L'Asie et le Monde depuis 1945 et aujourd'hui

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L'Asie et le Monde depuis 1945 et aujourd'hui

Publié le : jeudi 30 juin 2011
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Chapitre 11 : L’ASIE , AUBAINE OU MENACE POUR L’ECONOMIE MONDIALE ?
LES RELATIONS DE L’ASIE AVEC LE MONDE.
L’Asie est vue comme l’espace du « miracle économique » capable d’imposer ses produits manufacturés dans le
monde entier. Elle donc aussi considérée peut être une menace pour les pays de la triade et pour les pays émergents.
On parle de “ péril jaune ” du fait des gains continus de part de marchés, de forts excédents commerciaux et de la
menace de délocalisation en asie. L’essor
économique de la zone ne peut-elle pas profiter à l’économie mondiale dans
son ensemble ?
I/ A LA CONQUETE DES MARCHES
Les succès de l’Asie concernent surtout l’exportation. Mais les disparités à l’échelle de la région augmentent. Ne sont
ce pas ces écarts de développement qui fondent les succès de l’Asie en permettant une division internationale asiatique
du travail ?
1/ L’Asie s’affirme comme un pôle majeur du commerce mondial
L’Asie est dotée du premier équipement portuaire mondial
A partir des années 1980, il y a eu un glissement du centre de gravité du commerce mondial dû à trois facteurs :
- l’achèvement de la puissance économique et commerciale japonaise
- le décollage de nouveaux pays industriels asiatiques
- le rééquilibrage vers la façade pacifique
du territoire américain (avec affirmation des ports de l’Ouest)
La façade pacifique est aujourd’hui une interface multipolaire (17 des 22 grands ports du monde) : les ports chinois
dépassent les ports nippons et sud coréens. et l’Asie orientale contrôle 55% de la flotte mondiale des conteneurs
Plusieurs ensembles industrialo-portuaires émergent :
- l’ensemble de la baie de Tokyo ( Tokyo, Yokohama, Chiba), premier pour le tonnage mondial ( 360 millions
de tonnes de marchandises) loin devant les pôles de Nagoya (158 millions) et de Kobe-Osaka (150millions),
- le binôme Ulsan-Pusan en Corée du sud ( 300 millions), devant Kwangyang au sud ouest (153 millions) et
Inchon, le port de Séoul au nord-ouest (146 millions),
- les ports chinois Dalian (170 millions), Tianjin (129 millions), Ningbo (150 millions), Shanghai (238
millions),
- le port taiwanais de Kaohsiung ( 129 millions),
- Singapour (plus grand port d’Asie : 335 millions de tonnes, sur le détroit de Malacca)
Les ports asiatiques se sont rapidement transformés pour faire face à l’accroissement des échanges et au gigantisme
des navires de commerce.
- des avants ports et ports en eau profonde ont été construits, les activités ont migrés vers l’aval.
- ainsi, le port de Kaohsiung de Taiwan s’est développé en trois temps à partir du port ancien :
- le gouvernement décide a la fin des années 1950 d’agrandir le port de Kaohsiung. Ce port est dédié a un
petit commerce de marchandises et à la pêche . Kaohsiung est alors la principale ville du sud de l’île.
- au milieu des années 1960, une zone franche, la Kaohsiung Export Processing Zone (KEPZ) est créée et
des terrains sont cédés pour des activités industrielles à l’est du port ancien. En même temps, la zone
franche développe des emplois dans la confection, la construction éléctrique et l’équipement éléctronique.
La manutention moderne conteuneurisée se développe.
- des aménagements récents interviennent du fait de l’essor du trafic avec la Chine et le reste de l’Asie
depuis les années 1980. Un port en eau profonde capable d’accueillir des gros navires et des supertankers
est réalisé, ainsi qu’une seconde entrée ouvrant sur une zone d’activités industrielles lourdes, sidérurgie,
pétrochimie et construction navale.
- aujourd’hui, il s’étend sur une vingtaine de kilomètres. Kaohsiung possède par ailleurs un aéroport
international et est relié par train et par autoroutes à Taichung et Taipei dans les années 1990.
2/ Le commerce de biens et de services se développe de manière continue en Asie, mais les écarts nationaux sont
considérables .
