Chateaubriand prologue

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Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Séquence 2
Prologue
Le Biographique
Cette préface aétéécrite en 1809. Chateaubriand décide d’écrire ses mémoires en 1803 après une déception amoureuse (Mme de Beaumont) En 1817, au cour d’une promenade dans le parc de Montboissier, il entend le chant d’une grive ce qui lui remémore son enfance dans le château de Combourg. C’est le déclic qui le fait se mettre au travail.
I.] Chateaubriand répond par avance aux critiquesChateaubriand commence par se citer lui-même « Je n’écrirai… Il méprise « ces » hommes quiécrivent leurs mémoires, car leur raison ne serait que « vanité», « plaisir ». Il accuse ses prédécesseurs de mettre en cause autrui : « compromettent la paix des familles » En insistant sur ce qu’il n’aime pas chez ses prédécesseurs, il anticipe sur sa justification c’estàdire de ne disposer d’aucun nom. Il a un destin et doit en rendre compte au public « Ma vie appartenant au public » Il met enévidence son attitude contradictoire non sans humour et lucidité«après ces belles réflexions » Champ lexical de la tromperie, dissimulation : « pour me faire illusion », « pallier »
II.] Les explications de l’homme, les raisons d’ordre privéChateaubriand commence par protester ses bonnes intentions : - construction restrictive « ne que », « le dessein formel » - il ne mettra personne en cause , il n’écrit que pour lui « pour moi,àmoi même »  1.Chateaubriand,le romantique, s’exprimeC’est le romantique qui parle, submergépar lesémotions - nombreuses occurrences de la première personne=lyrisme=débordement du moi Champ lexical des sentiments, desémotions : sentiment, bonheur, heureux, cœur… - thème romantique : - quête de l’impossible bonheur - héros solitaire, passionné« inexplicable cœur allusionàRenémontrer dans mes ouvrages que comme applique »éàdesêtres imaginaires  2.Lesraisons du projet- revivre les bons sentiments du passé« Je veux, avant de mourir remonter vers mes belles années » - trouver une récréation au milieu de travaux austères « Ce sera …songes » -éprouver une certaine désillusion « En rappelant des illusions passées…étranger » III.] Les explications de l’écriture, les raisons d’ordre publicChateaubriand est unécrivain qui s’est fait des ennemisàcause de ses succès littéraires et un politique qui s’est fait des ennemis pour ses choix politiques (Il a soutenu la royautépendant la révolution française etàpris position contre Napoléon Bonaparte)  1.Lesraisons invoquéesChateaubriand chercheàprévenir les biographes qui le mettraientàmal « tous ces faiseurs de mémoires, tous ces biographes marchands »ce sont des termes dévalorisants Il ne veut pas qu’il circule de ragot Chateaubriand fait allusionàsa carrièd’armre phalanges=corpsée Chateaubriand veut laisser un monumentce qui montre qu’il est orgueilleux hyperbole  2.Unécrivainàl’orgueil démesuréChateaubriand se présente comme un justicier qui combat ceux qui ont tort - récurrence du « je » - il présente ses choix successifs comme les seuls possibles , il utilise une période très complexe ce qui lui permet de montrer toutes les injustices de son temps « crimes, haine, corrompus, bourreaux, calomnie » Il prévoit cependant des accusations contre lui et utilise la phrase traditionnelle de bonne foi « Je suis résoluàdire toute la vérité».
Ce préambule a naturellement un caractère surprenant , extraordinaire mais surtout pathologique. En effet la dualitéest constante , comme le souligne l'orgueil frémissant d'un " Moi seul " , suggérant l'image du créateur qui s'isole dans son propre destin pourécrire l'histoire de sonâme. Orgueil et solitude fusionnent . La conscience d'une destinée exceptionnelle avec celle de la création d'une œuvre unique dont les mérites viennent compenser les fautes de l'homme. L'autobiographie apparaît alors comme un moyen d'autodéfense et de survie. Contrairementàce qu'il affirmait, il eut beaucoup d'imitateurs dans sa démarche introspective et justificative, notamment Proust, avec A la recherche du temps perdu qui d'ailleurs vient d'être adaptée au 7ème art.
Séquence 2
Le Biographique
Je me suis souvent dit: "Je n'écrirai point les mémoires de ma vie; je ne veux point imiter ces hommes qui, conduits par la vanitéet le plaisir qu'on trouve naturellementàparler de soi, révèlent au monde des secrets inutiles, des faiblesses qui ne sont pas les leurs et compromettent la paix des familles". Après ces belles réflexions, me voilàécrivant les premières lignes de mes mémoires. Pour ne pas rougiràmes propres yeux, et pour me faire illusion, voici comment je pallie mon inconséquence. D'abord, je n'entreprends ces mémoires qu'avec le dessein formel de ne disposer d'aucun nom que du mien propre dans tout ce qui concernera ma vie privée; j'écris principalement pour rendre compte de moiàmoi-même. Je n'ai jamaisétéheureux; je n'ai jamais atteint le bonheur que j'ai poursuivi avec une persévérance qui tientàl'ardeur naturelle de monâme. Personne ne sait quelétait le bonheur que je cherchais; personne n'a connu entièrement le fond de mon cœur. La plupart des sentiments y sont restés ensevelis, ou ne se sont montrés dans mes ouvrages que comme appliquésàdesêtres imaginaires. Aujourd'hui que je regrette encore mes chimères sans les poursuivre, que parvenu au sommet de la vie je descends vers la tombe, je veux avant de mourir remonter vers mes belles années, expliquer mon inexplicable cœur, voir enfin ce que je pourrai dire lorsque ma plume, sans contrainte s'abandonneraàtous mes souvenirs. En rentrant au sein de ma famille qui n'est plus; en rappelant des illusions passées, des amitiésévanouies, j'oublierai le monde au milieu duquel je vis et auquel je suis si parfaitementétranger. Ce sera de plus un moyen agréable pour moi d'interrompre desétudes pénibles; et quand je me sentirai las de tracer les tristes vérités de l'histoire des hommes, je me reposerai en écrivant l'histoire de mes songes. Je considère ensuite que ma vie appartenant au public par un côté, je n'aurais paséchappéàtous ces faiseurs de mémoires,àtous ces biographes marchands qui couchent le soir sur le papier ce qu'ils ont entendu dire le matin dans les antichambres. J'ai eu des succès littéraires; j'ai attaquétoutes les erreurs de mon temps; j'ai démasquéles hommes, blesséune multitude d'intérêts, je dois donc bien avoir réuni contre moi la double phalange des ennemis littéraires et politiques; ils ne manqueront de me peindreàleur manière. Et ne l'ont-ils pas déjàfait? Dans un siècle oùles plus grands crimes commis ont dûfaire naître les haines les plus violentes, dans un siècle corrompu oùles bourreaux ont un intérêtànoircir les victimes, oùles plus grossières calomnies sont celles que l'on répand avec le plus de légèreté, tout homme qui a jouéun rôle dans la sociétédoit pour la défense de sa mémoire, laisser un monument par lequel on puisse le juger. Mais avec cette idée je vais me montrer meilleur que je ne suis? J'en serai peut-être tenté:àprésent je ne le crois pas; je suis résoluàdire toute la vérité. Comme j'entreprends d'ailleurs l'histoire de mes idées et de mes sentiments plutôt que l'histoire de ma vie, je n'aurai pas autant de raisons de mentir. Au reste si je me fais illusion sur moi, ce sera de bonne foi, et par cela même on verra encore la véritéau fond de mes préventions personnelles.
(publication posthume en 1874)
François-Renéde Chateaubriand,Mémoires de ma vie, 1809
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