Minor 1, Pisa, 1990 ; W.K. SIMPSON (éd.), The Literature of
Ancient Egypt, Cairo, 2003, p. 402-407.
19 Urk. I, 131-135 ; A. ROCCATI, La littérature historique sous l’Ancien Empire égyptien,
Paris, 1982, p. 208-211.
16 Les voies maritimes et diplomatiques du commerce international…
20la région de Suez – à la réalisation de bateaux-kebenet pour un voyage à
Pount.
21L’inscription du dignitaire Khnoumhotep sur la tombe de Khoui ,
datant elle aussi du règne de Pépi II, dans laquelle l’auteur indique avoir
accompagné son maître, le « trésorier du dieu » Khoui, à Byblos et à Pount
à onze reprises, suggère certainement une mission de nature bien
différente, puisqu’il s’agit là de centres commerciaux avec lesquels les
22Egyptiens ont entretenu, tout au long de leur histoire, des liens étroits .
On notera le titre de Khoui, mis en avant par Khnoumhotep, que l’on
23retrouve dans d’autres inscriptions, telle la biographie de Hirkhouf , qui
fait allusion à l’expédition menée par le « trésorier du dieu » Baourded,
24sous Djedkarê-Isési. Le titre est à rapprocher de ceux de « capitaine » et
de « chef de troupe » : tous trois renvoient aux corps de fonctionnaires
dans les rangs desquels les chefs d’expéditions étaient recrutés, en
25particulier pour l’exploitation des mines du Sinaï et pour les missions
commerciales en direction de Pount. La biographie récemment découverte

20 Il s’agit là de bateaux utilisés essentiellement pour des déplacements sur de grandes
distances en Méditerranée, mais qui sont aussi en relation avec des expéditions pour Pount
(L. BRADBURY, « Kpn-boats, Punt Trade and Lost Emporium », JARCE 33, 1996, p.
37e60). La plus ancienne attestation épigraphique de tels bateaux date de la V dynastie : P.
TALLET, La zone minière pharaonique du sud-Sinaï – I. Catalogue complémentaire des
inscriptions du Sinaï, MIFAO 130.1, 2012, doc. 249.
21 Urk. I, 140-141.
22 La publication, en 2008, de nouveaux fragments du mastaba de Khnoumhotep à
Dahshour apporte une attestation nouvelle d’expédition commerciale vers le Levant pour
l’époque du Moyen Empire, avec la particularité d’un partenariat avec la cité d’Oullaza,
par préférence à celle de Byblos, pour le commerce du bois : J.P. ALLEN, « The Historical
Inscription of Khnumhotep at Dahshur : Preliminary Report », BASOR 352, Fall 2008, p.
29-39.
23 Urk. I, 120-131, W.K. SIMPSON (éd.), The Literature of Ancient Egypt, Cairo, 2003,
p. 407-413.
24 C. MERRER, « Les chanceliers du dieu (xtmw-nTr) et la Mer Rouge », Egypte Afrique
o& Orient N 41, 2006, p. 35-42.
25 E.g. : P. TALLET, La zone minière pharaonique…, op. cit., doc. 147, 148, 154.
17Burt Kasparian
26du « chancelier du dieu dans les deux grandes barques » Iny confirme
que le titre doit également être mis en relation avec des missions en
direction du Levant : on y apprend qu’Iny, officiant sous trois règnes
ersuccessifs (ceux de Pépi I , Mérenrê et Pépi II), fut missionné à quatre
reprises à l’étranger, vraisemblablement en Syro-Palestine, d’où il
rapporta du lapis-lazuli et du plomb, mais aussi des bateaux avec, à leur
bord ou dans leurs cales, de l’argent et des Asiatiques des deux sexes.
Les inscriptions relatives aux expéditions minières et commerciales se
multiplient sous le Moyen Empire, et les témoignages concernent tant les
27produits recherchés et rapportés, que les hommes partis les recueillir .
28L’inscription de Mit-Rahina permet de se faire une idée, par la longue
liste de produits bruts et manufacturés qu’elle contient, des biens importés
qui étaient particulièrement prisés par les Egyptiens (des bois de
construction, de l’argent, du cuivre, du plomb, de la cornaline, de la
turquoise, du vin, de l’huile, de l’encens, des colliers, des éventails, des
peignes, des poignards, etc., tous minutieusement détaillés en genre,
qualité et quantité, autant de biens dont la liste préfigure celles des tributs
qu’enregistreront plus tard les Annales de Thoutmosis III). Les expéditions
auxquelles elle se rapporte eurent lieu sous le règne d’Amenemhat II, qui
esemble marquer l’apogée, sous la XII dynastie, des contacts militaires et
commerciaux de l’Egypte avec le Levant, après que le fondateur de la

