De l'Amérique aux Amériques Cours Fiches

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De l'Amérique aux Amériques Cours Fiches

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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CHAPITRE 1 : NORD ET SUD. LA MISE EN PLACE DES AIRES CULTURELLES
I/ L’AMERIQUE PRECOLOMBIENNE : UNE CLE TOUJOURS ACTUELLE
Trois étapes majeures peuvent être dégagées :
- la néolithisation : sédentarisation, implantation de l’agriculture et de l’élevage, premières expressions
artisanales.
- l’élaboration des chefferies puis des proto-Etats : mise en valeur de l’espace et construction de cités.
- la mise en place des Empires.
Deux grands foyers sont identifiables : celui des hautes terres tropicales de la Méso-Amérique et celui des hautes
terres tropicales des Andes.
1/ La néolithisation s’est déroulée de façon comparable à la nôtre
La sédentarisation des peuples, la culture, l’élevage et la céramique s’échelonnent à des dates comparables à celles
de l’Europe.
La domestication du maïs a été fondamentale : c’est à la fois une plante nourricière capable d’alimenter des
populations denses, mais elle a également délimité une aire correspondant à son écologie, et donc une aire civilisée,
et a aussi permis la diffusion des agriculteurs vers l’intérieur des terres.
Dans les Andes, un rôle semblable a été joué par la pomme de terre, la quinoa (céréale à grains minuscules),
légumes divers.
2/ La mise en place des chefferies et formes archaïques des Etats est assez tardive
Les civilisations de la Méso-Amérique sont les plus connues, sans doute aussi les plus brillantes :
Sur la côte du golfe de Mexique, la civilisation olmèque (étudiée par le gaulliste J. Soustelle) apparaît comme
fondatrice (II
è
millénaire av. J-C – III
è
s. av. J-C). Elle a fondé le système théocratique et son expression
architecturale sous forme de centres cérémoniels. Elle est à l’origine de l’invention de l’écriture et des calculs
chronologiques.
Cette civilisation est relayée par d’autres civilisations :
- la civilisation maya (« les Grecs du nouveau monde ») est la plus célèbre. Elle s’étend du Yucatan aux
hautes terres du Guatemala. L’unité de ce monde repose sur un type ethnique, une langue vernaculaire, une
religion. La mise au point d’une écriture hiéroglyphique, l’architecture (grands temples, voûtes à
encorbeillement), des connaissances astronomiques précises constituent les aspects de l’avancement de la
culture maya. La société était hiérarchisée avec à sa tête un chef politique et religieux, une noblesse et un
clergé nombreux.
- la civilisation zapotèque a édifié la cité de Monte Alban. Influencée à l’origine par les Olmèques, elle fut un
grand centre cérémoniel avec son architecture de pyramides.
Les civilisations des Andes son plus dispersées et en général moins bien connues :
Bien que l’on retrouve des points communs (édifications urbaines et citadelles, systèmes théocratiques et
cultuels…), l’époque classique dans les Andes n’a pas abouti à des ensembles aussi grandioses que ceux ci-dessus.
3/ La construction des Empires est la partie finale, celle que nous connaissons le mieux
Les Aztèques n’étaient que les derniers venus d’une série d’envahisseurs nomades venus du Nord.
Leur histoire mythique situe le début de leur migration en 1100. Arrivés en 1299 sur la rive du lac Texcoco, ils sont
d’abord exploités par les souverains toltèques locaux. C’est dans un îlot marécageux de cette lagune qu’ils fondent
en 1345 leur capitale Tenochtitlan. Une administration rigoureuse, une armée redoutable constituent les bases
essentielles du destin de l’Empire qui rassemblait 12 millions de personnes.
La religion est mise au service d’une idéologie qui attribue aux Aztèques le destin de nourrir et faire vivre le
monde. Chargés de nourrir les dieux par l’ « eau précieuse » (le sang), ils instaurent la « guerre fleurie » pour
fournir les victimes destinées à nourrir les dieux de leur sang (10 à 15 000 victimes avaient tous les ans le coeur
arraché !).
