L'ethnicité au prisme de l'intersectionnalité - Programme

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L'ethnicité au prisme de l'intersectionnalité - Programme

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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Repenser la différenciation sociale
au sein du paradigme
des relations ethniques
Colloque du séminaire des Relations ethniques
et postcolonialité SOL6915
Responsable : Prof. Sirma Bilge
(Département de sociologie, Université de Montréal)
Mardi le 9 décembre 2008
Centre d’études ethniques des universités montréalaises (CEETUM)
3744, rue Jean-Brillant, 5ème étage – Salle 550-05
PROGRAMME
9h00
Allocution de bienvenue et présentation de la thématique du colloque (Sırma Bilge)
9h15
Session 1 : Les régimes de sexe racialisés
Une simple question de sexe dans les médias ?
Regards critiques sur les enjeux croisés
des discours de l’hypersexualisation au Québec
Élisabeth MERCIER
Tourisme sexuel et traite des femmes et des enfants à des fins de prostitution
en Asie du Sud-Est : le cas vietnamien
Myriam ARIEY-JOUGLARD
Culture Hip-hop : de la masculinité et de l’appropriation des messages véhiculés aux
jeunes adolescents noirs
Joanna MANSOUR
10h30 Pause
10h45 Session 2 : Femmes minoritaires et nationalismes : représentations
et résistances
Femmes zapatistes : l’émergence d’un féminisme autochtone et leur lutte contre la
violence de genre
Minea VALLE-FAJER
Enjeux de reconnaissance : de la politique indigéniste mexicaine au discours sur le
« multiculturalisme »
Anahi MORALES HUDON
Les représentations de la femme musulmane dans les médias lors de la polémique sur les
« tribunaux islamiques » au Canada
Véronique LAUZON
12h00 Pause-midi: une collation sera servie sur place
13h00 Session 3 : Minorités et État postcolonial I
La réinvention de l’identité noire au Mexique : origines d’un nouveau mouvement social
Alejandra Sofia PEREZ MOLINA
La « race cosmique » mexicaine : gérer la vie, construire la nation
Mayra ROFFE GUTMAN
Implication du racisme d’État et du pouvoir oligarchique dans le conflit ethnique
guatémaltèque
Ismaël RAYMOND
14h30 Session 4 : Minorités et État postcolonial II
De la discrimination positive en Inde: des suites de la Commission Mandal au débat sur
l’extension au secteur privé
Alexandre SKERLJ
De la réappropriation du récit national par le genre : regards croisés des médias, des élites
et de la classe politique sur le
Mouvement des Indigènes de la République
Isabelle DUMONT
La figure de l’immigrant et l’enseignement de l’histoire au Québec
Julie GASCON
15h45 Pause
16h00 Session 5 : L’ethnicité au croisement d’autres rapports sociaux
La scolarité des enfants d’immigrés : le cas de la France
Nahila HAOUILI
La langue des signes québécoise menace-t-elle la nation? Le statut ambigu des Sourds et
de la LSQ dans le « nous » québécois
Émilie PELLETIER
Itinérance, relations ethniques et rapports de genre. À la croisée des rapports sociaux
producteurs d’inégalités
Jérémie OUZAN
17h15 Clôture : un vin d’honneur clôturera le colloque
RÉSUMÉS
Une simple question de sexe dans les médias ?
Regards critiques sur les enjeux croisés
des discours de l’hypersexualisation au Québec
Élisabeth MERCIER
Département de communication, Université de Montréal
elisabeth.mercier@umontreal.ca
Depuis quelques années déjà, au Québec comme ailleurs en Occident, l’hypersexualisation des
jeunes, et en particulier des jeunes filles, suscite débats et controverses et inspire différentes
formes de contrôle. Les effets des médias et de la société de consommation sont généralement
pointés du doigt comme responsables de la dégradation morale, notamment sexuelle, et de la
perte
de
valeurs
soi-disant
caractéristiques
des
ados
d’aujourd’hui.
Mais
si
l’ « hypersexualisation » existe, ne serait-ce que parce qu’elle est nommée, comment
comprendre ce que ce terme et l’ensemble des discours qui le portent disent et (re)produisent ?