La part de l’Asie a fortement augmenté dans le commerce mondial de marchandises :
- 6 pays asiatique pèsent à eux seuls plus de 20 % du commerce mondial en 2003 : Japon, Chine, Corée du sud,
Singapour, Taiwan
- les 8 autres de la zone pèsent 5 % du commerce mondial
- la percée de la Chine est remarquable depuis son entrée à l’OMC en 2001 : elle se place au 4ème rang mondial des
puissances commerciales.
- le Japon voit sa part dans le commerce mondial diminuer; il subit le recul relatif de la part de la Chine
Il est difficile de tirer les leçons de la structure du commerce extérieur asiatique car la diversité est la règle ;
quelques tendances se dégagent cependant :
- la dépendance économique reste une réalité : matières premières et énergétiques, produits alimentaires technologies ;
le Japon par exemple importe plus de la moitié de ses ressources énergétiques et la quasi totalité de ses matières
premières.
- une autre faiblesse des
pays d’Asie de l’Est a l’échelle nationale : le positionnement insuffisant dans les industries
de hautes technologies
Peu de pays asiatiques réussissent encore à s’affirmer réellement dans le commerce mondial des services
- le Japon : 5ème rang mondial mais sa balance est très largement déficitaire.
- Hong Kong et Singapour : excédents remarquables du fait de leur rôle de places financières (Singapour 10ème rang
mondial).
- l’Inde tente de développer sa fonction de bureau mondial de sous-traitance pour les services de haute technologie.
L’Asie orientale a des taux d’ouverture remarquables illustrant une tradition capitaliste et marchande
ancienne toujours vivace :
Le taux d’ouverture par les exportations :
> à 200% pour Hong Kong et Singapour
/
> à 100% pour la Malaisie /
65% pour la Thaïlande / 50% pour les Philippines et Taiwan / 35% pour la Corée du Sud.
Ces Etats ont des excédents commerciaux importants et durables. Ils ont donc déployé des stratégies de promotion des
exportations. Ces excédents alimentent les réserves en devises et nourrissent la puissance financière.
Il existe cependant des spécificités en Asie orientale :
- Chine et Japon ont une forte spécificité dans ce tableau de la puissance exportatrice.
- Japon : puissant mais fermé. Taux d’ouverture
par les importations : 10%. Explication : diffusion des
produits étranger dans le pays sont insuffisants et attitude nationaliste des
consommateurs japonais.
- Chine : encore en transition dans l’édification d une puissance commerciale. Son taux d’ouverture par les
exportations progresse mais l’importation de matière première diminue les excédents commerciaux
- le Vietnam, un pays communiste qui effectue sa transition depuis le Doi-Moi de 1986. Ouverture : 50% mais
situation déficitaire.
- les pays de l’Asie du Sud sont moins intégrés au commerce mondial. Taux d’ouverture faible (inférieurs à
20%), déficits commerciaux donc position de faiblesse et de dépendance sur le marché mondial
- les pays enclavés : économie faible (Népal, Bouthan, Laos), pays politiquement fermés comme le Myanmar.
3/ Inde, Chine et Japon : trois puissances commerciales complémentaires
Chiffres de 2003.
Le commerce extérieur japonais retrouve son dynamisme au début des années 2000
, du fait d’un recentrage
sur les marchés asiatiques.
Les échanges commerciaux du Japon ont porté sur 800 milliards de dollars en 2004 donc le Japon est la troisième
puissance commerciale du monde :
- les points forts du Japon : appareillage électrique, matériel de transport et de produits électroniques,
bureautique et informatique, optique de précisions .
- l’immense marché chinois tire les exportations japonaises.
- mais le Japon garde une faiblesse dans le commerce des industries aéronautique et aérospatiales
Ces échanges se réalisent de plus en plus avec l’Asie, d’ou le thème “ retour en Asie ” (nuya), lancé dans les années
1980.
- Chine : premier fournisseur du Japon depuis 2002 (18%) et deuxième client (9,6% derrière les Etats-Unis avec
28,5%). Le Japon a rétabli une balance commerciale excédentaire avec elle.
- les fournisseurs du Japon (hydrocarbures, minerais, produits alimentaires mais aussi biens manufacturés).
- les clients du Japon : États-Unis et Chine (38% des exportations de biens industriels élaborés à eux-seuls),
Union Européenne (14 %), ASEAN (13.6%).
Le commerce extérieur chinois décolle après plusieurs décennies d’atonie, ce qui permet de renouer avec des
siècles de tradition marchande
.
