L'éveil de la Chine Cours Fiche L'autre monde

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L'éveil de la Chine Cours Fiche L'autre monde

Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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L’Autre monde – Géopolitique de l’Asie méridionale et orientale
Claude Chancel, Eric-Charles Pielberg, Cédric Tellenne
Groupe de Carrère / Daviet / Janicot
CHAPITRE 4 : L’IRRUPTION CHINOISE. L’EVEIL DE LA CHINE
page 99
Passant de la fermeture à l’ouverture, la Chine n’entame une véritable croissance qu’au début des années 1970,
bouleversant la hiérarchie mondiale des nations. La victoire de Mao en 1949 redonne à la Chine sa dignité mais la
relative autarcie du pays et la rareté des aides de l’URSS révèlent les limites de l’utopie chinoise. Aussi nationaliste
que Mao mais plus pragmatique et plus réaliste, Deng Xiaoping amorce l’ouverture de la Chine au monde et
s’emploie à « mettre l’étranger au service du national ».
I/
DE L’ALIGNEMENT SUR L’URSS A LA RUPTURE
1/ La Chine adopte le modèle soviétique
La Chine sort exsangue de 38 années de conflits extérieurs et de guerres civiles, de troubles et de désorganisation.
Elle a besoin de l’aide soviétique et de sa protection, face et Etats-Unis et pour assurer son pouvoir. Pékin signe un
traité d’alliance avec Moscou en 1950 et s’aligne pour l’essentiel sur les choix staliniens. Mais l’originalité
chinoise persiste et se manifeste à la fin de la décennie.
Dans une première phase, le régime se montre relativement prudent,
comme pendant la guerre.
- prône l’alliance des
« 4 classes révolutionnaires » : paysans, ouvriers, petite bourgeoisie et bourgeoisie nationale.
- modernisation de la société (monogamie…)
- réforme agraire (1950) attribue la terre aux paysans
- Objectif : redresser l’économie effondrée et asseoir le pouvoir du nouveau régime.
Le durcissement intervient vite
- Dès 1951, la Parti prône l’efficacité productiviste.
- Campagne contre les « 3 anti » : corruption / gaspillage / bureaucratie.
- Campagne contre les « 5 anti » : fraude fiscale / pots de vin / vol des biens d’Etat / malhonnêteté dans les
contrats / vol des informations économiques
- Ces campagnes permettaient d’épurer l’administration et de traquer les ennemis de classe (5 millions de
morts), au moyen notamment de l’exécution et du laogai, où sont déportés des pourcentages de la population
prévus à l’avance, ville par ville. Mao Zedong a sinisé le marxisme de Lénine et de Staline !
- Premier plan quinquennal: 1953-1957
- Résultats spectaculaires :
- + 4% de production agricole par an
- plus de la moitié des enfants sont inscrits à l’école primaire (un quart au début du plan)
-l’espérance de vie passe de 36 ans en 1950 à 57 ans en 1957.
- Alignement sur l’URSS :
- priorité à l’industrie lourde
- bases sidérurgiques (« combinats ») pour mettre en valeur l’intérieur du pays
- repli sur soi
- collectivisation durcie dès 1955
- usines confisquées (même si les propriétaires y restent)
- La Chine accepte la création de sovroms (sociétés mixtes sino-soviétiques)
- Nombreux projets lancés avec le soutien de techniciens soviétiques
- L’URSS envoie 700 millions de dollars et 10 000 techniciens, et permet à la Chine de récupérer Port
Arthur (Dalian en chinois) et les intérêts russes en Mandchourie.
2/ La campagne des « Cent Fleurs » et le « Grand Bond en avant » illustrent l’originalité chinoise
En 1957, Mao lance la campagne des « Cent Fleurs » pour traquer les ennemis du régime : « Que cent fleurs
s’épanouissent et que cent écoles de pensée rivalisent ». Après un appel à la liberté, exprimé sur les affiches
(dazibao) et dans les tracts, le Parti dénonce le « herbes vénéneuses » qui mettent l’économie socialiste en danger,
et entreprend une épuration (plusieurs millions de Chinois concernés). Deng Xiaoping : « Nous avons allumé un
brasier pour consumer à la fois nos ennemis et notre propre faiblesse ».