26 M. MARCOLIN, « Iny, a much-traveled official of the Sixth Dynasty: unpublished reliefs
in Japan », dans M. BÁRTA, F. COPPENS, J. KREJ I (éd.), Abusir and Saqqara in the year
2005, Proceedings of the conference held in Prague (June 27-July 5, 2005), Prague, 2006,
p. 282-310.
27 P. TALLET, La zone minière pharaonique…, op. cit., doc. 203, 218, 219, 248. Sur les
efforts de mobilisation, parfois considérables, requis pour l’organisation de telles
expéditions à l’époque du Nouvel Empire cf. Th. HIKADE, « Expeditions to the Wadi
Hammamat During the New Kingdom », JEA 92, 2006, p. 153-168.
28 H. ALTENMÜLLER, A.M. MOUSSA, « Die Inschrift Amenemhets II. Aus dem
PtahTempel von Memphis. Vorbericht », SAK 18, 1991, p. 1-48 (Tf 1) ; H. GOEDICKE,
« Egyptian Military Actions in “Asia” in the Middle Kingdom », RdE 42, 1991, p.
8994 ; J. MALEK, S. QUIRKE, « Memphis, 1991 : Epigraphy », JEA 78, 1992, p. 13-18 ; E.S.
MARCUS, « Amenemhet II and the Sea: Maritime Aspects of the Mit Rahina (Memphis)
Inscription, Ägypten und Levante 17, 2007, p. 137-190.
18
?Les voies maritimes et diplomatiques du commerce international…
dynastie, Menthouhotep II, les eut ranimés en suivant l’exemple des rois
de l’Ancien Empire, dont la politique extérieure fut interrompue avec la
edésagrégation de l’Etat central à la fin de la VI dynastie. La dimension
militaire des expéditions considérées est doublée d’une dimension
commerciale, qui vient la compléter pour au moins deux des six
campagnes évoquées sur le bloc de Mit-Rahina. La ligne 15, qui mentionne
« l’arrivée respectueuse des pacifiques (hotepou) de Tjeempaou », qui
« apportèrent avec eux du plomb » (djéhéti), avant la mention, aux l. 18
sq., de deux (?) bateaux-depet, dans le cadre d’une expédition au Liban qui
rapporta, entre autres choses, de l’argent, du bronze et du cuivre en grande
quantité, est peut-être significative d’un accord bilatéral de type
commercial entre l’Egypte et une localité du nom de Tjeempaou, qui
29pourrait être identifiée, s’il s’agit là d’une variante de Tjenpou, à Tunip .
La composition des corps expéditionnaires était naturellement fonction
des objectifs poursuivis, mais les sources datant du Moyen Empire, si elles
confirment l’importance des contingents militaires, notamment en termes
d’effectifs, permettent de s’en faire une idée plus précise.
30Ainsi en va-t-il de l’inscription de l’intendant Henenou (règne de
Sânkhkarê Montouhotep III), au Ouadi Hammamat, où l’on peut lire :

<9> (…) xtmty bity smr waty <10> imy-rA pr @nw Dd iw hAb-[n wi nb
anx-wDA-snb] sr skbnyt r Pwnt r in.t n=f antyw wAD m-a HKA.w Hry.w-tp
dSr.t n snD=f xt xAs.wt. aHa.n(.i) pr=kwi Gbtyw <11> Hr mTn wD.n n(=i)
Hm=f mSa Hna=i rsy m […] WAst SAa im r Iwmitrw pHt-r ^Abt iAwt nb.t
n(y).t nswt nt.yw m niwt sxt smAw m-sA(=i) mSA 2 sA.w-pr.w 4 Hr Dsr
wA.wt <12> Xr-HAt(=i) Hr sxr.t sbiw Hr nswt nw.w msw.w xAs.wt di.w
msA HAw(=i). +ADAt nb.t n(y).t Hm=f di Xr st-Hr(=i) smi=sn n(=i) wpw.wt


