Histoire du Japon L'autre monde Cours Fiche

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Histoire du Japon L'autre monde Cours Fiche

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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CHAPITRE 3: WAKON YOSAI , LA SYNTHESE JAPONAISE
L'identité nipponne hérite d'une tradition d'organisation et d'un esprit de combat qui lui permettent de muter
trois fois : à l'ère Meiji, à l'ère Showa et à l'ère Heïsei.
Il convient de montrer que le miracle japonais réalisé pendant le Meiji n'est pas un miracle mais
résulte d'un héritage exceptionnel. De plus cette première ouverture permet de comprendre les mutations que
le pays connaîtra ensuite.
I. LES RACINES DU DEVELOPPEMENT JAPONAIS
Le Japon préindustriel n'était pas dépourvu de ressources au contraire il disposait de nombreux facteurs propices au
décollage économique, en particulier le capital humain.
1/ Le Japon de l'ère Tokugawa présente un singulier mélange de fermeture et d'ouverture sélective au monde
Ce point établit un lien entre le Japon d'hier et le Japon d'aujourd'hui et prouve que les racines du "modèle
japonais" sont anciennes et préexistent à la menace occidentale.
Le Japon légendaire, Cipangu, avait été approché par les Européens qui recherchaient de l'or ; mais le
Japon se referme sur lui-même
- 1er objectif : éradiquer le christianisme car il ne préconise pas une allégeance totale au seigneur (action du shogun -
chef de l'armée- Tokugawa)
- 2ème objectif: en 1637
- fermeture du Japon, les Japonais ne peuvent plus quitter le pays.
- de même aucun étranger ne fut autorisé à venir commercer au Japon sauf les Chinois sur l'île de Deshima (les
Chinois étaient les seules étrangers à ne pas être qualifiés de barbares! ) et sauf les Hollandais qui permettaient
aux Japonais de rester informé sur l'évolution technique mondiale "savoir barbare"
2/ L'organisation, la société et les mentalités du Japon pré-moderne préparent son décollage économique
L'ordre social est figé, pour respecter la hiérarchie et prévenir les désaccords et les conflits.
-Pendant des siècles la société est divisée en han, fiefs provinciaux dirigés par les seigneurs " les daimyos " qui
disposent des samouraïs sans terre et imposent un code militaire.
-Les samouraïs = 7% de la pop fin XVIIIe. Ce chiffre peut expliquer leur rôle dans le Japon du Meiji et
leur capacité à
imposer leurs valeurs à l'ensemble de la société.
-Les paysans doivent nourrir le pays, les artisans produisent un travail de qualité ( W bois et métal).
-Les Tokugawa devenus shoguns, ont mis fin à la guerre civile et ont instauré un état de paix relatif pendant
la période Edo (1603-1867)
Cette paix a permis d'exploiter les ressources du pays
- d'abord celles de la terre : XVIIe et XXVIIIe le Japon un des principaux fournisseurs de l'Europe
-en argent et en cuivre.
+ commerce du bois, le bambou, l'agriculture: céréales, riz, blé, orge, thé et soja ...
+ des plantes industrielles: le coton, l'indigo et les feuilles de mûrier pour les vers à soie.
- ainsi deux types d'industries de consommation peuvent naître:
-des industries "agro-alimentaires" ex: fabrication de saké à base d'alcool de riz, pâtes de soja...
-Et d'autre part des industries textiles. Le commerce des kimono est florissant.
Le Japon n'est donc pas un pays pauvre.
Bien que fermé au reste du monde pendant le shogunat des Tokugawa,
le pays disposait déjà d'une agriculture productive et d'une activité commerciale, et d’un tissu économique dynamique
Dans le Japon pré-moderne, les rapports villes-campagnes sont déjà exceptionnellement intenses
.
- Ensemble Kyoto-Osaka, Osaka ville par excellence des banquiers, de marchands, d'entrepreneurs et d'armateurs.