En 1958, Mao lance le Grand Bond en avant :
- cela doit être le début de la « voie chinoise vers le socialisme », l’objectif étant de « maintenir le peuple
chinois dans ses villages, interdire l’exode vers les grandes villes, décourager la fécondité ». Il prétend
rattraper le Royaume-Uni
en développant les industries locales dans le cadre des communes populaires,
- mais il rencontre des échecs, car il a voulu brûlé les étapes du développement : mauvaise qualité de l’acier
des hauts-fourneaux…, saturation des transports, manque de main d’oeuvre agricole…
- il s’ensuit « 3 années noires » (1959-1961) dont le bilan est véritablement catastrophique :
- crise économique meurtrière
- inondations en 1960
- ruptures diplomatiques avec l’URSS
- déficit démographique : 30 à 50 millions de personnes
3/ La voie chinoise du socialisme emprunte deux chemins essentiels : la commune populaire et le grand
combinat industriel
- les communes populaires :
- précédées de la collectivisation de 1950 (élimination des grandes propriétés) à 1958.
- les communes populaires sont plus petites que les kolkhozes soviétiques (2 000 à 7 000 familles, sur 4 000
ha).
- paysans encadrés étroitement par le Parti ; bénéficient du logement, habillement, alimentation, médicament,
enterrement
- 2 innovations historiques pour la paysannerie : enseignement et amélioration du sort de la femme
- une planification
autoritaire, totale et centralisée, priorité à l’industrie lourde ; meilleur moyen, pour Mao,
d’interrompre le « développement du sous-développement ».
- en Mandchourie de tradition industrielle ferroviaire et portuaire, développée par l’étranger (Japon) se développent
les industries charbonnières, sidérurgiques et électriques, et les matériaux de construction.
A l’extérieur, la politique de la Chine se durcit.
Zhou Enlai participe à la conférence de Bandung (1955), où les deux grands (dont URSS) sont critiqués.
En 1958, la Chine s’affirme comme puissance :
-
rompt les relations commerciales avec le Japon
- critique la Yougoslavie de Tito
- annexe brutalement le Tibet (le dalaï-lama s’enfuit pour l’Inde), il s’ensuit une guerre en 1962.
Rupture progressive avec l’URSS :
- 1959 : l’URSS abroge l’accord de coopération nucléaire avec la Chine
- 1960 :
le drapeau rouge
critique l’URSS khrouchtchévienne (article « Vive le léninisme ! »)
- désaccord sur de nombreux points :
- Pékin conteste l’hégémonie de Moscou sur le communisme mondial
- Pékin critique le mode de développement soviétique
- Mao critique les « révisionnistes » (coexistence pacifique…)
- Mao dénonce la bureaucratie du PCUS, au service d’une nouvelle classe dirigeante
- anciennes rivalités nationales : la Chine accuse l’URSS de se conduire en « nouveaux tsars »,
et de
conserver les « Provinces maritimes ».
- l’URSS retire ses experts de Chine et ne livre plus de pièces de rechange.
-1969 : Chinois et Soviétiques s’affrontent militairement sur les rives de l’Oussouri.
Plusieurs succès de la Chine :
- reconnaissance de la République Populaire par la France en 1964
- première bombe atomique chinoise en 1967. La Chine devient ainsi la cinquième puissance nucléaire
mondiale.