J’avance que les discours de l’hypersexualisation articulent non seulement des enjeux d’âge et
de genre mais également de génération, d’ethnicité, de classe, etc., relevant et participant de
tensions sociales contemporaines dont la diversité et l’insécurité. Afin de mettre en lumière ces
enjeux croisés, je propose une analyse des discours de l’hypersexualisation des adolescent(e)s,
comme de la catégorie « adolescent » elle-même. Pour ce faire, j’aurai recours à différents textes
où se retrouvent les discours de l’hypersexualisation, ses experts et ses institutions, ayant eu un
écho notable au sein des médias et de la population au Québec. Aussi, je soulignerai la
résonance particulière qu’ont ces discours dans leur conjoncture québécoise. En outre, je
questionnerai les tensions au sein des discours qui font l’hypersexualisation : qui parle au nom de
qui, comment sont construites les catégories et les identités et quels sont les enjeux qui
traversent ces constructions discursives ?
Tourisme sexuel et traite des femmes et des enfants à des fins de prostitution
en Asie du Sud-Est : le cas vietnamien
Myriam ARIEY-JOUGLARD
Études internationales et études féministes, Université Laval
myriam.ariey-jouglard.1@ulaval.ca
Ce travail situe le tourisme sexuel au Vietnam dans le phénomène plus large de la traite des
femmes et des enfants à des fins de prostitution en Asie du Sud-Est. L’hypothèse de départ est la
suivante: le tourisme sexuel est devenu, depuis les années 1970, un moteur essentiel de la traite
et du trafic à des fins de prostitution. L’étude du rôle des conflits armés, des représentations
stéréotypées des femmes, des désirs d’exotisme des touristes, de la pauvreté (et des migrations
qu’elle engendre), expliquera ce tourisme sexuel en pleine expansion. Divers facteurs politiques
et législatifs seront examinés pour comprendre, non seulement le développement d’un tourisme
sexuel très rentable, mais également les liens de cette véritable industrie avec la traite.
À travers une analyse intersectionnelle, cette étude dégagera les rapports de pouvoir entre pays
développés et pays en voie de développement, entre hommes et femmes et surtout les
dynamiques des rapports sexuels racialisés à travers les frontières nationales. Elle interrogera
comment, sur fond d’inégalités économiques, de genre et de race, le tourisme sexuel épouse
parfaitement l’esprit du capitalisme, de la société de consommation et du loisir où tout devient un
produit et s’achète, même le corps des « autres ».
Culture Hip-hop : de la masculinité et de l’appropriation des messages véhiculés aux
jeunes adolescents noirs
Joanna MANSOUR
Département de sociologie, Université de Montréal
joanna.mansour@umontreal.ca
Aujourd’hui musique populaire, le Hip-hop est avant tout un mouvement de revendication face au
pouvoir de domination présent dans les sociétés. En prenant le cas des États-Unis, cette
présentation a pour but de mettre en lumière l’influence de l’héritage historique africain-américain
sur le discours Hip-hop, en posant un regard critique sur les relations racialisées et les
constructions du genre masculin dans le Rap. Il en ressort des caractéristiques récurrentes
valorisées dans le Rap: l’autonomie, l’invulnérabilité, la robustesse, les prouesses sexuelles et la
compétition pouvant être associées à celles du concept de la « masculinité hégémonique ». En
considérant la présence de la culture Hip-hop comme ressource disponible dans la construction
du « Soi », nous tentons de comprendre quels messages véhiculés par le Rap sont retenus par
les jeunes dans la construction de leur identité au point tournant de l’adolescence. Nous
proposons que les messages retenus par les jeunes sont multiples et individuels. De plus, ils ne
peuvent être considérés qu’à partir d’un contexte spécifique et ponctuel. L’analyse de quatre
études empiriques, réalisées avec des groupes cible d’adolescents, montre que les jeunes
s’approprient les mêmes messages différemment, qu’ils soient en groupe ou seuls. Nous
suggérons que les réseaux d’amis, la famille et les centres communautaires représentent des
sphères sociales où ces messages peuvent changer de sens pour le jeune. Finalement, nous
avançons que le Rap peut servir de pont entre les certitudes du passé et les responsabilités du
présent pour le jeune adolescent, de façon à jouer un rôle non-prescrit dans sa construction.