Cette civilisation dans laquelle les actes des hommes d’intégraient aussi au Cosmos se devait de prévoir le cours
des astres, les phénomènes naturels, le destin des individus. C’était le rôle du calendrier qui était un calendrier
divinatoire. Le mythe de Quetzalcoatl joue un rôle central dans l’histoire de l’ancien Mexique : le « serpent à
plumes » rassemble sous la double symbolique du serpent et de l’oiseau, les forces telluriques et les forces célestes.
La capitale, construite à l’origine sur un îlot et agrandie par la mise en place de terre-pleins regorgeait de matériaux
précieux. La sculpture, la mosaïque et l’art de la plume ont atteint des degrés remarquables. La nourriture
nécessitait l’acheminement de 20 000 t de produits tous les ans. Cette civilisation extrêmement brillante a été
brutalement arrêtée par la conquête.
L’Empire inca est issu d’une histoire comparable :
A l’origine une modeste tribu s’installe dans la vallée de Cuzco au début du XIII è où elle se fédère avec les
populations déjà installées, pour constituer un Empire de 8 millions d’habitants. Il s’agit d’un Empire fortement
centralisé, qui, soumis à l’autorité de l’Inca, impose une langue, une religion officielle, une administration
centralisée, un système fiscal qui oblige les paysans à cultiver les parcelles du clergé et de l’Inca.
Cet empire brillant mais plongé en pleine guerre civile à l’arrivée des Espagnols fut défait en une heure par la petite
troupe de Pizarro dans la vallée de Cajamarca en 1531. La vice-royauté de Nouvelle-Castille fut créée avec pour
capitale Lima.
La rencontre avec les Européens a été dramatique, même là où les premiers contacts ont été pacifiques :
Une catastrophe démographique sous l’effet de la répression, de la mise en esclavage, du choc microbien, de
l’alcoolisme a eu lieu.
En moins d’un siècle, c’est sans doute 80% de la population qui a disparu ; la population au Mexique passe peut-
être de 25 à 1 million.
La perte des cadres politiques, religieux, sociaux a conduit à un véritable effondrement dont
témoigne aujourd’hui l’Indien clochardisé du Pérou ou du Guatemala.
Que reste-t-il de l’héritage précolombien dans les Amériques d’aujourd’hui ?
L’organisation de l’espace est révélatrice, puisque l’Empire espagnol s’est calqué sur la répartition démographique
précolombienne.
Les héritages artistiques et archéologiques destinés à une exploitation touristique.
Les héritages en termes de toponymie des Etats américains.
Les populations indiennes posent un réel problème d’intégration là où elles sont restées nombreuses :
- certains pays (le Mexique notamment) cependant ont cherché à valoriser leur héritage indigène dans la
culture nationale afin de forger une identité nationale. La population indigène a bénéficié de réformes
agraires, de modernisation agricole, d’alphabétisation. L’objectif était de les acculturer, de les
« mexicaniser » selon Cardenas.
- mais beaucoup de pays ont davantage cherché à préserver les traditions indigènes qu’à les inclure dans la
modernité.
II/ L’HERITAGE COLONIAL : TROIS SIECLES AU MOINS DE DEPENDANCE, LA PLUS LONGUE
HISTOIRE COLONIALE DU MONDE
L’épisode de la colonisation est déterminant pour comprendre l’histoire du continent car elle marque :
- la structure des sociétés.
- les formes de mise en valeur de l’espace.
- l’extraversion d’économies longtemps destinées à approvisionner le continent européen.
1/ De l’exploration à l’Empire, l’organisation des territoires connaît un demi-siècle de tâtonnements
Dans un premier temps, il faut poursuivre la phase exploratrice :
17 navires appareillent dès 1493 après la découverte de 1492, et Colomb explore la côte sud de Cuba.
