JACQUES MARITAIN (1882-1973)

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JACQUES MARITAIN (1882-1973)

Publié le : mardi 5 juillet 2011
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JACQUES MARITAIN (1882-1973)
Le plus grand philosophe catholique du XXe s.
«Maritain a reçu du Ciel le sens de la vie après les larmes du nihilisme. Sa foi a alors
rehaussé l’éclat de son intelligence.»
On sera peut-être surpris d'apprendre que Jacques Maritain* a grandi dans une famille
protestante où régnait des idées plutôt libérales. Très jeune, lorsque s'est inscrit à la Sorbonne
pour y compléter ses études de philosophie, il partageait comme bien d'autres jeunes Parisiens
des idées qui mènent à l'agnosticisme, c'est-à-dire à la conviction que l'Absolu est inaccessible à
l'esprit humain. Un agnostique, c’est en effet quelqu’un qui rejette d’une part l'idée que Dieu
existe; mais d‘autre part l’agnostique refuse l’idée des athées qui affirment que Dieu n'existe
certainement pas. Pourtant, Maritain ne peut vivre sans se poser la question fondamentale du
sens. La vie a-t-elle un sens?
La conviction des athées répugne au jeune Maritain. Il lui semble finalement que
l'Univers doit bien avoir un sens caché. Comment affirmer en effet que notre Monde soit
dépourvu de signification transcendantale? Cela lui semble improbable. Il est déchiré par
l’idée:que
le Monde doit bien avoir un sens qui nous dépasse
. Maritain se heurte de plus en
plus à des confrères agnostiques qui se refusent à discuter de ces choses sous prétexte que tout
cela demeure sans solution. Par bonheur, son esprit tourmenté trouve enfin une âme soeur. C'est
Raïssa Oumensoff, une jeune juive russe. Ce sera là une rencontre phénoménale, car un immense
amour, un amour chaste les unira pour la vie. Mariés en 1904, ils parviendront à former un des
couples les plus remarquables de leur époque.
Tous deux sont jeunes et entiers. Comme plusieurs couples qui sont près à mourir
ensemble s'ils n'arrivent pas à trouver une raison de vivre, Jacques Maritain et Raïssa Oumensoff
s'entendent solennellement au départ pour signer en quelque sorte un pacte de suicide. Si dans un
an, ils sont toujours devant le vide et le néant, ils mettront fin à leurs jours! Ils veulent vraiment
trouver le sens du mot «vérité». C'est évidemment le sens de l'Absolu qui leur manque.
Heureusement, ils trouveront le chemin de la grâce en se rendant aux conférences très
fréquentées de Henri Bergson*, philosophe qui obtiendra le Prix Nobel en 1927. La pensée de
Bergson peut se résumer ainsi: il faut faire la distinction entre la connaissance rationnelle et
l'
intuition
, seule capable de saisir la réalité profonde.
Cette mise en valeur de l'intuition permet à de nombreux auditeurs d'atteindre, de saisir
le sens de l'Absolu. C’est le cas des Maritain. Tout change en eux. La lumière se fait. Jacques et
Raïssa Maritain rencontrent bientôt Léon Bloy*, cet admirable pamphlétaire d'inspiration
catholique, qui va savoir les guider, si bien qu'un an plus tard, en 1906, Bloy devient leur parrain
lors d'une cérémonie de baptême historique.
Leur conversion est extrêmement profonde. Tout deux se mettent aussitôt au service de
Dieu et de l'Église catholique. Il vont jusqu'à décider d’observer la chasteté la plus complète,
dans le but de se consacrer totalement au service de Dieu et de son Église. Ils émettent donc des
voeux privés. Cet engagement les rend parfaitement dévoués l'un à l'autre au point de s'entraider
sans cesse à devenir des saints. Jacques Maritain complète alors ses études de philosophie et
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devient professeur à l'Institut catholique de Paris, basant une grande partie de ses recherches sur
la pensée de saint Thomas d'Aquin*. Maritain saura mettre en valeur au XXe siècle l'oeuvre
immense et lumineuse de ce théologien génial, de cet éminent philosophe du XIIIe siècle, en
dépit du mépris que cela suscite.
Les ouvrages de Jacques Maritain,
Degrés du savoir, Science et sagesse, Approches de
Dieu, Humanisme intégral,
sont marqués par la raison qui sert de moyen naturel d’avancer dans
la formulation de ses idées. Mais on voit bien que la foi seule lui donne les lumières qui nous
permettent, en le lisant, de nous tourner vers la connaissance de Dieu. Quand on lit Maritain,
«c’est Dieu que nous expérimentons».
Il faut savoir que ce philosophe connaît à fond la pensée de saint Jean de la Croix*. C’est
pourquoi la seule recherche vers laquelle Maritain est absolument tendu est celle de «l’union
d’amour en Dieu». Il publie en 1927
Primauté du spirituel
où il témoigne de sa fidélité dans la
foi en page 123 : «Que les hommes écoutent ou non la vérité, il importe qu’elle soir dite. C’est
ce que la Papauté fait depuis des années, avec une énergie qui ne faiblit pas».
Raïssa Maritain, qui l’avait initié à la
Somme théologique
de Thomas d’Aquin et qui l’a
accompagné durant presque toute sa vie en publiant elle-même quelques ouvrages très appréciés
dont
La Vie donnée
et
Les Grandes amitiés
, meurt en 1960, à 77 ans. Durant quatorze ans,
Jacques Maritain sera privé de sa présence. Sa vie recluse sera transformée en 1965 quand le
pape Paul VI*, son ancien élève, l’appellera à assister au Concile Vatican II et lui confiera son
Message aux intellectuels.
Il publie d’ailleurs cette même année
Carnet de Notes
qui fut mal reçu par certains
critiques d’avant-garde. Il y parle admirablement du laïcat: «Tendre à la perfection de la charité
n’est-il pas prescrit à tous? Et de par leur baptême les laïques ne sont-ils pas membres de l’Église
comme les clercs et les religieux, ce qui veut dire que si à un titre spécial ils sont
dans
le monde,
eux non plus cependant, pour autant qu’ils sont fidèles à leur vocation chrétienne et aux voeux de
leur baptême, ne sont pas
du
monde?».
C’est à 88 ans qu’il réalisera un rêve qui l’habitait depuis longtemps. Il est en effet
accueilli chez les Petits Frères de Jésus de Charles Foucauld*, à Toulouse, dans le sud de la
France. Lui qui aimait profondément l’oeuvre et la vie de sainte Thérèse d’Avila* fait donc
profession en émettant des voeux de pauvreté et d’obéissance le jour de sa fête, le 15 octobre
1970, dix ans après la mort de son épouse. Habité toute sa vie par le métier de philosophe, le
voici entièrement consacré à ne plus vivre que plongé dans la vie intérieure en se livrant
totalement à l’Amour de Dieu. Il se donne totalement à Celui qu’il a aimé de tout son être depuis
sa conversion et son baptême en 1906.
Jacques Maritain meurt le 28 avril 1973. Son beau regard bleu (je n’en ai jamais vu de
plus étonnant), s’est éteint pour s’ouvrir totalement à la contemplation éternelle de Dieu, sans
doute en compagnie de sa compagne de sainteté, sa merveilleuse Raïssa. Voilà un grand couple
qu’il serait bon, un jour, que l’on puisse les fêter ensemble dans l’Église en tant que saints! Il est
important de noter que les Éditions Saint-Paul ont publié les
OEuvres complètes
de Jacques et
Raïssa Maritain en 14 magnifiques volumes.
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