D b) L enlisement dans la depression (1930 1935) Asselain

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D b) L enlisement dans la depression (1930 1935) Asselain

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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D b)
L'enlisement dans la dépression (1930-1935)
Dans les années 30, les déséquilibres et le déficit budgétaire reviennent car la crise compresse les
recettes. La baisse des prix associée à la rigidité de certains coûts fait baisser les perspectives de
profits, stoppe l'investissement et on observe une baisse de la production et des revenus ainsi qu’une
baisse de la demande La crise atteint la France seulement en 1931 mais en 1935-36 la reprise n'est
toujours pas en vue et les français repassent d'un excès de confiance à un sentiment d'impuissance.
On ne peut pas forcément incriminer les politiques français. En fait, les pays qui ont connu une
reprise rapide sont les pays qui ont été contraints de dévaluer comme le Royaume-Uni en 1931. En
fait, les politiques ne tirent pas assez d'enseignements des expériences extérieures et manquent
cruellement d'observation économique. De plus l'attachement sacré au franc rend difficiles toutes
les politiques de relance.
a)
L'entrée dans la dépression
-
L'économie française y rentre avec un certain retard et plus progressivement. Le premier
vendredi noir de Wall Street en octobre 1929 passe inaperçu en France qui apparaît en
1930 comme un îlot de
prospérité. En effet on n'observe pas d'augmentation du chômage
et les capitaux étrangers affluent en France. De plus, le F apparaît plus solide que jamais.
Pourtant les mécanismes de transmission de la crise commencent déjà à jouer contre la
France mais de façon progressive. La France souffre de l'arrêt définitif du paiement des
réparations par le moratoire Hoover et refusera de reprendre le paiement des dettes
interalliées.
-
La crise s'installe doucement et en 1930 l'économie française plafonne au lieu de
s'effondrer comme dans les autres pays. On observe d'abord une baisse des prix de gros.
Mais le secteur le plus atteint est le commerce extérieur : les importations mais surtout les
exportations fléchissent et la balance commerciale redevient déficitaire. Les difficultés des
exportations proviennent de l'effondrement des économies étrangères et non des prix trop
élevés des produits français.
-
Tout change en septembre 1931 avec la dévaluation de la £ qui devient une monnaie
flottante et perd rapidement de la valeur sur le marché des changes. Cette dévaluation de
la £, décision forcée,
marque le début de la reprise au Royaume-Uni et relance la crise en
France et dans les pays non-dévaluateurs. Le prix des produits français devient trop élevé
et va maintenir la balance commerciale dans un état de déficit permanent. Le taux de
couverture des importations par les exportations passe de 81% en 1930 à 66% en 1932
alors que la production industrielle baisse de 17%. Le cap des 250 000 chômeurs est alors
franchi et le chômage partiel tend
à se généraliser.
-
Même si l'origine de la crise est externe, les mécanismes de son maintien sont internes. On
a d'abord
la chute des investissements qui est due à la chute des perspectives de profit et
des profits. L'agriculture est en mauvaise posture subissant les effets de la chute mondiale
des prix. Les deux bonnes récoltes de 1932 et 1933 précipitent la chute des prix et la
baisse du revenu agricole baissant d'autant la demande en produits industriels. Mais les
facteurs externes sont tout de même prépondérants et l'amorce de reprise en 1933 est
avortée par la dévaluation du $. Les pays non-dévaluateurs voient les prix de leurs
produits s'élever anormalement.
b)
L'inefficacité des politiques
-
Les gouvernements se sentent impuissants devant la crise, et le cartel des Gauches qui
arrive en 1932 n'a pas plus de solutions que le gouvernement précédent modéré. La crise
de plus accentue l'instabilité ministérielle typique de la IIIème république.
1 L'obsession de l'équilibre budgétaire
-
A partir de 1931, la France se réinstalle dans un déficit budgétaire permanent. Ce déficit
est la conséquence et
non la cause de la dépression car la baisse de l'activité économique
diminue les recettes de l'état et de plus la plupart des dépenses sont incompressibles. Une
pensée keynésienne considère ce déficit comme souhaitable car les dépenses de l'Etat
soutiennent l'activité économique et la demande.
