RENAISSANCE ET HUMANISME

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DEVOIR 7 ORAL Objet d’étude : Vers un espace culturel européen : Renaissance et humanisme Ce texte est un extrait de « Gargantua », roman écrit en 1534 par Rabelais (1494 ?-1553). Rabelais se situe dans le courant humaniste qui se développe au XVème siècle et se réfère aux textes antiques des Grecs et Romains anciens. Moine, médecin, écrivain, Rabelais, homme de la Renaissance, allie sa vie durant, sa foi en Dieu, des discours anticléricaux, une pensée humaniste et un sens de la farce. Ses deux œuvres majeures sont « Gargantua » et « Pantagruel ». Gargantua relate l’histoire d’un géant qui aide son père à gagner la guerre contre Picrochole avec Frère Jean des Entommeurs, celui-ci, contribuant à la victoire, Gargantua décide de lui offrir l’abbaye de Thélème. Cet extrait se situe dans la dernière partie du roman, après de nombreux chapitres consacrés à la guerre. Ces chapitres consacrés à l’abbaye créent un contraste par leur caractère utopique. Ils évoquent le mode de vie des Thélémites dans une abbaye qui fonctionne à l’inverse des abbayes traditionnelles. Ce texte contient à la fois de la narration et de la description. Il nous présente une abbaye sans Dieu. S’agit-il d’une pure provocation de l’auteur ? Quelle vision de l’homme se dégage de cette description argumentée ? Rabelais fonctionne par antithèse, ce chapitre s’opposant au chapitre XXVII : les moines psalmodiaient en latin, buvaient, récitaient des prières.
Publié le : mardi 11 septembre 2012
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DEVOIR 7 ORAL
Objetdétude: Vers un espace culturel européen: Renaissance et humanisme
Ce texte est un extrait de « Gargantua », roman écrit en 1534 par Rabelais (1494 ?-1553). Rabelais se situe dans le courant humaniste qui se développe au XVème siècle et se réfère aux textes antiques des Grecs et Romains anciens. Moine, médecin, écrivain, Rabelais, homme de la Renaissance, allie sa vie durant, sa foi en Dieu, des discours anticléricaux, une pensée humaniste et un sens de la farce. Ses deux œuvres majeures sont « Gargantua » et « Pantagruel ». Gargantua relate l’histoire d’un géant qui aide son père à gagner la guerre contre Picrochole avec Frère Jean des Entommeurs, celui-ci, contribuant à la victoire, Gargantua décide de lui offrir l’abbaye de Thélème.
Cet extrait se situe dans la dernière partie du roman, après de nombreux chapitres consacrés à la guerre. Ces chapitres consacrés à l’abbaye créent un contraste par leur caractère utopique. Ils évoquent le mode de vie des Thélémites dans une abbaye qui fonctionne à l’inverse des abbayes traditionnelles.
Ce texte contient à la fois de la narration et de la description. Il nous présente une abbaye sans Dieu. S’agit-il d’une pure provocation de l’auteur ? Quelle vision de l’homme se dégage de cette description argumentée ?
Rabelais fonctionne par antithèse, ce chapitre s’opposant au chapitre XXVII : les moines psalmodiaient en latin, buvaient, récitaient des prières.
Nous étudierons dans un premier temps la liberté, puis une abbaye inversée et enfin l’idéal humaniste et la critique qu’émet Rabelais à l’encontre du clergé.
Nous constatons une devise étonnante de la part de l’auteur : « Fais ce que voudras », hymne au plaisir et à la liberté, qui est une transformation de la devise de Saint Augustin : « Aime Dieu, et fais ce que tu veux». Or,ici, on ne prie plus Dieu, il y a une absence de règles religieuses sauf le mariage final (oublis de la règle de chasteté, absence de Dieu).
L’expression de la liberté par la devise « Fais ce que voudra » implique une simplicité du commandement.
Il existe un caractère gnomique « non par des lois, des statuts ou des règles mais selon leur volonté et leur libre arbitre » (lignes 1 et 2).
Rabelais utilise une anaphore avec « quand bon … » (ligne 2), et une accumulation « nul ne les… », «nul ne l’est …’ »,« , «ni », « ni » (lignes 4 et 5).
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La liberté est réservée à une élite qui nécessite des qualités innées : « des gens libres, bien nés, instruits » (ligne 9), « par instinct » (ligne 9),« honneur » (ligne 9). Ils tendent librement àla vertu qui est valable pour l’homme.