- Edo: la future Tokyo est sans doute la plus grande ville du monde au XVIIIe, grand centre de consommation. (Il faut
insister sur l'importance de cette nouvelle classe de marchands dans le Japon traditionnel, qui profite des dépenses
somptuaires des nobles et de leur endettement.)
- Une autre caractéristique : la morale bouddhiste japonaise qui exalte les vertus du travail. Le moine Zen : " Votre
travail vous purifiera de vos péchés mieux qu'un exercice ascétique" ; " Par le travail, nous pouvons atteindre la
Délivrance (le salut).
Au milieu du XIXe siècle, le Japon a déjà connu une révolution industrieuse qui a préparé la voie à la
révolution industrielle.
Ex : île de Kyushu : industrie canne à sucre, fonderie de fer, un arsenal, un chantier de construction navale, filature de
coton mécanique. Au Japon, la révolution industrielle était cette fois en route.
Les atouts du Japon selon David S.Landes:
- 250 ans sans guerre ni révolution
- des transports par eau faciles et peu coûteux
- suppression des anciennes barrières commerciales intérieures
- essor d’une éthique marchande.
Conclusion : les Japonais ont évité le piège chinois de l'isolement et de la suffisance. Ils ont su se faire une idée du
reste du monde. Leur tempérament national, leur soif d'apprendre, leur complexe de supériorité et leur caractère à base
de détermination, de méfiance innée des étrangers ont transformé leur territoire en une puissance émergente à partir de
1968
II. 1868-1941: LA PREMIERE OUVERTURE
Le Japon a connu deux ouvertures au monde depuis le XXe siècle :
-La 1ère lors du Meiji : permettant un projet spectaculaire mais qui engendre un mécanisme
expansionniste qui se termine par un désastre.
-La seconde, après 1945 confirme les choix essentiels du Meiji et hisse le Japon au rang de seconde
puissance économique mondiale.
1/ Jadis à l'école de la Chine, le Japon Meiji se met systématiquement à celle de l'Occident.
Le Japon fait de l’instruction une priorité :
- le "serment des cinq articles" (avril 1868) prescrit : "la connaissance sera recherchée à travers le monde entier pour
renforcer les fondations du régime impérial"
- en 1871, on crée un ministère de l'éducation publique 10 ans avant la France. Résultat : dès 1900 90% des Japonais
savent lire et écrire; 100% en 1914 ; le Japon du Meiji est ainsi plus instruit, que la France de Jules Ferry, l'Angleterre
de la reine Victoria ou l'Allemagne de Bismarck." Claude Chancel
- dès 1899, 20 ans avant la France, le Japon organise un enseignement technique : l’accent mis sur des activités
économiques d'avenir : agronomie, bâtiment, travaux publics commerce, métiers liés aux chantiers navals...
- l'Etat a ainsi doté le pays d'un système éducatif remarquable qui contribue à faire une société plus égalitaire et
davantage mobile :
-Université impériale de Tokyo, Todai, est fondée en 1877
-Rôle important du ministre Mori:
- éducation primaire généralisée, + université Hitotshubashi -équivalent japonais de HEC-
- les concours d'entrée sont très difficiles, instaurent une sorte de système méritocratique entièrement aux mains de
l'Etat. Sont enseignés : le nationalisme, le code militaire et la religion shintoïste
Les dirigeants de l'ère Meiji ont compris que modernisation = importation des techniques étrangères
- les ministres partent étudier à l'extérieur: le Japon est déjà accusé de pratiquer l'espionnage industriel
-à l'inverse des experts étrangers sont consultés parfois invités pour réorganiser le pays.
- les pays imités sont choisis en fonction de leurs compétences :
- l'Angleterre pour la marine,
- la France pour l'administration,
- l' Allemagne pour l'armée et la marine + constitution autoritaire,
- les Etats unis pour leur commerce
2/ L'empereur et les oligarques japonais transforment la vie politique et bouleversent la vie sociale et
économique
Le Japon s'équipe d'une nouvelle organisation des pouvoirs publics
- empereur Mutsu-Hito, àgé de 15 ans en 1867
reprend le pouvoir du shogun et s'installe à Edo rebaptisée Tokyo.
