A méditer Gonzague de Sallmard, Femme = Danger ? éd. Homnispères ...

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A méditer Gonzague de Sallmard, Femme = Danger ? éd. Homnispères ...

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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A méditer
Gonzague de Sallmard,
Femme = Danger ?
éd. Homnispères
collection Décrypt’Age
Diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, Gonzague de Sallmard est professeur de
Sciences Economiques et Sociales. Depuis de nombreuses années, il consacre ses travaux
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recherches à la question du statut de la femme dans la société. L’essai dont il est question ici
est le fruit d’un long travail très bien documenté, ainsi qu’en témoignent les notes et la
bibliographie.
Le titre en forme de question donne à réfléchir. Est-ce vrai ? Si oui, pourquoi ? Et sinon,
comment en est-on arrivé à cette mise en garde ?
Dès les premiers temps, l’homme a dû être fasciné, effrayé
- et jaloux ?- de la capacité de la
femme à mettre au monde des êtres vivants, et des êtres vivants des deux sexes. Elle devenait
donc
ipso facto
son
créateur
– son maître. Et probablement, la femme en ces temps reculés a-
t-elle été adorée et crainte comme les autres forces de la nature, peut-être davantage puisque
l’existence de l’humanité passait par son seul ventre.
Quand l’homme a compris le rôle qu’il jouait dans la procréation, il a voulu reléguer la
femelle au rang de simple réceptacle de sa divine semence. Et s’est déclaré, lui, le mâle, l’être
humain de référence. La femme n’étant que l’élément subsidiaire, secondaire, inférieur. Qu’il
fallait à tout prix maintenir dans cet état d’infériorité pour garder le pouvoir. A n’importe quel
prix. En l’accablant de tous les défauts, de toutes les tares et de toutes les menaces. Voilà
comment
femme
est devenue
danger
.
Le plus grand danger étant naturellement que la femme, qui n’a rien à envier à l’homme sur
aucun plan, sauf celui de la force musculaire, ne s’instruise, ne réfléchisse et ne se rebelle
contre cette mainmise de l’homme sur toute la société. Faisant perdre au mâle le pouvoir sur
lequel il trône depuis la nuit des temps.
L’essai est divisé en deux parties. La genèse du mythe et la mutation du mythe. Suivant au
cours de siècles – des millénaires – l’écrasement constant de la femme par le monde des
philosophes, des clercs et des médecins, le monde politico-économico-social lui emboîtant
allègrement le pas.
Le paroxysme de cette haine des femmes étant constitué par la chasse aux sorcières, qui
finalement semblait assez logique. L’homme étant créé à l’image de Dieu, la femme, son
pendant, ne pouvait que se référer au diable, pendant de Dieu. Puisqu’il semble que l’homme,
éminemment logique, n’arrive pas à concevoir autre chose qu’une vision manichéenne
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monde. Binaire. Noir ou blanc. Ignorant toute la gamme des couleurs du spectre.
En toute fin d’essai, l’auteur conclut que
le mythe de la femme dangereuse est en train de se
lézarder
bien que
le sexe dit faible reste encore trop souvent suspect à nos yeux
(d’hommes ?)
[…] Il y a de réelles raisons d’espérer que l’homme du XXIe siècle comprenne enfin que le
partage du pouvoir est avant tout une source d’enrichissement pour tous.
Malheureusement, comme il le souligne dans le paragraphe suivant,
la pacification des moeurs
ne concerne manifestement qu’une partie de l’humanité
. Car Gonzague de Sallmard ne s’est
attaché qu’à l’évolution du statut de la femme occidentale. Et de rappeler que
des centaines
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millions de femmes vivent aujourd’hui encore dans des conditions inadmissibles. […] Les
intégrismes et autres fondamentalismes qui menacent la civilisation occidentale nourrissent
tous « comme un seul homme » le plus profond mépris pour la femme. […] Notre société est
donc à la croisée des chemins. L’avenir peut être porteur d’un formidable espoir comme il
peut consacrer le grand retour de l’obscurantisme.
A nous de voir ce que nous voulons. Rester où nous en sommes et continuer notre lente
progression vers une humanité à deux pans équilibrés. Ou régresser de plusieurs siècles
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retrouver une humanité amputée de sa moitié. Boiteuse.
