Gestion de trésorerie - Mise en page 1

De
Publié par

Gestion de trésorerie - Mise en page 1

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
Lecture(s) : 266
Nombre de pages : 4
Voir plus Voir moins
Entreprise et financeFocus
GESTION DE TRÉSORERIE Les corporates à nouveau tentés par la performance ?
Le très faible niveau des taux d’intérêt commence à inciter les entreprises à revoir leur politique en matière de placements. Pour améliorer leur rendement, certaines se tournent vers des produits structurés ou de maturité plus longue. Mais la demande pour des produits à la fois liquides et simples reste très forte.
epuis quelques semaines, les ban-quiers de salles de marchés consta-prisDes commencent à nouveau à s’intéresser à tent un frémissement en matière de placements de trésorerie : les entre-leur rendement ! Avec la crise des subprimes et la chute de Lehman, la gestion de trésore-rie vient en effet de connaître deux années noires, durant lesquelles les trésoriers ne vou-laient plus entendre parler de performance mais n’avaient plus qu’un mot d’ordre : la sécurité. En conséquence, ils se sont concen-trés exclusivement sur les placements extrê-mement courts, liquides et sans risques. La baisse persistante des taux les conduit toute-fois sinon à reconsidérer leur position, du
Option Finance n°1033 - Lun
i 15 juin 2009
moins à s’interroger sur sa pertinence à moyen terme, car si leurs placements sont sûrs, ils sont aussi de moins en moins rémuné-rateurs. «Nous observons un frémissement sur le marché des cor-porates depuis plusieurs semaines, souligne Bruno Laurier, res-ponsable adjoint Europe vente de produits dérivés de taux et de change aux corporates à la Société Générale. Les entreprises qui disposent d’un horizon de placement un peu plus long se tour-nent vers des produits plus dynamiques offrant des performan-ces supérieures à la courbe des taux actuels.»
FocusEntreprise et finance
De nouveaux besoins de placement Plusieurs phénomènes peuvent expliquer cette éventuelle inflexion de tendance. Avec la crise, certaines entreprises ont amélioré la gestion de leur cash, notamment grâce à des pro-grammes de réduction de coût et d’optimisation de leur BFR. Le regain d’intérêt pour la question des placements coïncide en outre avec le retour en force des corporates sur le marché obli-gataire. Le volume d’émissions en euros de la part des corpora-Bruno Laurier,responsable adjoint Europe vente tes a atteint un montant historique supérieur à 160 milliards de produits dérivés de taux et de change d’euros depuis le début de l’année ! «Outre les entreprises struc-aux corporates, Société Générale turellement excédentaires – les services aux collectivités ou les «Les produits à base d’inflation entreprises de type concessionnaire –, dont l’activité est en grande partie acyclique et donc peu affectée par la conjoncture, devraient à nouveau intéresser nous travaillons aujourd’hui avec une catégorie plus nouvelle les corporates d’entreprises, celles ayant réalisé récemment des émissions obli-gataires», confirme Jérôme Barneto, spécialiste des placements dans les années à venir.» structurés chez Natixis. Dès qu’elles le peuvent, les entreprises saisissent actuellement des opportunités sur ce marché, sans que leur démarche soit nécessairement motivée par le besoin de rem-cherchent à éviter tout risque de perte qui risquerait de faire l’ob-bourser une dette existante, ce qui conduit les liquidités ainsijet d’une communication publique négative pour l’image de l’en-dégagées à être placées.treprise. «Les trésoriers préfèrent opter pour des produits courts à Si de nouveaux besoins apparaissent, le réflexe de la sécuritéfaible rendement plutôt que de prendre le risque d’investir dans n’en reste pas moins fortement ancré parmi les corporates. Ledes produits structurés qui peuvent pénaliser leurs résultats premier impératif de base des trésoriers reste ainsi d’investir àfinanciers et avoir un impact négatif sur leur cours pour les court terme pour se protéger du risque de