29 H. GOEDICKE, op. cit., p. 90-91.
30 M.M.J. COUYAT, P. MONTET, Les Inscriptions Hiéroglyphiques et Hiératiques du
Ouadi Hammamat, Le Caire, 1912, p. 81-81, pl. 31 ; W.C. HAYES, « Career of the Great
Steward Henenu under Nebhepetre Mentuhotpe », JEA 35, 1949, p. 43-49
19Burt Kasparian
<9> « (…) Le chancelier royal, ami unique, <10> l’intendant Hénou
dit : “[Mon maître Vie-Santé-Force m’a] envoyé pour conduire des
bateaux-sekebenyt vers Pount, afin de lui rapporter de la myrrhe fraîche
que possèdent les princes et chefs du désert grâce à la crainte qu’il
suscite à travers les pays étrangers. Alors, j’étais sorti de Koptos <11>
par le chemin que m’avait ordonné (d’emprunter) Sa Majesté, une
armée étant avec moi, venant du sud […] du nome thébain, de là
(= Koptos) à Gebelein et (à l’extrémité opposée) jusqu’à Shabet (=
localité près de Dendara), tous les fonctionnaires du roi qui sont dans
les villes et les campagnes associées étant derrière moi, deux
(contingents d’)armée, quatre (brigades de) policiers libérant les routes
<12> devant (moi), en tuant ceux qui se révoltaient contre le roi, des
chasseurs et des natifs assurant ma protection. La djadjat toute entière
de Sa Majesté sous mon autorité, ils me faisaient rapport sur les
missions (que je leur donnais).” »

Les expéditions au départ de la Vallée du Nil répondaient, dans leur
organisation, à une logistique complexe, qui était minutieusement pensée
pour assurer la sécurité et, partant, la réussite des opérations envisagées. Il
ressort clairement d’une autre inscription, celle qui relate les activités
er confiées au vizir Antefiqer par le roi Sésostris I sur le monument
31d’Amény , à Ouadi Gaouasis, que la djadjat – conseil de notables à
compétences administratives et juridictionnelles – jouait un rôle
déterminant dans une telle organisation, en tant qu’assemblée chargée de
la gestion des subsides destinés à l’approvisionnement des corps
32 expéditionnaires :


31 A.M.A. FAYED, « Discovery of the Site of the 12th Dynasty Port at Wadi Gawasis on
the Red Shore », RdE 29, 1977, p. 167, 171 (pl. 15 d-f, 16 a) ; D. FAROUT, « La carrière
du wHmw Ameny et l’organisation des expéditions au ouadi Hammamat au Moyen
Empire », BIFAO 94, 1994, p. 143-172 (pl. I-IV) ; D. FAROUT, « Des expéditions en Mer
eRouge au début de la XII dynastie », Egypte 41, avril 2006, p. 44-45.
32 A. PHILIP-STEPHAN, Dire le droit en Egypte pharaonique. Contribution à l’étude des
structures et mécanismes juridictionnels jusqu’au Nouvel Empire, Editions Safran,
oConnaissance de l’Egypte ancienne, n 9, 2008, p. 81.
20 Les voies maritimes et diplomatiques du commerce international…
<2> (…) wD.n Hm=f n iry-pat HAty-a […] imy-rA niwt <3> […] TAty […]
imy-rA Hwt wr.t 6 In-(i)t=f-iqr qd Haw pn n.w <4> wxr.wt n(y.wt) Gbtyw
sb.t biA(.w) Pwnt r pH m Htp r iw.t m Htp <5> apr kA.wt=sn nb.(w)t n-mrwt
mnx rwD r xt nb.t iry.t m tA pn Dr-bAH. <6> Ir.n=f mnx sp 2 mi wD.t n=f
m Hm n(y) stp-sA. %k wHmw <7> MnTw-Htp sA Imny Hr idb n(y) WAD-wr Hr
qd nn n(y) Ha.w <8> Hna DADAt Wr.w n(y).t &p-rsy &A-wr wn.t Hna=f anxw.w
wn(w) Hr idb n(y) WAD-wr <9> m mSA Hna wHmw <10> Smsw n(y) nb
anx(.w) (w)DA(.w) snb(.w) 50 imy-rA pr n(y) DADAt 1 anx n(y) Tt nt nb anx(.w)
(w)DA(.w) snb(.w) 500 sS n(y) DADAt aA.t 5 anx n(y) niwt 3200