Dès 1494 le traité de Tordesillas accorde à l’Espagne les découvertes à venir alors que le Portugal avec Cabral
découvre le Brésil en 1500. .C’est un traité apparemment avantageux pour l’Espagne.
En 1522 Magellan découvre la route des épices mais elle est trop longue par rapport à la route contournant
l’Afrique. L’Espagne ne conservera que les Philippines dans le Pacifique et se concentrera sur son Empire
américain.
Dès lors il faut mettre en valeur les nouvelles possessions :
Les Rois catholiques engagent une politique de colonisation en donnant le droit aux colons d’exploiter des mines et
de fonder des villes, moyennant le versement d’impôts. Ils créent en 1503 la
Casa de Contratacion
qui organise le
commerce avec les « Indes ».Une présence administrative organise le travail forcé ; c’est une catastrophe qui
conduit à la quasi-disparition de la population indigène dans les îles (d’où le combat de Bartolomé Las Casas) et
pousse à l’importation d’esclaves africains (puisqu’ils n’ont pas d’âme !)..
A partir de 1520 l’Espagne, jusqu’alors confinée dans les îles des Caraïbes part à la conquête du continent par ses
conquistadores qui en moins de 20 ans conquièrent l’Empire : Panama en 1519, Mexico en 1521, Bogota en 1538,
Kansas en 1540, etc.
Les rois d’Espagne soutiennent et financent l’action de l’Eglise qui assure l’évangélisation des populations, la
pacification et la fondation de paroisses.
La conquête coloniale ne se fait pas sans heurts en raison des oppositions entre puissances européennes :
- les Portugais sont les rivaux les plus importants notamment à partir du Brésil
- Anglais, Français s’installent aussi dans les Antilles et en Amérique du Nord en se constituant aussi de
vastes territoires sous contrôle.
2/ Les Indes espagnoles sont les mieux contrôlées de tout le continent
La « surabondance inhumaine de l’espace »
(Braudel) est à la fois un handicap (énormité des distances) et un
avantage (stimulation et appel à la liberté).
La « frontière » devient la constante de l’histoire américaine. Les conquistadors avaient acquis à l’Espagne 3
millions de kilomètres carrés. Au total les Européens contrôlent 7 millions de km2 au milieu du XVIème siècle.
L’extension est désormais assurée par la dilatation de la « frontière » intérieure au rythme des découvertes
minières. Le maillage administratif se densifie et se perfectionne, les villes en sont la manifestation et l’instrument.
La rareté des hommes a été un problème constant :
La mise en servitude des Indiens (ou la domesticité dans les villes ou le travail forcé dans les mines) ne s’est
maintenue que là où les densités initiales des populations étaient suffisantes ; ailleurs elle a conduit à la quasi-
disparition des populations indigènes.
Dans le vide créé, les grandes propriétés (haciendas) se développent. Elles instaurent un servage de fait qui utilise
tous les moyens pour retenir la main-d’oeuvre. Ce grand domaine vit en semi-autarcie : il est à la base des latifundio
qui vont perdurer jusqu’au XXème siècle. L’essentiel n’est pas la valeur de la production mais le contrôle de
l’espace et des hommes sur qui les propriétaires font peser corvées et redevances. Ainsi, s’est transposé de façon
durable en Amérique le système féodal en vigueur en Europe.
Lorsque l’Eglise prend en charge la protection des Indiens, elle conduit à leur regroupement en villages permanents
autour de l’église.
Là où les Indiens sont peu nombreux, la colonisation européenne doit avoir recours aux « engagés » recrutés de
façon plus ou moins brutale en Europe. Mais cela s’est révélé insuffisant lorsque les immenses perspectives de
profit ouvertes par l’extension des plantations sucrières ont justifié l’importation d’une main-d’oeuvre constituée
par des esclaves razziés sur les côtes du Bénin ou de l’Angola. Le trafic culmine à la fin du XVIIIe avec des flux
d’environ 100 000 personnes par an !