La Chine est devenue un géant commercial depuis 1990. Elle n’a pas connu de déficit commercial depuis 1993 et ses
excédents
ne cessent de se creuser : 5 milliards de $ en 1994, 50 en 2001, 25 en 2004.
Les clients de la Chine :
- Etats-Unis (1/3 des exportations de la Chine). Déficits commerciaux des Etats-Unis avec la Chine se creusent
d’où la question de dévaluer le yuan.
- Japon: deuxième partenaire commercial, 16% des exportations chinoises.
- Union européenne (Allemagne, France, Royaume Uni).
Bilan des exportations chinoises présente un contraste évident :
- la Chine se rattache au groupe des NPIA (nouveaux pays industriels d ‘Asie) par les exportations de matériel
électrique, d’électronique, d’informatique et de télécommunication (1/4 des exportations chinoises).
- d’un autre côté, les exportations de produits manufacturés à faible valeur ajoutée sont nombreuses : la branche
textile 20% des exportations chinoises.
La Chine est devenue une très grosse importatrice : 3ème rang mondial car demande croissant des industries nationales
(matières premières et biens d’équipement) et des particuliers (biens de consommation durable et produits de luxe). La
Chine se fournit d’abord en Asie (Japon et Dragons) mais c’est aussi une chance pour l’Asie qui tire une partie de sa
croissance de la boulimie du marché chinois. Après l’Asie, la Chine se fournit aux Etats-Unis, en Allemagne, au
Moyen Orient et en Russie.
L’Inde peut-elle devenir le nouveau centre du business international
?
Son objectif est voué à réussir son intégration mais ses échanges asiatiques restent insuffisants et elle reste engagée
dans un commerce inégal avec l’Europe et les Etats-unis.
Les Indiens cherchent à exporter une nouvelle image de marque du monde. Son éclat grandi dans l’économie mondiale
mais les faiblesses sont là :
- le commerce extérieur indien reste 3 fois inférieur au commerce chinois et 9 fois inférieur au commerce
japonais.
- les entreprises indiennes peinent à se placer parmi les grands exportateurs de produits industriels à fort
contenu technologique : les productions nationales ne s’imposent pas sur les marchés étrangers.
- l’Inde est un partenaire important pour les Etats-Unis et l’Europe occidentale nais ne peut rivaliser avec la
Chine et reste mal intégrée aux échanges asiatiques.
- la structure des exportations indienne est révélatrice de la situation d’un pays en retard de développement. Les
biens primaires : 12% des exportations indiennes. Les principaux produits sont issus de la branche textile
habillement-confection.
Dans le bilan des importations : produits de base sont majoritaires (34%), puis les biens d’équipement (16%). Sur le
plan géographique, les partenaires concernant les importations sont les même que pour l’exportation : Etats-Unis,
Union européenne, pays asiatiques sont les mieux placés.
Le commerce de services est en pleine expansion: 10 milliards de dollars, les exportations de produits et de services
liés aux technologies de l’informatique soit un cinquième des exportations indiennes.
Chine contre Inde : un inévitable combat de géant
?
Ce combat semble déséquilibré en faveur de la Chine, car le montant total du commerce extérieur chinois représente
plus de trois fois celui de l’Inde et car les résultats de la conquête du marché de états unis sont meilleurs pour la chine.
La structure du commerce bilatéral : la Chine a un excédent sur l’Inde. Car Chine et Inde n’ont pas un commerce
extérieur complémentaire mais rival car elles ont des spécialisations proches (production manufacturière) mais la
Chine a une avance sur les exportations de matériel électrique. L’Inde apparaît moins avancée dans le processus
d’industrialisation car elle achète à la Chine beaucoup de biens d’équipements industriels et des produits
intermédiaires pour l’industrie.
Chine et Inde tentent de développer leur partenariat économique. Tous deux veulent se positionner sur le secteur de
pointe. Les échanges s’accroissent entre les deux pays.
II/ DE LA PUISSANCE COMMERCIALE A LA PUISSANCE FINANCIERE.
Trois grands types de capitaux doivent être étudiés pour donner une image précise de la puissance financière asiatique:
- les investissements directs
- les investissements de portefeuille
- les capitaux circulant au titre de l'aide au développement
1/ Par les investissements directs, l'Asie de l'Est tend à s'agréger à la Triade.