- le système féodal est progressivement mais rapidement démantelé dans les années 1870.
-
en 1889 la constitution Meiji proclame la primauté et l'autorité de l'empereur et institue un parlement à la mode
européenne. La nouvelle constitution instaure un état de droit mais le régime reste autoritaire.
Le Japon connaît une dynamique sociale inconnue jusqu'alors :
- le système terriblement coercitif de l’époque féodale se libéralise ; ex: dès 1871 le peuple peut vendre son riz.
- il y a moins de restrictions sociales pour accéder à n’importe quel emploi professionnel. Les paysans peuvent devenir
soldats.
- la nouvelle école, la nouvelle armée, la nouvelle monnaie nationale (yen) créent une incroyable mobilité sociale.
- l’urbanisation est spectaculaire
Le Japon se dote des bases d'une vie économique moderne.
- le yen est créé en 1871 (valeur = moitié de celle du dollar américain)
et la Banque du Japon est créée en 1882.
- constitution d'un nouveau système de transports achèvent d'unifier le marché national : ex: 1872 inauguration de la
ligne de chemin de fer Tokyo-Yokohama.
- la politique économique japonaise fait de l'industrie une priorité :
- les premiers succès industriels ont été précédés par les performances agricoles des paysans qui, par leur travail
et par leurs impôts ont, avec les commerçants et les artisans, financent le décollage industriel nippon.
- capables d'adopter les techniques nouvelles, refusant la dépendance financière par rapport à l'étranger , les
Japonais créent de grandes entreprises nationales dans les secteurs stratégiques : chantiers navals, sidérurgie,
armement, indu textile...
- mais après la coûteuse guerre contre la Chine = privatisation : c'est ainsi que naissent les zaïbatsu, 1ers
conglomérats modernes comme Mitsui et Mitsubishi
- logiquement, le Japon évolue des industries légères vers les industries lourdes :
- après 1905 le Japon connaît une croissance vigoureuse, un vrai décollage industriel : le reflet de cette
croissance est la création d'usines nouvelles : Toshiba, Yamaha, Toyota, NEC.
- la plus emblématique c’est Mitsubishi " la firme aux trois diamants", elle regroupe une compagnie de
navigation, une banque, des mines et des chantiers navals.
- mais parallèlement les paysans et ouvriers sont intensément exploités et constituent un réservoir inépuisable.
La recherche de débouchés et la croissance démographique précipitent le Japon
dans l’expansionnisme
armé (voir chap 2)
III. L'APRES GUERRE ; LA " SECONDE OUVERTURE"
1/ De 1945 à 1955, le Japon prend un nouveau départ
Les réformes voulues par l'Amérique sont à l'origine d'un exceptionnel redressement économique
- objectif du SCAP (Supreme Commander for the Allied Powers) dirigé par Mac Arthur et les autorités américaines :
démilitariser et démocratiser le Japon
- la nouvelle constitution de 1946 instaure un régime plus démocratique : le rôle du Parlement "la Diète"
est renforcé
tandis que le pouvoir de l'Empereur devient symbolique
- le Japon renonce à la guerre et aux opérations extérieures : article 9 supprime l'armée pour la remplacer par des
forces d’autodéfense.
- les grandes entreprises, accusées de collusion avec le pouvoir impérialiste sont décartellisées et les familles influentes
des zaïbatsus sont écartées d'affaire.
Quatre réformes primordiales doivent surtout concourir à stabiliser le Japon et à y ancrer la démocratie :
- réforme agraire: 1946 objectif : constituer une petite paysannerie de propriétaires ; redistribution
et vente des terres
ex: micro-propriété de 1 à 3 ha . Cette réforme permet d'accroître les rendements mais rend difficile la mécanisation
des exploitations.