L’Amérique coloniale est au service de l’Europe :
L’économie coloniale fonctionne au rythme de ses relations avec la métropole. Chaque métropole impose le « pacte
colonial » à son morceau d’Amérique :
- pour les colonies espagnoles
les routes sont organisées et parcourues en convois vers Veracruz ou
Carthagène. D’Espagne et d’Europe arrivent tous les produits fabriqués dont l’Amérique a besoin pour sa
consommation et que le pacte colonial lui interdit de réaliser. L’Amérique exporte, elle : cuir, tabac, cacao,
bois, sucre mais aussi métaux précieux (argent et or).
- les importations sont si nombreuses que la monnaie manque en Amérique. Le trajet est risqué et long.
- les colonies n’ont d’autre but que de servir la richesse et le prestige des métropoles. Leur économie est
d’autant plus obéissante que les métropoles sont le débouché exclusif de leurs produits.
- les règles et les contraintes du Pacte colonial sont cependant de plus en plus mal vécues par les populations
créoles (explique à terme l’indépendance).
La société latino-américaine est une hiérarchie qui obéit à une échelle de valeurs conforme au modèle aristocratique
européen :
- au sommet les Européens détiennent les hautes charges administratives et religieuses, sont les grands
marchands.
- en dessous les Criollos, (Créoles) Blancs nés en Amérique, tiennent les terres, les mines, l’essentiel de la
richesse des « Indes ».
- en-dessous la masse des métis, petits commerçants, vachers, travailleurs libres. Puis viennent les masses
indiennes.
- enfin, presque en dehors de l’échelle sociale, se situent les esclaves noirs.
Pourtant cet ordre économique et social oppressant est atténué de mille manières :
- de vastes espaces qui ne sont pas concernés ou peu concernés par les productions commercialisées où
l’autorité légale est absente et le système de valeurs géré par des codes autonomes (exemple des
sertoes
au
Brésil avec les Bandeirantes ou des Llanos du Venezuela).
- d’autre part, l’éloignement de la métropole laisse une grande marge de liberté aux diverses activités. La
fraude est généralisée, d’autant que les douanes sont peu efficaces. Le Pacte colonial est contourné et
certaines formes de commerce régional se mettent en place.
Même atténué par ces contournements, l’ordre colonial est de plus en plus mal vécu par les populations locales et
notamment les créoles.
III/ L’HERITAGE DES LUMIERES : INDEPENDANCE MAIS AUSSI CLIVAGE ENTRE NORD ET
SUD DE L’AMERIQUE
Au XVIIIème, un certain nombre de changements se produisent ayant ensuite une incidence sur l’histoire du
continent :
- l’influence des idées françaises des Lumières se répand en Amérique latine (plus que dans l’Amérique
anglo-saxonne et protestante) : avènement des Bourbons (Philippe V) sur le trône d’Espagne, alliance franco-
espagnole, pénétration des modes intellectuelles françaises, essor des voyages scientifiques, enseignement en
français des enfants des classes favorisées, etc.
- les idées libérales progressent (concurrence entre plusieurs compagnies commerciales espagnoles) et le
commerce progresse notamment avec l’Angleterre ou les colonies d’Amérique du Nord qui développent une
industrie locale. Bref, la puissance commerciale britannique s’affirme.
- dans le même temps, la puissance espagnole décline.
1/ C’est dans les colonies anglaises de l’Est de l’Amérique que la révolte commence
La montée de la contestation n’y est pas le résultat d’une crise mais au contraire du développement économique du
XVIIIè. L’augmentation du flux d’immigrants (Irlandais, Ecossais, Allemands), signe de cet essor, entraîne un
mélange ethnique qui éprouve de l’indifférence sinon de l’hostilité à l’égard de l’Angleterre.
C’est surtout l’essor des activités maritimes de la Nouvelle Angleterre qui fait monter la tension avec la métropole.
La prospérité des ports de Boston et de Plymouth irrite l’Angleterre qui prend des mesures de rétorsion. Dans le
Sud cotonnier, en revanche, l’apport d’immigrants est moindre et la contestation plus faible d’autant que
l’Angleterre est le débouché pour le coton.
