Derrière la crise, retour aux fondamentaux de Marx

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Derrière la crise, retour aux fondamentaux de Marx

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Derrière la crise, retour aux fondamentaux de Marx
Jean-Marie Harribey
Séminaire Espaces Marx Bordeaux Aquitaine 5 décembre 2008
1 Un spectre hante le monde. Ce nest pas vraiment le communisme . Mais cest au moins le spectre de Marx. Plus précisément, il hante le monde de la finance, cest-à-dire lexpression e la plus exacerbée des intérêts du capital en ce début de XXIsiècle. On pourrait dresser une liste impressionnante de publications inféodées à ces intérêts qui, régulièrement, font appel au Marx critique du capitalisme pour essayer dy voir clair dans les soubresauts de leur propre système. DuFinancial TimesauWall Street Journal, en passant parThe Economist,Business WeekouLe Daily Telegraph, les éditorialistes, contraints de constater léchec du capitalisme et de la loi du marché à assurer équilibre, stabilité, prospérité et équité, reconnaissent que ce Marx, honni entre tous, avait été assez perspicace. Et, en France, des essayistes comme Jacques Attali ou Alain Minc, rangés du bon côté de la lutte des classes, ont compris que Marx pouvait être une bonne affaire. Oh, certes, le temps nest pas encore venu où la théorie de Marx retrouvera droit de cité dans lenseignement de léconomie et des sciences sociales, du moins dans les lieux où sélabore et se transmet le savoir universitaire. Ainsi, croyant épouser lair de son temps, le préfacier dune récente édition grand public desManuscrits de 1844, duManifeste du parti communisteet duLivreIduCapital écrit-il:Le fait est que leur [les thèses de Marx] pertinence pour rendre compte des réalités économiques actuelles et des processus contemporains est devenue sujette à caution. En effet, bien des points essentiels des analyses économiques de Marx se sont trouvés démentis par les faits: la "baisse tendancielle du taux de profit" ne sest pas vue confirmée, pas plus que la "paupérisation croissante" du prolétariat quil avait annoncée. En fin de compte, le capitalisme a tellement changé que la plupart des 2 économistes nont plus recours aux analyses de Marx.» Or, la crise majeure que traverse le capitalisme aujourdhui mondialisé nous donne loccasion de procéder à une vérificationin situ dela pertinence de l‘analyse de Marx, car cette crise est un véritable cas décole. Mais, au-delà des aspects économiques et financiers du capitalisme, le Marx critique de laliénation se révèle dune grande actualité au fur et à mesure que la marchandisation est poussée jusquà envahir toutes les sphères de la vie.
Dune crise à lautre
La baisse tendancielle du taux de profit et la paupérisation du prolétariat sont, parmi tant dautres, les deux faits les plus couramment contestés dans la théorie économique de Marx. Pourtant, dune crise à lautre, celle des années 1970 et celle de 2007-2008, ces deux faits sont avérés. Laccumulation et la croissance économique très forte de laprès-guerre en Europe, au Japon et aux Etats-Unis se sont ralenties parce que le progrès technique nécessitait de la part des entreprises capitalistes qui voulaient se hisser au niveau mondial des investissements dont la progression dépassait celle de la productivité du travail. Aussi, dès le milieu des années 1960, le taux de profit a amorcé une descente aux enfers, confirmant parfaitement lanalyse duLivre IIIduCapital.
1 Allusion à la première phrase duManifeste du parti communistede Marx et Engels [1848]. 2 Roger-Pol Droit, Marx le révolutionnaire», Paris, Le Monde de la Philosophie, Flammarion, 2008, p. XXI.
Source: G. Duménil, D. Lévy, Crise et sortie de crise, PUF, 2000, p. 35.
