CHAPITRE 5 : SACHONS ÊTRE FOUS !

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CHAPITRE 5 : SACHONS ÊTRE FOUS !

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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CHAPITRE 5 : SACHONS TRE FOUS !  "Peux-tu me dire l'attribut divin qui te semble le plus proche du saint Nom ineffable ?" Le lévite répondit sans hésiter : "La Sainteté". Jésus lui répondit : "Non." Il reprit : "La Toute-Puissance ?" Jésus lui répondit : "Non." Alors le Lévite proposa : "La Sagesse ?" Jésus lui répondit de la même façon et ajouta : "Tu es encore loin de connaître le vrai visage de Celui qui t'a créé ! Si tu le connaissais seulement un peu, tu saurais que le principal attribut du Père céleste est la Miséricorde ». (Bernard-Marie, "LeCinquième Evangile")
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LA PARTICULARITE DU SACRIFICE CHRISTIQUE  Lhomme moderne se trouve à la croisée de deux chemins.Il a un dilemme à résoudre: soit continuer son existence de consommateur aveugle, soumis aux progrès impitoyables des technologies nouvelles et de laccumulation des biens matériels, soit trouver la voie vers une responsabilité spirituelle, qui pourrait savérer à la fin une réalité salvatrice non seulement pour lui-même mais pour la société tout entière. Autrement dit, retourner à Dieu. Lêtre humain doit résoudre ce problème lui-même, car il ny a que lui pour trouver la voie dune vie spirituelle normale. Et cette décision peut justement être le premier pas vers un sens de la responsabilité envers la société. Cest cette démarche qui constitue le sacrifice, cest-à-dire lidée chrétienne du don de soi. » (Andreï Tarkovski,  Le Temps Scellé, 1989) La croix est le symbole du christianisme. Et le point culminant de la liturgie catholique est le sacrifice eucharistique. En quoi le sacré catholique se distingue-il du sacré meurtrier mis en évidence par lanalyse de René Girard ? Le sacerdoce (du latin “sacerdos” = porteur du sacré) relève-t-il des constructions culturelles fondées sur la violence mimétique ? Est-ce une institution visant à entretenir le mystère du sacré 1 en “ glaçant ” la raison du peuple et en donnant au seul prêtrela prérogative deffectuer l'acte rituel purificateur, le meurtre expiatoire ? Lhostie (du latin "hostia" = victime offerte à un dieu ; “hostis” = étranger d'où lhostilité pour l"ennemi public") est-elle un reste de la mentalité magique qui préside aux rituels où les participants absorbent l'énergie dun sacré encore et toujours fondé sur la violence ? Rappelons que la macération a longtemps désigné, dans lEglise catholique, un ensemble de mortifications cruelles. Même la douce Thérèse de Lisieux au XIXème siècle ou le pape Paul VI au XXème siècle ont eu recours au cilice (à lorigine un vêtement de pénitence en poil de chèvre). Le dolorisme chrétien nest-il quune perversion née dune mésinterprétation du sacrifice christique ? Doctrine de l'utilité, de la valeur (morale) de la douleur, le dolorisme apparaît comme un retournement masochiste de la violence mimétique. Pour Saint Augustin : il y a bien quelque douleur que lon peut permettre, mais il ny en a point que 2 lon doive aimer. »Pour Freud, le masochisme est le destin normal dune pulsion originaire sadique retournée contre elle-même… Cest toujours celui qui prend plaisir à la souffrance qui finit par prendre plaisir à sa propre souffrance. Doit-on reconnaître avec Nietzsche que“ ce quon sait dorénavant () cest en effet de quelle nature est dès le départ la volupté quéprouvelhomme de labnégation, du déni, du sacrifice de soi: cette volupté relève de la cruauté relative ”? En 1899, douze ans après la parution de “La généalogie de la morale”, saint Gabriel dell'Addolorata apparaît à Gemma Galgani et lui explique le principe du chemin de croix: "Une 1 Pas dans les Eglises de la Réforme.2  Les Confessions , IVè siècle 2