- réforme monétaire: Japon connaît une inflation galopante c'est pourquoi Joseph Dodge stabilise le yen sur une
nouvelle base par rapport au dollar .Légèrement sous évalué il offre au Japon une nouvelle compétitivité- prix
inespérée et bientôt dopée par la guerre de Corée qui commence en 1950
- réforme scolaire: le cursus scolaire américain est adopté
- enfin : 1948 la loi eugénique légalise l'avortement car la pression démographique et surpeuplement se sont amplifiés
du fait du rapatriement de 6 millions de personnes (soldats mais également personnes vivant sur les territoires japonais
perdus) ; associée à la réforme agraire, la loi vise aussi à éradiquer un problème qui avait fortement justifié
l'expansionnisme japonais d'avant guerre, celui du manque de terres.
- dans un contexte international de plus en plus belligène le Japon recouvre sa souveraineté nationale avec le Traité de
San Francisco en 1951..
Après Hiroshima, le Japon s'implique dans l'expansion économique et devient le pays des managers :
- réorganisation du patronat japonais qui retrouve des instances de réflexion et d'action :
- dès 1946, le Keidanren (confédération patronale) fédère les grands secteurs industriels, financiers et
commerciaux ; il défend l'autorité patronale devant les autorités publiques et informe les entreprises.
- en 1948 le Nikkeiren (fédération japonaise des associations patronales) est spécialisé dans les relations
sociales. Cette organisation patronale est l'interlocuteur des syndicats. Elle est suffisamment puissante pour
peser sur le choix du ministre du travail.
- donc un remarquable partage des tâches : le Keidanren la surveillance du gouvernement et le Nikkeiren fait
l'interface avec les syndicats.
- les syndicats sont reconnus par la Constitution de même que le droit de grève. le ministère du travail veille au respect
de la législation du travail et des conditions de vie et de travail des ouvriers et des employés
y compris en ce qui
concerne les aides, les assurances et les retraites. Il existe plusieurs centrales syndicales dont le General Council of
Japanese Trade-Unions (3 millions d'adhérents) violemment anti-américain.
Les responsables du Japon constituent un "triangle de fer" :
-
c'est à dire une alliance entre les hommes d'affaires, les hommes politiques (PLD) et les hauts fonctionnaires.
- s'il est discret le rôle de l'Etat est bien réel, notamment au sein :
- du MITI (Ministère de l'industrie et du commerce international) créé en 1949 :
- il définit les priorités, structure et dynamise les principales activités économiques du pays.
- il reprend la pratique du "maternage industriel" consistant a créer des entreprises stratégiques
puis à
les faire passer dans la sphère privée.
- de l'Agence de planification économique (à l’origine des plans)
- et surtout du MoF ou ministère de l’Economie et des Finances ; il est souvent négligé alors qu’il joue un rôle
capital dans la mesure où c’est lui qui détient les « cordons de la bourse ». Rien ne peut se faire sans son accord.
c’est le ministère le plus prestigieux, celui qui concentre l’élite de l’élite.
Encouragées par ces administrations, une nouvelle génération d'ingénieurs-entrepreneurs-managers émerge
et sont à l'origine de la percée économique du Japon.
- Matsushita Konosuke met au point la marmite à riz électrique et change d'un coup la vie de plusieurs millions de
femmes japonaises.
- Matsuda Tsunesi fabrique à Hiroshima la camionnette à trois roues Mazda.
- Ibuka Masaru et Morita Akio sont les deux fondateurs de Sony
- Honda le constructeur automobile
- Doko
Toshiwo lance dès 1950's le premier navire géant de plus de 100 000t
2/ L'Etat japonais a su saisir l'opportunité offerte par la guerre de Corée (1950-1950) et l'alliance américaine
Le contexte de la radicalisation de la guerre froide + influence des hommes politiques ont permis au Japon
d'écourter la "phase punitive" de l'occupation
.
