Document - Les « Présocratiques »

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Document - Les « Présocratiques »

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Les « Présocratiques »
VIIè-Vè siècles avant J.-C.
I.
L’invention du questionnement rationnel :
Au commencement de la pensée et singulièrement de la
philosophie, il y a l’étonnement et le souci. Mais Etonnement est lui-même le nom d’un Dieu. L’humanité pré-
philosophique est environnée de divinités qui président à l’ordonnance céleste, au cours des saisons, au rythme
du temps, à la vie et à la mort. L’admiration devant la présence de tant de forces, non pas occultes, mais
manifestes, répond à toutes les questions que l’on pourrait être tenté ou amené à formuler : Qu’est-ce que le
monde ? Est-il éternel ou périssable ? D’où vient-il et qui l’aurait créé ? Que signifie « créer » à propos du
monde ? Qui suis-je moi-même ? Que puis-je attendre et que dois-je faire ? Et sitôt que l’admiration se charge de
souci, la théologie (appelée alors mythologie) apporte une réponse toute prête qui renvoie à la domination des
personnes divines et transcendantes. Le poète épique est lui aussi porteur de cette parole – tel Homère ou
Hésiode. La philosophie proprement dite ne commence qu’avec la raison. Avant même que le mot
« philosophie » soit introduit par Pythagore pour désigner la quête de la sagesse ou de la science, l’activité qu’on
dira philosophique répond à une exigence de rationalité. S’en tenir aux explications de théologiens ne conduirait
qu’à une impiété encore plus redoutable que l’ignorance. Cela ne signifie pas que la raison ait réponse à tout, ni
qu’elle ait le pouvoir de résoudre les problèmes nés de l’admiration et du souci ; car, si tel était le cas,
l’interrogation cesserait et la première solution proposée passerait pour définitive. En fait, le travail de la raison
ne consiste que dans un second temps à rechercher des réponses, et sa première tâche est de formuler le souci en
termes de problèmes, c’est-à-dire précisément de proposer un questionnement rationnel.
II. L’appellation « présocratique » :
« Présocratique » est l’appellation commode utilisée par les philologues
pour désigner les philosophes qui ont précédé Socrate ou qui, sans appartenir à la mouvance socratique, ont été
ses contemporains. Tous sont grecs et s’expriment dans des dialectes grecs, mais très peu sont athéniens. Les
premiers sont originaires d’Ionie (Asie mineure), puis d’Italie du sud et de Sicile (Grande-Grèce), enfin
d’Abdère en Thrace, comme Démocrite et ses disciples. Quant aux sophistes, ce sont des conférenciers
itinérants. Avant de d’entrer quelque peu dans le détail des origines historiques, géographiques et conceptuelles
de la philosophie, il faut savoir que, de tous ces auteurs, aucun écrit ne se trouve complètement conservé, à
l’exception peut-être de certains discours du sophiste Gorgias. Nous ne disposons, pour connaître leur
philosophie, que de deux principales catégories de textes : des fragments originaux et des témoignages. Les
fragments sont dus à des citations faites dans leurs oeuvres par des auteurs plus tardifs, à une époque où
subsistaient des éditions plus ou moins partielles. Les témoignages sont constitués de notations où un philosophe
postérieur résume, soit pour s’en inspirer, soit pour la combattre, telle ou telle opinion philosophique attribuée à
l’un de ces grands Anciens.
Pour l’essentiel, nous sommes donc en présence d’une littérature éclatée dont la curiosité porte principalement
sur les principes et les causes, Dieu, l’ordonnance du monde et les phénomènes célestes et cosmiques, l’âme, la
sensation et la connaissance, puis sur l’homme, les animaux et les plantes. Ces problèmes donnent lieu à la
rédaction d’ouvrages qui circulent à travers les écoles philosophiques, à Athènes et dans l’ensemble du monde
grec antique, et qui ressemblent à des archives ou à des fiches doxographiques (Stobée, Aetius, Diogène Laërce)
qu’à des livres au sens moderne du terme. Dès le commencement, la philosophie est inséparable d’une histoire,
d’une genèse, et cette histoire de part en part philosophique : nous ne connaissons des plus anciens que ce que ce
qui a retenu l’attention des Anciens, qui ne sont que leurs successeurs en un sens, et leurs commentateurs, parfois
leurs continuateurs.