En terme de réception des IDE, l'Asie est engagée dans un net rattrapage, même si elle reste moins attractive
dans sa globalité que l'Amérique du Nord et l'Europe.
Sur un stock d'IDE mondial s'établissant à 7122,5 milliards de dollars en 2002 : les pays de la Triade en détiennent
environ 65 %, l'Europe occidentale en capitalise 37 %, les États-Unis à eux seuls 19 % mais le Japon moins de 1 %
Face à ces trois pôles, l'Asie orientale progresse très rapidement sous l'impulsion de la Chine, qui a détrôné en 2003 les
États-Unis au premier rang mondial pour la réception des flux d'IDE. Cette partie de l'Asie apparaît donc comme une
zone de plus en plus attractive pour les investissements directs étrangers.
Cependant , les disparités sont fortes :
Si 6 pays attirent 85 % des IDE placés dans la région (par ordre d'importance : la République populaire de Chine,
Hong-Kong, le Japon, Singapour, la Malaisie, la Corée du Sud, la Thaïlande), les flux d'IDE restent très modestes vers
l'Asie du Sud, où l'Inde reste cependant la plus attractive.
Le Japon se distingue par un stock d'IDE remarquablement faible pour un marché intérieur d'une telle envergure. Cela
s'explique par la structure capitalistique particulière des firmes nippones faite de participations croisées, ce qui les
rend difficilement pénétrables aux IDE. Le capitalisme nippon demeure le moins cosmopolite et internationalisé parmi
les grandes puissances économiques.
En Chine, l'afflux massif des IDE redonne un sens à la notion d'“ empire du Milieu ” : il s'agit ici d'un centre de
l'économie globalisée:
- la Chine est le premier récipiendaire mondial d'IDE (autour de 50 milliards de $ annuellement depuis 2001 soit
5 fois plus qu’au début des années 1990).
- son attractivité n'a cessé de se renforcer depuis l'accélération des réformes de l'ouverture dans la première
moitié des années 1990.
- les flux se concentrent d’abord et avant tout sur les espaces littoraux (étudier carte disponible sur le site en
annexe appelée "Carte // Autre Monde // p.388" pour analyser les espaces régionaux).
En
Inde
, l'évolution des investissements étrangers donnent une bonne image de la position internationale du pays au
début du XXIe siècle :
- 3 milliards de dollars investis en moyenne depuis l'an 2000 ; 6,7 milliards prévus en 2005.
- une puissance montante encore très éloignée de ses rivales asiatiques.
- elle est attractive même si les capitaux qu'elle attire sont beaucoup plus faibles est également plus volatils que
ceux de la Chine
- les IDE proviennent prioritairement, par ordre décroissant
de Maurice (paradis fiscal), des Etats-Unis, du
Royaume-Uni, d'Italie et des Pays-Bas.
- les
call centers
, services de réservation en langue anglaise, s'y délocalisent également de plus en plus
massivement
- l'Inde s'impose dans la DIT comme un
back-office hub
pour de nombreuses FMN, dans le sens où elle est
spécialisée dans les services de sous-traitance pour certaines activités de pointe
Concernant l'émission d'IDE à l'étranger, l'Asie orientale se classe à nouveau en troisième position
:
L’Asie orientale possède 15 % du stock mondial contre 25 % pour les Etats-Unis et 49 % pour l'Union européenne.
Le Japon représente à lui seul les 2/3 du total ce qui correspond à 10 % du total mondial :
- le montant total des IDE japonais émis est quatre à cinq fois supérieur à celui des IDE reçus selon les années.
- le Japon compte avec de grandes FMN:
- quatre des 15 plus grandes du monde: Toyota, Mitsubishi corporation, Mitsui, NTT
- des firmes automobiles : Honda, Mazda, Nissan
- des firmes
High tech
: Hitachi, NEC, Sony
Derrière ces firmes japonaises, les IDE émis par les firmes de quelques petits pays....:
- Corée du Sud : Samsung, LG electronics, Hyundai
- Taiwan : ACER, Chinese Petroleum, Tatung, Evergreen, Quanta, Hon Hai Precision
- Hong Kong : V-Tech, Hutchinson, Tommy Hilfiger, Esprit
- Singapour : Flextronics, Keppel, Caltex, Fraser and Neave
.... placent ces derniers au même niveau que les grandes économies émergentes en terme d'IDE:
- Chine : Haier, Lenovo, TLC, Brillance, SAIC
- Inde : Tata, Hinduja, Infosys Technologies, Wipro
2/ Les investissements de portefeuille fournissent capitaux et devises mais font peser le risque d'une crise
comparable à celle de 1997.