Femmes zapatistes : l’émergence d’un féminisme autochtone et leur lutte contre la
violence de genre
Minea VALLE-FAJER
Département de Sociologie, Université de Montréal
minea.valle.fajer@umontreal.ca
L’objectif de cette présentation est d’analyser les conditions d’émergence d’un féminisme
autochtone et de le comparer au féminisme hégémonique sur la question de la violence faite aux
femmes. Nous utiliserons la théorie bidimensionnelle de Nancy Fraser à l’égard de la justice
sociale selon laquelle les demandes des groupes sociaux récents se basent sur la
reconnaissance sociale des différences culturelles, d’une part, et sur une meilleure distribution de
la richesse, de l’autre. Dans ce sens, lors de l’insurrection zapatiste au sud du Mexique en 1994,
leurs demandes abordent l’oppression des autochtones qui est liée aux injustices économiques
ainsi qu’aux injustices culturelles. À travers d’une analyse de discours, nous verrons que les
femmes autochtones, historiquement exclues de la vie publique et politique du pays,
commencent à faire connaître leurs demandes en les inscrivant dans le discours
d’autodétermination et d’autonomie des peuples autochtones. Au-delà de leurs demandes de
justice sociale qui coïncident avec celles du mouvement zapatiste, elles dénoncent le non respect
des droits en tant que femmes. Ainsi, on constate l’émergence d’un féminisme autochtone qui
met en évidence l’articulation de trois axes d’oppression : l’appartenance ethnique, le genre et la
classe sociale. Qui plus est, les femmes zapatistes soulèvent la question de la violence qu’elles
subissent en déplorant que les revendications des femmes métisses ne prennent pas en compte
leur réalité spécifique. Pour arriver à établir des points de concordance entre les femmes
autochtones et les féministes métisses, ces dernières doivent être plus sensibles aux enjeux liés
au racisme et à la pauvreté. En somme, la violence faite aux femmes demeure une
problématique fortement reliée au contexte et à la réalité spécifique des femmes autochtones qui
diffère de celle des femmes métisses.
Enjeux de reconnaissance : de la politique indigéniste mexicaine au discours sur le
« multiculturalisme »
Anahi MORALES HUDON
Département de Sociologie, Université McGill
anahi.moraleshudon@mail.mcgill.ca
Le contexte de mobilisation et de contestation du mouvement indigène des années 1990 oblige
l’État mexicain à opérer une transformation au niveau de sa politique indigéniste. L’État
abandonne cette politique, reposant sur l’idéal du métissage comme symbole de l’identité
nationale, pour faire place à un nouveau discours sur la diversité pluriethnique de la nation
mexicaine. L’objectif de cette présentation est d’examiner si les changements législatifs opérés
dans ce virage multiculturel se traduisent en changements effectifs sur les plans de la
reconnaissance et de la redistribution. Afin de mieux analyser les limites et implications des
réformes constitutionnelles des années 1990, nous basons notre analyse sur les enjeux et débats
entourant les
Accords de San Andrés,
issus de la négociation entre le mouvement indigène et le
gouvernement suite au soulèvement armé du mouvement zapatiste. Dans une perspective
intersectionnelle, nous cherchons à y dégager l’articulation du genre et de l’ethnicité. D’une part,
nous examinons comment l’État, par le recours au multiculturalisme, opère des réformes sur le
plan de la reconnaissance. D’autre part, nous analysons l’impact du recours aux droits des
femmes indigènes dans la négociation de la reconnaissance d’autonomie aux peuples indigènes.
Ceci permettra de constater les limites du nouveau discours sur la nation mexicaine
pluriethnique, ainsi que la reconduction inhérente d’une conception statique de la culture,
notamment par l’exclusion de la contribution des femmes autochtones sur le besoin de repenser
les us et coutumes.
Les représentations de la femme musulmane dans les médias lors de la polémique sur les
« tribunaux islamiques » au Canada
Véronique LAUZON
Département de sociologie, Université de Montréal
veronique.lauzon@umontreal.ca
Dans les médias occidentaux, l’islam est souvent représenté comme une religion incompatible
avec les droits des femmes et la femme musulmane personnifie la femme soumise à l’homme,
aux coutumes tribales ainsi qu’aux lois intransigeantes de l’islam. Qu’en est-il dans le récent
débat sur les « tribunaux islamiques » au Canada? Quelles ont été les représentations de la
femme musulmane dans les médias?