<2> (…) Sa Majesté a ordonné au prince, gouverneur, […], chef de la
ville […], <3> vizir […], directeur de la Grande Cour des Six, Antefiqer,
de construire cette flotte <4> provenant des arsenaux de Koptos,
d’atteindre les mines de Pount pour y parvenir et en revenir en paix <5>
et de pourvoir à tous leurs travaux afin que (cela) soit parfait et réussi
plus que tout(e autre) chose réalisée dans ce pays auparavant. <6> Il a agi
de manière excellente, conformément à ce qui lui avait été ordonné dans
la Majesté du palais. Or, le héraut <7> Amény, fils de Montouhotep, était
sur la rive de Ouadj-our (= la mer, en l’occurrence, Rouge), occupé à
construire ces bateaux <8> en compagnie de la djadjat des Grands de
TaOur de la Tête-du-Sud (= nome thinite) qui était avec lui, les soldats qui
étaient sur la rive de Ouadj-Our <9> composant l’armée accompagnant
le héraut : <10> 50 escorteurs du Maître Vie-Santé-Force, 1 intendant de
la djadjat, 500 soldats de la flotte du Maître Vie-Santé-Force, 5 scribes
de la grande djadjat, 3200 soldats de la ville. »

Toute l’opération ici relatée est, comme la précédente, initiée par le
roi : cette fois, c’est le vizir qui s’est vu charger d’exécuter l’ordre, une
tâche qu’il confie à un fonctionnaire ayant la qualité de héraut, lequel a,
entre autres compétences, celle de gestionnaire et de pacificateur, et est à
la tête de la djadjat. La mission est conçue dans l’intérêt du roi et elle est
protégée militairement, mais les inscriptions qui enregistrent des rapports
de missions en établissant la liste détaillée de leurs participants, avec
précision de leurs spécialités et de leur rang hiérarchique, font aussi la part
belle aux cadres et au personnel en charge de la navigation maritime. La
21Burt Kasparian
présence de soldats sur les navires semble être une composante essentielle
des équipages, dès lors que des missions importantes, que ce soit dans le
domaine de projets architecturaux ou dans celui d’approvisonnement en
33minerais, biens et autres produits précieux et/ou exotiques, sont en jeu .
Ils sont une démonstration ostensible de puissance, ils font office de force
de protection et de dissuasion, mais aussi, à l’évidence, de pression, quand
des tractations sont requises avant d’atteindre l’objectif poursuivi, lorsque
celui-ci est d’ordre commercial. Dans le cas de l’inscription d’Amény,
l’opération qui est envisagée ne semble pas, a priori, relever du
commerce : on est en présence d’un projet d’extraction minière, dans un
pays lointain, qui ne suppose pas, à première vue, un échange, mais est
peut être malgré tout la résultante de tractations antérieures, ayant pour
objet une concession d’exploitation exclusive au bénéfice des Egyptiens.
L’analyse des sources invite toujours à la prudence, surtout lorsqu’elles
cadrent avec un discours attendu, en phase avec l’idéologie officielle, qui
met en exergue la puissance royale.
Ce qui est certain, c’est que les époques de pouvoir unifié et fort,
Ancien, Moyen et Nouvel Empire, s’accompagnent systématiquement
d’expéditions militaires et de l’annexion, à chaque fois que cela est
possible, des territoires conquis, afin de s’accaparer leurs richesses. La
domination militaire et économique se veut écrasante et même, parfois,
humiliante, si on songe par exemple que le bois utilisé dans la région
ed’Assouan au III millénaire était en majorité de l’acacia qui pourrait
34provenir de Nubie, comme l’a déclaré Ouni dans sa biographie , soit une
région qui en était plus pauvre encore que l’Egypte.

33 er Voir l’inscription d’Ânkhou (an 24 de Sésostris I ) dans D. FAROUT, Egypte 2006,
p. 45-46 : « le directeur de la flotte (imy-rA Haw), commandant des équipages (xrp apr.w),
aller vers le sud avec les régiments de recrues (DAmw n(y) nfrw.w), scribes des greniers
du service du vizir, directeur des fondeurs d’or (imy-rA nbwyw), recrues (nfrw) : 400).
34 Urk. I, 108, 13-15 : Ouni indique qu’il a été envoyé creuser cinq canaux en
HauteEgypte et faire trois barques-ousekhet, ainsi que cinq barques-satj en acacia (shenedj) de
Nubie.
22 Les voies maritimes et diplomatiques du commerce international…
La logique de l’annexion est celle qui est systématiquement retenue à
partir du Moyen Empire et du Nouvel Empire pour la Nubie. Il s’agit
d’avoir un accès direct à ses produits précieux (or, cuivre, ivoire, ébène,
animaux exotiques) et de contrôler la navigation sur le Nil, mais aussi les
routes empruntées par les caravanes, en établissant notamment des points
de contrôle, comme à Semna, où une forteresse érigée dès le Moyen
Empire permettait de filtrer à la fois les personnes et les biens, tout en
centralisant les ressources. De tels points de contrôle existent également
au nord et indiquent clairement que le commerce avec l’extérieur
commençait et s’arrêtait, au sens littéral, aux frontières de l’Egypte. Il est
significatif, de ce point de vue, que les sources iconographiques n’aient
35enregistré la trace que d’une seule caravane de 37 Asiatiques , des
bédouins autorisés à venir jusqu’en Moyenne Egypte en l’an 6 de Sésostris
36II. Quand on envisage le conte de Sinouhé , qui nous relate l’histoire d’un
Egyptien qui a fui l’Egypte avant d’être appelé à y retourner, on apprend
encore que l’entrée sur le territoire égyptien lui est réservée à lui seul, parce
qu’il est Egyptien, et les Syriens qui l’accompagnent doivent se contenter
de rester aux portes de l’Egypte, avec des cadeaux diplomatiques qui leur
sont toutefois remis :