- dès que la guerre de Corée éclate en 1950 un véritable front économique se constitue pour produire de l'acier, du
ciment, des navires…
- des changements se produisent :
- les zaikai " nouveaux cercles de la finance" jouent un rôle capital en lien avec le patronat industriel.
- les anciens zaibatsus compromis dans l'aventure militariste, laissent la place aux kereitsus ~ nouveaux
conglomérats portant souvent les mêmes noms que leurs prédécesseurs ; ils sont cependant organisés autour
d’une « main bank » ou banque principale et non plus sur des sociétés de capitaux familiaux. Ainsi dès 1949 la
société Sumimoto Realty and Dut Co se spécialise dans la construction de tours et de locaux industriels
commerciaux et résidentiels
La guerre de Corée est très bénéfique pour le Japon qui devient une véritable base des Etats Unis :
- le boom coréen permet de pallier à deux grands maux: le chômage et la faim .
- dès 1952 "plan acier" : auparavant le Japon allait rechercher des ferailles jusque dans les cimetières de voitures de
Californie: " la Buick d'hier devenait la Toyota de demain"
- Tokyo est devenu une telle ruche qu'on recrute pour première fois, en 1955, les célèbres "agents pousseurs"
les
hommes aux gants blancs qui aident les voyageurs à rentrer de force dans les wagons bondés du métro.
- de plus le PLD (parti libéral démocrate) s'installe au pouvoir pour longtemps, en réalité jusqu'à nos jours.
La croissance japonaise est suscitée à la fois par les Etats-Unis et par les Japonais eux-mêmes :
Les Etats Unis jouent un rôle capital car ils offrent :
- une protection militaire permettant de limiter les dépenses militaires japonaises.
- une monnaie américaine surévaluée (sous-évaluation acceptée du yen)
- des débouchés pour les exportations japonaises ;
- une technologie (Dupont de Nemours cède la technologie du nylon à Toyo Rayon).
- et une méthodologie. Le Dr Deming qui a insisté aux EU sur l'importance de la qualité, vient initier les
Japonais à la méthode PDCA:planifier, exécuter (do), vérifier (check) et corriger les défauts (action) à l'origine
des cercles de qualité.
Pourtant de la même façon que pendant le Meiji les Japonais refusent de dépendre du capital étranger :
- les grandes compagnies japonaises préfèrent recourir aux groupes financiers, aux banques et aux compagnies
d'assurances nationaux, constituant les fondements de "la nouvelle économie de la revanche"
- le Japon fait beaucoup appel aux technologies américaines, mais il limite les IDE et l'entrée des firmes
multinationales
Donc une "seconde ouverture" pour se moderniser et garder son identité. Mais une ouverture ambiguë, réelle quand il
s'agit de vendre à l'extérieur et d'apprendre , très restreinte quand il s'agit d'immigration ou d'IDE.
3/ Le Japon de 1955 à 1975 est celui de la "haute croissance"
La croissance japonaise révèle des cycles qui alternent des booms et des crises courtes, mais violentes
.
Le Jimmu keiki ( 1955-1957):
- des succès spectaculaires :
- le Japon est de retour dans la communauté internationale. Il intègre le GATT en 1955, est admis à
l'ONU en 1956 et intègre l'OCDE en 1963.
- il connaît une forte croissance démographique: 70 millions en 1941 à 90 en 1955, l'épargne est très forte
...
- la frénésie japonaise pour s'emparer rapidement d'un produit explique le miracle des années 1960.
- les entreprises japonaises se reconstruisent à l'américaine et le Japon, pauvre en charbon comme la
France adopte comme elle le pétrole et se lance dans la pétrochimie
- les chantiers navals japonais ( tankers, minéraliers) vont bénéficier des évènements du canal de Suez, en
1956, permettant aux bateaux japonais de s'imposer face à la production britannique des années 1960.