Il existe un programme d’apprentissage ambitieux et ils doivent en être capables. Cela permet le développement d’une vie en société harmonieuse , omniprésente dans ce texte.
Rabelais utilise des figures de style pour exprimer liberté « quand bon leur semblait » et « quand le désir leur venait » (ligne «3) pourinsister sur une totale liberté. Il entretient et augmente le mystère.
Avec les vertes « buvaient, mangeaient, travaillaient, dormaient, nous avons une énumération de verbes à l’imparfait qui d’une une valeur d’habitude.
« Nul/nul », « ni/ni » (lignes 4 et 5) sont des anaphores assorties de points de suspension qui insistent sur une entière liberté.
« Fais ce que voudras » , avec son verbe à l’impératif exprime un paradoxe, une anti-règle.
ème Avec l’anaphore du 2paragraphe « si … tous » (lignes 17 et 19), Rabelais met en scène cette liberté.
Il n’existe pas d’individualisme, ce qui est exprimé par « l’un », « l’une, », « nous », (lignes 17 et 18).
La règle ne constitue qu’une contrainte. Nous le découvrons par son champ lexical : « obligeait » (ligne 4), « asservit » (ligne 11), « contraignante sujétion » (ligne 11), « joug de servitude » (ligne 12).La règle est de ne pas avoir de règles et l’absence de contraintes se situe déjà dans le nom, mais aussi dans la clause « Fais ce que tu voudras ».
La règle est également représentée par son champ lexical : « lois, statuts, règles » (ligne 1), « règle » (ligne 6).
La soumission existe également, ce qui est contraire à la nature de l’homme. « Nous »(ligne 14).
Le champ lexical de la liberté est très développé, ainsi que des contraintes annulées par la négation. Ce champ lexical est mis en opposition avec celui de la contrainte.
C’est un monde qui obéit à la nature et non à des règles ou à des lois. Il y a aussi une liberté liée au temps.
L’homme est poussé naturellement à faire le bien, l’homme est vertueux naturellement, grâce à l’honneur, « à l’aiguillon » (ligne 2).
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Nous aborderons maintenant le point de l’abbaye inversée.
Il s’agit d’un univers merveilleux et utopique, mais basé sur un univers élitiste, aristocratique. Elleest basée sur la tenue, les loisirs : « bien nés, bien éduqués » (ligne 8), « joliment » (ligne 21), « si élégantes et mignonnes » (ligne 29), ainsi que d’autres termes énoncés de la ligne 16 à 31. Il s’agit donc d’un lieu où les êtres sont parfaits (beaux, jeunes, bien nés, éducation complète de type humaniste, courageux …), ce qui est opposé au vœux de pauvreté.Il y a une sélection à l’entrée, chose étonnante dans une abbaye. Les dévots sont refusés. Il y a une sélection en fonction de l’âge, du physique, des connaissances, de la naissance (des nobles), ce qui est contraire à tous les principes chrétiens, le seul critère étant la foi.
Ils n’ont aucun horaire afin de prier Dieu, ce qui est opposé au vœu d’obéissance.
Il y a une énumération de verbes à l’imparfait : « buvaient, mangeaient, travaillaient, dormaient quand le désir venait » qui expriment le mode de vie idéal qu’observent les habitants de l’abbaye de Thélème, qui évoque l’oisiveté.
Lors de l’entrée dans les ordres, le novice doit faire vœu de chasteté, de pauvreté et d’obéissance, or l’abbaye est mixte, le mariage y est temporaire et le séjour temporaire.
De la ligne 8 à 11, Rabelais est ambigu, dans la mesure où les personnes sont dirigées vers la vertu, l’honneur quand elles sont libres alors que les règles poussent à les outrepasser. Cela suppose que ceux qui se dirigent vers la vertu sont cieux qui sont bien nés et bien éduqués. Rabelais, en même temps qu’il formulait implicitement une condamnation de la vie monastique traditionnelle, voulait aussi démontrer que la morale d’une élite pouvait être celle de tous les hommes, à condition que l’acquisition de tout le savoir de leur temps fasse d’eux des adultes. En opposant le libre arbitre à la règle imposée, il fait confiance à l’homme. Thélème veut montrer la valeur d’une expérience qui peut être généralisée, étendue à tous les hommes dès qu’ils se seront montrés dignes de se gouverner eux-mêmes.