liquidité. En moyenne,entreprises cotées», poursuit Bertrand Lacasse. Mais la palette des les placements de maturité inférieure ou égale à trois mois repré-placements à la disposition des corporates est relativement limi-sentent entre 80 et 95 % des placements observés par les banquiers de salles Billets de trésorerie : un timide retour vers le risque de crédit de marchés. Un choix qui résulte aussi de contraintesepuis le début de la crise, le risque de crédit est encore plus étudié qu’auparavant par les corpo-D comptables. «Comme l’in-rates, qui exigent une qualité accrue des signatures dans lesquelles ils investissent. Du coup, ils dique la règle IAS 7 desont eu tendance, jusqu’à maintenant, à bouder le marché des billets de trésorerie. Seules les meil-normes IFRS, la maturitéleures signatures (A1/P1) sont restées très recherchées. Les autres catégories de billets, en revanche, de l’investissement ne doitont eu tendance à être délaissées. «Depuis peu de temps, nous observons toutefois un retour timide pas excéder trois moisde la part des corporates vers un peu plus de risque de crédit, certains s’intéressant à nouveau aux pour que celui-ci soitsignatures notées A2/P2», explique Xavier Boisseau. De manière générale, si la rémunération des considéré comme cash-billets de trésorerie est très variable selon les corporates et leurs notations, un billet de trésorerie à équivalent, c’est-à-diretrois mois d’un corporate par ailleurs noté AAA qu’il puisse être déduit derémunère approximativement à un niveauMarché des billets de trésorerie : niveaux la dette brute de l’entre-Eonia - 20 pb et celui d’un émetteur noté BBB àmoyens d’émission contre swap Eonia prise», rappelle BertrandEonia +110 pb. Mais, pour l’instant, les corporatesmoismois 3mois 2Corporates 1 A-1+/P-1/F-1+ -7,3-3,7 -0,2 Lacasse, global salesne semblent pas prêts à investir dans des titres A-1/P-1/F-1 6,39,8 13,8 manager chez Calyon.émis par des signatures de moindre qualité, même A-2/P-2/F-2 16,527,5 37,5 Outre l’impact des normess’ils offrent un meilleur rendement.A-3/P-3/F-3 100132,5 150 Source : AFTB ACI France, au 04/06/09 comptables, les trésoriers
Option Finance n°1033 - Lundi 15 juin 200917
Entreprise et financeFocus
tée. «Aujourd’hui, il existe peu de pro-ment ont également été privilégiés au duits de placement qui répondent à ladétriment des produits de placements fois aux critères comptables et auxcollectifs en raison de leur transpa-exigences de sécurité des trésoriers,rence en termes de signature – rating, reconnaît Bruno Laurier. Les corpora-niveau des CDS et capitalisation des tes investissent soit dans les Sicavanques émettrices – et donc de la monétaires, soit dans les certificats defacilité de suivi du risque de contre-dépôt, billets de trésorerie et EMTNartie». Les certificats de dépôt ont que nous proposons en salle de mar-ainsi remporté un franc succès au sein ché.» En d’autres termes, les entrepri-de la plupart des banques. «La ses privilégient les produits simples.demande des corporates en matière de «Déjà avant la crise, les grands corpo-certificats de dépôt a plus que doublé rates réalisaient traditionnellementdepuis deux ans», confirme Bertrand peu d’investissements dans des pro-acasse. Leproblème, c’est que les duits structurés», rappelle Xaviercertificats de dépôt ont vu leur rému-Boisseau, responsable ventes globalnération baisser en quelques mois. En markets France chez HSBC France.fin d’année dernière, les investisseurs Quant aux entreprises qui avaientouvaient espérer une rémunération Xavier Boisseau,responsable ventes investi dans des Sicav monétairescomprise entre Eonia +20 pb et +50 global markets France, HSBC France dynamiques, elles se sont massive-b, voire davantage sur des maturités ment retirées de ces produits jugésà trois mois. Aujourd’hui, les certifi-«En matière de produits toxiques à partir de l’été 2007. Celacats de dépôt à trois mois de Calyon structurés,les corporates s’est donc traduit par une réductionrémunèrent par exemple à 1 % envi-notable de certains