Un ouvrage à lire, clair et agréable, pour comprendre pourquoi depuis la nuit des temps,
l’homme s’est ingénié à distinguer, séparer, opposer et hiérarchiser les individus mâles et les
individus femelles de l’espèce humaine. Alors qu’il est évident que les similitudes sont bien
plus nombreuses que les différences et que les deux sexes se complètent à merveille.
Pourquoi cette guerre des sexes, qui détruit l’homme autant qu’elle détruit la femme car il vit
perpétuellement sous la menace de cette dangereuse voisine ?
Au lieu de se donner la main et de vivre, puis de mourir ensemble. Puisque c’est là notre lot
commun… sans discussion possible. La véritable équation, devant laquelle nous sommes tous
égaux. Homme = Femme = Vie = Mort.
Isabelle Fable
Armel Job -
Les mystères de sainte Freya –
Robert Laffont
Voilà quelqu’un qui a des choses à dire et qui les dit bien.
Les mystères de sainte Freya
illustre avec bonheur le fait qu’on peut défendre des idées profondes, religieuses,
philosophiques, politiques ou autres, dans le cadre d’une fiction narrative. Tout l’art consiste à
insérer ces idées sans nuire au dynamisme du récit.
Armel Job y réussit à merveille, tissant dans la trame d’une intrigue passionnante des
réflexions pertinentes – quoique très impertinentes ! – sur l’Eglise, sur l’opportunité d’établir
des dogmes et sur la vraisemblance de ces dogmes. Réflexions sur le Bien et le Mal,
l’innocence et la culpabilité, la faute et le pardon, l’orgueil et l’humilité, le pouvoir
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l’obéissance… Réflexions sur l’amour, sa légitimité, ses errances, ses folies, ses limites. Sur
la liberté de l’homme, croyant ou incroyant…
Et la position de Dieu dans tout ça ? Car la Loi suprême de l’Eglise semble être, non la
charité, mais la chasteté, sans laquelle il n’y a pas de sainteté. Etait-ce bien le dessein divin ?
L’Amour, mais sans sexe !? Pourquoi les saintes ne seraient-elles pas des femmes d’abord ?
Ce qu’elles sont, à l’évidence ! Doivent-elles renier leur féminité, renier ce qu’elles sont – ce
que Dieu les a faites – pour accéder à la sainteté ? Au nom de quoi ?
Voilà bien la pierre d’achoppement : la chasteté. Armel Job jette un pavé dans la mare. Toute
l’intrigue est basée sur la seule question ‘
sainte Freya est-elle une salope ?
’ Comprenez
:
avait-elle une vie sexuelle, ainsi que l’affirme le mail incendiaire que reçoit Mgr Van Camp
de la part d’un corbeau, qui signe Corax…
Et voilà le roman qui démarre, dans l’ambiance feutrée d’un évêché, où Mgr se prélasse
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ronronne dans la félicité de l’épiscopat, jusqu’au moment où il reçoit ce terrible courrier
affirmant que la religieuse canonisée par Jean-Paul II, avait une vie secrète inavouable. Pour
preuve, un premier indice : une cicatrice triangulaire de cinq centimètres qu’elle avait sous le
sein gauche. Qui peut le savoir ? Qui a pu voir soeur Freya nue ? Et que symbolise cette
cicatrice ? Un coeur ? … Ou bien un sexe féminin ? Et si les deux ne faisaient qu’un ? La
femme étant l’amour dans ses deux composantes, coeur et sexe ?
Pour vérifier l’existence de la cicatrice, il faut interroger le professeur qui l’a autopsiée. Car
cette femme admirable, dévouée à tous et aimée de tous, a connu une fin tragique, assassinée
dans son couvent. Et voilà qu’on veut la faire tomber de son socle de sainte. Assassinant du
même coup l’infaillibilité pontificale. Jean-Paul II aurait déclaré sainte une salope, une
dévergondée ayant trahi son voeu de chasteté ! Sacrilège !
Et nous voyons Mgr s’affoler, et avec lui, l’Abbé Turquin, maître de l’Opus Dei, l’homme
intransigeant qui a enquêté sur soeur Freya lors de sa béatification et de sa canonisation. Nous
les voyons tenter par tous les moyens et à tout prix d’identifier et de contrer Corax. Nous les
voyons remonter le temps, démêler les fils de la vie de la religieuse et s’empêtrer dans les
mystères de sainte Freya.