- dès 1957 le MITI a anticipé sur les indu de pointe en élaborant un premier plan pour l'informatique!
- des limites :
- goulets d'étranglement liés à l'insuffisance des transports terrestres, routiers et ferroviaires, ainsi qu'à la
pauvreté énergétique
- le commerce extérieur est encore déficitaire en 1957
L'Iwato boom (1958-1959) du nom d’Iwato (grotte de la déesse du soleil, mère du peuple japonais) ; trois facteurs
majeurs peuvent expliquer cette envol de l'économie japonaise :
- entrée des ménages japonais dans la société de consommation. Ils acquièrent les "trois trésors électriques" :
machines à laver le linge, réfrigérateurs et téléviseurs. Loisirs et vacances
- action de l'Etat et du MITI qui anticipent et encouragent les efforts d'innovation et stimulent
production de
machines-outils et d'automobile. Le commerce extérieur japonais enregistre ses premiers excédents avec les
Etats Unis où dans le domaine de la motocyclette, par exemple, Honda bat désormais Harley
- les Jeux Olympiques de Tokyo de 1964 : accélération du dynamisme économique grâce au boom de
l'urbanisme ; le Japon est le premier pays du monde à se doter d'un train à grande vitesse, le Shinkansen qui relie
Tokyo à Osaka.
- mais l’endettement important fragilise de nombreuses banques.
L'izanagi boom (1964-1968) :
- après la crise financière de 1963-1965, la croissance japonaise repart de plus belle, à un rythme annuel de 11%.
- le Japon devient après les Etats Unis et l'URSS, "
Le troisième Grand
" : titre d'un ouvrage de Robert Guillain
publié en 1969.
- les manifestations de la réussite s’accumulent :
- 1970 le Japon est devenu le premier producteur mondial de navires et d'automobiles, de radios et de
télévisions, d'appareils photo et de pianos.
- pays innovateur il sort son premier navire à propulsion atomique en 1969 et son premier satellite
artificiel national
- 1970 Exposition universelle d'Osaka et organisation des Jeux Olympiques d'hiver à Sapporo en
1972 .
- l'organisation de ces évènements internationaux reflètent le dynamisme économique du Japon, l'effort
constant de modernisation et l'aisance nouvelle des classes moyennes
Une pluralité de facteurs peut expliquer l'accession au premier rang en si peu de temps
- un environnement géopolitique :
- la guerre froide et l'aide des Etats-Unis ont été décisives: le Japon protégé par les Etats-Unis ne dépensent que
1% de son produit national pour ses forces d'autodéfense ; il n'est engagé dans aucune guerre de décolonisation
qui coûtent cher.
- en revanche les guerres de Corée, de Suez, du Viêt-nam lui permettent de relancer son industries: chantiers
navals, acier, BTP...
- des stratégies efficaces :
- précurseur : il est un des premiers pays à jouer la carte du " tout pétrole"
- littoralisation de ces activités qui bénéficient d'économie d'échelle, faibles coûts du transport maritime
- utilise les grandes manifestations internationales (JO ou expo de niveau mondial) pour diffuser le savoir-faire
nippon.
- stratégie excellente du MITI : le Japon bénéficie "des atouts du retard" , il copie, imite, adapte et perfectionne
des technologies mises au point par d'autres
- protection du marché intérieur.
- la qualité des Japonais : passion de l'innovation, l'acharnement et l'intelligence au travail, capacité à cibler et à
anticiper du MITI relayé par les sogo shoshas (grandes sociétés commerciales) ; comportements de consommation
nationalistes
- concurrence nationale qui oblige les entreprises à se spécialiser mais permet au Japon de devenir un pays Price maker
qui vend des produits de qualité en grande quantité. Cf : Matsushita une success story emblématique de la haute
croissance (p. 90).