Cet univers est fortement marqué par l’héritage médiéval, l’idéal courtois des chevaliers et de leurs dames,comme la chasse« chasser » (ligne 19), « chasser au vol ou à courre » (lignes 19 et 20),ou par le registre de la musique, de l’instruction (lignes 24 et 25).Cela rappelle le roman courtois alors que la liberté prônée dans cette abbaye et la référence aux Evangiles à travers le nom de l’abbaye évoquent beaucoup plus la Renaissance.
Cette abbaye est une anti abbaye. Toutes les fonctions sont contraires aux abbayes traditionnelles : absence de règles, absence de vœux.
Nous possédons donc tous les ingrédients d’un univers utopique, d’un conte de fée, à l’inverse de la réalité.
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Le langage est celui de l’éloge d’une société, exprimé par un vocabulaire laudatif, l’anaphore « jamais on ne vit » . Des principes moraux sont instaurés ainsi qu’une morale libre et non imposée,ainsi qu’un choix volontaire de principe de vie «vers la vertu » (ligne 12 ».
L’abbaye de Thélème est unexemple concret de libération, étant donné que leurs lois se résument à « fais ce que voudra », c'est-à-dire ce que bon leur semble. Dans cette abbaye, toutes les lois monacales sont brisées. Elle relève de l’utopie où l’on retrouve les grandes idées humanistes comme l’intérêt pour toute forme de connaissances.
Pour terminer, nous étudierons l’idéal humaniste évoqué dans ce texte ainsi que la critique sous-jacente.Ce texte est construit sous la forme d’un éloge, d’une société idéale, utopique qui se manifeste par des hyperboles, des énumérations. Tout y est parfait et rendu par des comparatifs, superlatifs, sans aucune nuance.« si preux, si nobles, si habiles » (ligne 26), « si élégantes, si mignonnes, moins ennuyeuses, plus habiles » (lignes 28 et 29) ;
L’auteur veut faire passer un message humaniste, mais derrière toute cette utopie, il y a une critique de la société telle qu’elle était et émet une satyre du clergé tel qu’il vivait à son époque, et surtout le clergé régulier. Il critique la société actuelle, les interdits fixés par l’Eglise.
Mais il faut replacer ce texte dans le contexte de contestation de l’église et en particulier le mouvement évangéliste dont fait partie Rabelais.
Les institutions religieuses ont toujours condamné les œuvres de Rabelais car elles avaient vu le danger que celles-ci représentent. Rabelais à travers cet extrait évoque ce qui contrarie et mutile la nature : la morale religieuse, l’ascétisme catholique, le rigorisme huguenot, le jeûne, la claustration, points qui excitent le mépris ou l’indignation de celui-ci.
Rabelais donne des arguments pour justifier sa devise. Narrateur et philosophe, il utilise le présent de vérité générale (lignes 11 et 12 «quand une vile et contraignante sujétion les abaisse … ».
Rabelais critique la Sorbonne, car cette faculté de théologie tient à conserver ses privilèges acquis par le passé. Rabelais affirme que le clergé est ignorant et possède des lacunes intellectuelles. De plus, il reproche aux moines leur hypocrisie, leur stupidité dans l’emploi d’expressions latines.
Rabelais dresse ici un lieu idéal. Thélème est une utopie, caractéristique de l’humanisme. Rabelais ne cherche pas uniquement à divertir, mais aussi permet au lecteur d’accéder à une réflexion, à un message.
Rabelais construit dans Thélème une société nouvelle de par l’enseignement de l’abbaye tourné vers le futur. Or, la finalité n’est pas de rester éternellement à
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l’abbaye et Rabelais pose la question, y a-t-il une possibilité d’évolution ? L’utopie n’a pas d’évolution car elle est figée dans le temps. Or, dans la logique, l’évolution est synonyme de progrès dans le temps.
Ce texte, situé à la fin de « Gargantua » rappelle les idées de l’humaniste Rabelais, comme la confiance totale en la nature humaine qui n’admet pas la notion du péché originel.
L’évocation de l’Abbaye de Thélème dans l’œuvre « Gargantua » permet à Rabelais de critiquer la société contemporaine, de transmettre les différentes valeurs humanistes et de les mettre en avant. Il fait de ce texte une utopie humaniste, en imaginant une micro société, plaçant l’homme au centre de tout, comme dans l’idéologie humaniste.
Il faut donc voir dans les règles morales que les thélémistes s’imposent librement eux-mêmes, une profession de foi humaniste et la solennelle proclamation de l’idéal humain de la Renaissance.
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