Les marchés financiers se sont développés très rapidement dans les années 1980 et 1990 :
- les flux d'investissements de portefeuille ont littéralement explosé avec le décollage économique de la zone et avec la
déréglementation des activités de change d'investissement.
- par les volumes de transactions, l'Asie-Pacifique se classe de loin au premier rang mondial avec 2,08 milliard de
titres échangés en 2001
Cependant, seule la Bourse de Tokyo apparaît dans le palmarès des toutes premières places financières
mondiales
:
Historique :
- depuis 1985, la Bourse de Tokyo est entièrement ouverte aux opérateurs étrangers
- depuis 1986, les investisseurs institutionnels nippons sont autorisés à y acquérir des titres étrangers
- elle dépasse quelque temps Wall Street, en 1987-1988, du temps de la bulle Heisei
- puis elle connaît une récession prolongée dans les années 1990
- mais elle s'est nettement redressée depuis le début des années 2000.
Si l'indice Nikkei est une référence internationale, l'internationalisation de la principale Bourse japonaise est encore
limitée:
- elle finance essentiellement l'économie nationale
- son rôle régional reste à développer
- il est difficile de parler d'une véritable zone yen pour la région est-asiatique
Les autres bourses font figure de marchés financiers émergents (MFE):
- selon le FMI, les investissements de portefeuille vers ces marchés ont considérablement augmenté dans les
années 1992-1997
- puis les investissements se sont effondrés dans les années 1997-1998
- pour repartir de manière encore plus soutenue
- les marchés financiers émergents d'Asie sont aujourd'hui les plus dynamiques dans le monde en
développement
Les conséquences de la crise financière asiatique n'ont ainsi pas été durables du fait des potentialités offertes par les
économies émergentes est-asiatique et des politiques d'assainissement financier menés dans la zone mais le risque de
crise systémique demeure du fait des incertitudes chinoises
Les premières bourses asiatiques hors Japon sont pas ordre d'importance : Hong Kong ; Taipei ; Séoul ; Singapour.
Ces quatre marchés financiers sont devenus des centres important de la finance mondiale. Leur rayonnement reste
toutefois surtout régional, avec les importants capitaux des chinois de la diaspora
Les Bourses connaissant la plus forte croissance depuis le milieu des années 1990 sont celles de Shanghai et
Shenzhen.
Le mouvement des investissements financiers ou “ de portefeuille ” a littéralement explosé en Inde
:
- 4 millions de dollars avaient été placés dans les bourses indiennes en 1992 contre plus de 2 milliards en 2002
- comme pour les IDE, il y a une croissance rapide dans la période 1992-1997
- mais l'effondrement est à la fois plus précoce et plus marqué que celui des IDE du fait de la volatilité des capitaux
financiers
- 1998-1999 sont ainsi les années de la “ fuite des capitaux ”
- une reprise se fait nettement sentir en 2000
3/ Certains pays d'Asie de l'Est ont développé une puissance bancaire hors du commun
.
Ce phénomène s'explique par:
- l'important dynamisme du commerce extérieur
- le niveau élevé de l'épargne dans la plupart de ces pays
- les structures bancaires fortement concentrées dans le cadre de grands conglomérats
Les banques japonaises, malgré d'importantes remises en cause dans les années 1990, continuent de figurer dans les
premières places mondiales et de faire du Japon une “ superpuissance ” financière rivalisant avec les grands noms de
la finance américaine:
- Banque Dai-Ichi
- Banque Sumimoto
- Banque Fuji
- Banque Mitsubishi
Par ailleurs, Singapour et Hong Kong
se sont faits une spécialité des services financiers et du financement de
l'économie mondiale
- à Hong Kong, les autorités publiques ont totalement déréglementé les activités bancaires en 2001, renforçant
l'influence régionale de groupes internationaux : HSBC, East Asia, Citybank, First Pacific
- à Singapour, c'est surtout le marché des changes qui fait l'importance de la place financière: elle abrite depuis
la fin des années 1960 le marché de l'Asian Dollar
4/ Les flux d'aide au développement témoignent des inégalités de l'Asie
.