Iw.t pw ir(w).n bAk-im m xntyt. @db.n=i Hr WAwt-@r Tsw im nty m-sA
pXrt hAb=f wp(w)t r Xnw r rd.t rx.tw. Rd.in Hm=f iw.t (i)m(y)-r(A) sxty.w
mnX n pr-nswt aHa.w ATp.w m-xt.f Xr Awt-a nt xr nswt n %t.yw iw(w)
msA=i Hr sb.t=i r WAwt-@r. _m.n=i wa im(.sn) nb m rn=f iw wdp nb Hr
ir.t=f. ^sp.n=i fA.n=i TAw Sbb(.w) atx(.w) tp-mAa=i r pH.t=i dmi n ITw.
@D.n rf tA dwA sp 2 iw iw(.w) iAaS n=i 10 (n) s m iw.t 10 (n) s m Sm.t Hr
sTA=i r aH.

(B241-249) « Puis le serviteur que je suis s’en alla vers le Sud.
(Lorsque) je me suis arrêté aux Chemins-d’Horus, le commandant qui

35 P.E. NEWBERRY, Beni Hasan, Part I, EEF ASE 1, 1893, p. 9 et pl. 30, 31 et 38.
36 P.Berlin 3022 et P.Berlin 10499 verso ; P. LE GUILLOUX, Les aventures de Sinouhé :
Texte hiéroglyphique, translittération et traduction commentée, Angers, Cahier ISIS 4,
2002 ; Cl. CARRIER, Anthologie des écrits de l’Egypte ancienne, Paris, 2013, p. 143-156.
23Burt Kasparian
s’y trouvait et qui avait en charge la patrouille frontalière envoya un
message à la Résidence pour faire en sorte que l’on soit informé. Alors,
Sa Majesté fit venir un chef efficace des paysans du domaine royal,
(pendant que) des bateaux chargés étaient à sa suite, portant des
cadeaux royaux pour les Asiatiques qui étaient à ma suite pour me
protéger jusqu’aux Chemins-d’Horus. J’ai appelé chacun d’eux par son
nom, (pendant que) chaque échanson se mettait à ce qu’il avait à faire.
(Puis) j’embarquai (et) je naviguai à la voile], (la bière) étant brassée et
filtrée à mon côté, jusqu’à ce que j’atteignisse le port d’Itjou.
Quand la terre s’éclaira enfin, donc, à l’aube, un appel me parvint : dix
hommes arrivèrent et (ces) dix hommes (re)partirent en m’emmenant
au palais. »

Les points d’accès des produits étrangers sur le sol égyptien ne nous
sont pas tous connus, mais il ne fait pas de doute qu’ils ont dû augmenter
en nombre, ou à tout le moins, pour ceux existants, voir leur importance
économique s’accroître avec la multiplication des échanges commerciaux
eau II millénaire. L’intensification de l’activité égyptienne dans le Sinaï,
e ede la XVIII à la XX dynastie, vient refléter une expansion économique
qui ne connaît d’autres limites que les ambitions des pharaons et
l’hégémonie politique qu’ils réussissent à gagner, par la force des armes,
sur la scène internationale.
A Sérabit el-Khadim, une inscription atypique vient étayer, pour le
37règne d’Amenhotep III , l’idée d’une activité commerciale dans une zone
portuaire de la mer Rouge, qui se traduit en l’occurrence par l’arrivée de
bateaux pountites, sans qu’il y ait en apparence débarquement de leur
équipage, mais avec réception de leur cargaison par une délégation
conduite par un scribe royal et superintendant du trésor du nom
d’Amenmès :