II / PENDANT DIX ANS (1966-1976) SE DEROULE LA « GRANDE REVOLUTION CULTURELLE ET
PROLETARIENNE »
1/ Mao reprend la Chine en main
Après l’échec du Grand Bond en avant, Mao est écarté de la direction du Parti, au profit d’hommes plus réalistes
(Liu Shao Shi, le « Khrouchtchev chinois »)
Pour reprendre le pouvoir, Mao lance la « Révolution culturelle », campagne de critiques contre le Parti et ses
cadres coupables d’embourgeoisement. Il s’appuie sur la jeunesse (les Gardes rouges) et surtout l’armée, fait
arrêter ses adversaires et les bourgeois qui se raccrochent aux « quatre vieilleries » : coutumes / habitudes /
culture et façon de pensée
2/ La Chine sombre dans un état de désorganisation extrême
- anarchie dans certaines villes (luttes de différents groupes se réclamant de la « pensée Mao Zedong », en
particulier à Shanghai, avec la Bande des Quatre (dont Jiang Quing, l’épouse de Mao).
- de nombreux cadres du Parti sont épurés, dont Deng Xiaoping. Gardes rouges (dissous en 1968) et étudiants sont
envoyés travailler aux rizières, Lin Biao disparaît de façon obscure, le Petit Livre rouge est retiré de la vente en
1970.
- pour certains auteurs, la Révolution culturelle est « une fuite en avant dans l’utopie radicale », pour d’autres, c’est
« une lutte pour le pouvoir au sommet entre une poignée d’individus ». En 1960, la Charte d’Anshan affirmait
que
« la politique commande l’économie, la révolution commande la production », ce qui explique les difficultés
économiques de la Chine.
3/ Le bilan humain de la décennie 1966-1976 est tragique
- bilan moins élevé que celui du Grand Bond en avant : 1 million de morts estimé
- la Chine est désorganisée en termes d’économie, de système administratif, d’enseignement supérieur et de
recherche.
- elle rencontre cependant des succès :
- 1970 : premier satellite artificiel chinois
- 1971 : la Chine entre à l’ONU
- 1972 : voyage réussi de Nixon à Pékin ; relations rétablies avec le Japon
- 1972 : Deng Xiaoping revient de son exil, grâce à Zhou Enlai. Tous deux élaborent une politique
d’ouverture et de modernisation.
- 1975 : Zhou Enlai défend les « quatre modernisations » : a griculture / industrie lourde / industrie légère /
réseau de transport et de communication
-1976 : morts de Zhou Enlai puis de Mao. Deng Xiaoping perd ses pouvoirs (qu’il avait concentrés grâce à Zhou
Enlai), puis les reconquiert.
III / DENG XIAOPING OUVRE LA CHINE AU MONDE ET A LA CROISSANCE. SES « LEADERS »
VEULENT POUR LA CHINE LE PREMIER RANG.
Lucien Bianco, sinologue français : « La réforme (gaige) modestement affichée de Deng a changé la Chine de
façon beaucoup plus décisive et durable que la révolution (geming) qu’elle ambitionne seulement de réformer ».
1/ Une comparaison entre l’URSS (sous Khrouchtchev et Brejnev) et la Chine de Mao permet de le
comprendre
Jusqu’au milieu des années 1950, la Chine semble parcourir la même trajectoire que l’URSS
Mais dès 1958, divergence :
- Grand Bond en avant en Chine
- déstalinisation (1956) en URSS
- contraste entre la volonté de réforme de Khrouchtchev (sovnarkhoz, réforme Libermann) et la « grande
révolution culturelle et prolétarienne » chinoise.
Milieu des années 1970, problèmes communs :
- blocage par rapport à l’évolution technologique
- pas de progrès de l’agriculture collectiviste faute de motivation paysanne
- manque de liberté dans l’industrie
- manque de services entraînant des goulets d’étranglement
- économies parallèles favorisant la nomenklatura et les CMI
- place marginale dans le commerce mondial
URSS et Chine choisissent alors des solutions contrastées :
- En URSS, Gorbatchev tente la réforme (autonomie des entreprises, recul de la planification, ouverture),
mais manque de capitaux et n’ose pas entreprendre des réformes essentielles comme celle des prix. Le
marché n’existe pas réellement en URSS, qui meurt de faillite et de ses problèmes politiques (révolte des
nationalités, contestation).