Le Japon, membre du comité d'aide au développement (CAD), est le premier contributeur à l'aide
internationale
.
- il a fourni 9,22 milliards de dollars en 2002 sur 57 milliards de dollars versés par le CAD (deuxième contributeur
derrière les États-Unis,12,9 milliards de dollars)
- parmi les autres contributeurs, on peut citer:
- Taiwan (4,4 milliards de dollars)
- Hong Kong (3,9 milliards de dollars)
- la Chine (donatrice nette depuis 2001 : 3,1 milliard de dollars d'aide en 2003)
- le sultanat de Brunei (120 millions de dollars)
Les autres États sont récipiendaires d'aide publique au développement
:
- on les trouve majoritairement en Asie du Sud et du Sud-Est
- ils illustrent l'importante fracture qui existe sur le continent en termes de développement économique et humain
Conclusion :
L'économie régionale asiatique joue un rôle de plus en plus affirmé sur les marchés mondiaux, et forme avec le Japon
une nouvelle aire de puissance qui oblige à redéfinir les frontières de la “ Triade ” : le Japon n'est plus le seul élément
asiatique du club des grandes puissances économiques, il faut lui ajouter les éléments coréens et surtout chinois dans
son acception large.
D'un autre côté, la région asiatique présente également des États à peine émergents (Inde, Vietnam) ou nettement
marginalisés (Pakistan, Bangladesh, PMA indochinois) dans le processus de globalisation économique et financière. À
cet égard, la diversité l'emporte sur l'unité.
III/ L'ASIE, CHANCE OU DEFI ?
De même que Jean-Jacques Servan-Schreiber mettait en avant dans les années 1960 un "défi américain" lancé à
l'Europe, il est possible de mettre en avant dans les années 2000 un "défi asiatique", ou plutôt une série de défis.
Ces défis ne sont-ils pas en même temps une chance pour ceux qui doivent les relever, les poussant à être plus réactifs,
plus compétitifs, plus ouverts ?
1/ Par leurs succès, les pays asiatiques sont en position de défier le monde
.
Les succès des pays asiatiques, indiscutables, ont pu surprendre
.
Le continent asiatique a toujours été le terrain de jeu des impérialismes européens, un espace ouvert au grand
commerce organisé au service des puissances occidentales. Après la Seconde Guerre mondiale et avec la
décolonisation asiatique, on n'a guère cru aux chances de succès des pays d'Asie.
L'image prévalente est alors celle d'une Asie immobile, paralysée par:
- l'immensité de ses populations
- son profond respect des traditions
- son clientélisme et sa corruption
- son capitalisme corseté dans des liens quasi féodaux.
Après 1945, on insiste sur les handicaps de l'Asie, hérités d'un lointain passé de misère et d'un passé récent de guerres
et de déchirements :
- ainsi, la Corée a un PIB/habitant égal à la moitié de celui du Ghana en 1960.
- de même, dans la décennie 1960, les pays asiatiques ont choisi de devenir de simples "ateliers" pour des
donneurs d'ordres étrangers, fabricant de la camelote.
- dans les années 1960, le prix Nobel d'économie Gunnar Myrdal explique que l'Asie ne se développera jamais.
Pourtant, en plusieurs vagues, l'Asie connaît un décollage économique, dont le signal est donné par la Haute
Croissance japonaise puis le “ boom coréen ” et enfin la crise de 1973-1975.
Le Japon est l'épicentre
de ce développement et les pays périphériques entrent dans le processus à mesure que les
vagues de l'investissement japonais les touchent par effet de capillarité :
- d'abord les “ petits Dragons ” à partir du milieu des années 1960
- puis les “ bébés Tigres ” à partir de la fin des années 1970 et du début des années 1980 : Malaisie, Philippines,
Indonésie, Thaïlande
- et enfin les pays communistes en transition à partir du milieu des années 1980 : Chine , Vietnam
- la quatrième vague attendue est celle des PMA indochinois et de l'Asie méridionale tirée par l'Inde.