37 H.W. HELCK, « Die Sinai-Inschrift des Amenmose », MIO Band II, heft 2, 1954,
p. 189-207.
24 Les voies maritimes et diplomatiques du commerce international…
<16> (...) sS <17> pn Dd=f [i]w Sms.n=i nb=i Hr xAst nDr.n=i sp
rd(.w)=f m Hr=i. Pri.n=i Hr gs.wy WAD<18>-wr r sri biAyt nw Pwnt r
Ssp.t tA kmit n stit ini<.t> wr<19>w-m xnmti m bAkt xAs.(w)t nn rx rmT.
Ist=wi ii.kwi grt xnd[.n]=i xAst <20> nTrt Tn. #rp.n=i kAt nit mfkt
sSp.n=i [ixt im=s] qAb (...) <22> (...) [...] +Ai[.n=i] WAD-wr iw [mni.n=i
(?)] <23> [m H]s.t Iiw. Ist mSa wn r xt=i aD.w nn nhw=f [mH r Dr=f] m
spr=f [r] niwt=i [m Htp]
<16> (…) Ce scribe <17> déclare : « [Je] suivis mon maître dans le
pays étranger et je remplis la mission qu’il m’avait confiée. Je partis sur
les côtes (ou des deux côtés) de <18> la mer, pour devancer (litt. :
annoncer) les merveilles de Pount et recevoir la résine odorante, que les
Grands apportèrent <19> dans des bateaux comme taxe-baket des pays
que personne ne connaît. Je vins (là) après que j’eus parcouru le pays
de <20> cette déesse. Je supervisai l’exploitation de la turquoise et
j’obtins [les choses qui étaient là] en double (…). <22> (…) […] [Je]
naviguai sur la mer et [j’accostai (?)] <23> [en revenant] de Iiou. Or, la
troupe qui m’accompagnait est saine et sauve, il n’y eut pas de perte,
[au complet] à son arrivée [dans] ma ville [en paix]. »
Les merveilles de Pount sont associées dans le texte à des taxes
collectées par les chefs de Pount, des chefs dont la pluralité suggère un
partage d’autorité sur un territoire morcelé en plusieurs entités, voire une
mosaïque d’entités géographiques et culturelles distinctes présentées, à
l’instar de ce qu’on peut lire dans la biographie de Henenou, comme
38khasout, « pays » (litt. : « pays étrangers ») – sous-entendu : de Pount .
La présentation des produits précieux originaires de Pount comme des
taxes est pour autant un abus de langage, car les termes biayt et baket sont
39exclusifs l’un de l’autre , et si l’auteur de l’inscription n’a pas voulu les
assimiler, mais plus simplement les combiner, alors cela signifie, à

38 Sur les Grands de Pount, cf. K.A. KITCHEN, « The Land of Punt », dans T. SHAW,
P. SINCLAIR, et al. (éd.), The Archaeology of Africa. Food, Metals and Towns, London,
1993, p. 587-608
39 Sur la différence entre ces termes et le sens des dons-inou, cf. S. HALLMANN, Die
Tributszenen des Neuen Reiches, ÄAT 66, Wiesbaden, 2006, p. 323-333.
25Burt Kasparian
l’inverse de ce qui vient d’être dit, que le terme khasout vise d’autres
régions ou localités que celles des Pountites, dont ces derniers auraient
recueilli les taxes en agissant comme intermédiaires au bénéfice de
l’Egypte. Il est très tentant en tout cas de lier l’activité d’extraction minière
dans le Sinaï dont il est fait mention, à la réception des produits en
provenance de Pount : dans ce cas, la turquoise aurait été utilisée, au moins
en partie, pour payer les produits-biayt importés. Si l’hypothèse est exacte
et que la localité (Iiou) dont il est question se trouve, comme on peut être
invité à le penser à la lecture du texte, sur la rive où accostèrent les
commerçants de Pount, alors c’est là qu’Amenmès aurait pris livraison des
produits exotiques avant de les rapatrier par mer en Egypte.
Il convient cependant, encore une fois, de souligner le caractère
conjectural de la proposition. On peut aussi comprendre le texte autrement,
en ayant une lecture des faits plus simple : les commerçants pountites se
seraient contentés de longer la côte africaine en la remontant par
40cabotage , et ce serait à l’un des points d’ancrage de celle-ci qu’Amenmès
les aurait rencontrés. Le fait marquant est, en tout état de cause, cette
mention de commerçants étrangers, qui s’aventurent sur la mer Rouge
jusqu’aux côtes égyptiennes : il est indéniable que les Egyptiens n’y
avaient pas le monopole de la navigation, même si toutes les autres sources
évoquant des déplacements en lien avec la région de Pount les attribuent à
eux seuls. C’est dire que contrairement au Nil, qui ne semble pas avoir
suivi le même régime parce qu’il se confondait avec l’Egypte toute entière,
la mer était perçue comme un espace commun, une res communis au sens
romain du terme, qu’il n’était pas envisageable, même pour l’Etat le plus
puissant de la région, de chercher à s’accaparer.