Ultime paradoxe à souligner : si c’est à travers Platon et Aristote et leurs contemporains ou leurs élèves, que
nous connaissons les « pré-socratiques », la question de la naissance de la philosophie doit être re-formulée à
nouveaux frais avec l’arrivée de Socrate et à partir donc de l’oeuvre de Platon. Par exemple de la façon suivante :
en quoi la tradition grecque déjà ancienne de philosophie au Vè siècle avant Jésus-Christ vit-elle une rupture
historique fondamentale à laquelle nous associons encore aujourd’hui l’idée de naissance de la philosophie ? Là
encore, il apparaît que toute interrogation historique sur les origines de la philosophie renvoie à un
questionnement proprement philosophique : la philosophie a-t-elle un père qui serait Socrate, avec des grands-
parents méditerranéens et en fait grecs au sens large, ou bien sa formation historique est-elle plus complexe et
plus surprenante encore ?
Rappelons simplement
que si la philosophie est un questionnement rationnel, visant à apporter des réponses aux
énigmes que la réalité propose éternellement au souci des hommes, elle n’existe que si ces derniers parviennent à
transformer ces énigmes en problèmes. Cette visée s’exprime dans le terme même de philosophie, plutôt amour
et recherche que possession et jouissance du savoir. Pourtant, l’ancien
sage
, celui de la Grèce pré-classique
(VIIè-VIè siècle avant J.-C.), est davantage
sophiste
, détenteur d’une sagesse et d’une science, que philosophe,
qui s’efforce de les conquérir. Le nom de ce sophiste ou de ce sage est généralement attaché à une cité antique.
Le doxographe du Vè siècle, Stobée, recense sept principaux Sages : Cléobule de Lindos : « La mesure est ce
qu’il y a de plus excellent » ; Solon d’Athènes : «
Rien de trop » ; Chilon de Lacédémone : « Connais-toi toi-
même » ; Thalès de Milet : « Fais des promesses, la faute n’est pas loin » ; Pittacos de Lesbos : « Connais le
moment opportun » ; Bias de Priène : « La plupart des hommes sont malhonnêtes » ; Périandre de Corinthe :
« L’étude est universelle ». A la même époque, de multiples « écoles » sont créées par les Grecs dans les cités et
les colonies plus ou moins proches. C’est dans ce cadre-là qu’apparaissent les premières démarches
philosophiques et les premiers philosophes.
III. Les principaux courants et foyers de philosophie en Grèce aux VIIè et VIè siècles avant J.-C. :
A.
L
ES ECOLES D
’I
ONIE
Située dans la partie centrale de la côte occidentale d’Asie Mineure, l’Ionie est une province colonisée par les
Grecs d’Attique dès le XIème siècle avant J.-C. Les îles de Chios et Samos, proches du littoral, en font également
partie. Déjà prospère aux débuts des temps historiques, l’Ionie fut le creuset d’une civilisation originale, reflet
de la fusion de l’hellénisme et de l’Orient. Son apport à la culture grecque est considérable : l’école naturaliste
de Milet, la principale cité de la province avec Phocée et Éphèse, a ainsi jeté les bases de la pensée scientifique
et philosophique ; son activité intellectuelle lui valut un grand rayonnement : Anaximandre et Anaximène
poursuivirent l’oeuvre de Thalès ; Clazomènes verra naître Anaxagore, Colophon, Xénophane ; et Éphèse,
Héraclite.
Thalès de M ilet / VIIè-VIè siècles avant J.-C.