L'Asie développe ainsi une compétitivité remarquable
:
- elle repose d'abord sur les prix, du fait:
- des faibles coûts de la main d'oeuvre due à son abondance
- de la faiblesse de la législation sociale
- de la faiblesse de la législation fiscale
- elle repose progressivement davantage sur les produits, à mesure que s'effectuait la remontée des filières
qui
permet de maîtriser la fabrication de produits à contenu technologique de plus en plus important
- par cette double compétitivité, les produits
Made in Asia
:
- s'imposent sur les marchés extérieurs
- nourrissent d'importants excédents commerciaux permettant d'assumer la dépendance énergétique et
souvent alimentaire
- gonflent les réserves en devises et consolident les capacités de financement
De cette poussée économique et commerciale résulte un progrès matériel constant :
- l'élévation du PIB par habitant est remarquable depuis les années 1960
- les populations accèdent à de nouvelles consommations qui symbolisent une certaine aisance matérielle et
définissent une classe moyenne
- les infrastructures et équipements sont modernisées par des pouvoirs publics bâtisseurs
- les métropoles se hérissent de tours et d'un
skyline
qui symbolisent le dynamisme du capitalisme asiatique
L'Asie a joué sur un certain nombre d'atouts qui expliquent ces succès : ses atouts sont à la fois endogènes et
exogènes
Ils sont d'abord endogènes
:
- une civilisation ancienne
- un fort sentiment identitaire
- un nationalisme actif
- tout cela peut être encouragé par les religions et philosophes qui enseignent le respect des hiérarchies, le sens
du collectif et la discipline
- le modèle japonais a été décisif. Le désir d'apprendre de l'Occident est au coeur de ce modèle, tout en gardant
une forte identité culturelle: le Japon se situe bien "entre tradition et modernité".
Les atouts sont également exogènes :
- après 1945, l'aide américaine tant financière que militaire et technique est décisive, dans le contexte de
reconstruction puis de lutte contre l'extension du communisme.
- la guerre froide est porteuse de malheurs (de la Corée au Vietnam) mais contribue à maintenir l'Asie
orientale au coeur des préoccupations géostratégiques américaines:
- les régimes du Guomindang à Taiwan
- régime du général Park en Corée du Sud
- régime de Lee Kwan-Yew à Singapour
- dictateur Diem au sud Viêt-Nam
Le choix de l'ouverture
a partout été décisif :
- choix du Japon dans les années 1950
- choix des autres pays à partir des années 1960
- Taiwan et la Corée du Sud freinent et sélectionnent les importations puis font la promotion des exportations
qui passent au coeur des stratégies nationales.
Le défi asiatique est en définitive le défi d'un modèle de développement
:
Les grandes entreprises
constituent les “ fers de lance ” du capitalisme asiatique : elles sont le premier pilier du
modèle :
- elles sont souvent l'expression d'un capitalisme familial ancien :
Zaïbatsu/Keiretsu ou Chaebols
coréens…
- au Japon, les entrepreneurs sont étroitement associés aux décisions de l'État dans le cadre d'une économie dite
"concertée".
- 4 grandes fédérations patronales représentent les intérêts des entreprises (
zaikai
)
- des représentants du patronat siègent dans des comités consultatifs organisés par le MITI (
shingikai
)
- ils siègent aussi dans des associations professionnelles par secteurs (
gyokai
)
- ainsi, "le gouvernement est le capitaine, et le
zaika
i la boussole" (Ikeda, premier ministre dans les
années 1960)
- au Japon, à partir des années 1950, les grands groupes se reconstituent, répondant à deux grands types:
- les
kereitsu
financiers illustrant la concentration horizontale, avec des grands groupes qui se
réunissent autour d'une banque et d'une société de commercec extérieur (
sogo shosha
)
- les
kereitsu
de production ont au contraire une organisation verticale, constitués des relations de
sous-traitance entre une entreprise individuelle qui donne les ordres et une multitude de firmes sous-
traitantes qui jouent le rôle de fournisseurs
(Sony, Toyota, Matsushita, …)
- la grande firme asiatique obéit globalement à un modèle d'organisation très efficace présenté par Masashiko
Aoki (d'où son nom de modèle Aoki), reposant sur une double coordination:
- à l'intérieur des unités de production, entre employés polyvalents responsables de la production et de
l'organisation
- entre les unités de production, reliées par une circulation efficace de l'information
Au coeur du modèle asiatique de développement, on trouve l'État, deuxième pilier. Non pas “ l'État mou ” (G.
Myrdal), incapable de mobiliser les forces économiques et sociales vers un objectif supérieur, mais un État acteur
central du développement.
La population
est
le troisième pilier du modèle, à la fois comme force de travail et marché de consommation.
