Industriatlisation en Amérique Latine au XXème siècle

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Industriatlisation en Amérique Latine au XXème siècle

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Industrialisation et développement en Amérique latine
depuis le début du XXe siècle
Industrie : fait référence à la société industrielle, les conséquences pour l’espace, les politiques conduites
(ouverture/fermeture, secteurs privilégiés…), le rôle de l’Etat…
Développement : niveaux de vie, répercussions sociales en termes de bien-être… modèles de développement.
Problématique :
Double paradoxe : des politiques souvent similaires, alors que les conditions nationales
sont assez différentes. De plus, l’Amérique latine a conduit une industrialisation lente, donnant l’image d’un
« continent qui ne se développera jamais », contrairement à l’Asie, qui n’avait a priori pas plus d’atouts que
l’Amérique latine. Pourquoi ?
I – Une industrialisation globalement sacrifiée au profit du modèle néo-colonial jusque dans les années 1930.
II – Un modèle de développement autocentré qui finit par apparaître comme une impasse au tournant des années
1970 et 1980.
III – L’abandon d’un modèle autocentré au profit d’un modèle libéral et ouvert à la mondialisation à partir des
années 1980
I – Une industrialisation globalement sacrifiée au profit du modèle néo-colonial jusque
dans les années 1930.
A – L’industrialisation du continent n’est pas une priorité apparente pour différentes raisons
1°) La simple exploitation de matières premières rapporte beaucoup dans le cadre de la DIT
Ressources agricoles et forestières : agriculture de plantation (grandes exploitations : haciendas, fazendas,
estancias) :
- sucre : îles à sucre (Cuba, Saint-Domingue) + Nordeste brésilien
- café (Colombie, Sao Paulo, Terras roxas)
- bananes et agrumes (Amérique centrale)
- exploitation du bois (ornement, bois d’oeuvre, caoutchouc)
- ressources minières : cuivre (Chili), zinc (Brésil), argent, potassium (Pérou, Mexique), or, nickel, mercure,
platine, uranium, fer (Brésil : Minas Gerais et Carajas). Peu de charbon (sauf Mexique et Colombie)
- hydrocarbures : Venezuela, Mexique, Equateur, Argentine, Brésil (au large de Rio)
- potentiel hydroélectrique (Iguaçu)
2°) Des raisons politiques et sociales
Début du XXe siècle : ordre colonial, pouvoir oligarchique. Fortunes liées à la terre et au modèle exportateur et
agricole. L’intérêt pour l’industrialisation est donc faible. Les sociétés latifundiaires ou minières veulent
maintenir le libre-échange et refusent l’industrialisation. La masse de pauvres empêche de plus la constitution
d’un marché national.
3°) Des raisons géopolitiques
La Grande-Bretagne, puis les Etats-Unis dominent. Les puissances dominantes n’ont aucun intérêt à voir
l’Amérique latin s’industrialiser, et préfèrent qu’elle se spécialise dans les produits bruts et les matières
premières (pacte colonial)
.
B – Cependant, une certaine industrialisation se réalise
Le dynamisme de l’économie d’exportation suscite l’essor industriel :
- industrie de transformation et de conditionnement des produits agricoles (abattoirs, sucreries, entrepôts
frigorifiques…), ports, chemin de fer, ateliers de réparation des équipements…
-
les immigrants européens se concentrent dans les villes : essor de l’artisanat puis de la petite
industrie, et naissance d’un marché intérieur.
- la Première Guerre mondiale perturbe les échanges internationaux et élimine pour un temps la
concurrence.
- les industries commencent à apparaître, au profit des pays les plus orientés vers l’Europe (Argentine,
Brésil, Chili).
- foyers industriels : Monterrey, Medellin, Sao Paulo, voire Rio.
Mais la croissance reste cependant avant tout tirée par les exportations de produits bruts.
C – Mais l’industrialisation reste limitée, ne favorise pas le développement et demeure fragile
1°) Elle est limitée et tributaire du modèle agro-minier exportateur
Sa part dans les PIB nationaux varie de 6 % (Colombie) à 23 % (Argentine) dans les années 1920.Situation à
l’indienne : disparition de la petite industrie artisanale (textile…).
Les activités d’exportation peuvent être anti-industrialisantes car elles entraînent une dépendance envers le
secteur qui produit les biens exportés. Les transferts de revenus vers l’industrie sont provisoires, révocables et
subordonnés. « Industrialisation en archipel » (Pierre Vayssière) : seuls ports et capitales sont concernés. Les
réseaux de transport ont d’ailleurs un maillage très limité.