chose t'est nécessaire : retirer de ton cœur tout amour-propre, car il empêche Jésus d'y faire sa demeure () Veux-tu toujours aimer Jésus ? Alors ne cesse jamais un seul instant de souffrir pour lui. La Croix est le trône des vrais amants de Jésus."an plus tard, Gemma écrit dans ses lettres au père Un Germain et à Monseigneur Volpi :"Parfois, il me dit encore : "Vois, ma fille : le plus beau présent que je puisse faire à une âme qui m'est bien chère, c'est de lui procurer de la souffrance () Il m'a dit, pour me récompenser d'avoir beaucoup lutté, d'embrasser ses plaies. Et cependant, pour le peu que j'avais souffert, j'étais loin de mériter une si grande récompense. Jésus se fit voir à moi, tout couvert de plaies. Il me fit venir vers lui et je les embrassai toutes () Comme j'étais heureuse ! () Jésus est venu et il avait à la main tous les instruments de sa Passion (fouets, épines, clous). Ce que cela voulait dire, je ne le sais pas ! Il me les fit tous voir, un par un Il me les montra plusieurs fois () Frappe, frappe, Jésus !"A 24 ans, l'extatique Gemma écrit : "Seigneur Jésus, lorsque mes lèvres s'approcheront de tes lèvres pour t'embrasser, fais-moi sentir l'amertume du fiel."3 Si c'est de l'amour… alors l'amour n'est qu'une affaire d'économiedivine de la souffrance… Mais cest effrayant, rebutant… D'autant que selon certains, le sacrifice du Christ crucifié n'aurait pas racheté tous les péchés : il nous resterait à finir le boulot ! Dans "La folie de la croix" (1977), Jean-François Villepelée, lhagiographe de Gemma, écrit: "Il faut que l'Eglise, pour sa part, accomplisse dans le temps ce qui manque à la Passion."4 Théorie contredite par ces paroles récoltés dans les agraphapar Bernard-Marie, docteur en théologie, diplômé d'araméen, d'hébreu et de grec bibliques :"Ainsi, une fois pour toutes, la voie du Royaume d'en haut sera ouverte aux fils d'Adam () il sera parfait l'Agneau du Sacrifice et elle sera définitive son offrande qui vous donnera la vie éternelle."Son “ Cinquième Evangile ”, qui s'inspire également des textes des mystiques chrétiens, a reçu le nihil obstat et l'imprimatur… Alors ? Saint Paul souligne la particularité du sacrifice du Christ : Cestpourquoi, en entrant dans le monde, le Christ dit : Tu nas voulu ni sacrifice ni oblation ; mais tu mas façonné un corps. Tu na agréé ni holocaustes ni sacrifices pour les péchés. Alors jai dit, voici je viens, car cest de moi dont il est question dans le rouleau du livre, pour faire, ô Dieu, ta volonté. » () Il abroge le premier régime pour fonder le second. Et cest en vertu de cettevolontéque nous sommes sanctifiés par loblationducorps5 de Jésus-Christ, une foispour toutes ». Contrairement à lexpérience liturgique juive qui avive la conscience du péché sans la purifier, le sacrifice du Christ,»,fois pour toutes unele péché et rétablit, dans un mouvement arrache doffrande, le lien avec Dieu. La foi au Christ est la voie de la sainteté, et aucune liturgie ne peut la remplacer. Dans ses visions, Anne-Catherine Emmerich (début du XIXè siècle) met en relief le  déplacement »,la substitution opérée par le sacrifice christique:Je fus très touchée de voir  quau moment même où entrait le Sauveur, à Béthanie, on amena quatre agneaux quon avait séparés du troupeau pour les mettre dans un parc à part. La très sainte Vierge, qui était aussi chez Lazare, et Madeleine, avaient fait de petites guirlandes de fleurs, quon leur passa autour du cou. Ces agneaux étaient destinés à la Pâque. Jésus enseigna dans le Temple devant une foule nombreuse ; il prêcha pendant deux heures sur le sacrifice. Il dit que son Père céleste ne demandait pas deux des holocaustes sanglants, mais un cœur contrit. Il dit que lAgneau pascal était le type dun sacrifice suprême qui devait saccomplir prochainement () une ère nouvelle et un sacrifice nouveau allaient commencer, lesquels 6 dureraient jusquà la fin du monde.
