Forces et faiblesses de l economie francaise a la veille de la guerre de 1914 Asselain

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C c) Forces et faiblesses de l'économie française à la veille
de la guerre de 1914
L'économie française a retrouvé un dynamisme certain dans les 20 années précédant la
guerre de 1914. Cependant le retard n'est pas complètement comblé et les facteurs de
freinage n'ont pas complètement disparus.
a)
Retard ou spécificité du développement français ?
-
La France n'est en 1914 qu'un pays semi-industrialisé et cela par la faible
urbanisation, l'importance de l'agriculture et le faible taux de salariat. Cependant la
France affronte des problèmes comme que la perte de vitesse dans vieilles
industries, le retard de la concentration industrielle ou bien encore le manque
d'esprit d'entreprises, problèmes qui sont des problèmes de nations de la première
génération industrielle. L'économie possède déjà des structures vétustes et la
population connaît un vieillissement précoce.
1 Vieillissement précoce et dominante rurale
-
Le fléchissement démographique s'observe en France dès le début du 20
ème
siècle
par la dénatalité aussi bien dans les milieux ruraux que urbains, aussi bien riches que
pauvres. Entre 1901 et 1911 la population stagne. La proportion des moins de 20 ans
n'a jamais été aussi faible et le renouvellement des générations ne se fait déjà plus,
la population n'augmente que par vieillissement. De plus le recul de la mortalité se
fait lentement.
-
La population reste en majorité rurale (56% en 1911) et on observe un net retard de
l'urbanisation par rapport aux autres pays européens de près d’un siècle. La
population agricole reste également majoritaire dans la population active et même si
sa part diminue (40%) son effectif absolu augmente. Le secteur tertiaire lui
augmente assez précocement (30%) mais reste très hétérogène. La part de l'industrie
elle
aussi
progresse
régulièrement
mais
modérément
notamment
par
le
développement de petites entreprises familiales.
-
La France connaît un retard du taux de salariat très important qui indique un modèle
de développement différent des autres pays européens et une rigidité sociale.
Cependant, la croissance du taux d'activité est plus importante en France qu'en
Grande-Bretagne et la tranche des 20-60 ans tend a augmenté. De plus
l'augmentation rapide de l'emploi féminin est à remarquer. Enfin, l'immigration
reprend à une cadence rapide dans cette période part l'appel à la main-d'oeuvre du
secteur industriel. Dans le même temps, la population agricole diminue et engendre
un flux de migration assez régulier vers les villes. La croissance des secteurs urbains
est donc associée à la restructuration des activités non-agricoles.
2 Déséquilibres régionaux et pôles de croissance
-
On observe un certain dualisme régional en France à cette époque. Au Nord de la
ligne Cherbourg-Marseille se trouvent les régions agricoles à hauts-rendement,
l'essentiel des ressources en énergie et matières premières et les grands centres
financiers, commerciaux et de consommation. A l'Ouest et au Sud-Ouest les régions
sont
moins
avancées
et
moins
industrialisées,
pour
certaines
même
en
désindustrialisation. La santé des réseaux ferroviaires en fonction des régions est
une bonne illustration de ce fait.
-
Cependant il n'y a pas d'opposition globale entre deux France, mais les régions en
progrès sont en fait très circonscrites. Le pôle parisien
et surtout le département de
la Seine de l’époque, dominent politiquement, administrativement, culturellement et
économiquement. C'est également le premier pôle industriel français, pôle
hypertrophié. C’est le premier pôle boursier de France et il concentre un sixième de
l’emploi industriel.
-
En dehors de Paris on remarque trois pôles principaux : Le Nord axé sur la
métallurgie et le textile, la Lorraine qui possède la majorité des hauts-fourneaux
français et produit les deux tiers de la fonte et la moitié de l'acier français et enfin la
région lyonnaise bien placée pour ce qui est des industries récentes comme la chimie
et les textiles industriels.
3 Concentration et productivité
-
L'industrie française est en 1913 faiblement concentrée. On entendra par là la
concentration technique qui est celle susceptible d'influencer la productivité.