Issu d’une famille thébaine, Thalès naît à Milet, en Ionie, à la fin du VIIè siècle (d’où l’appellation ultérieure de
« Milésien »). Mathématicien, il contribue à la naissance de la géométrie. L’historien grec Hérodote évoque sa
connaissance de la science égyptienne et son influence sur la géométrie euclidienne à venir. Astronome, Thalès
affirme que la Lune est éclairée par le Soleil et il prévoit même, toujours selon Hérodote, l’éclipse du 28 mai
585. Aristote le considère comme le premier philosophe. Sa doctrine philosophique constitue un des premiers
essais de philosophie de la nature ou « Physiologie ». On peut
retenir de sa doctrine trois thèses certaines :
l’aimant a une âme ; la Terre flotte ; le monde dans son ensemble est constitué
d’eau
.
Anaximandre / Vers 610 – 545 avant J.-C.
Pour cet ami et successeur de Thalès, l’Elément ne saurait être le Principe, mais il dérive de ce principe, appelé
l’Illimité
ou
Infini
, parce qu’il renferme une infinité de réalités et même de mondes possibles. Tout ce qui existe
en est l’expression. Tout vient de lui et doit y retourner.
Héraclite / Vers 576 – 480
C’est un Ionien d’Ephèse. Il fait du feu le principe, à la fois matière et substrat, et nécessité ou
Logos
(raison).
Que la raison soit sinon « matérielle », du moins une chose, ne doit pas nous surprendre : l’Intellect d’Anaxagore
sera lui aussi une chose de cet ordre, de même que le Destin ou la raison des Stoïciens. Parce que tout n’est
transformation du
feu
, l’Un se faisant multiple, le tout est, quoique éternel, en perpétuel devenir. C’est le
« mobilisme universel » d’Héraclite, réduit le plus souvent à une simple formule : « on ne se baigne jamais deux
fois dans le même fleuve ». Mais ce Tout étant le feu et la raison du
Logos
, Héraclite construit l’exigence d’une
raison qui est en même temps le lieu des contradictions et de leur dépassement en harmonie. C’est là une
première approche de ce que sera la dialectique des Modernes. En même temps, l’homme doit faire siens ce
Logos
et ce feu céleste qu’il reçoit en partage, comme une âme immortelle. Se soumettre au
Logos
, c’est vivre
selon la raison, se soumettre au Destin et adopter la nature ( comme le feront les Stoïciens) pour modèle d’une
conduite morale nous associant au mouvement de l’univers. Socrate et Aristote surnommeront Héraclite
« l’obscur ». D’abord pour son refus de la ponctuation. Ensuite pour son style, composé de versets censés mimer
le mouvement de la contradiction et exprimer la tension propre à toute harmonie.
B.
L
ES ECOLES D
’I
TALIE
Après l’Ionie, l’Italie du sud et la Sicile, réunies sous le nom unique de « Grande-Grèce » par les Anciens eux-
mêmes, constituent le second grand foyer historique et géographique de développement de la philosophie, dès
les VIIè et VIè siècles avant J.C. Pour ces écoles d’Italie,
l’Illimité
, indéfini dans sa richesse, fait place à
l’Un
,
car l’exigence d’intelligibilité l’emporte sur toute autre. Deux écoles vont connaître des développements
parallèles, l’école pythagoricienne et l’école d’Elée, fondées en même temps, dans la seconde moitié du VIè
siècle avant Jésus-Christ , celle-là par Pythagore et celle-ci par Xénophane. Toutes les deux comptent dans leurs
rangs des noms illustres de personnalités philosophiques qui devaient contribuer à élaborer des concepts
d’importance décisive pour le développement ultérieur de la philosophie et de la science en Occident.