3 Du grec “ oikonomia ”= administration de la maison au nom de la miséricorde4 Paroles de Jésus que l'on trouve hors des quatre évangiles canoniques, soit dans le Nouveau Testament, soit dans d'autres écrits chrétiens des premiers siècles.5 Epître aux Hébreux, 10, 5-7, 9-10 6  Jésus parmi les siens » 3
Substitution soulignée par la concomitance de la Passion et de la Pâque : Il était environ midi un quart quand on attacha Jésus à la croix, et, à linstant même où elle fut élevée, les trompettes du Temple retentirent, annonçant limmolation de lagneau pascal. » Mais nous sommes toujours libres de refuser dêtre sauvés. 7 Pourquoi un siècle après Gemma, l'Eglise a-t-elle mis un frein à ses ardeurs doloristes? Les paroles violentes de Jésus adressées à ses saintes représentent-elles la volonté absolue du Sauveur ?Ou doit-on les replacer dans un contexte temporel et les relire à la lumière de la psychanalyse, quitte à remettre en question certaines canonisations passées ? Plus fondamentalement, une religion fondée sur la Passion se fourvoie-t-elle ? Pour les protestants également, l'humanité est sauvée par la mort de Jésus… Est-ce la conséquence d'une mauvaise interprétation du sacrifice christique ? A ce sujet, linfluence de Saint Paul aurait été prépondérante. Paul, le seul apôtre réellement instruit, avec Luc, son secrétaire, aurait su imposer sa foi personnelle. Selon ses "Epîtres aux 8 Romains” , le Père offre le Fils en immolation pour racheter l'humanité pécheresse. Sa théologie, fondée principalement sur la mort et la résurrection du Christ, se serait-elle propagée au détriment des directives concrètes de Jésus de Nazareth ? En tout état de cause, les chrétiens nont-ils pas à mettre la Résurrection au premier plan, comme le font les orthodoxes ? Pour moi, la Passion est un malheur qui aurait dû, aurait pu être évité. La mort du Christ n'est pas voulue par Dieu, mais elle est le résultat du refus des hommes. Et ce que nous propose le Christ, c'est une mort et une résurrection dans cette vie-ci, un abandon de nos points d'appui habituels. Dailleurs, Vatican II parle plus de "libération" que de "rachat". Pour Alexandre Men,concept même de rédemption se rapporte à la délivrance de lesclavage et à le 9 laffranchissement. » A ce sujet, il faut noter une chose, sur laquelle lhagiographe de Sainte Gemma n'insiste pas assez : le préalable à la souffrance physique est l'évidement de l'ego, qui passe par la prise de conscience purificatrice -le purgatoire vécu- des péchés, de tout ce qui fait souffrir autrui et Jésus. C'est la nuit du Jeudi Saint."Quelques semaines avant de recevoir la grâce des stigmates, Gemma se trouvait donc invitée par le Christ au rendez-vous de la souffrance et de l'amour : "Jésus me faisait comprendre que je ne savais pas l'aimer () Il me dit, en me montrant ses cinq plaies béantes : "Regarde, ma fille, et apprends comment on aime () Peu après, toutes les puissances de mon âme entrèrent dans un mystérieux recueillement : l'intelligence ne voyait que mes péchés et l'horreur de l'offense faite à Dieu ; la mémoire me les rappelait tous, ainsi que les tourments endurés par Jésus pour mon salut" Comment on aime… Cest lamour qui doit être mis en avant et non la souffrance. 10  La souffrance na pas de sens en elle-même »dit le Père Garin.  Le Christ la simplement traversée en restant attentif à la volonté de Dieu. Aussi forte que soit une souffrance, elle nempêche jamais de suivre le Christ et de porter ceux qui souffrent en même temps que nous. » 7 En 1957, Pie XII déclare que la privation de la conscience et de lusage des facultés supérieures provoquée par les narcotiques est compatible avec lesprit de lEvangile, que leur emploi est licite pour des malades en péril de mort, même si latténuation de la douleur saccompagne dun abrègement de la vie.8 Ecrites avant le plus ancien des Évangiles.9  Jésus, le Maître de Nazareth » 10 De la Maison de Lazare, in  Actualités des religions », 10/00.4