2/ La Chine, quant à elle, prend un autre chemin après la mort de Mao Zedong
Deng Xiaoping, à partir de 1977-1979, oeuvre au progrès économique :
- décollectivise les campagnes
- libère certains prix
- encourage les entreprises privées
- réforme le système bancaire
- invente le concept d’ « économie socialiste de marché » et ouvre la Chine aux investissements étrangers. La
Chien bénéficie d’atouts que n’a pas l’URSS :
- façade maritime
- diaspora chinoise à l’étranger
- espoir que suscite son vaste marché potentiel
- ordre qui rassure les investisseurs
Ainsi alors que l’économie soviétique a régressé, le PNB chinois double dès 1988, par rapport à 1979
La Chine de Deng Xiaoping en résumé :
- plan politique : une « dictature amortie »
- plan démographique : monde en transition, politique de l’enfant unique (1979 – 1980), poursuite de 1972.
- plan économique et commercial :
- Décollectivisation de l’agriculture
- zones économiques spéciales (ZES)
- sociétés conjointes (joint-ventures) avec l’étranger
- libéralisation des prix
- réhabilitation du marché, rôle actif de la monnaie
- activation du marché domestique
- recherche de marchés solvables dans le monde entier
- offre d’une main-d’oeuvre locale bon marché
- plan éducatif : obsession du rattrapage technologique, pour compenser les dégâts de la Révolution
culturelle.
- plan diplomatique : expression ferme d’une grande Chine capable de dire non.
3/ Deng Xiaoping est l’ « homme qui a réveillé la Chine » (Alain Peyrefitte)
- famille aisée
- découvre le communisme en France, où il travaille comme ouvrier
- rejoint Zhou Enlai, qui sera son fidèle protecteur
- lutte contre les nationalistes et les seigneurs de la guerre
- pendant la Longue Marche, devient le numéro 3 du régime après Mao et Zhou Enlai
- dirige les provinces du sud-ouest de la Chine, d’où il annexe le Tibet en 1959.
- soutient les politiques d’industrialisation lourde et la collectivisation agricole
- ayant dénoncé le culte de la personnalité maoïste, il est écarté du pouvoir au début de la Révolution culturelle.
- est prisonnier dans une usine avec sa femme : son frère se suicide, son fils saute par la fenêtre et reste paralysé à
vie
- devient en 1973 vice-Président du Parti (derrière Mao) et vice-Premier Ministre –derrière Zhou Enlai), chef
d’état-major général. Apparaît comme l’ « héritier de la révolution assagie » (Alain Peyrefitte).
- se rend aux Nations Unies en 1974, en France en 1975.
- est accusé de « restauré le capitalisme », par la Bande des Quatre.
- est destitué en 1976, revient en 1977.
- l’ouverture et la modernisation de l’économie commencent en 1978. Il dispose de trois atouts :
- longévité, peut inscrire son action dans le long terme
- politique de l’enfant unique qui favorise les investissements
- glissement de l’économie nationale du continent vers le Pacifique
Annexe : biographies de Mao et Zhou Enlai (ils meurent tous 2 en 1976)
Mao :
- famille de paysans aisés, père autoritaire
- étudie, connaît bien la langue et la littérature chinoises, ainsi que les auteurs occidentaux du XVIIIe
- découvre le marxisme à l’Université de Pékin où il est bibliothécaire, en 1919.
- en 1921, participe à la fondation du PCC
- comprend vite l’intérêt des masses paysannes, mais échoue dans le « soulèvement de la moisson d’automne » en
1927 et est exclus du bureau politique
- fonde une « base rouge » au Guangxi (Chine du Sud)
- après la Longue Marche, devient le chef du mouvement communiste chinois, puis président du Conseil de la
République chinoise, président de la république et président du Parti.
Zhou Enlai :
- bourgeoisie rurale
-fonde en 1920 la section française du parti communiste chinois, qu’il confie ensuite à Deng Xiaoping.
- oeuvre pour un front commun entre nationalistes et communistes contre le Japon, même après la Longue Marche.
- devient premier ministre et ministre des Affaires étrangères
- va à la conférence de Bandung
- à l’origine du rapprochement avec les Etats-Unis (1972) et de la réhabilitation de Deng Xiaoping (1973)
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