2°) La faiblesse de l’industrialisation explique l’absence de développement
Le niveau de vie est faible (sauf en Argentine, comparable à la moyenne européenne). Le revenu moyen
correspond à 1/5 du revenu moyen européen. Pas d’amorce de transition démographique (sauf en Uruguay).
Structures sociales quasi-féodales : masse de paysans pauvres, qui se révoltent parfois. Par exemple, entre 1910
et 1920, la révolution mexicaine a une connotation politique (refus de la dictature de Diaz) mais aussi sociale : le
prolétariat rural veut une réforme agraire. Faiblesse du monde ouvrier, poids de l’analphabétisme, importance de
la population rurale par rapport à la population urbaine.
3°) La faiblesse de l’industrialisation est source de fragilité : l’Amérique latine est dépendante des
marchés extérieurs et des cours de matières premières.
1929 : les ¾ des exportations brésiliennes sont du café
- Années 1920 : forte croissance du continent, liées aux besoins européens, même si, avec le progrès technique,
l’Europe demande de moins en moins de matières premières.
- Années 1930 : effondrement du continent en raison de la diminution du cours des matières premières. Entre
1929 et 1932, le cours du café chute de 45 % .
II – Un modèle de développement autocentré qui finit par apparaître comme une
impasse au tournant des années 1970 et 1980.
A – Le choix d’un nouveau modèle résulte de plusieurs facteurs
1°) La prise de conscience de l’échec du modèle précédent, libéral et libre-échangiste. M imétisme du
modèle protectionniste et dirigiste européen.
2°) Un facteur politique : l’arrivée au pouvoir de dirigeants nationalistes et populistes, dans les années
1930, qui s’explique par la crise économique
Brésil : Getulio Vargas
Mexique : Lazar Cardenas
Equateur : J. Ibarra
Argentine : Juan peron
Variantes nationales, mais points communs :
- conviction que la crise est due à l’étranger, donc discours nationaliste
- volonté de moderniser le pays en s’appuyant sur l’action volontaire de l’Etat, en incorporant les classes
populaires et les classes moyennes.
- démagogie, auprès des classes populaires
Après la guerre, d’autres raisons politiques expliquent le rôle central de l’Etat
- développementalisme = desrrollismo : l’essor industriel doit être au coeur de l’action de l’Etat
- socialisme, idéologie castriste
3°) Un facteur géopolitique
La Seconde Guerre mondiale a eu des conséquences comparables à celles de la première : moindre concurrence
pour l’Amérique latine. Essor de l’industrie de base, des industries lourdes, malgré les résistances des Etats-Unis
et des FMN. Exemple : essor de la sidérurgie sous la présidence de Vargas au Brésil (Volta redonda…)
4°) le rôle de certains théoriciens
Raoul Prebish (argentin), dans le cadre de la CEPAL : stratégie de l’ISI
B – Les modalités de l’industrialisation, au-delà de quelques divergences, sont assez comparables
1°) Les objectifs poursuivis
- priorité à l’industrie au détriment de l’agriculture. En population active : 2/3 dans les années 1930, 1/3 dans les
années 1980.
- recherche de l’indépendance, avec l’idée de favoriser l’émergence de secteurs industriels nationaux :
reconquérir le marche intérieur par industrie nationale pour rompre avec la DTE.
2°) Les moyens
- intervention de l’Etat multiforme :
- nationalisation des secteurs clés de l’économie
- aides à la recherche, l’enseignement et la formation
- investissements publics
- recours aux capitaux étrangers
- planification, plus ou moins développée. Exemple au Brésil en 1945 : Plan SALTE, par Vargas, pour
la santé, l’éducation, l’alimentation, les transports et l’énergie.
- création de pôles de développement : raffineries, sucreries, complexes pétrochimiques…, reliés par un
réseau de transport qui met en valeur le territoire (Transamazonienne…)
- protectionnisme éducateur : droits de douane élevés, (130 % en Argentine et au Brésil), sélectifs (élevés pour
les biens de consommation pouvant être produits sur place, faibles pour les produits semi-finis et les biens
d’équipement). Contingentements pour privilégier les produits nationaux.