La fiction est si bien ancrée dans la réalité qu’on se pose la question : soeur Freya existe-t-
elle ? Armel Job dit qu’il n’a pas nommé Liège, mais les allusions sont si nombreuses que
même sans connaître Liège… Là ou ailleurs, d’ailleurs, on se laisse emporter au fil
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l’enquête. Le roman se lit d’une traite comme un bon policier, se savoure comme un roman de
moeurs qui sonne juste, dans un style percutant, teinté d’humour et d’ironie mais aussi
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tendresse et de beaucoup d’humanité et de bon sens. Et il nous fait réfléchir.
La question de base, derrière la sainteté de soeur Freya et la valeur de la chasteté, c’est peut-
être la place de la femme dans le monde. L’Eglise se veut pastorale, se targue de guider le
peuple. L’Eglise, en fait, s’interpose entre l’humain tel qu’il est et le Dieu auquel il aspire, et
finalement prend le contre-pied du Créateur en imposant ses vues propres. Et là, nous sommes
toutes et tous concernés.
Car nous retrouvons cette peur ancestrale de la femme et de sa puissance sexuelle, sa
puissance à donner la vie - et donc la mort - ressentie comme une menace par l’homme. Il faut
la maintenir, la contenir, la détenir. Par la Loi. Loi de Dieu ? Ou loi de l’homme ?
On jette l’anathème sur la chair, sur la sexualité, dont les saints - l’élite - sont tenus de se
passer. Mais n’offense-t-on pas Dieu en crachant ainsi sur la femme, sur le sexe, qui est tout
de même le mode de reproduction qu’Il a choisi de privilégier ?! Comment justifier cette prise
de position autrement que par la volonté de rabaisser la femme, dans cette Eglise qui se
conjugue au masculin du plus haut au plus petit de ses ministres ?
Le paradoxe, c’est que cette même Eglise, qui ne jure que par l’homme, ait instauré en dogme
la virginité de la mère de Dieu. C’est à dire l’incarnation de Dieu dans la femme sans avoir
recours à l’homme ! Qui est à proscrire ? Est-ce bien la femme ? Ou
plutôt l’homme ? Ce
serait donc l’intervention du mâle qui souillerai
t
la femme, lui ôtant sa sacro-sainte
virginité ?! Utérus vierge, berceau privilégié d’un Dieu ?
Finalement, le fait d’exclure l’intervention masculine dans cette incarnation serait plutôt
valorisant pour la femme, qui se trouve dès lors sur le même pied que Dieu. Dieu et la
Femme, père et mère de Jésus ! Et l’homme ? Simple nourricier, jouant les utilités…
L’étonnant est que cette femme soit déclarée vierge. Malgré l’intervention de Dieu et la
naissance d’un enfant. Difficile de concevoir et impossible d’enfanter en demeurant vierge –
en conservant son hymen intact. Mais la Vierge Marie a réalisé cette prouesse.
Voilà le modèle que l’Eglise donne aux femmes : une femme toute simple, qui a pu donner la
vie tout en demeurant vierge. C’est à dire fermée - à l’homme comme à l’enfant … Qui peut
en dire autant ?
La femme commune est condamnée à la chair pour pouvoir donner la vie… Et l’homme
condamné à passer par elle. Est-ce un mal ?
Et nous en revenons à la question de l’essence de la sainteté. La chair est-elle péché ? Et
pourquoi ?
A qui faisons-nous du mal ?
Bonne question.
A laquelle l’Eglise ne répond pas. Elle ergote sur la
pureté ( ?)
, la maîtrise des instincts, le
sacrifice… Mais quel bénéfice y aurait-il à s’amputer d’un pan de la vie ? Au nom de quoi ?
Aurons-nous quelque chose en plus ? Ou plutôt quelque chose en moins ?
Trêve de questions, chacun se fera une opinion. Mais tous se plairont à suivre le cheminement
des héros, de mail en mail, à voir apparaître au fil des pages de nouvelles figures, à s’enfoncer
toujours plus avant dans les mystères de sainte Freya et de l’impitoyable Corax, qu’ils
n’arrivent pas à débusquer… Je n’en dirai pas plus, pour ne pas
déflorer
l’intrigue.
Un livre à lire et à relire. Passionnant à tout niveau.
Isabelle Fable
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