Est-ce que cette polémique a insisté sur le stéréotype que
l’islam et les droits des femmes sont antagoniques?
Pour répondre à ces questions, cette présentation se propose d’analyser la couverture
médiatique de ce débat à travers quatre journaux (
The Globe and Mail
,
The
National Post
,
Le
Devoir
et
La Presse
). Je vais d’abord analyser les différentes positions de ces journaux et faire
une recension des réactions et des arguments favorables et défavorables à l’endroit des
« tribunaux islamiques ». À partir de cette recension, j’explorerai l’image de la femme musulmane
véhiculée au sein de ce débat. Ensuite, en observant que ce débat a placé sous les projecteurs
des femmes musulmanes qui se sont mobilisées contre l’implantation de ces tribunaux en faisant
appel au principe d’égalité entre les sexes, j’analyserai particulièrement le discours de ces
femmes. D’une part, nous verrons de quelle façon elles ont utilisé leur ethnicité et, d’autre part, si
ces femmes ont participé aux stéréotypes sur l’islam et les droits des femmes. Mon idée est que
la majorité n’est peut-être pas la seule productrice de ces stéréotypes.
La réinvention de l’identité noire au Mexique : origines d’un nouveau mouvement social
Alejandra Sofia PEREZ MOLINA
Études internationales, Université de Montréal
as.perez.molina@umontreal.ca
Plus de 500 ans après la colonisation espagnole aux Amériques, la plupart des Mexicains
ignorent l’existence de groupes afromexicains dans leur pays et l’héritage légué par leur
descendance. Cette communication analysera la création, disparition et recréation de l’identité
des Mexicains noirs en les rattachant aux processus sociohistoriques et politiques depuis la
période coloniale.
Au Mexique, les rapports de pouvoir de la période coloniale se sont établis principalement sur la
base d’une catégorisation raciale reposant sur une domination de classe, qui visait à préserver
une séparation entre les Autochtones, les Espagnols, et les esclaves noirs. Après
l’Indépendance, la création de l’identité « mestizo » (métisse) fut un élément essentiel d’un projet
de nation qui visait l’union de la patrie et l’oubli d’un colonisateur oppressif. La célébration du
métissage espagnol et autochtone effaçait ainsi l’ethnicité des communautés noires mexicaines.
Depuis peu, plusieurs acteurs dénoncent la marginalisation historique, politique, économique et
sociale dont la communauté afromexicaine est victime depuis la période coloniale. Cependant
cette réinvention de l’identité afromexicaine se fait en l’essentialisant et en l’isolant du reste du
pays, tout en perpétuant des stéréotypes coloniaux et des visions stéréotypées liées à l’Afrique.
Nous utiliserons les théories postcoloniales de Stuart Hall et de Paul Gilroy pour problématiser
les principales thèses du discours actuel de l’identité afromexicaine. Plusieurs tensions se
présentent en dehors et en dedans de ce mouvement social qui essaye de façon téméraire de
revendiquer certains droits et de se faire reconnaître comme la troisième racine de l’identité
mexicaine.
La « race cosmique » mexicaine : gérer la vie, construire la nation
Mayra ROFFE GUTMAN
Études internationales, Université de Montréal
mayra.roffe.gutman@umontreal.ca
La race cosmique, terme forgé par l'intellectuel mexicain José Vasconcelos présentait le
métissage comme la voie idéale pour la configuration d'
un
peuple mexicain; homogène,
patriotique et qui, grâce à la sélection naturelle, serait supérieur à ses trois composants
ethniques d’origine : blanc, indien et noir. Les idées de Vasconcelos, ainsi que celles de
l'indigéniste José Gamio et de plusieurs membres de l'Association Eugéniste Mexicaine, voyaient
l'homogénéisation de la population comme la condition essentielle pour amener le
progrès
au
pays. Ces intellectuels occupèrent des postes stratégiques dans les institutions étatiques du pays
et exercèrent une influence considérable sur les élites politiques.