Jacques Philippe : Sil permet des souffrances, notre force alors cest de croire, comme le dit Thérèse de 11 Lisieux, que Dieu ne permet pas de souffrances inutiles. »» Comme le dit le Père Laurence Freeman,“le sens de la mort cruelle qui fut celle de Jésus nest pas que nous sommes sauvés par la souffrance. Bien plutôt, sa mort sur la croix montre jusquoù peut aller lamour divin pour se communiquer aux hommes. La croix est donc réellement un symbole d‘amour et un moyen de transformation.”Et le père Benoît Lobet renchérit:souffrance en elle-même na rien de rédempteur, elle est“ La toujours un mal et toujours il faut la combattre. Celle même du Christ ne fut pas rédemptrice - pareille affirmation serait un odieux raccourci qui ferait du Fils un esclave et du Père, un bourreau. Ce qui est rédempteur, cest bien plutôt la façon dont le Christ a accueilli sa souffrance, comme une oblation, une 12 offrande amoureuse, décidée dans la liberté de lamour, dans la liberté de lEsprit. ”Ainsi, lorsque le monde chrétien adore le Crucifix, il adore la représentation paradoxale d'un Dieu tout-puissant réduit à l'état d'extrême impuissance. Dans ce paradoxe, il voit la révélation la plus haute du Divin dans toute l'histoire de l'humanité, la révélation la plus parfaite du Dieu-Amour. Quant à la magie, il faut en distinguer trois types : la magie faustienne ("Fiat voluntas mea"), la magie collective ("Fiat voluntas nostra"), et la magie sacrée ("Fiat voluntas TUA"). Si les deux premières sont basées sur ce principe que le fort domine le faible (pouvoir de contrainte), la magie sacrée na pas pour méthode laforcede la volonté mais sapureté. "Mais comme la volonté comme telle n'est jamais entièrement pure -car ce n'est pas la "chair" qui porte les stigmates du péché originel, ni la pensée, mais bien la volonté - il faut que les cinq courants ténébreux inhérents à la volonté humaine, c'est-à-dire les désirs d'être grand, de prendre, de tenir, d'avancer et de se 13 maintenir aux dépens d'autrui - soient paralysés ou "cloués"."La purification de la volonté exige la pratique des vœux de pauvreté, de chasteté et dobéissance. La pauvreté cloue les désirs du "voleur" de prendre (de la main droite) et de garder (de la main gauche). La pauvreté c'est l'âme prête à ce qui est nouveau et inattendu ; c'est l'aptitude à apprendre toujours et partout. La chasteté cloue les désirs du "chasseur" qui poursuit le gibier (du pied droit) et lui tend des pièges (du pied gauche). La chasteté nest pas ennuyeuse comme la vertu, ni dégoûtante comme le vice, car elle vient du 14 fond du cœur. Comme lécrit lauteur anonyme,,"La chasteté est l'état de l'être humain où le cœur devenu solaire, est le centre de gravité".
11  Recherche la Paix et poursuis-la », 1991 12 “Mon Dieu, je ne vous aime pas - Foi et spiritualité chez Marie Noël ”, 199413 Anonyme, "Méditationssur les 22 arcanes majeurs du Tarot".14 la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, le grand Christ de la mosaïque du Chœur a les bras ouvertsDans dans un geste à la fois d'abandon (qui rappelle quil sest livré sur la croix), daccueil et de bénédiction.5
Or la cinquième plaie - la plus importante- se trouve au cœur ; c'est celle de l'humilité organique remplaçant le courant de la volonté de grandeur. Le cœur est le principe moteur de la pensée. C'est l'obéissance qui cloue la volonté de grandeur du cœur de l'"usurpateur". L'obéissance est la conclusion pratique de la reconnaissance de l'existence de quelque chose de supérieur à soi-même. Quiconque reconnaît Dieu, obéit. Cette soumission de la volonté à une volonté supérieure, "non-humaine", explique le vécu bizarre de souffrance par les saint(e)s chrétien(ne)s, ces magiciens sacrés. Ainsi le Christ explique-t-il à Gemma :"Sais-tu pourquoi, ma fille, je suis heureux d'envoyer des croix aux âmes qui me sont chères ? Je désire posséder leur cœur, mais entièrement. Dans ce but, je les entoure de croix. Je les enveloppe de tribulations et les empêche ainsi d'échapper de mes mains." Doù aussi l'organisation hiérarchisée du Ciel, telle que perçue dans les visions des saint(e)s, comme Hildegarde von Bingen:"Alors le Dieu tout-puissant constitua différents ordres dans sa milice céleste, comme il convenait, afin que ces ordres remplissent chacun leur fonction, et de telle sorte que chaque ordre soit le miroir et le sceau de son voisin. Chacun de ces miroirs abrite ainsi les mystères divins que ces mêmes ordres cependant ne peuvent voir, savoir, goûter et définir absolument. Aussi, leur admiration s'élève-t-elle de louange en louange, de gloire en gloire, et leur mouvement est éternel, puisque jamais ils ne peuvent parvenir au but." La gloire… Cest André Frossard qui ma fait comprendre quen Dieu, la gloire nest pas autre chose que le rayonnement visible de lamour. Pour Yves-Marie Blanchard,“ce qui est donné à voir en Jésus, le Verbe incarné, cest précisément lindissociable relation du Père et du Fils, cest-à-dire, en langage johannique, la “ gloire ”.Mais