-
Mais à l'époque, pour la droite, le dogme de l'équilibre budgétaire domine et l'Etat doit
réduire ses dépenses. L'assainissement du budget ne sera pas réalisé car même si chaque
budget annuel est équilibré, il ne l'est que sur le papier et au cours de l'année le
gouvernement doit lutter pour gagner quelques centaines de millions de francs d'origine
diverses. En 1934 le déficit atteint 12 milliards de F, facilement comblé par l'emprunt car
les liquidités sont surabondantes. Ce déficit a des répercussions sur l'équilibre politique du
pays car les gouvernements se suivent et n'arrangent rien. Au printemps 1934 la France est
au bord de la crise de régime et le sentiment général est l'exaspération.
2 Les mesures malthusiennes
-
Le malthusianisme économique est utilisé pour rééquilibrer les marchés par une restriction
de l'offre. En effet le déséquilibre des marchés est le caractère essentiel de la crise et
l'offre l'emporte sur la demande provoquant une baisse des prix. La crise est qualifiée de
crise de surproduction qu'il faut donc régler en détruisant les moyens de production ce qui
empêche tout espoir de reprise. Ces mesures malthusiennes sont en désaccord avec le
credo libéral toujours dominant ce qui explique que ces mesures soient disparates, prises
sans plan d'ensemble.
-
Les principales mesures concernent l'agriculture avec notamment la politique du blé dont
les deux bonnes récoltes de 1932 et 1933 font chuter le prix. Le gouvernement réagit
d'abord par une politique de l'autruche en sous-évaluant statistiquement la production de
blé puis en fixant en juillet 1933 un prix minimum pour le blé. Des mesures malthusiennes
seront également prises pour l'agriculture viticole. Mais ces mesures ne ramèneront pas
l'équilibre et les prix continuent à baisser.
-
L'attitude malthusienne se fait surtout sentir par la compréhension croissante de la
population et de l'Etat face aux ententes d'entreprise. Deux lois sont à remarquer. D'abord
la loi d'août 1932 de protection de la main-d'oeuvre nationale qui limite la proportion de
travailleurs étrangers dans une douzaine de branches de l'économie. La seconde est celle
de mars 1936 sur l'industrie de la chaussure qui interdit la construction de toute usine
nouvelle.
3 Les mesures protectionnistes et le refus de dévaluer
-
Durant toutes les années 30 la balance commerciale est déficitaire à cause de la chute des
exportations et le gouvernement réagit en renforçant le protectionnisme à partir de 1931
avec une surtaxe des changes à l'encontre des pays dévaluateurs en novembre 1931 et un
développement du contingentement. C'est un protectionnisme plus poussé que le simple
protectionnisme douanier mais il ne suffit pas à rééquilibre la balance commerciale et à
éviter la chute des prix.
-
La baisse des exportations est bien sur due à la crise que vivent les autres pays et contre
quoi le gouvernement ne peut rien faire mais également à l'écart entre les prix français et
les prix des pays où une dévaluation a été effectuée qui est de l'ordre de 15 à 20%. En
France cependant la dévaluation est considérée comme la solution de dernier recours et
malgré que des milliers d'exportateurs pourraient bénéficier de cette dévaluation elle est
refusée.
4 La solution de déflation du gouvernement Laval (juin 1935- janvier 1936)
-
C’est la première solution relativement cohérente apportée à la crise et dès son investiture
le gouvernement Laval obtient des pouvoirs extraordinaires pour protéger le F et lutter
contre la spéculation. L'Assemblée donne à Laval les pleins pouvoirs pour prendre les
mesures impopulaires de compression de prix en France pour les ramener au niveau des
prix étrangers. La déflation budgétaire est sensiblement plus brutale que les précédentes
avec une baisse générale de 10% des dépenses de l'état. S'y ajoute une déflation
économique avec la baisse imposée des prix des loyers, du pain, du charbon, de
l'électricité et de certains engrais. Cette politique atteindra sûrement son objectif de baisse
des prix mais a un coût économique très lourd et contribue au freinage de l'activité
économique.