encours de Sicav,ron et ceux de la Société Générale privilégient surtout dont le risque était jugé peu lisible paentre Eonia +10 et +20 pb. les corporates, au profit des titresles sous-jacents qu’ils d’Etat et des Sicav de première caté-Des placements à plus long terme connaissent bien,comme gorie, composées exclusivement deCette baisse des rendements incite titres bénéficiant d’une notationle change et les taux.» donc certaines entreprises à revoir leur AAA. Alors que certains banquiersstratégie de placement. Celles qui dis-n’avaient encore jamais vendu de BTF (bons du Trésor à taux fixe)posent d’horizons de placement plus importants recommencent ainsi ou d’OAT (obligations assimilables du Trésor) à leur clientèle entre-à allonger la maturité de leurs placements. «Compte tenu du niveau prises, ce type de demande s’est multiplié de la part des corporates,très bas des taux, certains grands corporates vont plus loin sur la avant que le marché des certificats de dépôt n’explose. «En 2008,courbe des taux en investissant dans des signatures bien notées et beaucoup d’entreprises françaises en excédent de trésorerie ontcapter ainsi des rendements plus élevés grâce à la pente de la courbe, acheté des certificats de dépôt bancaires au vu de la rémunérationle spread 2-10 ans avoisinant aujourd’hui 200 pb», explique Jérôme attractive qu’ils offraient, explique Alain Dellemotte, responsableBarneto. Mais pour répondre aux exigences très frileuses et conser-des ventes large caps France chez Natixis. Ces produits de place-vatrices des directions financières, les trésoriers doivent conserver la possibilité de sortir si l’entreprise en a besoin. «Lorsque les corpora-tes veulent réaliser des placements sur un horizon supérieur à trois mois, ils souhaitent aussi pouvoir gérer leur risque de liquidité, expli-que Xavier Boisseau. C’est pour-quoi nous leur proposons de plus Alain Dellemotte,responsable des ventes large caps France, Natixis en plus des “puttables”, c’est-à-dire des produits donnant droit à des options de ventes exerçables tous «On note depuis le les trois mois» (voir encadré). début de l’annéeun D’autres corporates acceptent d’in-vestir dans des produits un peu regain d’intérêt de plus complexes afin d’accroître certains corporatesleurs espoirs de rendement, mais pour des produits plus toujours avec certaines exigences. «On note depuis le début de l’an-structurés,à condition née 2009 un regain d’intérêt de que le capital soit certains corporates pour des pro-duits plus structurés, à condition garanti à l’échéance.» toutefois que le capital soit garanti
18Option Finance n°1033 - Lundi 15 juin 2009
FocusEntreprise et finance
à l’échéance», souligneBertrand Lacasse, global sales manager, Calyon Alain Dellemotte. Ces pro-duits plus complexes sont attractifs car le coût d’op-«Les obligations portunité, c’est-à-dire le ris “puttable” répondent que par rapport à l’espoir d bien aux attentes rendement généré, est fai-ble. L’Eonia étant passé sou actuelles des corporates, le seuil de 1 %, les entrepri-qui privilégient ses peuvent facilement accepter de recevoir poten-la liquidité.» tiellement un rendement nul en cas d’échec de la stratégie optionnelle, si parallèlement elles peuvent espérer obtenir, dans leon manque à gagner en termes d’activité. Les meilleur scénario, un rendeorporates peuvent aussi améliorer la perfor-ment compris entre 3 etance de leurs placements à travers l’achat 4 %, comme c’est le cas actueement. optons c ass ques, comme les «range accrual notes». Le produit En combinant le risque de crédit d’un titre obligataire et la perfor-offre un rendement compris par exemple entre 0 et 5 % en fonc-mance d’un sous-jacent – taux, change, indices boursiers, matièrestion d’une fourchette dans laquelle se situera l’Euribor 3 mois à premières… –, les EMTN structurés permettent ainsi d’obtenir unchaque échéance. Plus la fourchette de l’Euribor est serrée, plus le rendement supérieur à un produit classique dont le rendement suitrendement est important. «De manière