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Et le capitalisme nest sorti de cette crise de suraccumulation quen donnant un tour féroce à la lutte des classes pour distordre le partage de la valeur ajoutée en faveur des propriétaires du capital. Ce sont le Fonds monétaire international et lUnion européenne eux-mêmes qui établissent, après avoir longtemps nié le phénomène, quune baisse de la part salariale de 8 à 10, voire 12, points de pourcentage de PIB sest produite dans tous les pays 3 capitalistes développés du début des années 1980 au milieu des années 2000.De quoi sagit-il sinon de lélévation du taux dexploitation de la force de travail, cest-à-dire du taux de plus-value ou encore de lapaupérisationdu salariat, relativement au capital? Là encore, le propos de Marx est confirmé: le capital est un rapport social. La crise financière qui a éclaté aux Etats-Unis en 2007 à partir des crédits hypothécaires subprimesentre-t-elle dans le cadre des catégories de Marx? Non, dira-t-on, si lon sen tient à une description des mécanismes financiers dont la sophistication na dégale que leur capacité à engendrer des catastrophes foudroyantes parce que des techniques comme la titrisation ou des structures telles que les marchés de produits dérivés ont engendré les seuls effets quon pouvait en attendre: une spéculation sans bornes et, au final, leffondrement boursier. Mais la réponse est tout autre si lon relie la financiarisation à linstauration dun nouvel ordre social, cest-à-dire à la destruction dun type de rapport salarial entouré dun droit du travail et dune protection sociale et à son remplacement par un autre type de rapport fait de précarité et de flexibilité. Le délabrement de la condition salariale dans le dernier quart e e du XXsiècle et le début du XXIa été le terreau de lenrichissement faramineux des classes possédantes. Dans une spirale qui semblait ne pas avoir de fin, celui-ci a permis lexpansion 3 FMI,Perspectives de léconomie mondiale, Rapport avril 2007, p. 184; Commission européenne,Employment in Europe, Report 2007, chap. 5, The labour income share in European Union», p. 4.
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dun mode daccumulation financière qui croyait pouvoir planer perpétuellement dans un monde virtuel, en vertu don ne sait quel miracle autoréférentiel saffranchissant de tout contact avec la réalité. Hélas, pour les heureux capitalistes et leurs mandataires banquiers et financiers, ce modèle a explosé parce que la finance ne pouvait vivre continuellement hors-sol, lexploitation de la force de travail ayant une limite.
Source : FMI, Rapport 2007 EuropeJaponEtats-UnisAutres pays anglo-saxons(en % du PIB)
Le fétichisme de la finance est ainsi mis au grand jour dans les termes mêmes où Marx les avait prononcés en parlant du capital fictif:Labsurdité de la mentalité capitaliste atteint ici au comble: au lieu dexpliquer la valorisation du capital par lexploitation de la force de travail, on explique au contraire la productivité de la force de travail en attribuant à celle-ci cette qualité mystique dun capital productif dintérêt. []Constituer du capital fictif sappelle capitaliser. On capitalise toute recette périodique, en la calculant, selon le taux dintérêt moyen, comme un revenu que rapporterait un capital prêté à ce taux. Par exemple, si le revenu annuel est de 100£ et le taux dintérêt est de 5%, les 100£ représenteraient lintérêt annuel de 2000£ et ces 2000£ sont considérées comme la valeur-capital du titre de propriété sur ces 100£ annuelles. Pour lacheteur de ce titre, le revenu annuel de 100£ représente effectivement lintérêt de son capital placé à 5tuoTereiteallacneov.%véritable processus de valorisation du capital a ainsi disparu et lidée dun capital qui fructifie automatiquement sen trouve renforcée. [] Le mouvement autonome de la valeur de ces titres de propriété, effets publics aussi bien quactons, accrédite lillusion quils constituent un capital réel à côté du capital ou du droit quils ne font que consigner. En effet, ils se changent en marchandises dont le prix obéit à un mouvement et à des lois qui lui sont spécifiques. Leur valeur marchande est déterminée autrement que leur valeur nominale sans quil y ait changement dans la valeur du capital réel (dont cependant la valorisation peut se modifier). Dune part, leur valeur marchande varie avec le montant et la sécurité des revenus auxquels ils donnent droit. Dautre part, la valeur marchande de ces papiers est souvent affaire de spéculation, puisquelle est déterminée non seulement par le bénéfice réel de lentreprise, mais par le bénéfice escompté, que lon calcule par anticipation. Mais en supposant que le capital
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saccroisse de manière constante [], le prix de ces titres montera ou baissera en raison inverse du taux dintérêt. Leur valeur est toujours du simple revenu capitalisé, cest-à-dire du 4 revenu calculé au taux dintérêt existant sur la base dun capital illusoire.» En bref, la finance capitaliste ne peut sexonérer de la loi de la valeur que Marx a énoncée: seul le travail crée de la valeur, et le profit monétaire –tiré de la réalisation sur le marché de la plus-value provenant du surtravail – est réparti parmi la classe capitaliste au 5 prorata du capital engagé.Tout le reste nest quillusion, notamment la prétendue autonomie de la finance par rapport à la sphère productive ou encore lexistence de deux capitalismes, lun industriel vertueux, lautre financier parasitaire et vorace. En effet, cette dernière opposition est fausse. Parce que la dégradation des rapports sociaux dans léconomie productive dite réelle a nourri la financiarisation pendant trente ans: moins de salaires et de protection sociale, cétait plus de profit pour les actionnaires. Et parce que la sphère financière est un élément nécessaire à la circulation du capital qui met les travailleurs en concurrence, et quen retour la valorisation financière ne peut se réaliser sans la sphère productive.