-
Cette politique a des effets déconcertants. Tout d'abord, elle mène à une légère reprise
économique, la production industrielle se relève quelque peu. Mais surtout on observe une
hausse des prix paradoxale due à la conjoncture à partir de l'été 1935. La reprise est
cependant insuffisante et l'augmentation du coût de la vie augmente le mécontentement
des catégories sociales touchées par les compressions budgétaires ce qui explique en
grande partie la victoire du Front Populaire aux élections de 1936.
c)
Premier bilan de la dépression vers 1935
1 Baisse de l'activité et distorsions structurelles
-
Le recul de l'indice des prix de gros entre 1929 et le minimum du printemps 1935 est de
46 %. La baisse du cours de l'action est elle de 60%. Le recul de la production industrielle
est lui d’un quart environ entre 1930 et 1935. La France est à cette date le seul pays où
l'indice ne se soit pas relevé.
-
L'effet de la dépression sur la productivité est variable selon les branches. L'extraction de
charbon quotidienne a augmenté d'un tiers entre 1930 et 1935. Dans d'autres branches la
baisse de l'investissement et le vieillissement des installations a une répercussion sur la
productivité. Dans l'ensemble le recul de la production correspond plus à un recul de
l'activité qu'à une baisse de la productivité. Les chômages partiels et complets se
développent certes moins vite que dans les autres pays mais le recul de l'emploi, lui, est
important ce qui correspond à une réduction générale des taux d'activité ainsi qu'au
rapatriement des travailleurs immigrés. Il y a là un facteur d'affaiblissement durable du
potentiel industriel. Seul le secteur tertiaire connaît un accroissement relatif et absolu.
-
Pour l'agriculture la dépression a freiné l'exode rural et diminué l'emploi agricole mais la
production a augmenté de 5% entre 28 et 36. Le recul le plus important est celui du
commerce extérieur : les exportations ont diminué de 44% et de 82% en valeur entre 1929
et 1935. Les importations ont moins diminué mais au total le taux d'ouverture de
l'économie français enregistre une baisse sans précédent.
2 La résistance générale des taux de consommation
-
Les niveaux moyens de consommation n'enregistrent étonnamment pratiquement aucune
baisse. Le niveau de consommation non-alimentaire enregistre un très léger recul pendant
la consommation alimentaire augmente de 5% entre 1930 et 1935.
-
Ce maintien de la consommation n'est pas explicable. Le montant du revenu national a
diminué d'un tiers entre 1929 et 1935 mais le revenu réel national n'a subi qu'une baisse de
12%. La répartition du revenu national entre investissement et consommation a de plus été
modifié : l'investissement s'est effondré. En outre, il faut prendre en compte le déficit
commercial qui agit comme un investissement négatif mais qui augmente immédiatement
la masse de biens réels.
3 Les inégalités devant la crise
-
Les différentes catégories de revenu résistent inégalement devant la crise. Ce sont les
revenus des exploitants agricoles qui ont subi l'amputation maximum. La masse des
salaires et des retraites n'a elle que très peu diminuée. En effet l'augmentation des retraites
tend à compenser la baisse des salaires. On observe une revalorisation du salaire horaire
réel mais avec des inégalités selon les branches. Ce sont surtout les inégalités liées aux
conditions de l'emploi qui caractérisent la crise. Les revenus d'un grand nombre de
ménage sont amputés par le chômage réel, le chômage partiel et par le recul du taux
d'activité. On observe une aggravation des disparités interne au sein de la population
salariée.
-
Les revenus de la propriété et de l'entreprise évoluent. La baisse des profits explique en
grande partie la chute de l'investissement. Elle se traduit par la très forte diminution des
profits industriels et commerciaux. On observe également un effondrement des dividendes
contrairement aux revenus de la propriété foncière. La crise revalorise le capital placé en
actions ou titres à revenu fixe.
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