40 Sur les bateaux des Pountites, qui n’étaient pas conçus pour accomplir de grands
voyages : A.A. SALEH, « An Open Question on Intermediaries in the Incense Trade
during Pharaonic Times », Or 42, 1973, p. 370-382. Compte tenu de la distance, très
éloignée, de Pount, les commerçants dont il est question ont dû venir d’une localité qui
leur servait de point de jonction ou base commerciale intermédiaire entre leur pays
d’origine et l’Egypte.
26 Les voies maritimes et diplomatiques du commerce international…
La mer, à la fois espace et moyen de communication entre des hommes
issus d’horizons divers, était propice à des échanges commerciaux qui
suivaient toujours, quand ils ne les précédaient pas, des contacts
diplomatiques, le commerce ayant besoin, on le sait bien, de la paix pour
prospérer.
La diplomatie au service du commerce maritime
Si les ports sont, du point de vue des échanges internationaux, les lieux
où l’activité commerciale trouve le mieux à s’exprimer, jusqu’au
eXII siècle celle-ci a, partout, le Palais pour raison d’être première et
comme destination finale, même si des initiatives privées ont pu être
conduites par les élites pour s’approvisionner en produits étrangers, et
même s’il est parfaitement envisageable que les agents missionnés par les
41rois aient pu, aussi, parfois, agir pour leur propre compte . Les contacts
de l’Egypte avec le Levant par la voie maritime sont aussi reculés que ceux
qu’elle a pu établir avec le Sud, mais ils sont régis par un pragmatisme qui
contraint l’Egypte au compromis, notamment pour son approvisonnement
en bois, qui était une nécessité vitale pour elle, et qu’elle se procurait en le
négociant contre d’autres biens, comme le papyrus ou les produits précieux
issus des contrées placées sous sa domination. La logique de la négociation
n’est pas celle dont les textes égyptiens rendent compte avec le plus de
transparence, les tractations étant le plus souvent habillées dans un exposé
des faits volontairement édulcoré, qui les présente à l’avantage de la partie
égyptienne, quand elles ne sont pas tout bonnement occultées : ce que
l’Egypte obtient est ce qui lui est dû, et cela n’appelle pas de contrepartie,

41 L’existence de groupes de marchands semi-indépendants a pu être établie, déjà, à
l’époque minoenne, mais ne peut être systématisée pour l’Âge du Bronze, même si le
Proche-Orient fournit d’autres témoignages intéressants : P.M. WARRREN, « A Merchant
Class in Bronze Age Crete. The Evidence of Egyptian Stone Vessels from City of
Knossos », dans N.H. GALE (éd.), Bronze Age Trade in the Mediterranean. Papers
Presented at the Conference held at Rewley House, Oxford, in Decembre 1989, Studies
in Mediterranean Archaeology XC, 1991, p. 295-301.
27Burt Kasparian
ou du moins il n’est pas utile de préciser celle-ci dans le compte rendu a
posteriori de l’opération concernée.
Pour le nord, le document qui fait allusion de la manière la plus
explicite à des échanges commerciaux de type maritime entre l’Egypte et
la côte du Levant est le fameux récit d’Ounamon, qui date du règne de
42Ramsès XI . Le texte montre que les relations entre l’Egypte et Byblos
43étaient à la fois commerciales et diplomatiques , et soumises à des règles
et modalités précises. Ounamon fait office de commissionnaire, un statut
qu’il convient de souligner du point de vue juridique, car c’est en tant que
factor, et non comme mercator, qu’il agit : la qualité définit l’action, en
même temps que les limites de l’opération commerciale à laquelle elle
répond. Ounamon est chargé de se procurer du bois de cèdre pour la
construction de la barque sacrée d’Amon, et il se montre prêt à payer pour
cela avec des objets de valeur, même s’il tente, au début de sa négociation
avec le roi de Byblos, de l’obtenir gratuitement, en inscrivant
l’approvisionnement de l’Egypte en bois dans un usage auquel le roi de
Byblos ne saurait se soustraire, parce qu’il est passé depuis longtemps en
coutume. La précision a un caractère anecdotique, mais elle rappelle que