Géographiquement l'industrie française est très concentrée ce qui favorise la
création d'ententes, de cartels ou de comptoirs. Par exemple dans l'industrie
chimique, l'élimination de la concurrence apparaît liée à la domination de firmes
géantes. Dans l'industrie houillère par contre la cartellisation tend à permettre la
survie de nombreuses entreprises et donc à freiner la concentration. Le charbon
représente une forte proportion des coûts de production et la France reste
dépendante des importations de houille.
-
Les ententes industrielles tendent donc à se développer dans la formation de
groupements défensifs qui sont appuyés par le protectionnisme et l'évolution de la
jurisprudence. La cartellisation n'a pas eu réellement d’effets négatifs sur les progrès
de l'industrialisation. Les entreprises de plus de 100 salariés emploient alors la
moitié des salariés français.
-
Les statistiques donnent l'impression d'un éparpillement important de l'industrie
française mais en fait la situation est différente pour chaque branche. Les industries
chimiques, textiles, les mines et la métallurgie sont très peu dispersées, au contraire
les industries traditionnelles et les industries nouvelles en plein essor sont très
dispersées. On voit un rapport inverse entre la taille moyenne des établissements et
la valeur ajoutée moyenne par travailleur d'une branche.
-
En comparant la France et les USA on voit une nette supériorité de la taille des
établissements et de la productivité américaine. Mais la dimension supérieure n'est
pas la cause d'une productivité supérieure. De plus, la productivité française est
moins importante que la productivité anglaise au niveau des mines et de la
métallurgie de base et pourtant les mines anglaises sont encore moins concentrées
que les mines françaises. On remarque qu'au niveau de la productivité la France à
l'avantage pour les industries jeunes et un désavantage au niveau des activités de
base. En outre, l'industrie française connaît une spécialisation qui lui est favorable.
En résumé l'industrie française semble avoir mieux vieilli que l'industrie
britannique.
b)
L'économie française dans le monde
1 France-Grande-Bretagne-Allemagne : niveaux de développements comparés
-
Malgré le retard français les structures des trois pays sont suffisamment proches
pour justifier une comparaison. Le produit national français est en 1913 inférieur à
celui de l'Allemagne et proche de celui de l'Angleterre. Pour le PNB l'Angleterre
devance toujours la France et l'Allemagne.
-
Avec l'étude des indicateurs sectoriels on voit que le France est devancée sur toute
la ligne. Son agriculture est en retard ainsi que sa production industrielle (infériorité
des rendements moyens). Ce retard est plus ou moins accentué par rapport à
l'Allemagne ou à l'Angleterre en fonction des secteurs mais le retard apparaît
comme général.
-
Cependant ces indicateurs font tous référence à l'industrie de base et la France a un
PNB comparable à celui des deux autres pays ce qui indique que la force de
l'industrie française se trouve dans les industries de transformation et hautement
élaborées. De plus le retard de l'industrie française à commencer de se réduire au
début du 20
ème
siècle.
2 Les structures du commerce extérieur
-
Le commerce français est comparable dans ses grandes lignes à celui de la Grande-
Bretagne et de l'Allemagne. Le taux d'ouverture de ces trois pays est comparable, ils
ont la même valeur de commerce extérieur par habitant et tous les trois ont un
déficit commercial, une balance des paiements courants excédentaires, ainsi qu’un
flux d'investissement extérieur régulier. Les matières premières sont les principales
importations pendant que les produits industriels sont les principales exportations et
ce dans les trois pays.
-
Cependant la part des produits industriels dans les exportations est moins importante
en France qu'au Royaume-Uni ou en Allemagne ceci résultant d'une stagnation
anormale de cette part en France. La France est de plus très peu exportatrice et
dépendante pour ce qui est des machines et des biens d'équipement. Elle occupe une
position intermédiaire entre l'Angleterre et l'Allemagne pour ce qui est des
exportations textiles et de la part de l'Empire colonial dans le commerce extérieur.