En 1774, lors de la Tea Party, des navires de la Compagnie anglaise des Indes ancrés dans le port de Boston sont
assaillis par des colons et leur cargaison de thé jetée à la mer. L’escalade conduit à la guerre, à la déclaration
d’Indépendance (4 juillet 1776) et au traité de Versailles (1783) qui consacre la naissance des Etats-Unis.
2/ La libération des colonies espagnoles est beaucoup plus tardive
Deux différences avec l’Amérique du Nord :
- 1/ l’indépendance politique est plus tardive
- 2/ elle conduit immédiatement à une dépendance envers l’Angleterre à la différence du Nord du continent.
Dans les deux cas, il y a bien cependant volonté d’indépendance.
La simultanéité des révoltes est assez trompeuse car il faut avoir recours à des évènements extérieurs pour
la comprendre :
Le rôle de la conjoncture internationale est important contrairement à la situation américaine :
- le mouvement d’indépendance en Amérique latine est une conséquence directe de l’impact de la révolution
américaine et plus encore de la France. Dès 1796 l’Espagne de Godoy signe une alliance paradoxale avec la
France. Elle devient adversaire de la Grande-Bretagne, s’ensuit dix ans de blocus maritime anglais qui coupe
l’Espagne de ses colonies. celles-ci s’ouvrent alors au commerce avec les neutres et notamment les jeunes
Etats-Unis.
- dans un deuxième temps, c’est l’occupation de la péninsule ibérique par Napoléon qui provoque la chute
des Empires espagnol et portugais. Recevant l’appui intéressé des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, les
colonies peuvent remettre en cause la tutelle coloniale.
En dehors du contexte international, l’effet de contagion des révoltes dans l’Empire explique la convergence des
mouvements, même si les insurgés n’ont jamais pu coordonner leurs actions dans les diverses parties de cet
Empire.
Ce qui prévaut, c’est la complexité régionale des mouvements d’insurrection dans cet immense empire ce
qui provoquera ensuite le fractionnement politique du continent malgré le rêve de Bolivar :
Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte pour expliquer le fractionnement politique à la suite des
indépendances :
- l’Empire est beaucoup plus complexe que ne le sont les 13 colonies : dimensions considérables, diversité
des milieux et des sociétés, fractionnement administratif voulu par l’Espagne, etc.
- le fait que les mouvements d’insurrection se sont produits dans trois foyers principaux avec des leaders
comme Bolivar (au Venezuela), Sucre, San martin ou Miranda : le Mexique (la Nouvelle-Espagne), le
Venezuela (la Nouvelle-Grenade) avec notamment Bolivar, le Rio de la Plata (Buenos-Aires). C’est une des
explications du fractionnement politique par la suite.
Par ailleurs, l’indépendance de l’Amérique espagnole est davantage une guerre civile qu’une guerre d’émancipation
de la tutelle espagnole :
- elle oppose notamment les créoles (Espagnols ou Portugais nés en Amérique) aux Gachupines c’est-à-dire
les Européens qui accaparent les plus hautes charges. D’autre part les élites créoles dénoncent
l’alourdissement de la fiscalité, le monopole commercial au profit exclusif de la métropole…
- elle oppose aussi les classes pauvres (notamment les Indiens) aux privilégiés (qu’ils soient créoles ou
Européens) ; les antagonismes sociaux ou raciaux sont différents selon les régions :
- ex : au Pérou, la révolte de Tupac Amaru menace moins l’Espagne que les privilégiés locaux qui sont
restés fidèles à la Couronne pour être protégés.
- ex : au Mexique, où les proportions de Blancs, d’Indiens et de métis sont plus équilibrées, le guerre
civile sera plus violente et plus longue.