générale, les corporates pri-le taux du marché monétaire. «Nous montons des produits struc-vilégient surtout les sous-jacents qu’ils connaissent très bien, turés qui permettent aux directions financières de miser sur l’évo-comme le change et les taux», explique Xavier Boisseau. lution d’un sous-jacent avec la garantie du capital à échéance, et d’améliorer ainsi les rendements de la trésorerie excédentaire avecLe retour des produits indexés à l’inflation un profil risque/rendement très avantageux, confirme Jérôme Bar-Bien que les produits courts et très liquides soient toujours favori-neto. Ils peuvent aussi être structurés de manière à compensersés, les quelques signes d’intérêt manifestés par les corporates pour symétriquement l’évolution du chiffre d’affaires des entreprisesun surcroît de risque suscitent des réflexions au sein des banques. exposées naturellement à l’évolution d’un taux de change ou du«A partir du second semestre, nous espérons promouvoir de nou-prix de matières premières.» A titre d’illustration, une entrepriseveau certains produits à plus long terme, explique Bruno Laurier. dont le chiffre d’affaires augmente si l’euro monte et qui a de laLes risques inflationnistes étant élevés à moyen terme, nous sou-trésorerie à placer peut investir dans un produit qui lui permet dehaitons notamment proposer à nos clients des placements indexés recevoir un coupon plus important si l’euro baisse pour compenserà l’inflation qui permettront à leur trésorerie de ne pas perdre de la valeur en cas de hausse des prix». A titre d’illustration, il est possible d’imaginer un placement à cinq ans jouant la Un intérêt croissant pour les «puttable» hausse de l’inflation, offrant un coupon aucun risque, souligne Bertrand Lacasse, chezfixe de 6 % les deux premières années,Les produits de dette obligataire, dits «putta-ble», sont des obligations dont la maturité estCalyon. C’est un type de produit qui répondet de 120 % de l’inflation européenne les généralement comprise entre 2 et 3 ans, et quibien aux attentes actuelles des corporates, quiannées suivantes. «Ce type de produit s’accompagnent d’une option de vente que lesprivilégient la liquidité, d’une part pour faireexiste depuis longtemps, mais le fait que investisseurs peuvent exercer à certainesface à la crise, d’autre part pour saisir d’éven-quelques entreprises commencent à s’y périodes prédéfinies, habituellement tous lestuelles opportunités de croissance externeintéresser est relativement récent, souli-trois mois. De ce fait, ils s’apparentent à desdans un contexte de forte décote».gne Bruno Laurier. Face aux besoins de produits court terme, en permettant à l’inves-Au final, les investisseurs comme les émet-refinancement très massifs des Etats à tisseur de conserver le caractère cash-équiva-teurs semblent avoir à y gagner. «Le produittravers le monde, les produits à base lent de son placement, tout en offrant un ren-“puttable” est intéressant pour le souscripteurd’inflation devraient à nouveau intéres-dement supérieur, grâce à leurs coupons «stepmais aussi pour l’émetteur, explique Alainser les corporates dans les années à up». Ces derniers augmentent en effet gra-Dellemotte. Le premier voit le rendement devenir.» En fait, une seule chose est sûre duellement lorsque l’investisseur décide de neson investissement supérieur à des certificatsà l’heure actuelle : il faudra du temps pas lever son option. «Une obligation “putta-de dépôts classiques grâce aux coupons «stepavant que les corporates acceptent à ble” émise dans le cadre d’un EMTN Calyonup», à condition de ne pas exercer son put. Lenouveau la notion de risque et mettent offre une rémunération d’environ Euriborsecond fidélise l’investisseur et s’assure unla performance en tête de leurs critères 3 mois +140 pb au bout d’un an et demi, soitfinancement à plus long terme à de bonnesde placement…un coupon attractif pour un placement sansconditions.» AngèlePellicier
Option Finance n°1033 - Lundi 15 juin 200919
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.