-
Les exportations automobiles sont un point fort du commerce français ainsi que les
exportations de produits de luxe et de demi-luxe : ces exportations qui ne sont pas
liées aux innovations sont fragiles. Le passage à vide du troisième quart du 19
ème
a
laissé des traces dans les structures des échanges extérieurs français. Par exemple, la
France est loin derrière le Royaume-Uni et l'Allemagne pour le commerce
ferroviaire. Le secteur de l'industrie chimique présente également des déficiences
graves comme par exemple au niveau des colorants.
-
Les échanges vers l'Allemagne sont déficitaires pour la France et elle exporte
principalement vers l'Allemagne des produits bruts. La France par contre, enregistre
un excédent des exportations vers le Royaume-uni, mais importe beaucoup de
produits agricoles britanniques. Elle exporte beaucoup de matières premières vers le
Royaume-Uni. La part des produits finis augmente dans les deux sens ce qui
témoigne d'une interpénétration croissante des deux économies malgré le
protectionnisme. On remarque une force française dans les articles de qualité. Le
retard de l'industrie française est donc compensé par une spécialisation favorable qui
lui permet de bénéficier d'une demande croissante à long-terme.
3 Les exportations de capitaux et l'équilibre extérieur de l'économie française
-
Le déficit de la balance commerciale est compensé par trois catégories de revenus
invisibles : le fret et assurances, le tourisme et les revenus des capitaux placés à
l'extérieur. La France possède alors le second rang parmi les puissances financières.
Ce fait est t'il le reflet d'un manque de dynamisme intérieur ou de la puissance
financière française ?
-
Les investissements français extérieurs sont pour la plupart des investissements de
portefeuille notamment des obligations de chemin de fer et des fonds d'Etat. Les
investissements directs sont peu développés ce qui montre que le capitalisme
français est un capitalisme rentier qui investit peu dans l’industrie. La plupart des
investissement extérieurs français sont dirigés vers l'Europe notamment la Russie
mais très peu vers son Empire colonial. Ils n'ont donc eu que peu de retombées pour
l'économie française, ont eu un faible effet d’entraînement.
-
Cependant il est faux de dire que ces investissements extérieurs ont exercés une
influence notable sur l'économie française. La France qui se situait dans les
puissance de tête vers la fin du 18
ème
ne l'est plus en 1913 car dépassée à plusieurs
niveaux. Le recul relatif du 19
ème
a été expliqué de diverses façons par ses
contemporains par l'influence des banquiers juifs ou bien encore par la
responsabilité des exportations de capitaux. Plus tard en 1950 deux explications
opposées étaient données : les coalmen voyait dans le handicap charbonnier la
raison de ce recul et les culturemen la voyaient dans le conservatisme.
-
L'originalité française réside surtout dans le déclin précoce de sa population ce qui
entraîne une baisse du dynamisme économique. Contre cela les théories
malthusiennes disent qu’une stabilisation de la population permet une augmentation
du PNB par habitant. La thèse populationniste, elle, indique qu'une population en
augmentation permet un maintien de la consommation. Il n'y a pas en fait, d'après
les calculs de Bairoch, de véritable corrélation entre dynamisme économique et
dynamisme démographique.
-
Le retard bancaire français est facilement remarquable mais il est plus dur de
montrer ses effets sur la croissance économique. Ce retard est dû à un cadre
législatif trop rigide et à une trop grande prudence de la part des grands banquiers.
Le système bancaire a tout de même réussi son adaptation à une économie moderne
car la masse monétaire augmente ainsi que l'utilisation de la monnaie scripturale et
du crédit.
-
Peut-on incriminer la mauvaise intervention de l'Etat comme facteur de freinage ?
Pas réellement car l'Etat tout au long du 19
ème
n'a cessé de lancer des grands
aménagements, d'apporter de nouvelles subventions et les dépenses publiques ont
augmentées tout au long de cette période. On pourrait plutôt incriminer l'orientation
de l'intervention étatique peut-être trop dirigée vers les empires coloniaux. En outre,
le protectionnisme ne peut pas non plus vraiment être considéré comme un facteur
de freinage. Le problème du retard français est peut-être un faux problème puisque
rien n'y conduit vraiment par l'analyse. La France est surtout remarquable pour les
inégalités que sa société connaît et qui ne sont pratiquement par réglées par le
gouvernement. Sa croissance a connue des fluctuations importantes.
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