- diversification industrielle : remontée des filières :
- au départ, biens de consommation nécessitant peu de technologie et de faibles investissements
- puis sidérurgie
- puis constructions mécaniques, en associant les firmes nationales (surtout publiques) aux FMN
- intégration régionale. Objectifs :
- indépendance latino-américaine par rapport à l’Europe et surtout aux Etats-Unis
- pallier l’exiguïté des marchés nationaux
ALALC (1960, Montevideo) = Association Latino-Américaine de Libre Commerce, qui devient en 1980
l’ALADI = Association Latino-Américaine d’Intégration.
MCCA = Marché Commun Centre-Américain
CARICOM = Communauté des Caraïbes (1961)
Pacte Andin (1969) : Chili, Pérou, Equateur, Bolivie, Colombie puis Venezuela.
Mais quelques variantes :
- place plus ou moins grande de l’agriculture et de la réforme agraire
- industrialisation plus ou moins rapide et plus ou moins poussée
- accueil plus ou moins favorable aux capitaux étrangers, en fonction des pays et des hommes au pouvoir.
C – Mais c’est un modèle au bilan globalement négatif
1°) Certes, des aspects positifs
- réalité de l’industrialisation
- industrie parfois diversifiée
- la part de l’industrie dans le PIB augmente. C’est plus de 25 % en Argentine, au Brésil et au Mexique.
- taux de croissance importants : 5.5 % en moyenne entre 1950 et les années 1980. « Miracle brésilien ».
- évolution de la société : urbanisation, essor des classes moyennes.
2°) mais à nuancer
- dans certains pays, l’industrialisation est secondaire : Amérique centrale, Paraguay, Bolivie (moins de 15 % du
PIB)
- L’industrialisation concerne surtout l’industrie traditionnelle (40 % du total industriel). Importance des PME et
faiblesse de la concentration technique
- tendance à la concentration oligopolistique, absence de concurrence.
- les entreprises les plus modernes sont sous contrôle étranger
- les industries ne créent pas assez d’emplois, et certaines ne profitent qu’aux travailleurs qualifiés
(automobile…). Sous-emploi, travail informel. Les inégalités se renforcent, même si on observe une diminution
relative de la pauvreté.
3°) Surtout, le modèle ISI est confronté à des impasses
- principale déficience : pas assez de biens intermédiaires et d’équipement. Pas de remise en cause de la
dépendance, ou « assujettissement » (F. Cardoso, théoricien de la dépendance)
- faiblesse industrielle liée aux objectifs premiers et historiques : l’ISI veut produire des biens selon un modèle
de consommation exogène, calqué sur le Nord, ce qui s’accompagne d’une logique fiscale et sociale
délibérément discriminante, au profit des plus aisés. Sur le plan politique, la forte conflictualité nécessite des
régimes forts, d’où la vague autoritaire des années 1960 et 1970.
- les entreprises les plus dynamiques dépendent de l’étranger en terme de technologie, ce qui limite la recherche
et entraîne l’exode des cerveaux. Peu de recours à la main d’oeuvre locale.
- la logique protectionniste limite la pression de la concurrence extérieure et donc la productivité
L’Amérique latine est peu intégrée dans l’économie mondiale, parfois même son taux d’ouverture diminue.
Exemple : au Brésil, il passe de 20 à 6 % entre 1945 et les années 1970.
- La croissance dépend toujours de l’économie primaire : 90 % des exportations dans les années 1970. Cela
conforte le pouvoir des oligarchies, contribue au phénomène de rente, et n’apporte pas assez de capitaux pour
poursuivre l’industrialistion.
III – L’abandon d’un modèle autocentré au profit d’un modèle libéral et ouvert à la
mondialisation à partir des années 1980
A - La crise de la dette révèle le caractère inapproprié d’une politique d’industrialisation
voulant se protéger de l’extérieur
1°) La dette est liée à la politique d’industrialisation.
La dette explose dans les années 1970 (voie choisie délibérément, au Brésil par exemple, augmentation du cours
des matières premières, et recyclage des pétrodollars). Dette en dollars, d’origine bancaire, très concentrée sur 3
pays : 70 % de la dette du continent est concentrée par l’Argentine, le Brésil et le Mexique. Elle représente 340
milliards de dollars, soit la moitié de la dette du Sud, en 1982.
La crise de la dette a des conséquences dramatiques, car le service de la dette explose : c’est 20 % en 1970, et
plus d’un tiers en 1983 (et plus de la moitié en Argentine et au Brésil). Les flux financiers sont désormais Sud-
Nord. La crise entraîne un ralentissement de la croissance (« décennie perdue », qui tourne autour de 1 ou 2 %.