À l'aide du concept du biopouvoir, forgé par Michel Foucault (et qui sert à designer le pouvoir
souverain d'administrer la vie dans une société, non pas des individus, mais de la population,
comprise comme une sorte de corps-social mesurable et perfectible), cette étude jette un regard
critique sur la configuration de l'identité nationale mexicaine comme métisse, à partir de l'analyse
d'un échantillon des discours intellectuels, scientifiques et étatiques qui la modelèrent pendant la
première moitié du XXème siècle. De quelle façon les propos « metissophiles » et eugénistes ont
refaçonné l'État mexicain postrévolutionnaire (1920-1950)? Comment cette perspective a conçu
la diversité culturelle du Mexique? Et surtout, de quelle manière ces discours se cristallisèrent
dans un ensemble de pratiques biopolitiques mises en place par l'appareil étatique mexicain?
Implication du racisme d’État et du pouvoir oligarchique dans le conflit ethnique
guatémaltèque
Ismaël RAYMOND
Études internationales, Université de Montréal
ismael.raymond@umontreal.ca
Au Guatemala, la structure de domination étatique repose depuis le XIXe siècle sur trois
principales formes de discrimination : biologique, constituée par la construction de
caractéristiques raciales attribuées à l’indigène par opposition à celles du ladino; économique,
fondée sur la propriété de la terre et l’exploitation de la force de travail indigène; et politique,
déterminée par le maintien au pouvoir de l’élite oligarchique et l’exclusion de la population
indigène. L’analyse du caractère colonial du pouvoir étatique et de l’imaginaire national raciste et
eugénique, effectuée à travers l’identification d’éléments historiques et sociopolitiques, permet
d’abord de comprendre les origines du conflit ethnique guatémaltèque ainsi que le rôle que l’État
et les militaires y ont joué. Première victime de la consolidation de l’autoritarisme dans les
années 50, le peuple maya sera instrumentalisé par la guérilla marxiste qui cherche l’appui des
communautés afin de consolider sa lutte, mais surtout par l’État qui établira sa stratégie de
terreur dans les régions rurales en créant des groupes de paramilitaires mandatés pour lutter
contre l’ennemi révolutionnaire. L’étude de rapports officiels faisant état des violations commises
contre les communautés indigènes durant le conflit confirme que cette organisation de la
répression a conduit au renforcement de la violence structurelle comme moyen de contrôle des
populations et a culminé par un génocide planifié, expression ultime du racisme d’État. La
persistance de ce dernier et la militarisation du pouvoir oligarchique répondent donc à des
intérêts de classe qui empêchent aujourd’hui l’effectivité d’une nation inclusive ainsi que
l’établissement d’un véritable État de droit.
De la discrimination positive en Inde: des suites de la Commission Mandal au débat sur
l’extension au secteur privé
Alexandre SKERLJ
Département de sociologie, Université de Montréal
alexandre.skerlj@umontreal.ca
La discrimination positive fondée sur la caste existe en Inde depuis la fin du 19e siècle.
Elle se
traduit par des quotas de « réservation » de places dans certaines institutions de l'État
(éducation, administration, assemblées législatives). Un des groupes visés par ces mesures, les
Other Backward Classes (OBC), ont des frontières juridiques floues, oscillantes entre classe et
caste, permettant l’instrumentalisation de l’origine de caste à des fins de politique partisane. C’est
aussi à un renforcement des positions idéologiques que concourt cette « lutte des castes »; c’est
le système des castes même qui se voit transformé et renforcé. Constituant le coeur
démographique (et électoral), les OBC ont depuis 1990 accès à des quotas de réservation dans
le secteur public fédéral. Ces mesures font suite à l'application de certaines recommandations
issues du rapport de la Commission Mandal. La classe politique s'est modifiée en profondeur, les
basses castes élisant depuis leurs propres représentants. Comment cette mutation de l'élite
politique s'est-elle produite sans grande opposition? Ce mouvement coïncide avec l'ouverture du
pays – ou de l'élite – au capitalisme global. Les hautes castes brahmanes qui gouvernaient
depuis l'indépendance seraient passées au secteur privé. Le débat s'ouvre depuis quelques
années sur l'extension des quotas à l'entreprise privée.