a/- L’école pythagoricienne
Dans la seconde moitié du VIè siècle, Pythagore fonde en Grande Grèce une école – on pourrait même dire une
secte, puisqu’elle élabore un type de vie monastique où, après une probation de durée variable, s’accomplissent
un premier noviciat de trois ans (pour les acousmaticiens) suivi de cinq années de silence (pour les
mathématiciens). Cette école ou cette secte, qui n’hésite pas à prononcer certains interdits qui peuvent nous
paraître curieux, comme celui de manger sur un char roulant, compte des disciples immédiats comme le
philosophe Acméon, Hippase, le médecin de Démocédès, l’athlète Milon de Crotone, qui est aussi gendre du
maître, et d’autres disciples plus tardifs de la seconde moitié du Vè siècle, comme Philolaos, Archytas ou le
sculpteur Polyclète. Selon les pythagoriciens, la réalité est formée par le nombre et l’Univers gouverné par
l’harmonie.
Le nombre est l’essence de toutes choses et toutes choses sont des nombres.
Pythagore
/ Vers 580 – fin du VIè siècle
Peu de choses nous sont parvenues de la vie de Pythagore. De nombreuses légendes évoquent sa filiation divine
(Hermès) et sa disposition naturelle à la métempsycose et au souvenir de tous les événements vécus après
comme pendant sa vie.
Empédocle / Vers 490 – 435 avant J.-C.
Un peu plus jeune, mais à peine, que Parménide et Héraclite, Empédocle d’Agrigente (Sicile) est le
contemporain de Zénon d’Elée, de Leucippe et d’Anaxagore. Platon l’appelle « Les muses de Sicile ». Il sera
considéré comme un véritable mage, guérisseur des âmes et des corps. Porte-parole des démocrates de sa cité, il
lutte contre la tyrannie avant d’être exilé. Il est l’auteur de deux grands poèmes,
De la nature
et
Les
purifications
, d’inspiration pythagoricienne. Une légende antique doublée d’une tradition poétique moderne veut
qu’il se soit jeté vivant dans l’Etna, dont l’histoire n’a retenu qu’une fameuse sandale.
b/- Les Eléates
Elée est une cité d’Italie du sud, en Lucanie, au bord de la Méditerranée. L’école, fondée au début du VIè siècle,
par Xénophane, compte au siècle suivant trois illustres représentants : Parménide, Mélissos et Zénon d’Elée. A
la recherche du principe d’intelligibilité, les Eléates situent ce principe dans le Dieu Un de Xénophane, l’Un et
l’être de Parménide et de Mélissos, ou encore dans l’Un-multiple de Zénon. Ils posent l’identité de l’être avec ce
que l’intellect ou la pensée appréhendent. Parménide dira : « Car mêmes choses sont et le penser et l’être ».
Une telle identification de l’être et de l’intellect implique deux thèses : d’une part, l’être est immobile, soustrait
à tout mouvement, éternel ; d’autre part, la connaissance véritable se réduit à la saisie de l’Intelligible qui est
l’être, les sensibles ou les corps ne pouvant être objets que de l’opinion. Seule la voir de l’être est celle de la
vérité ; la voie de l’opinion conduit, elle, au non-être, source du néant et de l’erreur.
Parménide / Vers 544 – 450 avant J.-C.
C’est le plus illustre représentant de son école. Auteur d’un grand poème,
De la nature
, commenté depuis Platon
jusqu’à Heidegger, en provoquant une même admiration attentive. Ionien, il tient l’Un pour un être matériel,
mais son recours fréquent à des couples d’opposés pour expliquer les phénomènes naturels, le place également
sous l’influence pythagoricienne. Il est le fondateur de l’ontologie, discours philosophique sur la nature de l’être,
en inventant l’opposition de l’être et du non-être, et en prenant parti pour l’être et son identité à la pensée. « Ce
qui peut être dit et pensé se doit d’être / Car l’être est en effet, mais le néant n’est pas » (Fragment VI du
Poème
).
Zénon d’Elée / Vers 490
Auteur d’une oeuvre en prose et notamment de dialogues, dont nous n’avons conservé que quelques fragments.