4/ Au cours de la décennie 1970, le Japon rencontre des difficultés qu'il surmonte rapidement
La crise s'explique par les chocs extérieurs, mais aussi par les déséquilibres issus de la période de haute
croissance.
- les chocs extérieurs :
- la haute croissance, fondée en partie sur le pétrole bon marché et le yen sous évalué est remise en cause par le
choc Nixon de 1971 et le choc pétrolier de 1973.
- le Japon reprend alors concience du poids de ses importations : il importe 80% du pétrole qu'il consomme.
- les réévaluations du $ de 1971 et 1973 s'accompagnent de l'appréciation du yen et des éventuels effets négatifs
que cela peut avoir sur les exportations .
- les déséquilibres de la haute croissance :
- l'expansion japonaise qui repose sur les travaux publics, la construction et l'industrie ont porté atteinte à la
nature et à l'environnement du pays Ex: à Minamata en 1959 où une usine chimique émettait des rejets de
mercure ; Mitsubishi a pollué une rivière avec du cadmium...
- les paysages sont défigurés du fait de la multiplication des installations industrielles (pentes mais aussi espace
maritime avec les polders à vocation industrielle et résidentielle).
- même si le Japon de la haute croissance rejoint le club restreint des pays développés avec l’essor des classes
moyennes de plus en plus modernes (certaine convergence du niveau de vie avec le reste de l’Occident), le
Japon a aussi les exclus de sa croissance : crise du logement, faible couverture sociale, exclus du système
scolaire hyper sélectif…
Le Japon réalise cependant un redéploiement économique exceptionnel
Les nouveaux chocs des années 1980 rappellent au Japon ses dépendances traditionnelles :
- si la réforme de Paul Volcker qui réévalue le $ en 1979 met fin à l'endaka (appréciation du yen), celui-ci
s'apprécie de nouveau mais sa position de pays price maker lui permet de passer un peu outre tous les
désagrément de l'appréciation de sa monnaie.
- pendant la période du choc pétrolier qui avait perturbé le Japon ayant fait le choix du tout pétrole,
celui s'y va
miser sur la diplomatie (neutralité avec pays Proche-Orient), sur les hautes technologies
(adoption électro-nucléaire) et surtout sur le redéploiement industriel.
- toutes ces mesures permettent de mieux absorber le second choc pétrolier et de connaître une véritable reprise
vers 1985.
Cependant les produits phares du Japon : textiles, automobiles, produits de l'audiovisuel s'opposent à l'hostilité des
grands partenaires. On craint les produits made in japan dont le rapport qualité prix est exceptionnel ! Deux exemples :
- en 1981, le Japon 1er producteur d'auto doit accepter les accords d'autolimitation de ses exportations avec les
Etats-Unis.
- en 1982 Le gouvernement français fait dédouaner les magnétoscopes de Poitiers.
Les industries de haute technologie (hightech) et les nouvelles activités financières (zaitech) sont les pivots du
redéploiement économique.
Le Japon se détourne rapidement des industries lourdes au profit des secteurs d'avenir.
Le Japon passe ainsi de "l'économie de la tonne à l'économie du vide" c'est l'aboutissement d'une stratégie de remontée
de filière que le toyotisme rend possible.
Le Japon maîtrise des réseaux remarquables qui permettent de transporter, négocier, d'informer et de gérer des flux
financiers considérables.
En 1989 La marine marchande japonaise est la 3ème du monde ; l'ensemble portuaire de la baie de Tokyo précède
Rotterdam et Singapour
Les plus grandes compagnies de commerce du monde sont japonaises.
Les sogo shoshas contrôlent les 3/4 des importations, plus de 1/3 des exportations et plus de la moitié du commerce
extérieur
Elles sont multinationales, multiproduits, multifonctions : ex Mitsubishi Corp, Sumitomo, Itoh, Marubeni et Nissho
Une activité économique bien l'activité économique en jouant sur la complémentarité des marchés. Quant au JICST
Japan Information Center encadrée par le MITI qui diffuse l'information disponible dans le monde entier et le JETRO,
Japan External Trade Organisation son annexe qui gère l'import export
Ces deux superstructures orientent of Science and Technology, il tente de transmettre aux industries nippones le
meilleur de la technologie mondiale.