De la réappropriation du récit national par le genre : regards croisés des médias, des élites
et de la classe politique sur le
Mouvement des Indigènes de la République
Isabelle DUMONT
Études internationales, Université de Montréal
Isabelle.dumont.3@umontreal.ca
Né en 2005 à l’initiative de groupes communautaires, le
Mouvement des Indigènes de la
République
vise à reconnaître et combattre les discriminations structurelles subies par les
immigrants et leurs descendants en France. Objet de réactions majoritairement hostiles des élites
et du pouvoir français, nous proposons ici de mettre en lumière quels raisonnements nourrissent
ces réactions à l’encontre du MIR? Le point nodal de cette dichotomie entre récit national et
contre-récit réside au niveau de sa construction : le MIR s’appuie sur le
paradigme du
colonialisme
pour dénoncer le malaise social vécu par les immigrés et leurs descendants.
Cette présentation, qui se veut le fruit de recherches effectuées dans la mouvance du courant de
pensée des
études postcoloniales
, tend à démontrer que la plupart des médias, des élites et de
la classe politique, en France, portent un regard sceptique sur la nature des revendications du
mouvement identitaire. Par le truchement d’une analyse méthodique d’articles de presse, de
thèses de chercheurs et de documents gouvernementaux, compilés entre 2005 et 2006, se
dessinent les grandes lignes d’une ethnicisation du débat. La revendication de l’identité indigène
par le processus de retournement du stigmate, amène le MIR à ouvrir la plaie coloniale et à se
positionner dans le repli identitaire. Par extension, cette voie de révolte contre la domination
engendre un rapport de classe des élites qui souhaitent perpétuer une certaine idée de la
République.
La figure de l’immigrant et l’enseignement de l’histoire au Québec
Julie GASCON
Sociologie, Université du Québec à Montréal
gascon.julie.3@courrier.uqam.ca
L’enseignement de l’histoire participe étroitement à la construction de la mémoire historique et de
l’identité collective d’une société. De fait, le contenu des manuels d’histoire revêt un caractère
polémique puisqu’il doit concilier des visions souvent conflictuelles de l’histoire que l’on veut
raconter aux générations futures.
Dans le cadre de cette communication, nous allons donc premièrement nous pencher sur le rôle
fondamental de l’enseignement de l’histoire dans la construction de l’identité d’une société
donnée. Nous verrons la tension qui existe entre l’enseignement d’une histoire vouée au
renforcement de l’identité nationale et l’enseignement d’un récit plus universaliste. Pour illustrer
cette situation, nous nous intéresserons ensuite au débat entourant la réforme de l’enseignement
de l’histoire au secondaire qui a eu lieu au Québec en 2006, et où ces deux visions de
l’enseignement s’affrontaient.
Finalement, à la lumière de ces différentes considérations, nous analyserons comment les
immigrants (sans inclure les immigrants d’origine française ou britannique) sont représentés dans
deux manuels servant à l’enseignement de l’histoire du Québec au secondaire (pré-réforme et
post-réforme). Cet exercice vise à situer comment l’État québécois, à travers son programme
d’enseignement de l’histoire, nous présente l’apport des populations immigrantes dans l’histoire
du Québec. Nous tenterons également, grâce à cette analyse, de situer comment les
représentations des immigrants dans les manuels d’histoire s’inscrivent au sein de la tension
précédemment évoquée.
La scolarité des enfants d’immigrés : le cas de la France
Nahila HAOUILI
Département de sociologie, Université de Montréal
nf.haouili@umontreal.ca
Au début des années 1970, la scolarité des enfants étrangers a commencé à émerger comme un
problème de société. Au même moment, l’État français a mis en place plusieurs mesures de
soutien scolaire visant à améliorer l’intégration des enfants d’immigrés au système scolaire
français. Ces mesures avaient aussi pour but de faciliter une éventuelle réintégration des enfants
dans leur pays d’origine, dans l’idée d’un éventuel retour de la famille au pays d’origine.
Nous basant sur une revue de littérature critique, nous discuterons trois résultats saillants de
notre recherche sur la scolarité des enfants d’immigrés en France. Nous commencerons d’abord
par dresser un portrait de la situation scolaire des enfants d’immigrés en comparant des analyses
intégrant
ethnicité
et
classe sociale
et d’autres n’intégrant que l’
ethnicité
. Les résultats montrent
le caractère boiteux des analyses ne tenant compte que d’un axe de différenciation sociale, en
l’occurrence l’ethnicité. Ensuite, nous exposerons l’explication culturaliste avancée par les
auteurs pour justifier autant la réussite que l’échec scolaires des enfants d’immigrés. Enfin, nous
analyserons les mesures de soutien scolaire en faisant ressortir leur ambiguïté : à la fois une
volonté d’intégrer les enfants d’immigrés au système scolaire français et une volonté de les
outiller pour un éventuel retour dans leur pays d’origine.