Hyperinflation, catastrophes sociales ; chômage, coupes dans les dépenses sociales car le remboursement de la
dette est privilégié.
La crise de la dette correspond à la crise d’une politique d’industrialisation autocentrée, qui ne peut être
surmontée que par un changement radical de politique, qui intervient simultanément sur tout le continent (sauf au
Chili). Ce tournant est effectué par des élites formées aux Etats-Unis, appartenant à l’école libérale (« Chicago
boys »)
2°) La dépendance de l’Amérique latine envers le FM I, liée à la dette
Le FMI impose des réformes de structure : c’est le « consensus de Washington » (John Williamson). 10
commandements :
- discipline budgétaire
- réorientation des dépenses publiques
- réformes fiscales
- libéralisation financière
- taux de change réalistes
- libéralisation des échanges
- élimination des barrières aux IDE
- programmes de privatisation
- dérégulation
- droit à la propriété
Le Plan Brady, en 1989, conditionne l’aide du FMI au respect de ces commandements.
3°) Certaines voies apparaissent comme des exemples ou des contre-exemples
Contre-exemple : Cuba, en faillite lorsque l’URSS met fin au soutien qu’elle lui apportait. Le PNB cubain
diminue de 40 % entre 1991 et 1994.
Exemple : le Chili, à partir des années 1970, obtient de meilleurs résultats que le reste de l’Amérique latine, et
plus encore dans les années 1980 : il applique par anticipation les recettes du FMI.
L’exemple extérieur qu’offrent les NPIA (extraversion) pousse l’Amérique latine à changer d’orientation.
B – Une révolution silencieuse ? En tout cas, de spectaculaires transformations affectent
l’industrie latino-américaine
1°) Inspirés par le FM I, les PAS donnent naissance à un nouveau modèle d’industrialisation et à un
nouveau modèle de développement
Choix de la privatisation (plus de 1000 entreprises privatisées au Mexique), libéralisation des taux de change,
politique d’austérité, ouverture commerciale, diminution des droits de douane et des contingentements,
multiplication des zones franches, acceptation des IDE (plus de 300 milliards de dollars entre 1990 et 2004).
2°) Des changements concernant l’intégration régionale
Objectifs : élargir les marchés et introduire une concurrence interne au continent.
- multiplication des accords bilatéraux de désarmement douanier
- constitution de nouvelles zones de libre-échange. Mars 1991 : Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay,
Venezuela) ; 1991 : accord Chili-Mexique ; 1994 : acceptation de l’ALENA par le Mexique ; nouvelle impulsion
du Pacte andin au milieu des années 1990.
C – Un bilan cependant ambivalent
1°) L’ambivalence entre industrialisation et désindustrialisation : 2 lectures possibles :
- industrialisation évidente : part croissante de l’industrie dans le PIB (35 % pour le Brésil), essor du modèle des
maquiladoras, accueil d’IDE, activités industrielles (surtout des usines d’assemblage). En 2003, les maquiladoras
représentent 1 million de personnes, et 50 % des exportations mexicaines. Ce modèle est repris ailleurs : zones
franches (environ 60 en Amérique latine en 2004) : Argentine, Colombie, Costa Rica, Salvador…
- désindustrialisation, et même reprimarisation de l’économie : l’ouverture a entraîné la crise de nombreuses
industries, pas assez préparées à la concurrence internationale. Les industries qui en ont profité correspondent à
la nouvelle génération de maquiladoras (automobile, électricité) et à celles qui s’appuient sur les ressources
naturelles (pétrochimie, agro-industrie…). Reprimarisation qui traduit la difficulté à diversifier le tissu industriel
et à sortir d’une économie de rente. Contenu des exportations : 29 % de produits agricoles, et 33 % de matières
premières.
2°) Des résultats mitigés
Une croissance industrielle irrégulière, une conjoncture très heurtée, avec des périodes de très forte croissance, et
des reculs brutaux. Dépendance accrue envers l’extérieur et le contexte international.
L’industrialisation reste très variable sur le plan géographique : différence entre les pays et les régions.
Industrialisation en archipel, d’où des critiques : croissance industrielle trop faible pour que la croissance soit
suffisante, et diminue pauvreté et inégalités : pas de développement possible.
Conclusion :
- Certes, il y a des industrialisations différentes (cf concept de NPI). ,mais ces grands retournements témoignent
de structures sociales et économiques assez similaires.
- La lenteur du processus n’est pas due à la possession de ressources naturelles, mais surtout aux stratégies
inadaptées.
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