A la fin des années 1980, le Japon engrange les bénéfices d'un redéploiement réussi :
Il dispose d'une quantité d'épargne phénoménale, de la meilleure information économique du monde et d'une industrie
exportatrice dominante. En 1986, huit des dix premières banques du monde sont japonaises
Ainsi l'endaka a permis au Japon d'ajouter à sa force de frappe industrielle et commerciale une force de frappe
financière.
Puissance industrielle : le Japon domine le monde dans les produits de grandes consommation : fours à micro-ondes,
télévisions, automobiles , magnétoscopes, caméras vidéo, appareils photos. «
Les dents du géant
» sont publiées par
Christian Sautter.
Mais le pays s'investit surtout dans les hautes technologies : " l'électronique devient notre riz " disent les japonais en
1983 le secteur c and c (computer and communication). Ex: 1990 La guerre du golfe révèle que 20% des composants
électroniques des systèmes anti-missiles américains Patriot sont japonais
Le Japon redéfinit ses partenariats aussi bien avec ses fournisseurs qu'avec ses clients de la Triade
Le Japon cherche d'abord à sécuriser ses approvisionnements énergétiques, miniers et agroalimentaires car ils sont
essentiels pour la survie du Japon. cela passe par une diplomatie habile auprès des monde Pacifique, Indien et du
Moyen-Orient.
L'industrie confie aux grandes sociétés commerciales : les sogo shoshas , la sécurité et la pérennité de ses
approvisionnements.
Le Japon revendique la parité avec l'occident américain ou européen.
Avec les Etats-Unis :
- rapprochement symbolique lorsque Ford se rend à Tokyo en 1975; puis navire de guerre Midway trouve une
base à Yokosuka ; encouragé par Washington, le Japon assure une part croissante de sa défense.
- il existe cependant des contentieux : outre le débat sur la parité yen-$ et le déficit commercial, le Japon est
accusé d'arrogance, transformant en puissance son influence. Ex: il acquiert des bons du trésor américains,
finance la R&D dans certaines universités et achète des monuments tels que le Rockefeller Center à New York
par Mitsubishi et la Colombia Picture à LA acquise par Sony.
L'Europe, comme les Etats-Unis, reprochent à l'archipel de pratiquer le dumping et le protectionnisme :
- depuis 1990 Bruxelles et Tokyo commencent à se reconnaître et négocient un accord d'autolimitation dans le
secteur sensible de l'automobile
- échanges entre Japon et Europe : IDE japonais en Europe surtout au Royaume Uni, Allemagne et France,
voyages en Europe.
Le Japon tente de normaliser ses relations économiques avec l'ensemble de l'Asie de l'Est :
- le Japon qui se tourne vers les hautes technologies, délocalise vers l'Asie, dans une sorte de division asiatique
du travail. Les industries marquées du sceau des trois k y sont transférées.
( kiken = dangereux; kurushi= fatigant;
kitanai salissant) Il s'agit d'installer outre mer des "usines tournevis"
pour diminuer les coûts de production
- la Chine s'est imposée comme second partenaire du Japon à partir de 1983 ( 1er les EU) après la normalisation
de la relation en 1972
- les pays de l'ASEAN sources de matières premières et d'investissements sont investis : particulièrement
l'archipel indonésien
Conclusion : en 1989, l'économie du Japon est au sommet de son processus d'internationalisation. Le PNB a dépassé
celui des Etats-Unis et l'indice Nikkei de la Bourse de Tokyo a progressé de 40% en 1988. Mais la spéculation
financière donne naissance à une gigantesque bulle financière en 1990, susceptible d'hypothéquer l'avenir de la
seconde économie mondiale.
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