V = salaires P =plus-value Y = valeur ajoutée = V + P
Part de la masse salariale dans la valeur ajoutée = V/Y = V / (V+P) Taux dexploitation (taux de plus-value) = P/V = P / (Y-P) 1+ P/V = 1 / V/Y La baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée est donc synonyme de la hausse du taux de plus-value
Marx,Le Capital, LivreIII, 1894, Paris, Gallimard, La Pléiade, t. II, 1968, p. 1193-1195. Labsurdité de la mentalité capitaliste atteint ici au comble: au lieu dexpliquer la valorisation du capital par lexploitation de la force de travail, on explique au contraire la productivité de la force de travail en attribuant à celle-ci cette qualité mystique dun capital productif dintérêt. [] Constituer du capital fictif sappelle capitaliser. On capitalise toute recette périodique, en la calculant, selon le taux dintérêt moyen, comme un revenu que rapporterait un capital prêté à ce taux. Par exemple, si le revenu annuel est de 100£ et le taux dintérêt est de 5%, les 100£ représenteraient lintérêt annuel de 2000£ et ces 2000£ sont considérées comme la valeur-capital du titre de propriété sur ces 100£ annuelles. Pour lacheteur de ce titre, le revenu annuel de 100£ représente effectivement lintérêt de son capital placé à 5%. Toute relationavec le véritable processus de valorisation du capital a ainsi disparu et lidée dun capital qui fructifie automatiquement sen trouve renforcée. [] Le mouvement autonome de la valeur de ces titres de propriété, effets publics aussi bien quactons, accrédite lillusion quils constituent un capital réel à côté du capital ou du droit quils ne font que consigner. En effet, ils se changent en marchandises dont le prix obéit à un mouvement et à des lois qui lui sont spécifiques. Leur valeur marchande est déterminée autrement que leur valeur nominale sans quil y ait changement dans la valeur du capital réel (dont cependant la valorisation peut se modifier). Dune part, leur valeur marchande
4 Karl Marx,Le Capital, LivreIII, 1894,in Œuvres, Paris, Gallimard, La Pléiade, tome II, 1968, p. 1193-1195. Il ne restera plus à Keynes quà dire que la liquidité ne peut être vraie simultanément pour tous les porteurs daction; sur ce point, voir Jean-Marie Harribey, Correspondance inédite entre Keynes et Marx»,Libération, 19 novembre 2008. 5 La longue controverse sur le passage des valeurs-travail aux prix de production a trouvé son point dorgue dans une solution typiquement marxienne présentée par Gérard Duménil et Duncan Foley, The Marxian Transformation Problem»,Dictionary of Economics, Palgrave MacmillanThe New Palgrave, 2006, http://www.jourdan.ens.fr/levy/dfo2006b.pdf.
varie avec le montant et la sécurité des revenus auxquels ils donnent droit. Dautre part, la valeur marchande de ces papiers est souvent affaire de spéculation, puisquelle est déterminée non seulement par le bénéfice réel de lentreprise, mais par le bénéfice escompté, que lon calcule par anticipation. Mais en supposant que le capital saccroisse de manière constante [], le prix de ces titres montera ou baissera en raison inverse du taux dintérêt. Leur valeur est toujours du simple revenu capitalisé, cest-à-dire du revenu calculé au taux dintérêt existant sur la base dun capital illusoire.»