ce nest 15 pas tout : cette gloire nest visible que dans la mesure où un sujet voyant est habilité à la recevoir ”. A lopposé du repas des conjurés avant le meurtre du père, le partage de l'hostie au cénacle est le repas dans toute sa symbolique, non perverti, comme le rappelle Maurice Zundel: "L'Eucharistie, c'est justement de nous rendre présent à la Croix, comme Marie et Saint-Jean () Dieu, c'est Celui qui n'impose pas son Amour, c'est Celui qui le propose et qui préfère mourir plutôt que de faire violence à une conscience dont le choix doit être absolument spontané, personnel et libre () Si donc il s'agit de se nourrir du mystère de la Croix, de manger la chair immolée, de boire le Sang versé, de trouver la vie dans la mort et d'accepter la défaite de Dieu comme l'expression suprême de Son Amour, en croyant que le Dieu Vivant est un Dieu fragile parce qu'Il est un Dieu qui n'est que Son Amour, nous ne pourrons nous assimiler le mystère de la Croix, nous ne pourrons nous assimiler l'Acte Rédempteur que dans le banquet de la Communauté () l'Acte Rédempteur sera communiqué au monde sous la forme d'un repas, le repas étant précisément le symbole -et ici plus que le symbole- le sacrement de l'Unité. Car la Croix unit, tandis que le péché sépare () Pour avoir part à la Croix, il faut avoir part à la mission de Jésus, et la mission de Jésus, c'est la mission du Second Adam, c'est la mission de rassembler, de réunir, de faire tomber les murs de séparation, de prendre en charge toute l'Histoire, toute l'Humanité et tout l'Univers ”.La croix transforme en réconciliant les opposés.Elle s'élève sur une colline -le Golgotha, le "lieu sphérique, le crâne"-, au-dessus de la sagesse humaine…
15 In “Christus ”, 01/99.
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ANNEXE De lhostie et de sa consécration  Cest un usage à recommander, affirme lOrdo, que de faire présenter le pain et le vin par les fidèles Bien quils napportent plus, comme autrefois, du pain et du vin de chez eux, ce rite de lapport des dons garde sa valeur et sa signification spirituelle () Ce nest que vers le IXè siècle que le pain azyme se substitua progressivement au pain ordinaire. Il finira par simposer au XIXè siècle. Les hosties rondes que nous connaissons apparurent vers le XIIè siècle quand on les découpa dans la galette azyme  en forme de denier »() Lusage de ces hosties, quand les communions sont nombreuses, est commode. Lusage dune galette de pain, dans les autres cas est préférable. LOrdo note fort justement que la vérité du signe demande que la matière du sacrifice (dans le pain eucharistique) apparaisse vraiment comme une nourriture. »() A la dernière Cène, Jésus a utilisé du vin rouge. La tradition gardera cette coutume jusque vers le XVI siècle.A cette époque sinstaura lusage du purificatoire, un linge destiné à nettoyer () le calice. On préféra alors le vin blanc qui tachait moins que le vin rouge () Rappelons-nous que deux milliards dhommes utilisent le riz comme aliment de base et nutilisent pas le vin comme boisson () Le remplacement du pain et du vin nest quun toutpetit problème par rapport à ladaptation de la liturgie –et de toute la vie chrétienne-, au monde moderne () La réception de lhostie sur les lèvres sétablit à partir du IX siècle. Auparavant, la règle générale était de recevoir lhostie dans la main. » Selon la tradition orientale, cest lépiclèse qui consacre le pain et le vin en corps et sang du Christ ressuscité. Selon la tradition occidentale, cest le récit de lInstitution de la Cène qui opère cette consécration. La croyance populaire avait parfois même exagéré la puissance quasi magique et instantanée des paroles dites consécratoires. On affirmait: Quand le prêtre disait Hoc »(ceci), il ny avait rien.  Est » : il ny avait rien.  Enim », il ny avait rien.  Corpus » : encore rien.  Meum » : il y avait tout, il y avait le corps du Christ () Le langage populaire disait même: Faire Hocus pocus» (abréviation de hoc est corpus») pour signifier : faire un tour de passe-passe () Epiclèse signifie littéralement invocation »(klésis) sur »(épi). Dans le vocabulaire liturgique, lépiclèse est linvocation de lEsprit Saint soit sur les offrandes  pour quelles deviennent le corps et le sang de Jésus » () soit sur la communauté elle-même pour quelle participe aux fruits de lEucharistie,  quelle soit rassemblée par lEsprit Saint en un seul corps. » (Lucien Deiss,  La messe », 1989)
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