Reprenant l’idée de Parménide de l’Etre-Un, ses raisonnements visent à réfuter l’évidence sensible. C’est ainsi
qu’il s’attache en particulier à démontrer par quatre arguments paradoxaux que le mouvement ne saurait être.
C.
L
ES
A
BDERITAINS
Abdère, colonie grecque de la côte Thrace depuis le VIIè siècle, vit fonder au début du Vè siècle avant J.-C. une
école de philosophie illustrée par Leucippe et Démocrite, qui tiennent pour principes les atomes et le vide.
Atome est un mot grec qui signifie insécable.
Les Abdéritains opposent eux aussi intellection et opinion et
considérent comme seules réelles les idées, qu’ils confondent avec les atomes. Seule l’intellection est légitime à
leurs yeux. Démocrite s’exprime ainsi : « Le monde est un théâtre, la vie une comédie : tu entres, tu vois, tu
sors ».
Démocrite / Vers 460 – 370 avant J.-C.
De Leucippe, le maître de Démocrite, nous ne savons presque rien. L’élève, figure marquante de l’école, après
une jeunesse méditative et distraite à la fois, et une période de formation passée à voyager grâce à sa part de
l’héritage paternel, revient se fixer à Abdère, où il est reconnu comme un grand savant. Il séjourna à la fin de sa
vie incognito à l’Académie de Platon, à Athènes, et il aurait reçu la visite d’Hippocrate. Son oeuvre considérable
lui valut une célébrité supérieure à celle de Platon et égale à celle d’Aristote. Comme l’indique ce dernier,
Démocrite considère que les seules réalités sont les principes d’où toutes les choses dérivent, à savoir l’être et le
non-être, ou les atomes et le vide. Quant aux choses elles-mêmes, elles sont produites par des différences
atomiques liées à la configuration propre aux atomes et au mouvement qui les assemble ou les dissocie.
D.
C
EUX QUI VIENNENT A
A
THENES
Au Vè siècle avant J.-C., Athènes acquiert un vaste rayonnement culturel qui va marquer profondément
l’histoire de la philosophie. La cité, victorieuse contre les Perses, va, en dépit d’épreuves (la peste) et de crises
politiques, devenir le centre privilégiée d’une intense activité intellectuelle, et notamment philosophique. C’est
dans ce contexte qu’apparaîtra le génie de Socrate qui, lui, n’a jamais voyagé, ou seulement pour servir la cité.
Consulter la chronologie de l’histoire grecque et les documents sur Socrate.
Anaxagore / 500 – 428 avant J.-C.
Anaxagore a vécu soixante-douze ans, et passé trente ans à Athènes, dans l’entourage de Périclès. C’est lui qui y
introduit la philosophie ionienne : né à Clazomènes, cité située un peu au nord de Milet, il a été formé à la
pensée des Milésiens. Un peu plus jeune qu’Héraclite et Parménide, il est le contemporain de Zénon d’Elée et de
Leucippe. Sa philosophie est déjà, avant la lettre, une physique et il pratique la météorologie. Il définit le Soleil
comme une pierre embrasée, pense que la Lune est habitée et prédit en 466 la chute d’un météore (fantaisiste)
tombé du Soleil à Aegos-Potamos. Selon lui, l’air et l’éther, éléments dominants, enveloppent l’infinité de toutes
choses et sont l’instrument de la discrimination ou dissociation. Il professe une philosophie à deux infinis : à
l’infini élémentaire des substances que sont les homéomères (les particules élémentaires dont parle Aristote)
répond le caractère infini du
Nous
ou
Intellect
qu’il faut tenir pour un principe matériel plutôt que pour un Esprit
que la tradition tend à assimiler à Dieu.