42 P. Moscou 120 ; A.H. GARDINER, LES, BiAeg 1, 1932, p. 61-76 ; B.U. SCHIPPER, Die
Erzählung des Wenamun, Ein Literaturwerk im Spannungsfeld von Politik, Geschichte
und Religion, OBO 209, Fribourg, 2005 ; E. WENTE (éd.), The Libyan Anarchy:
Inscriptions from Egypt’s Third Intermediate Period (R.K. RITNER trad.), Society of
Biblical Literature 21, Atlanta, 2009, p. 87-99. Le récit rend compte de l’existence d’une
saison commerciale pour les échanges internationaux en Méditerranée, comprise entre
mai et septembre : C. SAUVAGE, « L’Existence d’une saison commerciale dans le bassin
oriental de la Méditerranée au Bronze récent », BIFAO 107, 2007, p. 201-212.
43 G. BUNNENS, « La mission d’Ounamon en Phénicie. Point de vue d’un
nonégyptologue », Rivista di Studi Fenici 6, 1978, p. 1-16 ; R. DE SPENS, « Droit international
eet commerce au début de la XXI dynastie. Analyse juridique du rapport d’Ounamon »,
dans N. GRIMAL, B. MENU (éd.), Le commerce en Egypte ancienne, BdE 121, 2008, p.
105-128 ; J. BAINES, « On the background of Wenamun in inscriptional genres and in
topoi of obligations among rulers », in D. KESSLER, R. SHYLZ, M. ULLMANN, et al. (éd.),
Texte – Theben – Tonfragmente. Festschrift für Günter Burkard, ÄAT 76, 2009, p.
2736 ; G. HOMSY-GOTTWALLES, « Le commerce de Byblos à l’Age du Fer à la lumière du
récit d’Ounamon et des données archéologiques », BAAL Hors-Série VI, 2009, p.
419426. Sur le
28 Les voies maritimes et diplomatiques du commerce international…
l’audace fait partie du jeu, subtile, de la négociation : dans la misson qui
lui est confiée, Ounamon dispose d’une grande latitude, sa marge de
manœuvre pour aboutir à un accord ayant pour seule limite le plafond du
prix qui lui a été fixé avant de quitter l’Egypte.
L’intérêt du document est de marquer le passage d’une tradition
commerciale à une autre : celle du Bronze ancien, dans laquelle le
commerce à longue distance est une affaire et un monopole d’Etat, à celle
de l’Age du Fer, dans laquelle le dynamisme du négoce est assuré par des
particuliers dont la motivation première est le profit qu’ils peuvent tirer
44des opérations qu’ils réalisent . Ounamon apparaît en effet comme le
représentant d’un type de commerce sur le déclin, auquel vient se
substituer celui contrôlé par des firmes d’armateurs puissamment
45organisées, avec lesquelles les Etats doivent apprendre à composer .
Un passage du récit d’Ounamon est particulièrement éloquent de ce
point de vue, qui se trouve dans cette adresse que le roi de Byblos fait à
Ounamon :
Nn (= in) mn 20 n mnS.w <1/59> d(y) n tAy=i mr(.t) iw=w n xbr irm
Nsy-sw-BA-nb-Dd(.t) ir pAy +ddnA <2/1> pA ky i-sS=k r=f nn (=in) mn
k.t 50 n byr n-im iw=w n xbr <2/2> irm Wrktr iw i-ir=w itH r pAy=f pr
« N’y a-t-il pas 20 navires <1/59> ici dans mon port, qui sont en
“relations d’affaires” avec Smendès ? Quant à Sidon, <2/1> l’autre
(ville) où tu es passé, n’y a-t-il pas là 50 autres bateaux qui sont en

44 E.W. CASTLE, « Shipping and Trade in Ramesside Egypt », JESHO XXXV, 1992,
p. 239-277 ; C. SAUVAGE, « Quelques figures de commerçants d’après les textes
égyptiens et ougaritiques au Bronze récent », in Autour de Polanyi. Vocabulaires,
théories et modalités des échanges. Nanterre, 12-14 juin 2004, P. ROUILLARD (dir.)
Colloques de la Maison René-Ginouvès 1, Paris, 2005, p. 155-170 ;

http://ephe.academia.edu/AmauryPétigny/Papers/1139907/Les_relations_egyptogibilites_entre_le_XIe_et_le_VIe_s._av._J.-C._regards_croises
45 http://ephe.academia.edu/AmauryPétigny/Papers/1139907/Les_relations_egypto-_s._av._J.-C._regards_croises
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