La langue des signes québécoise menace-t-elle la nation? Le statut ambigu des Sourds et
de la LSQ dans le « nous » québécois
Émilie PELLETIER
Département de communication, Université de Montréal
emilie.pelletier.1@umontreal.ca
Dans une école montréalaise pour enfants sourds, des enseignants sont divisés à propos du
programme d’enseignement bilingue français – langue des signes québécoise. D’un côté, un
groupe se désignant comme « pro-français » considère que cet enseignement bilingue érode la
place de la langue française au Québec, encourageant les immigrants à envoyer leurs enfants à
l’école en anglais. De l’autre, les « pro-LSQ » soulignent les similitudes de l’oppression
linguistique des communautés sourde et francophone au Québec. Comment la communauté
sourde peut-elle être comparée à une communauté linguistique? Comment des enseignants
peuvent-ils rapprocher des enfants sourds, apprenant une langue signée convenant à leur
déficience auditive, à des enfants d’immigrants apprenant l’anglais au Québec? C’est que la LSQ
n’est pas qu’un moyen de pallier à un handicap et les Sourds sont bien plus que des handicapés
– d’aucuns diraient qu’ils n’en sont tout simplement pas. Dans cette communication qui se veut
une première exploration du statut complexe de la communauté sourde par rapport au
nationalisme québécois, j’étudierai à partir de l’ethnographie de la linguiste Nicola (2005) les
positionnements des principaux acteurs en cause dans ce débat : les enseignants, le nous
québécois et la communauté sourde. Après une présentation des savoirs biomédicaux et
sociolinguistiques qui cadrent la surdité, j’analyserai les positions manifestes et tacites dans les
discours des deux groupes d’enseignants. Je poserai ensuite mon regard sur les relations
complexes de domination dans lesquelles s’inscrivent les communautés francophone et sourde
du Québec pour terminer par une réflexion relative à leurs expériences (dé)territorialisées.
Itinérance, relations ethniques et rapports de genre. À la croisée des rapports sociaux
producteurs d’inégalités
Jérémie OUZAN
Département de sociologie, Université de Montréal
jeremie.ouzan@umontreal.ca
L’itinérance, considérée comme un idéaltype de l’exclusion sociale, a depuis longtemps été
posée comme « un problème social » majeur. Si la littérature scientifique peine à sortir du débat
qui met l’accent soit sur une victimisation des itinérants, soit sur une sorte d’attribution d’une
responsabilité morale face à l’exclusion, le phénomène de l’itinérance ne cesse de s’amplifier et
de se diversifier. Partant du constat que la population itinérante est de plus en plus pluriethnique
et féminisée, nous nous proposons d’adopter une perspective intersectionnelle pour comprendre
le rôle des relations ethniques et du genre dans un contexte de marginalité sociale. Ainsi nous
examinerons comment s’articulent les rapports de genre, les rapports ethniques et le rapport à
l’exclusion. Nous présenterons comment « à la marge de la société », les stéréotypes racistes et
sexistes se renforcent et vont influer sur les interactions entre itinérants pour conduire à des
rapports violents (physiques ou symboliques). Puis nous confronterons les rapports sociaux de
genre et les relations ethniques pour tenter de critiquer certaines visions essentialistes, en
particulier celles qui concernent les rapports qu’entretiennent les itinérants avec leurs familles et
leurs communautés d’origine. Cette étude a pour ambition, et non la moindre, de démontrer la
pertinence sociologique de prendre en compte les différents rapports sociaux inégalitaires dans
l’étude du phénomène d’itinérance. Bien que cette étude porte uniquement sur les rapports de
genre et de relations ethniques, elle pourra être étendue à d’autres rapports sociaux inégalitaires
notamment par rapport au capital scolaire. Pour cela, nous recommandons notamment une étude
qualitative approfondie pour confronter nos résultats.
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