Les grands sophistes
Les sophistes sont des contemporains de Socrate, au milieu du Vè siècle avant Jésus-Christ. Ce sont avant tout
des maîtres de rhétorique qui ont instruit les Grecs en leur apportant la culture et les moyens de surmonter à la
fois les dangers auxquels sa faiblesse naturelle expose l’homme, et les obstacles que la vie en société élève
contre sa réussite ou son bonheur. Aux figures historiques, comme Protagoras, Gorgias, Prodicos, Hippias,
Antiphon et Critias, s’ajoutent d’autres personnalités mineures comme Xéniade, Thrasymaque ou le (fictif)
Calliclès du
Gorgias
de Platon. L’art des sophistes ne recule devant aucun moyen. La rhétorique qu’ils
enseignent est faite de séduction et de flatterie ; la dialectique qu’ils professent est un art d’interroger qui
confine à la dispute ou à la discussion (
éristique
). Ils enseignent la mise en oeuvre d’arguments spécieux, de
réfutations ou encore de sophismes, qui sont des raisonnements faux, propres à embarrasser l’adversaire ou à le
séduire. Leur souci n’est jamais la vérité, qu’il s’agisse de procès judiciaires, de joutes politiques ou de débats
plus savants, portant sur la science ou les vertus morales. Ils ne visent que l’efficacité. En philosophie, ils
travaillent à réfuter tous les principes qui mettraient en péril l’existence de leur art, s’ils étaient reconnus. A la
nature et au dénuement de l’homme, ils opposent la convention et l’artifice ; à l’être ils opposent le non-être ; à
la vérité et aux essences, le relativisme des sensations ; aux vérités permanentes, l’empirisme ; à l’unité de
l’excellence, la multiplicité des vertus ; à la religion, le mensonge politique. Ils ouvrent la porte à tous les
relativismes
et à tous les scepticismes. Pour le meilleur et pour le pire.
Gorgias / 487 - 380 avant J.-C.
Originaire de Léontium en Sicile, Gorgias apprit la rhétorique d’Empédocle. Il est sans doute le plus glorieux des
sophistes. Mort à 107 ou 108 ans, richissime, et célèbre dans tout le monde grec, il développe la rhétorique en
fondant cette dernière sur une théorie du langage, elle-même dérivée d’une théorie de l’être, ou plutôt du non-
être, qui libère le discours de toute contrainte et le rend maître de réalité, agissant tout puissamment sur les âmes
pour les séduire et les persuader.
Protagoras / Vers 485 – 411 avant J.-C.
La vie de Protagoras se déroule pour l’essentiel entre la Grande-Grèce et Athènes où, ami de Périclès, il fait
plusieurs séjours. Vers 444, en Italie du sud, à Thurium (ancienne Sybaris), le philosophe est chargé d’imaginer
une constitution
à la nouvelle cité dont l’urbanisme géométrique a été confié à Hippodamos de Milet. L’action
politique de Protagoras et sa réflexion philosophique devaient radicalement s’opposer aux intentions
conservatrices des pythagoriciens de la cité de Crotone. Son oeuvre est abondante. Il fut accusé d’impiété à la
suite de la publication d’un ouvrage évoquant les dieux, puis exilé. Comme son maître Démocrite, Protagoras est
abdéritain. A son maître, il emprunte une théorie de la sensation selon laquelle les qualités sensibles n’existent
que par convention, c’est-à-dire relativement à notre mesure et à nous. Il considère que le sens est la mesure du
sensible et réduit toute réalité au sensible. Il fonde sa rhétorique sur ce constat, propre à instaurer la convention.
III. Les « présocratiques » en 10 dates-clés :
XIè siècle
: Début de la colonisation de l’Ionie par les Grecs.
28 mai 585
: Eclipse solaire prévue par Thalès de Milet selon l’historien Hérodote.
Vers 580
: Naissance de Pythagore.
545
: Mort d’Anaximandre.
544
: Naissance de Parménide.
Vers 490
: Naissance de Zénon d’Elée.
480
: Mort d’Héraclite.
466
: Anaxagore prédit la chute d’un météore tombé du soleil à Aegos-Potamos et introduit la philosophie
ionienne à Athènes..
435
: Mort d’Empédocle.
370
: Mort de Démocrite.
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