Le soutien souvent décisif de l’Angleterre, la disparition de la monarchie espagnole à l’époque napoléonienne et
ses difficultés durant la révolution libérale de 1820 créent un vide politique en Amérique et aboutit à l’éclatement :
- la Grande Colombie bolivarienne éclate en trois nations :
- l’Amérique centrale se sépare du Mexique et la Bolivie du Pérou.
- l’Uruguay naît comme Etat-tampon entre le Brésil et l’Argentine.
- seul le Brésil conserve son unité en raison du transfert de la cour lusitanienne à Rio de Janeiro.
Au final, la révolte de l’Amérique hispanique n’est pas une guerre d’indépendance comme celle des Etats-Unis
même si les idées des Lumières et de la Révolution française constituent des références. C’est surtout une révolte
d’une minorité de privilégiés, soutenus par la Grande-Bretagne qui espère (à juste titre après coup) en tirer profit).
L’indépendance se produit donc dans un contexte défavorable qui va pénaliser l’avenir de l’Amérique
durablement :
Les guerres pendant plus de 15 ans ont provoqué un désastre économique fruit des destructions, des pillages, de
l’abandon des mines ou de la dégradation des réseaux de communication.
Les anciennes colonies tombent sous la dépendance économique de la Grande Bretagne, et ne sont donc libérées (à
la différence des Etats-Unis) que de la tutelle politique. Ceci a des conséquences regrettables : les guerres civiles
favorisent la montée en puissance des militaires, du « caudillisme » qui laisse comme héritage politique la violence
dans toutes les formes de la vie politique.
L’unité
que la domination espagnole avait assurée est également brisée et donne lieu à une véritable balkanisation
(Amérique centrale). A terme, cela donne des nationalismes belliqueux, des conflits
récurrents pour des questions
de frontière. Exemple : la Bolivie perd l’accès au Pacifique en 1883, le Paraguay est démantelé en 1870, le Nord du
Mexique est annexé par les Etats-Unis (1836-1948), etc.
Les élites politiques sont mal préparées au pouvoir qu’elles reçoivent :
- elles ont surtout le souci de défendre les intérêts locaux et les intérêts de classe. Au Brésil, on évoque la
démocratie « café au lait »associant les intérêts des éleveurs du Minas et des planteurs de café de Sao
Paulo.
- elles ne veulent intégrer ni les Indiens, ni les classes populaires ni même les classes moyennes certes peu
nombreuses. Ces dernières se précipiteront donc dans les bras des fondateurs de régimes autoritaires de
l’entre-deux guerres.
Enfin, la disparition de l’administration coloniale provoque un désordre administratif et financier dont beaucoup
d’Etat ne sont jamais sortis ; d’où le népotisme, la corruption, le clientélisme… mais aussi le recours quasiment
permanent aux emprunts à l’étranger.
Au total, l’indépendance débouche sur un gâchis indéniable. La balkanisation en une multitude de Républiques
limite la possibilité du continent latino-américain d’exister géopolitiquement ; selon le mot de Kissinger,
l’Amérique latine « devient une abstraction » :
- elle est incapable de parler d’une seule voix et donc de se faire entendre.
- elle subit « la protection » des Etats-Unis qui considèrent cet espace comme leur chasse gardée depuis
Monroe (1823).
- elle dépend surtout de la Grande-Bretagne qui apparaît alors comme la puissance dominante sur le continent :
- c’est elle qui finance les infrastructures qui orientent les économies latino-américaines vers les
activités d’exportation de matières premières.
- elle veille à ce que ces économies demeurent ouvertes pour pouvoir y exporter.
- elle bâtit des solidarités avec les « barons » qui gouvernent et dont l’intérêt est d’avoir une main
d’oeuvre soumise. Ceci explique d’ailleurs l’émancipation des esclaves : la main d’oeuvre salariée est
finalemnt moins onéreuse que la main d’oeuvre servile !
En conclusion, les énormes contrastes sociaux, les intérêts contradictoires alimentent le caractère chaotique de la
vie politique pendant tout le XIXè, d’autant que la maîtrise des espaces est loin d’être assurée.
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