L'importance de l'épargne populaire s'explique par les limites des politiques sociales : épargner pour l'achat du
logement principal, le financement des études des enfants et le paiement de la retraite des soins.
Pourtant, les limites sont apparues avec la crise des années 1997-1998
.
La crise asiatique a remis en question les succès de l'Asie orientale. Née des déboires du baht thaïlandais et de la
défiance des milieux financiers vis-à-vis des monnaies est-asiatique, la crise se répand par le biais du canal financier et
commercial dans toute la région.
Les limites du développement dans la région sont dès lors révélées :
- la forte spéculation sur les marchés financiers émergents
- la dépendance à l'égard des capitaux étrangers
- les faiblesses du système bancaire
- le choix d'une croissance extensive, “ par transpiration ” (P. Krugman)
Les conséquences
de cette crise sont profondes :
- économiques, elles touchent :
- les grands conglomérats qui étaient les moteurs de la croissance (faillite de Daewoo en Corée du Sud)
- les banques multinationales (Yammaïchi Securities au Japon)
- les marchés financiers de la zone (bourse de Singapour, Hong-Kong)
- sociales, avec notamment :
- des flambées de violences interethniques (émeutes anti-chinoises en Indonésie)
- des révoltes populaires (renversement de Suharto en Indonésie) dont
- morale, avec un repli nationaliste et une division entre peuples.
2/ Le "défi asiatique", source potentielle de remises en cause, semble pourtant profitable à tous
.
Pour le Tiers-monde : le défi asiatique est-il la solution au problème du développement ou contribue-t-il à
leur aggravation ?
Nombre de critiques
ont longtemps été faites aux NPIA, ces critiques tendent à mettre en avant les dangers du modèle
asiatique, porteur de déséquilibres:
- une dépendance aggravée:
- vis-à-vis de certains produits étrangers (matières premières, énergie, denrées alimentaires)
- vis-à-vis des technologies et capitaux venant de l'extérieur
- vis-à-vis du marché mondial (notamment états-unien)
- l'exploitation par les FMN du Nord qui contraint les États au “ moins-disant ” social et environnementale, qui
cantonne souvent les entreprises asiatiques à n'être que des exécutrices, qui peuvent jouer contre les intérêts
nationaux (délocalisations).
- la spécialisation sur les filières moins valorisantes et la concurrence entre ces pays qui rend difficile
l'émergence de nouveaux membres du “ club ”.
En réalité, le capitalisme asiatique a fait la preuve de sa vitalité
et de sa capacité d'adaptation :
- par la capacité à faire servir les FMN à leur développement et à créer leurs propres grandes entreprises
- par le processus de remontée des filières qui les mène à rivaliser pour les hautes technologies
- par le phénomène de relais du développement qui se transmet à travers toute l'Asie par le biais des IDE
Le capitalisme asiatique fait donc figure d'exemple que certains pays sont tentés de suivre :
- c'est notamment la stratégie d'ouverture qui est copiée avec l'ouverture de zones franches
- mais aussi les prérogatives d'un État "développementariste"capable de donner les grandes orientations
économiques tout en assurant la stabilité sociale.
Or, on peut se demander s'il est possible de copier un tel modèle dans des pays:
- minés par les conflits ethniques et religieux
- dont les populations sont affaiblies par l'encadrement sanitaire et éducatif médiocre voire faible
- dont les États sont pauvres et corrompus
- dont l'ouverture maritime est inexistante, réduite ou située sur des espaces qui font figure d'"angles morts" de
l'espace mondial
Pour les pays développés : un nouveau partenaire ou un nouveau concurrent
?
- les spécialistes n'ont pas vu venir les NPIA dans le sillage du Japon car leur retard paraissait insurmontable du fait de
la pression démographique et d'un État incapable de soumettre les volontés individuelles.
- de même, il faut se garder aujourd'hui des exagérations et emballements sur le triomphe d'une forme supérieure et
régénérée de capitalisme venant d'Asie.
- un autre enjeu pour les pays avancés est de résister à la nouvelle concurrence asiatique, mais il faut relativiser car
selon la banque Morgan Stanley, les consommateurs américains ont économisé au total environ 100 milliards de
dollars en achetant des produits chinois depuis le lancement des réformes en 1978, cette concurrence des pays
asiatiques n'est-elle pas dès lors positive ?
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