Marx fait de la résistance
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Ainsi, loin de rendre obsolètes les catégories de Marx, la crise les rend plus actuelles que jamais, puisque ce qui est nommé dun euphémisme, la financiarisation» nest que la forme aboutie de la logique pure du capitalisme qui se rapproche de son concept» (Hegel) ou de son idéal-type (Weber), cest-à-dire du modèle le plus abstrait analysé par Marx dans LeCapital. Cependant, il faut aborder deux thématiques qui se proposent de dépasser ces catégories, et notamment celle qui en est le pivot de toutes les autres, la loi de la valeur, mais qui échouent dans leur tentative.
Marx,Manuscrits de 1857-1858, Grundrissesociales, 1980, tome II, p. 192-193., Ed. Cependant,à mesure que se développe la grande industrie, la création de la richesse réelle dépend moins du temps de travail et du quantum de travail de travail employé que de la puissance des agents mis en mouvement au cours du temps de travail, laquelle à son tour – leurpuissance efficace – na elle-même aucun rapport avec le temps de travail immédiatement dépensé pour les produire, mais dépend bien plutôt du niveau général de la science et du progrès de la technologie, autrement dit de lapplication de cette science à la production. [] Dans cette mutation ce nest ni le travail immédiat effectué par lhomme lui-même, ni son temps de travail, mais lappropriation de sa propre force productive générale, sa compréhension et sa domination de la nature, par son existence en tant que corps social, en un mot le développement de lindividu social, qui apparaît comme le grand pilier fondamental de la production et de la richesse. [] Dès lors que le travail sous sa forme immédiate a cessé dêtre la grande source de la richesse, le temps de travail cesse dêtre nécessairement sa mesure et, par suite, la valeur déchange dêtre la mesure de la valeur dusage.»
Certains voient dans la capacité du capitalisme à sapproprier toute la connaissance humaine la possibilité de repousser encore la barrière de laccumulation, en happant à son profit tous les moments de la vie des individus, dans le travail et hors du travail. Mais cette tentative de soumettre, subsumer et aliéner toujours davantage lêtre humain, et, avec lui, toutes les ressources naturelles, est proprement insoutenable. André Gorz le disait ainsi: le capitalisme dit cognitifestla crise du capitalisme» ou encore: le "capitalisme cognitif"est 6 la crise du capitalisme tout court» . Cependant, cette crise ne conduit pas à la disparition de la loi de la valeur, comme le soutiennent les théoriciens du capitalisme cognitif, et notamment 7 Gorz. Seulelavaleurtend à diminuer au fur et à mesure des gains de productivité, voire à être réduite à néant, soulevant une nouvelle contradiction que Marx avait anticipée dans les 8 Grundrisse: le développement des forces productives nous rapproche de la gratuité tandis
6  André Gorz,Limmatériel, Connaissance, valeur et capital, Paris, Galilée, p 55 et 47. 7  Jean-MarieHarribey, Le cognitivisme, nouvelle société ou impasse théorique et politique?»,Actuel Marx, n° 36, septembre 2004, p. 151-180. 8  KarlMarx,Manuscrits de 1857-1858, Grundrisse, Paris, Ed. sociales, 1980, tome II, p. 192-193: Cependant, à mesure que se développe la grande industrie, la création de la richesse réelle dépend moins du temps de travail et du quantum de travail de travail employé que de la puissance des agents mis en mouvement
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que les rapports sociaux imposés par le capitalisme sopposent au dépassement du statut de la marchandise. Accompagnant la financiarisation, un discours idéologique sest installé, des médias aux chaires universitaires, pour accréditer lidée que la finance aurait acquis une autonomie à légard du système productif, serait capable dengendrer par elle-même de la valeur; en un mot, le capital pourrait se valoriser sans passer par la case travail. Ainsi, serait justifié par exemple labandon des retraites aux mains des compagnies dassurance et des fonds de pension boursicotant avec lépargne individuelle. A lappui de cette thèse : les prophéties auto-réalisatrices. La valeur des actifs financiers et, au-delà, celle de toutes les marchandises nauraient plus rien à voir avec des fondamentaux» objectifs (la valeur des entreprises pour les actions, les conditions de production pour les marchandises). Elles ne relèveraient que de considérations subjectives, amplifiées jusquà lextrême par les comportements moutonniers, ce mimétisme si bien décrit par Keynes, mais utilisé ici en oubliant que, derrière lui, subsiste toujours la réalité qui, lorsque la bulle a trop monté, exerce une force de rappel irrépressible. Si les bulles finissent toujours par éclater, cest bien parce que la valeur économique réelle ne peut être créée que par le travail. La dégradation de la condition salariale, cest-à-dire laugmentation de lexploitation de la force de travail, a nourri la financiarisation. Mais elle atteint un point au-delà duquel la finance plane au-dessus du vide.
25000 milliards de dollars évanouis»
Le Monde, 26 et 27 octobre 2008
Deux économistes français, Michel Aglietta et André Orléan, ont théorisé une conception de la monnaie et de la finance qui se révèle être une impasse. Ils ont eu raison de montrer que la monnaie était une institution sociale précédant les échanges: acceptée par
au cours du temps de travail, laquelle à son tour – leurpuissance efficace– na elle-même aucun rapport avec le temps de travail immédiatement dépensé pour les produire, mais dépend bien plutôt du niveau général de la science et du progrès de la technologie, autrement dit de lapplication de cette science à la production. [] Dans cette mutation ce nest ni le travail immédiat effectué par lhomme lui-même, ni son temps de travail, mais lappropriation de sa propre force productive générale, sa compréhension et sa domination de la nature, par son existence en tant que corps social, en un mot le développement de lindividu social, qui apparaît comme le grand pilier fondamental de la production et de la richesse. [] Dès lors que le travail sous sa forme immédiate a cessé dêtre la grande source de la richesse, le temps de travail cesse dêtre nécessairement sa mesure et, par suite, la valeur déchange dêtre la mesure de la valeur dusage».
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tous, elle est à la fois expression du désir de richesse et lien social. Mais ils ont eu tort den déduire que le choix dun bien comme monnaie résultait seulement dune imitation des individus entre eux, car la monnaie est élue équivalent universel parce quelle est garantie par la puissance publique, et elle na de valeur que si, parallèlement, un travail productif est effectué. En abandonnant toute théorie de la valeur fondée sur le travail, ils ont eu aussi le tort de voir dans les excès de la finance un phénomène là encore uniquement auto-référentiel qui sentretiendrait de lui-même sans aucune référence avec ce qui se déroule dans la production. Cette croyance empêche de voir la crise globale actuelle comme une crise de lordre social imposé par le capital, et conduisait naguère Michel Aglietta, au sujet des retraites, à approuver le mouvement de patrimonialisation du capitalisme et le recours aux fonds de pension et à croire que la finance était capable de transférer dans le temps des richesses réelles». La finance est seulement capable de transférer dans le temps lapropriétédes richesses. Encore faut-il que celles-ci soient produites. Ce nest pas un hasard si les tenants de la thèse du cognitivisme rejoignent les mêmes illusions précédentes: Lindépendance de la sphère financière a été largement analysée comme un "régime daccumulation à dominante financière ou patrimoniale". Ainsi, la valeur émerge de la sphère de la circulation monétaire tandis que la sphère de la production industrielle et lentreprise perdent le monopole de la création de valeur et donc du travail 9 supposé directement productif.», écrit Yann Moulier Boutang . Il en est de même en ce qui concerne André Orléan qui, bien que parlant dincomplétude radicale de lordre financier» et de lautisme» du marché, nen appelle pas moins à participer au débat sur 10 lévaluation» par lintermédiaire de fonds salariaux. La leçon théorique de la crise est là. Au fond, la première crise de la globalisation capitaliste est lexpression de lincapacité radicale et définitive de la finance à transformer du capital fictif (la valorisation boursière) en capital réel qui ne peut être issu que de lexploitation de la force de travail.
Correspondance inédite entre Marx et Keynes Jean-Marie Harribey Libération, 19 novembre 2008, http://harribey.u-bordeaux4.fr/travaux/monnaie/correspondance-marx-keynes.pdf Mon cher Marx, En ce jour du 79e anniversaire du jeudi noir de 1929, je dois reconnaître que vous mavez bluffé. A vrai dire,  Mon cher Keynes, Je vous avoue que mon premier mouvement, en découvrant votre lettre, fut de savourer ma revanche
9  .Yann Moulier Boutang, Capitalisme cognitif et nouvelles formes de codification du rapport salarial»,in Carlo Vercellone (sous la dir. de),Sommes-nous sortis du capitalisme industriel?, Paris, La Dispute, 2003, p.308. 10 André Orléan,Le pouvoir de la finance, Paris, Ed. O. Jacob, 1999, p. 254, 255 , 262, 263.
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